‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 81 sur 178 · ES ET · texte numérisé non relu

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DE L'ÉGLISE. (AN 1692.) 173 chose de plus intéressant pour des Chinois, qui ne se mettent guère en peine de ce qui ne tient pas à leur propre avantage. Enfin ce prince, par unc faveur incroyable, prit la peine de corriger lui-.1ême la requête, ou plutôt de la changer entiérement, et d'y substituer ce qu'il jugea de plus propre à la faire goûter au tribunal des rites, où, suivant l’ancien usage, elle devoit être renvoyée. Les services rendus à l’état par les missionnaires, en particulier par les pères Schal et Verbiest; leurs travaux assidus pour l'avancement des sciences, et principalement des mathématiques si prisées à la Chine; la nouvelle arlillerie employée avec tant de succès pour la réduction des re. belles et l'extinction de la guerre civile; la paix heureusement conclue à Nipchou entre la Chine et la Moscovie; en un mot, tous les services rendus à l'empire chinois par ces missionnaires, éloient présentés dans un détail et avec une force qu'ils n'eussent jamais osé se permettre, et qui toutefois éloit nécessaire, comme prenant le C‘inois tant par l'intérêt qui le régit, que par la reconnoissance dont il se pique.

L'affaire, si bien concertée, n'en eut pas une issue meilleure, Toujours asservie aux préjugés de son patriotisme, et toujours contraire à l'établissement de l'Evangile, la cour des rites répondit qu'il falloit s’en tenir aux lois anciennes, et défendre aux Chinois l'exercice de Ja religion des Européens : mais ce qu'il y eut de plus accablant pour les missionnaires , c'est que l'empereur , à qui leur air consterné apprit bientôt leur mauva: succès , leur dit que le mal étoit sans remède, qu'il n’y avoi! plus rien autre chose à faire que de prendre patience. À la Chine, le pouvoir du prince est presque sans bornes ; mais c'estun devoir capital pour lui que de leréglersur leslois : ainsi, contre son inclination et toutes ses démarches précédentes, il confirma Ja défense du tribunal, qui n'auroit point eu d'effet sans cela. Cette nouvelle fut un coup de foudre pour les missionnaires. Leur douleur fut si vive, qu'elle les jeta dans un abattement et dans une désolation qui parut aux yeux de tout le monde. L'empereur l'avoit bien prévu, et n'y éloit rien mu: 6 qu'indifférent. Il aperçut un ministre qui étoit de leurs amis, et lui demanda ce que disoient les pères de ce qui s’étoit passé. Hélas! seigneur, répondit le ministre, les uns sont ma-

lades et demi-morts, les autr:: ont perdu la parole; tous sont si abîmés dans la douleur, qu'ils font pitié à tout le monde. «Je ne sais, reprit l'empereur, ce que les mandarins chinois ont contre les Européens. Je leur avois marqué assez clairement l'envie qu: ; avois de favoriser la loi de Dieu ; malgré cela, ils ne veuleni point qu'elle ait cours dans l'empire. 11 ne faut pas cependant que ces bons Européens se désespèrent. Allez leur dire qu'ils prennent un peu de patience, et qu'ils ne s’abandonnent pas, comme ils le font, à la douleur. J'aurai soin de leur affaire, et je tàcherai de les contenter. »

Il fit part de ses dispositions au prince Sosan, qu'il savoit être leur grand ami, et qui le prouva bien en cette rencontre. Comme l'empereur se plaignoit à lui des mandarins chinois, plus obstinés que les Tartares à ne vouloir pas donner cours dansl'empire à la religion chrétienne: «Comment souffrez-vous seigneur, repartit Sosan , une si haute injustice? Les Chinois sont-ils donc les maîtres? et de quel droit s'opposent-ils à votre volonté? Vous honorez ces Européens de votre bienveillance; ils vous servent depuis long-temps avec un attachement parfait, et une inviolable fidélité. Qu'est-ce que ces Chinois entêlés trouvent à redire à ia religion de l'Europe? Ceux qui la condamnent ne la connoissent point. Pour moi, je l'ai examinée avec le plus grand soin, et rien ne m'ajamais paru aussi conforme à la droite raison et aux premières lois de la nature. Il seroit à souhaiter que tout votre empire la professât et la pratiquât exactement; nous ne verrions plus ni voleurs, ni adultères, ni brigands, ni rebelles, et nous n’aurions plus besoin d'entretenir tant de troupes pour nous garantir de la violence et du désordre. Il y a trente ans que votre majesté règne avec tant de sagesse et de vigilance; lui est-il jamais parvenu aucune plainte fondée contre les missionnaires, ou contre les Chinois leurs disciples ? Au moins puis-je protester que durant les dix années que j'ai exercé la charge de colao, on ne s’est jauais plaint à moi des uns ni des autres. Pourquoi donc les Chinois veulent-ils qu'on proscrive une religion si salutaire et si raisonnable, tandis q'on souffre à la Chine les sectes des lamas, des hochans, des mahométans, et cent autres semblables dont l'imposture et les extravagances excitent le mépris

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