‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 80 sur 178 · IA L · texte numérisé non relu

IA L

à 0 , * LINE D + LU

latin leurs lettres à l'empereur, il voulut que les pères Gerbil- ce

lon et Pereira, habiles en cette langue, et d'ailleurs faconnés n

aux mœurs européennes, fussent encore de l'ambassade, il les tr

revêtit de la qualité de mandarins, afin de les rendre plus res- se À pectables aux Russes, d \ Ce prince en effet ne pouvoit mieux s’y prendre pour con- (eh clure la paix qu'il vouloitabsolument, qu’en députant ces pères ” #4 pour la ménager. Les deux nations, de mœurs toutes différen- FL “a tes, entêtées chacune de sa prééminence, s'aigrirent d'abord, m ue i au lieu de se concilier, et l'emportement alla si loin, qu'on se | P' Age canonna. On étoit près de rompre sans retour, quand le père pl Gerbillon se fit fort de regagner les Moscovites, si on lui per- sd

mettait de passer dans leur camp. On y consentit : il demeura Jai

quelques jours parmi eux, et leur fit connoître leur véritable nr

intérêt; que le point capital pour eux, au lieu de s'amuser à pe

quelques fortins bâtis dans un désert, c'étoit le précieux com - :

merce de la Chine, qui apporteroït dansleur patrie l'abondance

re lui les que joi- Jeut-être ls furent le que le ui-même éloit fort enir une pe. Il fut eur de la res à Seinquante assigné, tre place oute des fut d'une entiaires, n, oncle inquante > plus de t mis e s Gerbilfaconnés de, il les

plus res-

ur cones pères

éritable muser à 1X com udance

et les richesses de tout l'Orient, que la paix d’ailleurs leur étoit nécessaire, afin de consolider leurs établissements dans la T'actarie, où ils voyoient bien qu il ne leur seroit pas facile de se maintenir, si l'empereur de la Chine tomboit auparavant sur eux avec toutes ses forces. Ces raisons étoient sensibles ; les Moscovites les goûtèrent, signèrent le traité, et les deux nations se trouvèrent également satisfaites (1689). La droiture vraiment magnanime du prince Sosan , fit tout l'honneur du succès aux missionnaires. Il devint le protecteur déclaré de la religion qu'ils préêchoient, et l'ami tout particulier du père Gerbillon.

Aussi rassura-t-il d'abord ce missionnaire contre les entreprises du vice-roi de Chekiam , avec d'autant plus de fondement, que cet officier lui devoit sa fortune. «Cet homme, ditil, m'a des obligations trop essentielles, pour me rien refuser de ce que je lui demanderai. Ne doutez pas qu'il ne répare ce qu'il a fait contre la loi de Dieu. (C'est ainsi que les Chinois nomment le christianisme. ) Je vous révonds , ajouta-t-il, du succès de cette affaire, et je vous en donne ma parole. » Il écrivit aussitôt une lettre fort pressante au vice-roi, pour l'engager à se réconcilier avec le père Intorcelta, et à réparer ce qu'il avoit fait contre la religion chrétienne. Cette lettre n'opéra cependant rien. Le vice-roi avoit poussé les choses trop loin, pour les remettre dans leur premier état, sans que son orgueil en souffrît. Il sentoit d'ailleurs toute la délicatesse de cette affaire pour l'empereur lui-même , et déjà il s'en étoit expliqué avec ses amis. « Car enfin, leur disoit-il, si l'empereur se déclaroit ouvertement le protecteur de cette religion étrangère, il exciteroit parmi les Chinois les plus dangereux murmures, en violant les lois fondamentales de l'état, pour approuver une religion contraire à celle des savants et des philosophes, la seule qui soit autorisée dans l'empire depuis 80 fondation, sans compter les excès où peuvent se porter les Jamas, les bonzes , les derviches, qui regarderoient cette distinction comme infiniment honteuse à leurs sectes, qui ne sont que tolérées; il aliéneroït même les Turtares, ses plus fidiles sujets, qui ne pourroient que le blâmer, eux qui adorent tous les dieux sans en croire aucun, s'ils voyoient que

170 (AN 1691.) HISTOIRE sans nécessité, sans aucun intérêt d'état, il se fit l’objet de la haine publique pour une affaire de religion. »

Le prince revint toutefois à la charge, et adressa une seconde lettre plus pressante que la première, à l'obstiné viceroi. Elle n'eut point d'autre effet que de le porter à épargner le père Intorcella personnellement, et à le laisser dans son église : mais afin de couper courtaux nouveaux obstacles qu'on pourroit susciter contre son entreprise, il la poussa avec la plus grande activité, et s'appliqua malignement à la compliquer de telle manière par les formalités de la procédure, qu'il devint comme impossible de la débrouiller.

J1 ne restoit plus qu'une voie pour sauver le christianisme, savoir le recours immédiat à l'empereur, qui à la vérité ne parloit de l'Evangile qu'avec la plus haute estime, mais qui avoit lui-même bien des ménagements politiques à observer. Souvent les jésuites de Pékin avoient réclamé sa protection contre les avanies soudaines que les chrétiens avoient de temps en temps à souffrir dans les provinces éloignées. 11 les avoit toujours écoutés favorablement; mais par cette raison là même, ils craignoient qu'il ne se rebutât enfin de leurs importunités , surtout dans une affaire entreprise et conduite avec art et méthode, sous les auspices de la loi, et dans toutes les formes légales. Comme il s'agissoit néanmoins du sort entier de l'Evangile dans l'empire, ils crurent devoir tout risquer, après avoir imploré le secours du ciel , et pris d’ailleurs toutes les précautions que demandoit une démarche si critique. La première fut de communiquer leur dessein au prince Sosan, qui sans consulter autre chose que sa générosité , et s-ns craindre de se compromettre, approuva leur résolution, en les assurant qu'il les serviroit de tout son crédit, qu'ils pouvoient compter sur lui comme sur un ami à toute épreuve. (1692.)

