‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 75 sur 178 · DA TR ET · texte numérisé non relu

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probations qu'on ramassoit en faveur de celte pièce. Ligny, à qui l’on s’étoit adressé, communiqua sa lettre à ses consorts, et renvoya la thèse signée d'eux et de lui-même, toutefois avec des explications sur quelques articles, par lesquels ils craignoient de se compromettre. Ils ne manquèrent pas de motiver leur réserve : c'est qu'ils ne pouvoient pas, disoientils, s'expliquer d’une manière plus absolue, sans donner aux ennemis de la grâce sujet de les accuser, au moins de contradiction, parce qu'ils s’étoient vus contraints L'e souscrire un écrit où la grâce efficace et la suffisante éloient expliquées à la facon des thomistes. Véritablement ils ne pensoient pas comme cette école, dont la grâce suffisante n'étoit pour eux qu'une pure sotlise; mais ils jugeoient nécessaire d'en emprunter les expressions pour inieux envelopper leurs sentiments, et ne pas donner prise à leurs ennemis avant le temps propre à prendre l'essor. D'ailleurs comme la thèse, qu'ils r°connoissoient pour trés-exacte et très-orthodoxe, sembloit néanmoins assez dure pour ceux qui n'étoient accoutumés qu'au langage des écoles, il leur avoit paru convenable d'apporter les explicatiuns les plus propres à en empêcher la censure. C'est ainsi que pat plusieurs lettres, ils excusoient humblement la liberté qu'ils avoient prise de faire quelques remarques sur la thèse dont on leur demandoit l'approbation.

Quoique ces lettres équivalussent à une signature pure et simple, le faux Arnaud en voulut une strictement telle, et fit passer, en la demandant, un rouvelexemplaire de la thèse, La docilité fut entière : on lui renvoya la thèse signée purement et simplement, et les signatures étoient même légalisées pardevant notaire. Elle contenoit sept articles, dont voici la subslance : Que la grâce elficace ne soit donnée ni toujours, ni à tuus les hommes, c'est ce qu'on prouve tant par le consentement de tous les théologiens, que par l'expérience de tous les pécheurs, et que celte grâce soit nécessaire, afin que 1 homme ait un pouvoir vraiment et proprement dit de faire le bien, c'est de quoi tombent d'accord tous ceux qui sont instruits de la tradition et de la doctrine des Pèr+3. Ceux qui admettent la grâce suffisante pour l'état où nous sommes, s'éloignent inlinuncnt de la pensée de saint Augustin, qui ne reconnoiît point

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DE L'ÉGLISE. 155 d'autre grâce que celle qui est efficace. Le grâce suffisante, au sens des thomistes, paroît moins mauvaise, parce qu'elle renferme une expression qui en exclut la suffisance, et que dans ces temps orageux, elle est fort propre à cacher les mystères de la grâce évangélique. De ce que le péché philosophiqueest condamnable, l'ignorance, au moins du droit naturel, n’excuse pas de péché. Il est conforme aux principes de saint Angustin de nier absolument que depuis le péché du premier b5mme, on ait eu cette sorte de liberté, qui consiste dans l’indifférence de la volonté à se déterminer pour ou contre, selon qu'il lui plaît, et dans un pouvoir d'agir ou de n’agir pas, qui soit dégagé de tout empêchement. Lorsqu'il est question de l'état présent, nous rejetons la nécessité qui s'appelle de nature, et qui emporte l'immutabilité ; pour ce qui est de toute autre nécessité, rien ne doit empêcher de l'admettre avec saint Augustin.

Si la doctrine de cette thèse est, comme on le voit clairement, le pur jansénisme, il éloit clair aussi que le jansénisme n'étoit pas un fantôme, puisque les dupes de Douay attestérent eux-mêmes en mille manières, que telle étoit la croyance de leur parti. Outre la signature de la thèse, ils confirméèrent par des lettres multipliées la confession qu'ils y avoient faite 1. «Je suis persuadé, dit Ligny. que les papesont manqué en condamnant Jansénius. M. l'évêque d'Ypres, ajoute-t-il par une autre lettre, a été condamné par une faction de bande molinienne, et il n'a jamais tenu d'autre doctrine sur la grâce que celle de saint Augustin ...... Les papes n'ont jamais donné de marque plus évidente de leur faillibilité, que dans la condamnation des cinq »:opositions au sens de Jansénius, Vous avez démêlé, écrivit le docteur Gilbert, la doctrine évangélique sur la grâce de Jésus-Christ, de la blessure que lui a faite Alexandre VIIL par sa constitution, dont la plaie n'est pa: encore bien fermée, »

Ï ÿ avoit un an que duroi :«'te pièce, quand le faux Arnaud, muni de toutes les preuves qu'il avoit désirées, en vint au dénoûment par la scène de toute: la plus comiyzc. De-

* Lettres du 1er et du 23 novembre 16go.

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