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128 (AN 1686.) HISTOIRE auprès de la plupart des hommes, prévalent sur les choses. Le trône y fut déclaré vacant par la mauvaise administration et la désertion du roi, non toutefois sans beaucoup d'opposition de la part de la chambre haute:. Les oppositions devinrent bien plus sérieuses encore quandil fut question d’élireun nouveau roi, tellement que la peur de manquer son coup, obligea le prince à lever entièrement le masque. On dit qu'il menaça Jes grands de se retirer en Hollande, et de les abandonner au Juste ressentiment du roi, en lui déclarant ceux d’entre eux qui l'avoient appelé en Angleterre; ce qui suffit pour engager des gens qui avoicnt déjà fait tant de pas, à franchir ce qu'il en resloit.
Guillaume, établi sur le trône, ne jouit pas du bonheur qu'il soit promis. L'Irlande seule, mais presque toute catholique, et gouvernée par le comte de Tyrconel, qui honoroit sa foi 4 pure par son inviolable fidélité envers son souverain, rendit ! presque inutiles tous les autres succès de l’usurpateur. Cette | brave et fidèle nation rétablit si bien les espérances de son roi, qu'il revint se mettre à sa tête. 1] y remporta lui-même des
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avantages considérables ; ce qui exalta son courage, jusqu'à { lui persuader qu'il pourroit livrer bataille à une armée de qua- | 1 Les motifs de cette déclaration nous semblent solidement réfutés par ce qu'on | lit dans les mémoires de Rerwick. Cet illustre maréchal, dont Montesquieu a À dit que jamais homme n’a mieux suivi les lois de lEvangile, qui coûtent le $ Ô plus aux gens du monde, s'exprime ainsi : « Je ne prétends pas faire un long x, C' discours pour prouver l'irrégularité de tout ce qui se faisoit en Angleterre. Je dirai n seulement qu'il n'a jamais été défendu, par aucune coutume ou loi, à un prince, b de sortir d'un de ses royaumes sans la permission de ses sujets, et qu'il est absurde d'avancer que par-là il abdique : l'ahdication étant une démission volontaire , faite q ou de bouche ou par écrit, ou du moins par un silence non forcé, aprés qu'on d a été pressé de l'expliquer. Le roi n’est tombé dans aucun de ces cas; il étoit pri- h sonnier ; et, pour se tirer des mains de ses ennemis, il s'étoit sauvé où il avoit pu. : De plus, il ne lui étoit plus possible d'aller juindre ses fidéles sujets en Ecosse ou en : 2 Irlande , que par la France; car, toute l'Angleterre etant soulevée , il n'eût pu s p traverser ce royaume qu'avec un grand péril, Mais, quand même il auroit été vrai r q que le roi eût abdiqué, la couronne se trouvoit, selon les lois fondamentales du LS ! royaume, épso facto, dévolue à l'héritier immédiat, lequel n'étant encore qu'un ÿ (A enfant au berceau, ne pouvoit avoir commis aucun crime, ni abdiqué. Le 4 rc prince de Galles, son fils, avoit été reconnu pour tel par toute l'Europe, par toute ra la nation anglaise, et même par le prince d'Orange. » (Tom. 1, pag. 42, Mém. de la Berwick. ) ‘ rc ê
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DE L'ÉGLISE. (an 1686.) 129 rante-cinq mille hommes commandée par le prince d'Orange en personne, et par le maréchal de Schomberg, sorti mécontent de la France à l'occasion de la disgrâce des huguenots. Jacques n'avoit guëèrc plus de quinze mille Irlandais, avec cinq mille Français ; Louis XIV, pressé par toute l'Europe, n’ayantrien pu faire davantige. La bataille se donna sur les bords de la Boyne, dont elle prit son nom ; et Schomberg y fut tué en tentant le passage de cette rivière (1690). Moins impétueux, le prince d'Orange par la supériorité du nombre, et de l'artillerie principalement, rompit l'aile droite, et se disposoit à envelopper le roi, quand les officiers de ce monarque le contraignirent sagement àse retirer. Le désespoir seul pouvoit.inspirer une persévérance plus longue sur le champ debataille :‘mais il n'en étoit pas ainsi de l’île entière, où le roi avoit encore plusieurs bonnes places; et on l'a blâmé d’avoir incontinent repassé la mer. C’est perdre la partie, quand il s'agit du trône, que de la quitter. Jacquesn'avoit pas perdu plus de quinze cents hommes dans la bataille, et avec ce qui lui restoit, il pouvoit se maintenir dans ses postes, jusqu'à ce que la France fût en état de lui fournir les secours nécessaires pour se remettre en campagne avec avantage.
Quoi qu'il en soit, ou de sa générosité à épargner le sang de ses sujets, ou de sa précipitation à désespérer dela couronne, celui à qui elle resta n’en devint pas plus heureux. Les Anglais cessèrent entièrement de l'aimer quand il fut entièrement leur maître. Sans cesse contrecarré par le parlement , également en butte aux deux factions des Vigs et des Torys, toutes contraires qu'elles étoient l’une à l’autre, bien des fois il se repentit d'avoir, au prix du crime et de l'infamie, acheté une couronne hérissée de tant d'épines. On le mortifia jusqu’à le contraindre à renvoyer sa garde hollandaise; ce qui fut pour lui un des plus amers déboires. Il ne se consola depuis que par les fréquents voyages quil faisoit en Hollande, où toutes ses volontés étoient reçues comme autant de lois, d’où l’on a dit qu'il étoit roi de Hollande et stadhouder d'Angleterre. Guillaume d'Orange est néanmoins compté au nombre des rois légitimes de la Grande-Bretagne; et les malheureux Stuarts, dont la couronne ne lui fut transférée que par la révolte et l'hérésie, furent
130 (AN 1686.) HISTOIRE à jamais réprouvés. Mais est-il rien que ses artifices ne trouvent moyen de légitimer dans ses partisans 1?
