‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 78 sur 178 · ROTE S7 PERS · texte numérisé non relu

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160 (AN 1691.) HISTOIRE auprès des ministres protestants, l'empercur Léopold entra dans ce proiet avec beaucoup de chaleur, et appuya de son autorité le prélat médiateur. 1] lui fit expédier dans le cours de cette année 1691, un rescrit qui lui donnoit plein pouvoir de traiter des affaires de rcligion avec tous les états, communautés et particuliers de sa dépendance, Muni de cette autorisation, l'évêque travailla pendani sept mois avec Molanus, directeur des consistoires du pays d'Hanovre, qui avoit été choisi parmi les théologiens protestants pour conférer avec lui. Peu après, il engagea le savant évêque de Meaux dans cette négociation,

On dit qu’elle auroit pu réussir, sans les chicanes de Leibnitz, qui se mêla de cette controverse avec des vues bien moins pacifiques que celles de Molanus. Il est vrai que celuici parut toujours avoir des intentions droites, désirer sincèrement la réunion : mais quel étoit son plan ? 11 vouloit qu'on commençât par se réunir conditionnellement, et qu’ensuite on convint des dogmss de la foi. Bossuet promettoit bien que sur les points de discipline, l'Eglise useroit, avec les protestants réunis, de toutes les condescendances que des enfants infirmes, et cependant soumis, pouvoient raisonnablement espérer d'une mère tendre : mais ferme sur nos principes, il vouloit qu'ils reconnussent, avan: ‘oute chose, le dogme de l'infaillibilité de l'Eglise qu'ensuite ils examinassent de bonne foi ce qu’elle croit, et ce qu'elle réprouve, et en conséquence qu'ils eussent à y rappeler les articles de la confession d'Augsbourg, en les modifiant par forme d'explication, pour éviter la honte d’une rétractation formelle; après quoi ils devoient encore s’assembler, afin de rendre le concile de Trente œcuménique à leur égard, en l’autorisant de leurs suffrages. Quel énorme intervalle deux projets si différents ne laissent-ils pas entre les deux partis? La foi est immuable de sa nature; l'hérésie l’est égaiement par son opiniâtrelé : comment les rapprocher, sans anéantir l’une ou l’autre? Dans toutes les négociations de ce genre, la moindre perte qu'on ait faite jusqu'ici a été celle du temps.

On a recueilli dans les œuvres posthumes deBossust, toutes les pièces de cette affaire : dans l'espérance, dit l'éditeur, qu'on pourra quelque jour la renouer sur ce plan, et si les moments

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DF L'ÉGLISE. (AS 1691.) 161 de Dieu sont venus, la terminer et la consommer. Si l'éditeur est prophète, ce sera la première prophétie de cette espèce qui soit suivie de l’accomplissement.

La providence ménagea un nouveau témoignage , tant de la perpétuité que dela catholicité de la foi romaine, contreles sectaires qui refusoient de la reprendre. Ce fut dans ces circonstances que Callinique, patriarche de Constantinople, approuva synodiquement la confession de son prédécesseur Parthenius, touchant la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie, et condamna les écrits du logothète Jean Cariophile, qui sous prétexte de former quelques difficultés sur Je mot de transsubstantiation, sembloit établir des erreurs conformes à celles de l’ancien patriarche Cyrille Lucar. Ainsi ies Grecs, malgré leur aversion pour l'église latine, rendoient-ils justice au concile de ‘Trente, qui avoit adopté ce terme sacramental. Callinique, comme on le voit, étoit le second patriarche de Constantinople qui s’élevoit contre les nouveautés contraires au dogme de la présence réelle, sans compter les évêques des autres grands siéges de l'Orient qui marquèrent la même unanimité dans ce point de créance, tant il étoit profondément gravé dans le cœur de toutes les nations chrétiennes !

Dans le cours de l'année suivante 1692, le ciel ménagea un événement plus glorieux encore, et incomparablement plus avantageux à la véritable église de Jésus-Christ, dont l'entrée fut renduelibre chez la plus nombreuse nation qui soit dans l’univers ‘. Jusque-là l'empire de la Chine, où l'on compte plus de cent millions d'âmes, avoit été fermé, par des lois réputées fondamentales, à toutes les religions étrangères. La religion chrétienne surtout étoit sévérement exclue d'un empire où les puissances infernales s’appliquoient à se maintenir comme dans leur plus florissant apanage. Il y avoit des exceptions tacites pour les mahomélans, et pour les sectes les plus extravagantes et les plus pernicieuses : mais quoiqu'on y comptât bien des chrétientés, et même des chrétientés considérables dans plusieurs provinces, on les inquiétoit sans cesse; on les per-

1 Histoire de l'édit de l'emperenr Cambhï en fa:eur du christianisme, tom, Ill des Mémoires de la Chine.

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162 (AN 1601.) sécutoit tantôt dans un lieu, tantôt dans un autre, et chaque jour ils se voyoicut au moment d'une proscription universelle,

