‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 51 sur 178 · TE · texte numérisé non relu

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reux que de répandre une seule goutte du sang de ses sujets ; mais qu'il avoit de bonnes armées et de bons généraux qu'il emploiroit dans la nécessité contre les rebelles qui voudroient eux-mêmes leur perte. Quant à la raison d'intérêt, il la jugea peu digne de considération, comparée aux avantages d'une opération qui rendroit à la religion sa splendeur, à l’état sa tranquillité, et à l'autorité tous ses droits. I] fut conclu , d’un sentiment unanime, pour la suppression de l’édit de Nantes. Le roi qui vouloit toujours traiter en pére, et inême en pasteur, ses sujets les moins affectionnés, ne négligea aucun des moyens qui pouvoient les gagner, en les éclairant. On accorda des pensions, on attribu: des aumônes, on établit des missions, on répandit partout des livres qui contenoient des instructions à la portée des simples, aussi-bien que des savants.

» Le succès répondit à la sagesse des moyens; et quoiqu'il semble, d'après les déclamations emportées de quelques ministres huguenots, que le roi eût armé la moitié de ses sujets pour égorger l’autre, la vérité est que tout se passa au grand contentement de Sa Majesté, sans effusion de sang, et sans désordre. Partout les temples furent purifiés ou démokis ; le plus grand nombre des huguenots fit abjuration ; les autres s’y préparèrent, en assistant aux prières et aux instructions de l'Eglise; tous envoyèrent leurs enfants aux écoles catholiques. Les plus séditieux, étourdis par ce coup de vigueur, et voyant bien que l'on étoit en force pour les châtier , s'ils tentoient la rébellion, se montrèrent les plus traitables. Ceux de Paris, qui n’avoient plus Claude pour les ameuter, donnèrent l'exemple de la soumission. Les plus entêtés de l'hérésie sortoient du royaume, etavec eux laseuienice de tous les troubles; et l'Europe entière fut dans l'éton:.c.2a: üe la promptitude et de la facilité avec laquelle le roi, par un seul édit, avoit anéanti une hérésie qui avoit provoqué les armes de six rois ses prédécesseurs, et qui les avoit forcés de composer avec elle,

» Onaexagéré infiniment lenombre des huguenots quisortirent du royaume à cette occasion ; et cela devoit être ainsi. Comme les intéressés sont les seuls qui parlent et qui crient, ils affirment tout ce qu'il leur plaît. Un ministre qui voyoit son

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DE L'ÉGLISE. (AN 1685.) 107 troupeau dispersé, publioit qu'il avoit passé chez l'étranger. Un chef de manufacture qui avoit perdu deux ouvriers, faisoit son calcul comme si tous les fabricants du royaume avoient fait la même perte que lui. Dix ouvriers sortis d’une ville où ils avoient leurs connoïssances et leurs amis, faisoient croire, par le bruit de leur fuite, que la ville alloit manquer de bras pour tous ses ateliers. Ce qu'il y a de surprenant, c'est que plusieurs maîtres des requêtes, dans les instructions qu'ils m'adressèrent sur leurs généralités, adoptèrent ces bruits populwres, et annoncèrent par-là combien ils étoient instruits de ce qui devoit le plus les occuper ; aussi leur rapport se tro: va-t-il contredit par d’autres , et démontré faux par la vérification faite en plusieurs endroits. Quand le nombre des huguenots qui sortirent de France à cette époque, monteroit, selon le csleul le plus exagéré, à soixante-sept mille sept cent trente-de” personnes, il ne devoit pas se trouver parmi ce nombre, qùm omprenoit tous les âges et tous les sexes, assez d'hommesutiles pour laisser un grand vide dans les campagnes et dans les ateliess, et pour influer sur le royaume entier. Il est certain d'ailleurs que ce vide ne dut jamais être plus sensible qu'au moment où il se fit On ne s’en aperçut point alors, et on s'en pssint aujourd’ui ! Il en faut donc chercher une autre casse. Elle existe en effet ; et si on veut la savoir, c’est la guerre. Quant à la retraite des huguenots, elle coûta moins d'hommes wtiles à l'état, que ne lui en enlevoit une seule année de guerre civile.

» Il est bien surprenant, après cela, que certaines personnes se laissent ébranler par les raisons les plus frivoles, au point de douter s’il n’y auroit point un avantage à rétablir les choses sur l’ancien pied , et par conséquent si l’on n'a pas eu tort de faire ce qu'on a fait : mais dans la supposition, bien fausse assurément, que l'on ait eu tort de faire ce que l'on fit, je maintiens que l’on auroit un bien plus grand tort aujourd'hui de le défaire. Ce seroit se ruiner à démolir une forteresse, parce qu'on se seroit épuisé à l’élever. Il y a des torts dont il faut savoir profiter, des torts qui ne sauroient se réparer que par des torts encore plus grands ; et cette opération, si elle en étoit un, seroit de ce genre. Rappeler les huguenots, ne seroit-ce

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