‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 42 sur 178 · À LE · texte numérisé non relu

À LE

outrepassant les concessions de l’édit de Nantes, tout exorbitantes qu'elles étoient, Louis avoit donné uue déclaration, portant que des commissaires iroient dans toutes les provinces du royaume pour informer des contraventions ou des innovations qu’on y avoit faites, et remettre au moins les choses sur le pied de l'édit. Dix-huit ou vingt arrêts donnés coup sur coup dans les provinces diverses, montrèrent que le vœu des parlements avoit précédé les ordres du prince, ou du moins qu'un zèle unanime les porteroit à le seconder.

Guidé par ce genre pratique et sûr de conseil, le roi, en 1669, donna une déclaration nouvelle et fort circonstanciée, qui devoit servir de réglement pour l'avenir. Elle défendoit aux religionnaires de faire des prêches hors des lieux qu'on leur avoit marqués pour cela; de rien dire contre la religion catholique; de contracter des mariages avee les cathojiques, s’it y avoit opposition; de jamais juger de la validité d’un mariage, et de punir ou censurer ceux d'entre eux qui enverroient leurs enfants aux écoles catholiques. Il étoit de plus ordonné, qu'ils n’auroient point entrée aux états de Languedoc ; que dans celte province et celle de Guienne où les consulats étoient mi-partis, le premier consul seroit toujours tatholique ; que dans toutes les sénéchaussées et autres juridictions, les conseillers calvinistes ne pourroient, quoique plus anciens, présider en l'absence des chefs, et que dans les assemblées des villes, les catholiques seroient toujours en nombre

our le moins égal à ceux de la réforme; que les enfants d'un catholique et d'une calviniste seroient tous élevés dans la religion catholique ; que les processions d'1 saint Sacrement passant devant les temples, on y interromproit le chant, jusqu'à ce qu'on y eût été averti qu'elles étoient passées; qu'on tendroit devant les maisons religionnaires, comme partout ailleurs ; enfin, qu'ils abserveroient les fêtes prescrites par l'Eglise, sans vendre ni travailler à boutique ouverte. Quelque propre que fût cette déclaration à miner l'édifice de la réforme, le parlement de Paris fut près de quatre mois sans vouloir l'enregistrer, parce qu'elle supprimoit ou adoucissait quelques arucles d’une ordonnance plus sévère rendue trois ans auparavant.

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DE L'ÉGLISE. (AN:1684) 87 Louis XIV continuant à miner l'héretique réforme, interdit, le 10 de juin 1680, l'entrée des fermes et des sous - fermes royales à ceux qui la professoient. Le 6 du mois suivaut, il défendit aux catholiques, sous peine d'amende honorable et de bannissement, d'embrasser le calvinisme, et aux ministres de les admettre à leurs assemblées, sous peine d'interdiction dans leur ministère, et de l'exercice de leur religion dans le lieu où un catholique l'auroit embrassée. Cette déclaration générale fut suivie d'ordonnances particulières, en conséquence desquelles on renversa un grand nombre de temples bâtis conire les dispositions de l'édit de Nantes, dont la secte muline n'avoit pu se contenter. Ce fut là comme l'éclair qui annonça la foudre prête à tout ruiner. Ils en furent glacés d’effroi, et ne revinrent de leur stupeur que pour prendre la fuite ; ce qui fit porter, en 1682, défense aux gens de mer et de métier d'abandonner le royaume, sous peine des galères perpétuelles, et à quiconque de favoriser leur évasion, sous peine d'une amende arbitraire, qui ne pourroit pas être au-dessous de trois mille livres. La retraite de quelques personnes de marque altira peu après une défense générale aux religionnaires de toute condition de quitter le royaume, à peine de nullité pour les contrats de vente qu'ils auroient faits de leurs immeubles une année avant leur fuite , et de confiscation de ces biens, si l'on fuyoit en effet : précaution sage qui contint l'avidité des acquéreurs, et qui peut déjà faire sentir le faux de tant de clameurs hyperboliques sur les sommes prétendues immenses qui sortirent du royaume avec les huguenots. Tandis que le roi usoit de la puissance extérieure pour maintenir ou rétablir dans tous ses droits la religion nationale, le clergé, par la voie qui lui est propre, par la prière et l'instruction , ne cessoit d'y rappeler ceux qui se rassuroient dans leur égarement, ou sur l'exemple de leurs pères aussi aveugles qu'eux, ou sur la parole de leurs ministres intéressés et faux, qui ne les retenoient dans leur religion qu'en défigurant la nôtre. Occupés en 1682 de tant d’autres objets, nos prélats avoient néanmoins dressé sur celui-ci un avertissement pastoral, où ils se montroient presque uniquement sensibles à voir leurs frères séparés d'eux, s'égarer de plus en plus