Les jésuites qui se trouvoient à Pékin, et que l'empereur honoroit en toute rencontre des témoignages de sa bienveillance, allèrent tous ensemble au palais, firent un récit fidèle de tout ce qui s'étoit passé dans la province de Chekiam, et se jetèrent aux genoux de l'empereur, en le conjurant, les larmes aux yeux, de les soustraire enfin aux vexations conti-

et de la

une sené vicepargner lans son es qu'on avec la complire, qu'il

ianisme, rérité ne mais qui bserver.

rotection oient de es. Il les te raison de leurs conduite

si critiprince sité, et

DE L'EGLISE. (AN 1692.) 171 nuelles que leur attiroient les anciennes défenses d'exercer la religion chrétienne. « Si l'on fait toujoursun crime à vos sujets, lui dirent-ils, d’embrasser le christianisme , nous n'avons d'autre parti à prendre que de nous retirer de votre empire. Votre majesté sait parfaitement que nous n'avons quitté l'Europe, abandonné nos proches .et nos amis, renoncé à nos biens et à toute espérance de fortune, que dans la vue de faire connoître Jésus-Christ jusqu'aux extrémités du monde. 1 est vrai que les faveurs éclatantes dont un si grand prince nous comble sans cesse, surpassent infiniment les foibles services que nous pouvons lui rendré ; mais engagés comme nous le sommes par notre profession, à ne rechercher ni les biens, ni les honneurs de ce monde, le seul avantage qui puisse nous flatter , et que nous demandons uniquement, c'est que votre majesté révoque les édits contraires à la loi du vrai Dieu, qu'elle permette aux prédicateurs de l'Evangile de l’annoncer dans tout son empire, et à ses sujets de l’embrasser en toute liberté. »

L'empereur leur offrit d'abord d’apaiser par des ordres secrets la persécution de Chekiam. Les pères, après avoir témoigné leur vive reconnoissance, ajoutèrent néanmoins que cette persécution avoit eu trop d'éclat, et causé trop de préjudice à la loi de Dieu, pour qu'il se puisse réparer autrement que par des ordres publics. Soit que le prince fût choqué de la liberté de ces propos, soit qu'il fût gêné par des considérations politiques, il parut mécontent, et les laissa sans réponse : mais il aimoit véritablement ces pères , qui l’avoient servi essentiellement contre les rebelles pendant sa minorité, qui lui donnoient journellement des leçons de mathématiques , qu'il moenoit dans tous ses voyages, et qu'iltraitoit avec une affabilité sans exemple parmi les souverains de l'Asie, et principalement de la Chine. 1] les fit rappeler dès le lendemain, et leur dit de se bien consulter, de voir ce qui leur étoit le plus avantageux, ou de s’en tenir à ce qui leur avoit été proposé la veille, ou de lui présenter une requête en forme , afin d'obtenir ce qu'ils prétendoient eux-mêmes. Le pas étoit glissant, et si la démarche ne réussissoit point, les suites en devoient être terribles : mais l'empereur étoit bien disposé, et ce jour-là même il leur envoya différents mets de sa table; ce qui est une des plus

172 (AN 1692.) HISTOIRE grandes faveurs que puissent faire ces princes aux personnes même de la première distinction,

Ils se rappelèrent aussi toute l'estime qu'il avoit foncièrement pour la religion chrétienne, et s'étant doutés, avant ceci, qu'il ne refusoit de la protéger ouvertement que parce qu'il la croyoit absolument étrangère à la Chine, et n'imaginoit ;:: qu'elle ÿeût été jamais établie, illeur avoit paru singulièrement frappé quandils lui avoient parlé du monument trouvéen 1625 dans la province de Chensi. Il apparoissoit par-là que l'Evangile avoit été porté à la Chine depuis plus de mille ans; que plusieurs empereurs s’étoient appliqués autrefois à l'y fairefleurir, etqu'ils avoient élevé des temples au vrai Dieu dans la plupart des provinces. Or, il s’étoit assuré de ces faits par l'inspection même du monument où ils étoient consignés, et que l'on conservoit dans un temple deSihnafou, capitale du Chensi.

C'est pourquoi ils prirent le parti de présenier une requête en forme ; et par la grandeur même de leur confiance, aiguillonnant habilement la bienfaisance de l'empereur, ils le supplièrent d'appuyer leur demande lui-même auprès du tribunal des rites, qui leur étoit peu favorable. Sans accuser le vice-roi de Chekiam , ni se plaindre de personne, ils demandoient que la qualité de chrétien ne fût pas un titre pour être persécuté ni maltraité ; que la religion chrétienne n'enseignant rien qui füt contraire à la saine raison, ni aux lois politiques : qu'apprenant au contraire les maximnes de la plus pure morale, et la pratique des plus sublimes vertus, il n’étoit pas justeque parmi le grand nombre des sectes tolérées dans l'empire, il n'y eût que la seule loi du vrai Dieu qui en fût proscrite; que si l’on trouvoit quelque chose à reprendre dans leur doctrine, ils s'offroient à répondre sur chaque article d'une manière à dissiper tous les doutes.

Ïls portèrent d'abord cette requête à l'empereur dans l'une de ses maisons de campagne, afin qu'il eût la bonté de l’examiner en particulier, avant qu'on la lui présentât en public. Après l'avoir lue, il leur dit avec autant de bonté que d'ingénuité, qu'elle n'étoit pas propre à faire impression sur les mandarins; que toutes les raisons tirées de l'excellence du christianisme les toucheroient peu, et qu'il falloit quelque

Page 1