‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 79 sur 178 · PERS · texte numérisé non relu

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de l'empereur, alin d'arrêter les entreprises d'un tyran qui ne se proposoit rien de moins que d'anéantir le christianisme dans la Chine. Le père Gerbillon, un des plus renommés d’entr'eux, communiqua d'abord ces tristes nouvelles au seigneur le plus considérable de la cour, qui, tout infidèle qu'il étoit, l'hono-

‘ roit d'une amitié qui alloit juqu'à la familiarité. C’étoit le prince

Scsan, allié de l'empereur, oncle propre del’impératrice, mère de l'héritier présomptif de la couronne, illustré d'ailleurs par les plus grands emplois; et par une exception sans exemple avant lui, il avoit exercé dix années entières la charge de colao, ou de chef des conseils, la première de l'empire. Son esprit vif et brillant, son jugement solide, sa pénétration, sa prudence et son expérience, lui avoient acquis toute la confiance de l'empereur, qui le regardoit comme la meilleure tête incomparablement de ses conseils, et ne faisoit rien sans le consulter. Plus estimable encore par les qualités du cœur que par celles de l'esprit, il étoit naturellement droit, équitable, généreux et ami parfait.

Ce qui avoit le plus servi à lier le père Gerbillon avec ce prince, c'étoit la paix qu'ils avoient négociée ensemble entre les Chinois et les Moscovites, et dont le prince, par un procédé qui marque toute la franchise et la noblesse de son âme, attribuoit entièrement le succès tant au père Gerbillon qu'au père Pereira, qui lui étoit associé. Rien n'étonna plus la France que ce qu'y écrivirent alors de Chine les missionnaires français, que cet empire et celui de Russie étoient limitrophes, et actuellement en guerre. Aussi rien ne fut-il plus extraordinaire que les conquêtes des Moscovites aux extrémités de l’Asie, dans le cours du siècle dernier. Voici comment les choses: se passèrent.

Quelques Sibériens s'avancèrent jusqu'en Moscovie, sous le règne de Théodore, le second des grands ducs qualifiés de ezars, pour y vendre des peaux de martres , appelées zibelines du nom de leur pays. Comme ces pelleteries plus belles que tout ce qu'on avoit encore vu dans cette espèce ; et communes dans ces vastes déserts, offroient une branche précieuse de commerce, Boris , premier ministre qui avoit de grandes vues et qui pensoit dés lors à monter sur le trône, comme il y

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DE L'ÉGLISE. (An 1691.) 167 réussit par la suite, envoya des ambassadenrs aux Sibériens, pour les inviter à faire alliance avec les Moscovites. Ces ambassadeurs ramenèrent avec eux quelques-uns des principaux de la nation, qui n'avoient jamais eu d'habitation fixe, ni presque d'autre société qu'avec les animaux de leurs déserts. Enchantés de la grandeur de Moscou, de la magnificence de la cour, et du bon accueil qu'on eut soin de leur faire, ils recurent avec actions de grâces la proposition qu'on leur fit de ne plus former qu’un senl et même peuple avec les Moscovites, et de reconnoître l'empereur de Moscovie pour leur empereur et leur défenseur commun. Les récits pompeux qu'ils firent ensuite à Jleurs compatriotes, les présents qu'ils leur rapportoient, les assurances qu on leur donnoit d'une puissante protection, les déterminèrent sans peine à ratifier le traité.

Unis de la sorte avec les Sibériens , les Moscovites parcoururent les terres immenses qui sont comprises sous le nom de grande T'artarie, avancèrent toujours sur la même ligne d'occident en orient, déclinantun peu vers lemidi, bâtirent dedistance en distance des villes ou des forts sur les principales rivières et dans les gorges des montagnes, afin de s'assurer des passages, et parvinrent jusqu'aux frontières des Tartares orientaux, c'està-dire, des Manchéous, qui s'étoient rendus maîtres de la Chine. Ils n’avoient trouvé aucune opposition de la part des Tartares occidentaux, peu jaloux de quelques places éparses dans les vagues espaces où ils sont toujours errants ; ils étoient charmés au contraire des caresses qu'on ne cessoit de leur faire, et de mille commodités nouvelles qu'ils trouvoient pour la vie. Mais les Orientaux autrement disciplinés, et sujets des empereurs qu'ils avoient donnés à la Chine, trouvèrent fort étrange que des inconnus vinssent bâtir des forts sur leurs terres, et ils s'opposèrent de vive force à ces entreprises. 1ls rasèrent jusqu'à deux fois l'une de ces forteresses, que les Moscovites rétablirent pour la troisième fois, et munirent si bien enfin, qu'ils la crurent hors d'insulte. Les Manchéous et les Chinois réunis l'assiégèrent de nouveau : mais l'artillerie européer 1e, tout autrement servie que la leur, rendit longtemps leurs efforts inutiles, et fit douter même que toute leur persévérance eût un meilleur succès, Leur souverain craignoit

d’ailleurs que les Russes ne vinssent à soulever contre lui les Tartares occidentaux ses plus redoutables ennemis, et que joignant leurs forces, ils ne fissent une irruption, et peut-être une seconde révolution dans la Chine. D'ailleurs ils furent bientôt las d’une guerre qui les tiroit de la vie molle que le Chinois a aimée de tout temps, et que le Manchéou lui-même commençoit à goûter. D'un autre côté, cette guerre éloit fort à charge aux Moscovites, qu'elle obligeoit d'entretenir une armée dans Jes déserts, à plus de mille lieues de l’Europe. Il fut donc question de la paix, et l'on fit savoir à l'empereur de la | Chine, que czar envoyoit pour cela ses plénipotentiaires à Se-

lingue, ville appartenante aux Russes, à quatre cent cinquante

lieues de Pékin. Le lieu des conférences fut ensuite assigné,

de concert entre les deux couronnes, à Nipchou, autre place russe, qui abrégeoit de cent cinquante lieues la route des i plénipotentaires chinois. L'ambassade de cette ration fut d'une : magnificenceinouïe pour l'Europe. Outrelesplénipotentiaires, dont l'oncle propre de l'empereur, et le prince Sosan, oncle de l’impératrice, étoient les chefs, il y avoit cent cinquante mandarins des plus considérables , avec une suite de plus de dix mille personnes. Comme les Moscovites avoient mis en

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