Ce danger devint plus prochain que jamais par la malice profonde et le haut crédit de Tcham-teinyun, vice-roi de la province de Chekiam. C'étoit un fourbe consommé, qui, sous un extérieur modeste et des faux-semblants de vertu, cachoit des passions violentes. Il avoit acquis l'estime de l'empereur, avec une grande réputation d'intégrité, parce qu'étant gouverneur d'une ville du dernier ordre, il s'étoit comporté avec beaucoup de désintéressement, persuadé que celte conduite l'élèveroit aux premiers emplois, où il pourroit se dédommager avantageusement de ce que lui auroit coûté sa réputation. Un homme de ce caractère ne pouvoit pas aimer le christianismé; il avoit d'ailleurs un intérêt d'orgueil à se déclarer contre cette religion. Le trésorier général de la province ayant fait faire une idole, afin d'en obtenir de la pluie, invita le viceroi à l'inauguration de la nouvelle divinité, et à lni offrir le premier encens. Comme le vice-roi se piquoit d'être de la secte des savants et des philosophes, qui est une espèce de déisme dont l'empereur et les mandarins font profession, au lieu que l’idolâtrie est reléguée dans l'ordre populaire, il répondit d’un ton fier et railleur, qu'il ne savoit point prier les dieux qui ne savoient rien donner. Je vous entends, reprit le trésorier piqué, c'est-à-dire que vous êtes chrétien. Le viceroi eut beau s'en défendre, on feignit de ne pas l’en croire et on l’enraillasouvent ; ce qui le mit en si mauvaise humeur contre les chrétiens, qu'il résolut de les perdre.

Quand il crut son autorité bien établie, il leur suscita une persécution qui parut un effet soudain du hasard, mais qui étcit l'ouvrage d'une méditation profonde, et l'exécution d'un déssein concerté depuis long-temps. Les mesures en étoient d'autant plus sûres, qu'elles avoient été plus sourdes et plus détournées. Il avoit de puissants appuis à la Cour, et dans les provinces, les partisans du déisme et de l’athéisme, du mahométisme, de l'idolâtrie même le devoient soutenir de leur crédit et de leur argent s’il en étoitbesoin. Voici comment ja manœuvre s'engagea sous les apparences du hasard.

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ment querelle avec un de ses parents, qui “ioit idolâtre. Celui-ci porta sur-le-champ sa plainte ai gouverneur de la ville, et ne manqua point de faire à son parent un crime de sa religion. Le gouverneur animé, selon toute apparence, par les émissaires du vice-roi, rendit la cause de l'accusé commune à tous les chrétiens, traita le christianisme de secte pernicieuse par des placards imprimés, et défendit à toutes les personnes de son ressort, d'en faire profession, Le père Intorcelta, jésuite sicilien, l'un des plus expérimentés missionnaires de la Chine, prévit d'abord que cette étincelle tendoit à couser un embrasement général. Comme il demeuroit à Ham-chéou, capitale du Chekiam, où il gouvernoit l’une des plus florissantes églises de la mission, il en alla trouver le gouverneur de qui dépendoit celui de Lingan qui se montroit intraitable, et n’omit rien de ce qui lui parut propre à étouffer cette affaire dans son principe. La partie étoit liée entre tousles officiers de la province voués au vice-roi : ainsi tous les soins et les efforts du père Intorcetta ne furent pas seulement inutiles, mais on l'enveloppa lui-même dans la chicane qu'on fit en même temps au père d'Alcala, religieux desaint Dominique, sous prétexte qu'il étoit venu de la province de Canton s'établir, sans ordre, dans celle de Chekiam. Le missionnaire jésuite se trouvoit dans le même -.: que le dominicain, à prendre les choses à la lettre ; sur quoi les Chinois, en mauvaise humeur, sont les plus rigoureux de tous les hommes. Cettenation, tout implacable q""-s1sa haine, n'a point recours, pour l'assouvir, à la cruauté, ci fait peur, et qui est peu de son goût : mais la chicane seule rournit abondamment à un Chinois de quoi satisfaire sa passion. Nul autre peuple ne les égale dans cet art, et ils en pourroient faire des leçons à nos provinces les plus renommées dans ce genre de savoir.

