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135$ (An 1691.) WISTOIRE
toyable ! Il fallut que celui qui l’avoit tendu le levât lui-même. Quand le véritable Arnaud sut la chose, il en porta ses plaintes, avec des cris épouvantables, à l’évêque d'Arras, au prince de Liége, et par deux lettres d'injures contre les jésuites, qu’il accusoit d’avoir au moins conduit la trame, s'ils ne l’avoient pas ourdie. Quant à son auteur, quel qu'il pût être, il le qualifioit d'imposteur, de menteur, de fourbe, de faussaire, de filou, de fripon, d'ange de Satan, d’organe du démon. Il représentoit au contraire les novateurs démasqués, comme autant de brebis innocentes, et victimes de leur innocence même, Il appuyoit en vain sur leur simplicité : elle étoit palpable; mais il n'étoit pas moins clair que ces théologiens, si débonnaires et si simples, se moquoient de toutes les décisions de l'Eglise, et tenoient dans le cœur la doctrine qu'ils s’efforcoient au dehors de faire passer pour une chimère.
Le but que s'étoit proposé l'auteur de cette pièce, n'étoit pas simplement d'apprêter à rire, et moins encore de donner lieu aux clameurs et aux libelles. Dès que la lettre à un docteur de Douay eut été mise au jour, celte université cita ceux de ses membres dont il y étoit fait mention, pour savoir s'ils tomboient d'accord sur les faits qui s’y trouvoient énoncés. Ils n’eurent rien de mieux à dire, sinon que les morceaux produits de leurs lettres auroient un sens plus supportable, s’ils n'éloient pas détachés du corps du discours. Ce fut pour leur ôter ce retranchement, que le faux Arnaud remit toutes les pièces en origin:! dans les mains d'un homme sûrt, qui les montra à qui les voulut voir. L’évêque d'Arras fut du nombre des curieux, et en qualité de juge de la doctrine dans son diocèse, il parut vouloir user des moyens de droit pour se saisir de ces pièces; ce qui engagea l'Arnaud supposé à les envoyer à Paris. 1l y alla peu après lui-même, et i! fut présenté au roi, qu'on avoit instruit de toute l'intrigue, et qui la regardoit
1 Cet homme sûr etoit le P. Paÿen, recteur du collége des jésuites à Douay; ce qui donne occasion à l'abbé Racine d'attribuer toute cette intrigue aux jésuites. Qu'ils sy soient trouvés intéresses pour le résultat, c’est ce qui leur fut commun avec un graud nombre d’autres personnes étrangères à leur société. Une seule chose est certaine , c'est qu'Honoré T'ournely, docteur de Sorbonne, et prof. ::: ‘e théologie
à Douay, dés l'année 1688, se fit connoître comme etant le faux Ai: :uid. Racine ue mauque pas de dire qu'il ut ainsi /e buuc-em::" ire de lu suciete.
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DE L'ÉGLISE, (AN 1691.) 159 comme un heureux stratagème de guerre. En toute autre matière que celle de religion, il n’y auroit véritablement qu’à rire des fourbes fourbés enfin, et si étourdiment tombés dans le panneau. Blämcroit-on hièn fort l’homme adroit qui, par Île stratagème en question, tireroit le secret d’un ennemi suspect de le vouloir assassiner ? La conservation de la foi, pourroiton dire encore, vaut bien celie de la vie d'un particulier, Ia chose est hors de doute; mais il n’est pas moins indubitable que la foi ne doit se conserver que par les voies qui l'ont établie, sans jamais blesser l'apparence même des lois de la candeur, sans que la prudence du serpent fasse oublier jamais la simplicité de la colombe, su prenne seulement un faux air de duplicité. Au reste, le sicur de Ligny fut remboursé des frais de son voyage et du prix de ses livres : mais quel dédommagement pour une pareille avanie.
Le roi donna ordre que tous les papiers surpris à Douay fussentcommuniqués aux professeurs de théologie des maisons de Sorbonne etde Navarre, afin d'examiner s’ils contenoient quelque chose qui renauvelât les erreurs condamnées parles papes Innocent X et Alexandre VII. Les dix professeurs, après une discnssion d'environ deux mois, déclarèrent que cesécrits contenoient formellement la doc: re des trois premières propositions de Jansénius, ét combatioient les constitutions des papes, même en termes de méchante plaisanterie, et très-injurieux 1. La peine suivit de près le jugement. Gilbert étoit déjà ex ‘à Saint-Quentin; Laleu fut envoyé au Mans, Rivette à C: :tances, Ligny à Tours, et le chanoine Maipaix à Saintes. Deux frères de Rivette, et le curé Malpaix , frère du chanoine, furent chassés du royaume. Ainsi finit cette farce ambiguë, en réjouissant tout le monde. excepté ceux qui prêtuient à rire.
On entreprit dans le :::i1e temps une négociation plus sérieuse, qui eut toutefois moins d'effet. On avoit tenté bien souvent, et toujours en vain, de concilier les différends de religion, et de pacifier les troubles qu’ils causoient en Allemagne. L'évêque de Neustadt, en conséquence des nouvelles délibérations des diètes à ce sujet, ayant fait plusicurs démarches
VAvis doctiiuul des professeurs du 26 déceinbre 1691.