‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 76 sur 178 · LA. RE · texte numérisé non relu

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puis quelque temps, il flattoit son cher fils de l'espoir d'un établissement très-avantageux en France auprès d'un saint évêque, qui ne pensoit, lui disoit-il, qui ne parloit, qui n'écrivoit que par saint Augustin. Enfin il lui manda qu'il étoit temps de partir; qu'il pouvoit en toute confiance envoyer ce qu’il avoit de livres, de lettres et de papiers plus précieux, à une auberge qu'il ‘ui ‘udiqu'i à Valenciennes, et qu'on les lui feroit tenir par une voie très-sûre chez le saint évêque. Jamais ii n’y eut d'enfant plus dorile ni plus simple assurément que Ligny. Il fait son paquet, l'envoie au lieu indiqué, d’où lon eut soin de le retire: biea vite, et il dispose tout pour son voyage. On lui mande ensuite qu'il faut partir sans délai ; on lui marque sa 1:.1te, et on lui recommande surtout de voyager commodément, puisqu'on doit le rembourser de ses frais. Comme rien ne pouvoit faire plus de plaisir à ce tendre fils, que d embrasser enfin son cher père, on l'assura qu'il le trouveroit à Carcassonne, ville voisine de la terre heureuse qu'on lui promettoit, et dont le nom étoit toujours un mystère. Le voyage étoit long, et le mystère encore plus suspect : mais Ligny étoit armé d’un courage et d'une docilité à toute épreuve. D'ailleurs le terme du voyage lui présentoit des douceurs qui faisoient disparoître toutes les fatigues et les inquiétudes.

Il devoit descendre à Carcassonne chez le doyen de la cathédrale pour qui on lui avoit donné une lettre ; et l'abbé de Valle-Dieu, c’est ainsi que son père lui avoit appris qu'on le nommoit dans ce pays-là, au lieu qu'il s'appeloit Sainte-Croix en Flandre, et Puis-Laurent à Paris ; et son cher père, sous le nom de Valle-Dieu, devoit le venir prendre chez le doyen, pour le conduire au saint é’êque du voisinage, qui l’attendoit avec impatience. Le bachelier fait argent de ses meubles, comme désormais inutiles, fait ses tendres adieux à ses amis, sans toutefois leur faire part de son secret, sontient avec ne confiance ir ‘branlable la longueur du voyage + Douay à Carcassonne, «: va débarquer, avec la mê:c sécurité, che: ?e doyen de : ‘e cathédrale. Il présenta aussitôt sa lettre de créa: se, a étoit concue en ces termes : « Monsieur, voici l'ecc: 1 s11que qui vient de si lo'a au service de notre saint

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DE L'ÉGLISE, (An:1691) 157 évêque. Pour trouver un homme de son mérite, de sa vertu et de son érudition, ce ne seroit pas trop faire que de l'aller chercher au bout du monde. 1l est capitalement ennemi des jésuites; il est réformé autant qu'on puisse l'être : les cinq propositions de Jansénius le gênent peu; il sait que ce saint prélat a été rondamné par une cabale; en un mot, c’est un homms capable de mettre tout un diocèse dans les sentiments de M. Pavillon de sainte mémoire. Donnez-lui, je vous prie, logement chez vous, et tout l'argent dont il aura b:soin, jusqu à ce que je vienne le prendre en carrosse pour le rendre à son terme. Je suis parfaitement, etc. Sainte-Croix. »

On peut niginer quelle fut la surprise du doyen, qui n'entroit pour rien dans ces jeux. Celle du pêlerin fut encore plus grande. L'accueil qu'on lui fit ne fut pas moins fâcheux. Il reconnut enfin, mais un peu tard, qu'il étoit joué. Malgré toute sa douleur, il fallut suspendre ses larmes, et penser incessamment au retour. Cependant l'Arnaud supposé donnoit l'alerte à ses autres dupes. Il leur manda qu'un domestique perfide venoit de lui voler ses lettres, tous ses papiers et une partie de ses livres; qu'il ne doutoit point que ce misérable, le plus indigne des hommes, ne trahit son secret, et ne cherchât à faire fortune aux dépens de son maître ; qu'il leur conseilloit de se cacher quelque temps, jusqu'à ce qu'on vit quel tour prendroit cette aventure; qu'on fait toujours mieux ses affaires en champ libre que dans une bastille, où l'on pourrit des années entières sans être écouté. Comme ils ne prenoient pas l'alarme assez vite, il leur manda, par une seconde lettre, que ses premières appréhensions n’éloient que trop fondées; que son valet s'éloit rendu à la cour avec ses papiers; qu’on les avoitexaminés, et qu'on y trouvoit des choses horribles contre la resigion.

Peu après cet éveil, parut un é-rit qui avoit pour titre : Lettre à un docteur de Douay, sur les affaires de son université. 11 contenoit la thèse fameuse, ses approbations et les noms de ses approbateurs, avec des fragments de leurs lettres, qu'on réimprima dans la suite sous le tiire de Secrets du parti de M. Arnaud, découverts depuis peu. Le voile ne tomba ocint encore de leurs yeux, tant leur aveuglement éloit pi-

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