Sans donc nous engager dans le dédale d'une procédure dont les raffinements sont encore inconnus en Europe, nous n'en toucherons que ce qui servit à faire éclater la foi et la constance des confesseurs. Les pères d'Alcala et Intorcetta furent obligés de comparoître devant tous lestribunaux infidèles, et ils s'y présentèrent dans le même esprit qu'avoient autrefois

comparu Îles apôtres devant la synagogue, c'est-à-dire, com- 11,

164 (AN 1691.) blés de joie d’avoir à souffrir des opprobres pour le nom de Jésus-Christ. Le premier dessein du vice-roi étoit de faire abattre l'église de sa capitale, qu'il regardoit comme le triomphe et le plus beau trophée du christianisme en Chine. C'étoit en effet la plus belle et la mieux entendue de tout l'empire. Quoique l'édifice ne fût pas aussi grand que la mosquée principale que les mahométans avoient dans la même ville, elle étoit plus régulière, et beaucoup mieux ornée. Elle avoit une nef, deux bas côtés et trois autels, avec un riche lambris dans toute son étendue. L'or et l’azur y étinceloient de toute part sur un vernis qui avoit le brillant de la glace : mais ce qu’elle avoit de plus précieux pour les néophytes, et de plus irritant pour le vice-roi, c'éloit une suite continue de tableaux instructifs copiés sur les bons modèles d'Europe. Ils représentoient la vie de Jésus-Christ depuis sa naissance jusqu’à son sscension, les mystères de la sainte Vierge, les douze apôtres, Jes quatre évangélistes, et les autres saints les plus célèbres, les quatre fins de l'homme, et les faits les plus remarquables tant de l’histoire sacrée que de l'histoire ecclésiastique.

Le père Intorcetta, par la force de ses raisons et par toutes les ressources d’une habileté peu commune, défendit si bien cet auguste monument, qu'il le préserva de tous les attentats du persécuteur. Quelque dévoués que fussent au vice-roi les officiers des tribunaux subalternes et nombreux par où l'affaire devoit successivement passer, il y rencuntra des répugnances ou des craintes qu'il ne put jamais vaincre. Ils trouvèrent son procédé contraire au lerme des lois et aux coutumes du pays, et ne voulurent pas risquer leur fortune, pou. satisfaire la passion d'un politique qui ne manqueroit pas, si la cour venoii à improuver cette entreprise, de se justifier personnellement, en produisant leurs sentences. C'eût été en effet une audace extrême, une témérité visible, que de faire une injure de cet éclat à une religion protégée en toute rencontre par l'empereur, et spécialement de renverser, sans l'ordre exprès du tribunal des rites, une église que ce tribunal avoit respectée lui-même dans les persécutions précédentes Îles plus animées.

Parmi les chrétiens de cette province, il y avoit un médecin nommé Tchin-tasen, qui étoit regardé avec raison parmi les

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DE L'ÉGLISE. (AS 1691.) 165 infidèles, comme une des colonnes de cette église. Sous prétexte de visiter les malades, il alloit de maison en maison exhorter les fidèles à la constance, et distribuoit aux uns des livres de dévotion, aux autres des chapelets ou des images, afin de soutenir et d'animer leur ferveur. Il fut condamné à recevoir une rude bastonnade, et à être mis ensuite à la cangue, c'est-à-dire, à être exposé en public, le cou serré entre deux ais de trois pieds en carré, et du poids de soixante à quatrevingts livres. Quoique cette torture soit aussi douloureuse qu’elle est infamante, un jeune homme qu'il avoit tenu sur les fonts de baptême, vint se jeter à ses pieds, et le conjurer, les larmes aux yeux, delui céder sa place. «Quoi! mon fils, lui répliqua le vertueux médecin, voudriez-vous me ravir la couronne que le Seigneur me présente? À Dieu ne plaise que je vous l'abandonne! Cette faveur est trop précieuse pour moi; je sens tout le bonheur d’être jugé digne de souffrir quelque chose pour un Dieu qui a souffert infiniment davantage pour nous. Un refus sibien motivé nefit qu'animerle jeunehomme. » Il alla trouver les juges, pour les prier de le faire mettre à la cangue destinée au médecin. On ne voulut pas l'entendre ; il ne se rebuta point. Il courut au lieu de l'exécution, comptant gagner les exécuteurs plus facilement que les juges; mais il arriva trop tard , et en marqua une inconsolable douleur. 11 rencontra le confessenr de Jésus-Christ , qui , le corps tout meurtri et baigné de sor sang, se faisoit conduire à l'Eglise pour y rendre ses actions de grâces au Seigneur. La joie étoit peinte sur son visage, et il disnit à ceux qui venoient pour le consoler : Ne ine plaignez n:: !:: ce que j'ai souffert, mais bien plaignez-moi de ce que je « x ;:5 eu le bonheur de donner ma vie pour notre bon maîtiv

L'exemple d'une foi si héroïque ‘ortifia les fidèles, et fat d'une édification merveilleuse pour les païens, dont plusieurs, et quelques-uns même d'un rang distingué, demandèrent le baptème , malgré le danger prochain d'être immolés au dépit du persécuteur,

Cependant le père Intorcetta, qui voyoit la grandeur du péril que couroit la religion, en informa les jésuites qui étoient à la cour, et les pressa d’user de la faveur où ils étoient auprès

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