RP EE
cs c#.
192 (AN 1691.) HISTOIRE en valise. L'austère Quesnel trouva néanmoins cette saillie, sinon grave ou fine, au moins innocente et tout-à-fait réjouissante !.
Le public, peu de temps après, eut à rire à leurs dépens. 11
y avoit encore dans l'université de Douay quelques membres gangrenés radicalement, qui n'ayant abjuré que de bouche les nouveautés proscrites, continuoient à les inspirer aux jeunes étudiants : mais ils procédoient avec beaucoup de circonspection , et ne cessoient pas de publier que le jarsénisme étoit un fantôme, et n'existoit que dans les cerveaux blessés. Un docteur de Douay, dans la vue de les démasquer aux yeux du public, usa du stratagème suivant, qu'on ne sauroit néanmoins excuser de supercherie : mais la Providence eut des vues utiles à l'Eglise, en permettant ces effets d'un zèle peu réglé. Ce docteur écrivit à l'abbé de Ligny, célèbre à jamais par cette aventure, une lettre signée précisément A. À. Ni l'écriture, ni le cachet d'Antoine Arnaud, qu'on vouloit néanmoins désigner par ces lettres initiales de son nom, n’étoient contrefaits. En un mot, le piége étoit si visible, qu'il n’y avoit qu'un homme trahi par sa vanité qui püût y être pris : mais Ligny, jeune, inconsidéré, prévenu de son mérite, sensible aux louanges, et fort crédule sur cet article, ne pouvoit qu'être la dupe de ceux qui l'att:queroient par cet endroit. D'ailleurs il jouissoit dans le parti d'une considération fort extraordinaire pour un simple bachelier, et il ne désiroit rien plus passionnément que d'y parvenir au premier degré d'importance. La lettre du personnage A. À. ne pouvoit être ni plus flatteuse, ni plus tendre. Il appeloit le bachelier, son cher fils, et le félicitoit sur son zèle à défendre la bonne doctrine.
On croit aisément ce qu'on souhaite. Ligny ne voyant rien de plus glorieux que d'être rechercl: par un chef de parti qui tenoit depuis si long-temps contre toutes les puissances, ne douta point que la signature À. A. ne fût celle du fameux Antoine Arnaud retiré depuis dix ans dans les Pays-Bas. Cette pensée absorba toutes les autres ; il n'envisagea que la distinc-
t Anatom. de la Sentence contre le P. Quesn. p. 261. --* Mém, du P, d'Avrigni, tom. D, p. 351 et suiv.
a ARR es 5 lee cree ao
, + nimes cs ES
mm M ee mo et É OM Pa
tte saillie, it réjouis-
dépens. I membres Jouche les Lux jeunes rconspece étoit un . Un docyeux du éanmoins rues utiles réglé. Ce
par cette riture, ni s désigner efaits. En n homme jeune, in-
s. Cette distinc-
d'Avrigni,
DE L'ÉGLISE. (AN 1691.) 153 tion qu'on faisoit de lui, et le rôle important qu'elle alloit lui faire jouer. Il a publié néanmoins qu'il avoit d’aborddouté s’il répondroit à cette maudite lettre, et qu'il avoit eu quelque soupçon de ce qui n'étoit que trop véritable. Le doute et le soupçon furent donc bien légers, puisqu'il fit comme s'il n°en avoit point. Il répondit sur-le-champ à l'adresse qu'on lui avoit donnée : sa joie, sa reconnoissance, son dévouement, sa tendresse, éclatoient avec transport dans toute sa réponse,
Il falloit d’autres acteurs, avec le bachclier, pour jouer cette farce : Gilbert, Laleu, Rivette, professeurs royaux à Douay, et Malpaix, chanoine de la même ville, tous confidents de Ligny,
arurent propres à monter avec lui sur ja scène des dupes. L'Arnaud figuré par A. À. leur écrit; ils répondent : on réitère de part et d'autre ; l'amitié se met de la partie, la correspondance devient des plus intéressantes, et jamais commerce de lettres ne fit réciproquement plus de plaisir. Il est doux de répandre son cœur dans le sein d'un homme qu'on regarde comme son maître et son ami, comme son guide et son père. L'Arnaud simulé étoit tout cela pour le reste des acteurs. « J'ai autant de vénération, lui dit l’un d’entr’eux t, Dieu sait que je ne mens point! j'ai autant de vénération pour toutes les vérités que vous défendez si généreusement, qu'en avoit Timothée pour l'apôtre saint Paul. Je suis prêt, lui dit un autre 2, à faire et à souffrir toutes choses, même à me retirer d'ici, à me travestir, à demeurer inconnu en quelque endroit de la campagne près ou loin de vous, comme vous le trouverez bon pour le bien de l'Eglise. » Un dévouement si parfait eñt sans doute attendri le véritable Arnaud; celui qui en avoit pr masque ne fit apparemment qu’en rire : mais il vouloit qu que chose de plus , et la partie étoit trop bien liée pour douter d’un plein succès.
11 composa une thèse telle que Port-Royal l'auroit pu dresser, etl'envoya à Douay, avec une lettre portant qu'elle avoit été soutenue à Malines, dont l'archevêque, asservi aux jésuites, vouloit la faire censurer ; mais que ce prélat n’en oseroit rien faire, quand il verroit le nombre et le poids des ap-
* Lettre de Ligny , du 6 Août 1690. — 3 Lettre de Gilbert , du 24 octobre 1byo.
Pi
LÉ LE SPIP
Fi 0
Ste
DE nes
RTE M à
Eee
Rnnraee PE
TT Ne dr
RE Es