‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 60 sur 178 · SES · texte numérisé non relu

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132 (An 1686.) HISTUIRE

qu'après l'absolution on ne le condamna qu’à une prison perpétuelle, où en eflet il finit ses jours. La sentence de l'inquisition fut confirmée le 20 de novembre 1687, par une bulle qui, outre les soixante-huit propositions, condamnoit tous les ouvrages du coupable; après quoi il y eut encore trois censures de l'inquisition contre différents écrits de plusieurs quiétistes : tant il est clair qu'il n’est point d'égarements et d’extravagance qui ne puissent faire secté, et nombre de sectaires.

Innocent XI donna la même année une autre bulle, qui ne mérita pas' les mêmes applaudissements que la censure du quiétisme. Il y abolissoit les franchises du quartier des ambassadeurs à Rome. Elles avoient, à la vérité, de grands inconvénients, puisqu'on ne pouvoit arrêteraucun scélérat dans l’étendue, nimêmeaux environs des hôtels du grandnombrede ministres qu'ont à Romeles têtes couronnées; aussi les papes Jules IIT, Pie IV, Grégoire XIILet Sixte V avoient déja publié des bulles contre les mêmes abus : mais on n'y décernoit que des peines temporelles, tant contreceux quirechercheroïent ces asiles, que contre les juges qui useroient de connivence. In:\ocent poussa beaucoup plus loin : contre l'avis de la plupart des membres du sacré collége, il déclara excommunié quiconque voudroit se conserver dans la possession des franchises , usant du pouvoir spirituel dans un objet purement temporel:. Le roi d'Espagne

s Cette bulle merita certainement d'être aussi bien accueillie que la précédente, mais elle n'obtint pas cette justice en France. « Innocent XI, dit Feller , ne montra pas moins de fermeté dans la dispute sur les franchises du quartier des ambassadeurs, qui donnoient lieu à toute sorte d'abus et d'excés : tous les princes, à l'exemple de l'empereur , en approuvèrent l'abolition : Louis XIV seul, par un entétement peu digne d'un prince sage, s’obstina à vouloir les maintenir aux dépens de la sécurité publique, et envoya à Rome Lavardin de Beaumanoir , qui, avec une troupe de huit cents hommes armés, s'y conduisit en brigand plutôt qu'en ambassadeur. » (Dictionn., art. Innoc. XI. )

2 Nousavons déjà fait observer que rien n’étoit plus facile que de trouver du temporel partout. Avec cette manière parlementaire de juger des choses , l'Eglise auroit abusé de son pouvoir en décernant des censures à la suite des monitoires et dans mille autres cas semblables. Ici, il s’agissoit de la justice à exercer contre des coupables, en faveur de la société; et la justice n'est certainement pasune chose temporelle, Muis en fût-elle une, dans le sens de l'auteur, ne peut-on pas dire que le pape étoit maître chez lui? [1 pouvoit donc ÿ user de sa double autorité. En toute cette affaire,

il y eu! évidemment abus de la force du côté du roi ; bien plus qu'abus de l'autorité suirituelle, du côté du pontife.

Quant à ce que l'auteur dit des motifs de la déférence du roi d'Espagne, il nous

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DE L'ÉGLISE. (an1687) 133 et l'empereur, contents de l'intérêt qu'Innocent, né sujet de Ja maison d'Autriche, prenoit à leur ligue contre la France, subirent volontiers la loi commune, que reçurent pareillement tous les autres princes, à l'exception de Louis XIV. Pour ce monarque, piqué de la partialité du père commun des fidèles, et de la chaleur avec laquelle il en avoit été contrarié dans l'affaire de la régale, il refusa nettement de rien relâcher de ses prétentions. Ge violent démélé, comme tant d'autres différends, même entre les plus grands hommes, fut de part et d'autre une affaire d'humeur, plutôt que d'intérêt ; car si Louis étoit mécontent d'Innocent pour les raisons qu'on vient d’indiquer, Innocent ne l'étoit pas moins que Louis pour les résolutions prises par le clergé de France dans son assemblée de 1682.

Le monarque envoya le marquis de Lavardin ambassadeur à Rome, avec ordre de maintenir les franchises. À peine fut-il sur les terres du pape, que le légat de Bologne, ainsi que les autres gouverneurs de l'état ecclésiastique, reçut ordre exprès de lui refuser les honneurs d'usage. Dès qu'il fut près de Rome, on défendit aux cardinaux d'avoir aucun commerce avec lui. Il ne laissa pas de continuer sa route; et son entrée dans la ville eut plutôt l'air d’un triomphe, que d’une entrée d’ambassadeur. Il avoit à sa suite huit cents hommes bien armés, la plupart officiers. Peu de jours après, il demanda audience, et, comme il s’y attendoit bien, on la lui refusa. Une œuvre qui ne devoit qu'édifier, acheva, dans la disposition où étoient les esprits, de les aigrir à un point qui fit craindre les

suffit de remarquer que la ligue d'Augsbourg ne fut signée qu'en 1686, et que l'abolition des franchises avoit eu lieu , pour l'ambassade d'Espagne , frois ans auparavant ( 1683). Elle avoit eu lieu pour celle de Pologne, en 1680 ; et pour cell: d'Angleterre, en 1686. Louis XIV , sur cette mesure de droit et desagesse, avoit même eté l'objet d'égards tous particuliers de la part du Pontife, dont les instances nouveiles, dit d'Avrigny, à la mort du duc d'Estrée ( 1687 ) ne furent point ecoutees, Cependant, soit qu'on envisage les franchises comme étant des concessions faites aux souverains dans le moyen âge, soit plutôt qu'on les regarde comme des usurpations ou des restes du pouvoir exercé par eux lors des différentes invasions que Rome avoit subies , il est incontestable qu'elles entravaient le cours de la justice , et qu'ainsi elles étvient contraires au bon vordre et à la sûreté publique. Le pape ici, comme l'avoient fait tant d'autres pontifes ses prédécesseurs, cowbaltoit donc un reste de bsrbarie , et luttoit eontre un monarque absolu , dans l'interèt de la civilisation.

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