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88 (An 1684.) HISTOIRE

chaque jour dans les voies de l'erreur et de la perdition; et les prenant par leurs préjugés mêmes contre les pasteurs romains , ils leur représentoient que leur aversion pour la communion romaine ne pouvoit plus avoir de fondement sous le pape Innocent XT; qui présentoit à tout le monde chrétien, sur la chaire apostolique, un modèle parfait de la régularité chrétienné et de la sainteté pontificale. Ainsi l’assemblée de 168a donnoit-elle autant de louanges à Innocent X!{, qu'elle lui causoit de chagrin : mais pour un chagrin si cuisant, que tout éloge est un foible appareil! Avec son avertissement pastoral, cette assemblée publia un mémoire qui proposoit plusieurs méthodes, les plus simples et les plus convenables, pour la conversion des religionnaires.

Le roi avoit en même temps fait expédier deux lettres circulaires, l’une pour les évêques, et l’autre pour les intendants de provinces, qu'il exhortoit les uns et les autres à seconder le zèle de l'assemblée. Il recommandoit néanmoins de ménager les esprits avec douceur et sagesse, de n'employer que la force des raisons, et de ne donner aucune atteinte aux édits concernant la tolérance. Cette clause fait voir qu'alors Louis XIV vouloit encore s’en tenir au plan qui lui réussissoit depuis quelques années ; savoir, de n'exécuter qu'en détail la ruine du calvinisme, d'en saper insensiblement les églises, et de ne les anéantir que successivement : mais l'année suivante 1683, ces factieux sectaires forcérent la cour à procéder d’une tout autre manière.

Ils se rassemblèrent dans le Poitou, dans la Saintonge, dans la Guienne, dans le Languedoc et dans le Dauphiné, dressèrent un projet d'union générale , et déclarèrent qu ils étoient résolus d'obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes : langage accoutumé de Ja réforme séditieuse, et connu de longue main, comme exprimant leur détermination à prendre les armes pour leur religion contre leur souverain. Il n'y eut toutefois que les sectaires des montagnes du plus difficile accès, qui osèrent en venir à cette extrémité; les autres ne crurent pas devoir s'engager dans une affaire si hasardeuse, avant qu'elle eût pris un cours dont ils pussent bien espérer. Ce peu de concert fit avorter le complot, et la révolte fut presque aussitôt punie

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DE L'ÉGLISE. (AN 1684 ) 89 que déclarée. Les plus coupables, parmi lesquels abondoïient les ministres, furent condamnés à la mort. On fit grâce à la mullitude abusée, ou du moins ils en furent quittes pour la démolition de leurs temples, et pour loger les troupes qui les avoient soumis et les contenoïient dans la soumission.

Les écrivains protestants ont fort déclamé contre cette hospitalité militaire, peu commode en effet : mais des rebelles dignes de mort avoient-ils bonne grâce à se plaindre d'un châtiment si léger en comparaison de leur forfaiture, et d'ailleurs commandé par la nécessité de surveiller un amas de mutins toujours prêts à recourir aux armes? si cette soldatesque, zélée à sa manière, si ces missionnaires hotlés, comme on les nomma dans la secte, se portèrent à des excès tyranniques; et tyrannisèrent jusqu'aux consciences, ce sont là les suites inévitables des guerres dont la religion est le prétexte, et que les religionnaires, en se révoltant, avoient dû prévoir. Mais ceux qui crioient à la violence, l'exercoient les premiers, sans même respecter les droits de la nature. 1ls apprenoient aux pères à méconnoître leurs enfants, et aux enfants à renier leur père, aux femmes et aux maris à s'abandonner, à se tourmenter réciproquement, aux meilleurs amis à s’entre-égorger, ou du moins à rompre tout commerce entre eux. Un religionnaire devenu catholique étoit un objet de haine pour tous ses proches ; on ne le connoissoit plus dans sa famille, et dans tout le parti, que p:r l'insulter, pour le calomnier et le diffamer. T'els étoient le: procédés que leur suggéroient les ministres, qui cependant répétoient sans cesse qu'on ne devoit employer à leur égard que les voies de douceur et de persuasion, sans jamais vouloir qu'on appelât les moyens humains au secours des moyens supérieurs , tout insuffisants qu'ils rendoiïent ceux-ci.

L'an :685, le clergé se vitencore obligé de porter des plaintes eu roi contre la licence obstinée de ces prédicants à calomnier la foi romaine : ressource honteuse, mais la seule qui leur restât contre la décadence de leur secte, et les trromphes mullipliés de la vraie foi. Pour sentir la justice de cette plainte, rendue le 14 de juillet, il ne faut que jeter les yeux sur le petit ouvrage que nos prélals assemblés publièrent alors sous ce

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