A leur fa veur, Michel Molinos, prêtre et docteur espagnol, avoit tellement fasciné l'Italie même où il dogmatisoit, qu'on le mettoitau rang des plussublimes et des plus saints mystiques. Son air composé, ses regards et ses discours qui nerespiroient que la dévotion, ses écrits remplis d’une spiritualité inintelligible, faisoient comparer ses œuvres à celles des plus pieux docteurs de l'Eglise. En un mot, l'éblouissement fut tel, que toute monstrueuse qu'étoit sa doctrine, il devint dangereux de l'attaquer. Le père Seigneri, jésuite , le Bourdaloue d'Italie, en ayant voulu découvrir le venin par un écrit imprimé, passa pour un homme poussé d'une basse envie, pour le calomniateur d'un saint, et son livre fut censuré : on ne lui rendit justice qu'après que l'hypocrite eut été démasqué.
Il suffisoit bien cependant, pour lever le charme, de lire sans prévention, entre les livres de cet illuminé, {a Guide spirituelle, revêtue néanmoins de beaux dehors, qui en couvroient jusqu'à un certain point les abominations. L'homme parfait y est représenté comme ne raisonnant point, comme Janguissant dans une inattention et une inaction entière. Il ne réfléchit ni sur Dieu, ni sur lui-même ; il ne souhaite et n'appréhende rien ; il ne désire point le salut, il ne craint pas l'enfer ; il oublie ses péchés, et c'est pour lui le plus sùr moyen de les effacer. Il se conforme tellement à la volonté de Dieu, que
1 Nous devons à la justice de dire que le clergé anglicanse montra d'abord fidèle à la loi fondamentale du royaume. La princesse d'Orange, qui étoit fille de Jacques Il, ayant envoyé demander sa bénédiction à l'archevêque de Cantorbéri : Quand elle aura obtenu celle de son père, répondit-il, je lui donneraivolontiers la mienne. Cependant, le 11 avril 1689, les deux époux sont couronnés à WVestminster par l'evêque de Londres , au refus de ce primat. Seize évêques refusèrent de prêter le serment de fidélité au gouvernement actuel. Leur exemple fut suivi par un très-grand nombre du second ordre, ct d’une multitude de seigneurs laïques. On donna le nom de jacobites aux partisans du roi détrôné. Guillaume déchargea sur eux son ressentiment en dépouillant les uns de leurs bénéfices et les autres de leurs charg=s. Ce fut alors que , pour accorder l'intérêt avec la conscience, on imagina la distinction de roi de fait et de roi de droit. On consentit de rendre obéissance à Guillaume comine au roi que les représentants de la nation avoient élu; mais on refusa de le recuanoîire pour roi légitime , parce que son élection étoit contraire aux lois fualamentales du royaume. ( W. art de. v. l. d. )
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DE L'EGLISE. (AN 1686.) 131 rien de ce qui se passe en lui-même ne lui fait peine; ni les pensées impures, ni les blasphèmes, ni les révoltes contre la Providence, ni l’incrédulité à l'égard des mystères ; en un mot aucune des tentations auxquelles il succombe. Molinos présentoit tout cela comme des moyens dont Dieu se servoit pour purifier une âme, pour lui faire sentir sa misère, et toucher au doigt le mal des passions et des penchants désordonnés. Ainsi l'homme ne seroit pas comptable à Dieu des actions les plus criminelles, parce que son corps pourroit devenir l'instrument du démon, sans que son âme, unie intimément à Dieu, participât à ce qui se passe dans la maison de chair qu'elle habite. La fornication, l’adultère, le désespoir même, péchés horribles pour ceux qui ne sont pas encore parvenus à l'état parfait de l'oraison de quiétude, seroient des actions indifférentes pour les vrais contemplatifs, qui n'en contracteroient aucune souillure. Telle est l'hérésie de quiétistes, semblables à ces gnostiques abominables qui firent tant de tort aux premiers fidèles avec qui on les confondoit, et moins anciennement aux bégards qui furent condamnés par le concile général de Vienne. La postérité craira-t-elle que ces horreurs et ces extravagances se soient renouvelées, même à plusieurs reprises , au point le plus éclairé de notre âge? qu'elles en aient surpris les plus beaux génies et les plus belles âmes ? Mais de quoi l'esprit humain n'est-il pas capable, sitôt qu'il perd de vue le flambeau de la foi?
Molinos , dans ses lettres et ses entretiens particuliers, s’expliquoit plus crûmeunt encore que dans sa Guide spirituelle. Il comptoit sur sa renommée et sur ses admirateurs : mais bien des personnes ouvrirent enfin les yeux. 11 fut dénoncé; et les protestants eux-mêmes conviennent aujourd'hui qu'il étoit coupable. On l'arrêta dans le palais de l'inquisition, où il logeoitdepuis plusieursannées, etonle renferma dansuneprison du saint office (1685). Par l'instruction de sun procès, qui se fit avec le plus grand soin, on lui trouva beaucoup plus d’erreurs encore qu'on ne lui en attribuoit. Soixante-huit propositions furent censurées, et il en fit abjuration, en habit de pénitent, en présence de toute la cour de Rome et du peuple. Le repentir qu'il témoigna, joint aux prières de ses amis, fit
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