‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 58 sur 178 · PR PAPA LL · texte numérisé non relu

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DE L'ÉGLISE, (An 1686.) 125 desquelles on lisoit ces mots : Pour la religion et la liberté. Elle fut assaillie d’une violente tempête, obligée de s'aller refaire dans ses ports, débarqua néanmoins, sans opposition, le 15 de novembre, à Lime et à Torbay dans le Devonshire. Milord Darmouth, amiral d'Angleterre, avoit promis au roi d'arrêter les ennemis ; mais il ne parut point, et ne fit dès lors attendre de lui que la défection qu’il consomma dans la suite. Quelques jours se passèrent néanmoins depuis la descente, sans qu'aucun des mécontents vint joindre l’usurpateur. Si le roi eût alors rassemblé ses troupes, et sans leur donner le temps de la réflexion, les eût menées à l'ennemi, il n’est guère douteux qu'il ne l’eût obligé à se rembarquer. La défiance, très-juste sans doute, où il étoit de la fidélité de ses gens, le fit rester dans l'inaction : mais ce fut encore là une de ces rencontres où il falloit hasarder le tout pour le tout.

Enfin la noblesse britannique courut se rendre sous les drapeaux du stadhouder. Milord Combury fut le premier qui donna l'exemple de la corruption dans l’armée royale ; sous prétexte d'enlever un quartier des ennemis, il se mit à la tête d'un détachement, en débaucha tout ce qu'il put, etle conduisit à Excester au prince d'Orange. Milord Churchill-Marlboroug, si généreux ailleurs, et si comblé des grâces du roi, qu'on le regardoit comme son premier favori, ne se rendit pas seulement au stadhouder avec tout ce qu’il put engager d'Anglais à la désertion, mais il tenta d'enlever le monarque, pour le livrer, selon toute apparence, à son ennemi. La défection devint générale après ces exemples; les droits de la nature furent violés, aussi-bien que les devoirs des sujets : le prince de Danemarck, second gendre du roi, et la princesse sa fille, l'abandonnèrent pour le prince d'Orange. Ses troupes s’ébranlèrent sous ses yeux, et quelques-unes se dissipèrent. Il se faisoit chaque jour des soulèvements dans les provinces, où grand nombre de seigneurs, ouvertement déclarés pour le stadhouder, se saisirent des postes les plus avantageux.

Dans cette détresse, on lui conseilla d'entrer en accommodement avec ce prince; et il lui députa quelques-uns des seigneurs qui lui restoicnt, avec pouvoir de traiter aux conditions qu'ils jugeroient convenables à l'état présent des affaires. Comme le

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120 (AN 1686.) HISTOIRE prince, par son manifeste, avoit paru demander surtout un parlement libre, et qu'il marchoit à Londres, on le pria de suspendre sa marche , afin de laisser au parlement, que le roi alloit convoquer, cette liberté même qu'il étoit venu Ini procurer. On put voir alors jusqu'où se portoit l'ambition de ce défenseur prétendu de la constitution britannique. Embarrassé de la convocation d'un parlement, où le monarque seroit à la vérité lié par les lois, mais en même temps affermi sur le trône, parce que les protestants n'auroient plus rien à craindre de lui, il continua sa marche, et ne réponditaux députés que lorsqu'il fut assez près de Londres, pour intimider ceux qui n'avoient pas encore donné les mains à toute l’étendue de ses prétentions : là, il répondit avec tant de hauteur, et proposa des conditions si révoltantes, que le monarque, averti par l’un des trois députés, sentit qu'il n'y avoit plus de sûreté dans son royaume pour sa propre personne, et prit la résolution de chercher un asile en France.

Son premier soin fut d'y faire passer la reine sa femme, avec le jeune prince de Galles ; ce qui étoit d'une difficulté prodigieuse dans un temps et des lieux où tout étoit suspect pour le moins, où un seul cri de l'enfant, qui n'avoit que cinq mois, faisoit tout manquer. On se déguisa, on s'évada par des escaliers et des chemins dérobés, on traversa la Tamise parunenuit et un orage affreux. La reine arrivée à l'autre bord, et mal parée de la pluie par les murs d’une église, attendit un carosse qu’on atteloit dans une hôtellerie voisine. La curiosité d’un homme qui s’avançoit vers elle avec de la lumière, fit craindre qu'elle ne fût reconnue. Riva, officier italien de cette princesse, le suivit promptement, le heurta comme par hasard, et tous deux tombérent dans la boue, en se faisant mutuellement des excuses. Le curieux ne pensa plus qu’à s'aller décrotter, et l'on monta incontinent en carosse. L'ange tutélaire du jeune prince veilla de même sur cette tête précieuse jusqu'à Gravesend, au milieu des sentinelles et des paysans avides qui soupçonnoient tous les inconnus d’être des catholiques fugitifs, et autant de proies qui leur échappoient. La reine, arrivée au port, fut présentée au capitaine du vaisseau, comme une dame italienne qui retournoit en son pays avec sa famille; et

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sur-le-champ, elle entra dans la chambre qu'on lui avoit destinée, avec la nourrice qui portoit le petit prince. Le trajet fut tranquille, et l'on aborda heureusement à Calais (1688).

Le roi lui-même se retira heureusement de Londres , ainsi que des chemins qui mènent à la mer, et s’'embarqua pour suivre la reine : mais son vaisseau mal lesté l'ayant obligé de reprendre terre pour y ajouter du lest, il fut reconnu et arrêté près de Ferversham. Sur le bruit de son évasion, les seigneurs s'étoient hautement déclarés pour le prince d'Orange. A la nouvelle détention, ils se rassemblèrent, et s'empressèrent à lui envoyer ses carosses et ses gardes pour le ramener à Londres, où il fut reçu avec des honneurs et des signes de joie dont personne ne se souvenoit d'avoir vu d'exemples : tantilest vrai, comme on l'a dit avant nous, que les têtes britanniques n'ont pas plus de stabilité que les mers qui les environnent. Leprince hollandais, qui le sentit parfaitement lui-même, résolut de ne pas leur donner le loisir de s'affermir dans les sentiments qui le faisoient trembler. Il fit marcher à Londres deux mille hommes de ses troupes, qui chassèrent les gardes du roi, et s'emparèrent tant des portes que des avenues de Wittehal ; après quoi il lui fit dire, plus en despote qu'en gendre, de choisir entre Ham et Hamptoncourt, pour s'y retirer avec sa maison. Au lieu de ces deux places, le roi demanda Rochester; et le prince qui vit le motif de sa prédilection pour un lieu plus propre à s'évader par mer, souscrivit à la demande. 1] le fitmême garder avec si peu de soin, que tout le monde jugea qu'il vouloit, en le laissant fuir, s'épargner l'infamie d'exercer contre un père les dernières violences. En effet, le monarque, qui craignoit le sort de son père, se déroba par un jardin, où il y avoit une porte qui conduisoit à la Tamise, se jeta dans une barque qu'il y avoit fait préparer, et alla rejoindre la reine sa femme à la cour de France.

Le prince d'Orange fit alors son entrée solennelle dans Londres, où ilfut reçu avec les applaudissements que ce peuple donne toujours aux révolutions. Il fut prié de se charger du gouvernement jusqu'à ce qu’on eût convoqué les états du royaume, non pas en parlement, ce qui ne peut se faire que par Île roi, mais sous le nom de convention : tant les mots

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