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moins ces chrétiens nouveaux sont-ils bien différents de ceux qu'on retrouve dans les villes européennes des Indes. On n'accorde le baptème aux Indiens qu'après trois ou quatre mois d'instructions, accompagnées des plus grandes épreuves. Quand une fois ils sont chrétiens, ils vivent comme des anges; et l'église de Maduré est une image à peu près aussi fidèle de la primitive église, que celle du Paraguai. On y entend quelquefois les confessions de plusieurs villages, sans trouver une âme coupable d'un péché mortel. Et l’on imagineroit bien faussement que l'ignorance ou la honte fait cette innocence apparente : ils s’accusent avec le scrupule d’une religieuse timorée et avec toute la candeur de l’enfance.
1l y a d'abord beaucoup de difficulté à faire goûter l'Evangile aux Indiens des castes nobles, fort entêtés de leur savoir superstitieux; mais quand une fois ils ont bien conçu le crime et l'extravagance de l'idolâtrie, ce sont les fidèles les plus fermes et les plus fervents. Quand aussi la foi a pris dans une caste, et qu'un certain nombre en fait profession, le reste est facile à gagner. Il est des tribus entières, les Rettis, par exemple, et les Ambalagarrents, qui sont généralement d’un naturel admirable, d’une douceur et d'une docilité qu'il ne faut qu'instruire pour en faire de parfaits chrétiens.
En général, les Indiens du milieu des terres n’ont presque aucun des obstacles qu’on trouve à la conversion des autres peuples. Îls n’ont point de communication avec les Européens, dont les violences et la débauche ont diffamé le christianisme dans les Indes. Leur vie est extrêmement frugale, ils ne font point de commerce, contents de ce qu'ils tirent de leurs terres pour se nourrir et se vêtir. Ils ont l’ivrognerie en horreur, et s’abstiennent de toute boisson qui peut enivrer. Ils n'ont aucun penchant pour le jeu : s'ils s'amusent quelquefois avec une espèce d'échiquier, c'est uniquement pour montrer de l'adresse, et jamais pour le gain. Les Indiens, même du commun, abhorrent les jurements, les emportements de fureur, au moins quand les coups sont de la partie, et à plus forte raison l'homicide, qui fait frémir leur timidité naturelle. Ils sont naturellement tendres, compatissants, officieux, aumôniers et libéraux beaucoup plus qu'on ne l'est en Europe, si l'on a égard
aux minces facultés de ce peuple, réduit par le vice du gou-
On vernement à la plus grande indigence dans la plus riche des
ste tcrres. Énfin ce qui partout ailleurs est le plus grand obstacle
dé àla conversion des infidèles, la polygamie même, est rare parmi
ges; ces Indiens. Il n'y a que les grands qui entretiennent plusieurs
dèle femmes; dans les conditions ordinaires, on n'en a communé- | Da ment qu'une. i rai Quand la grâce du baptême est jointe à ces heureuses dis- || bien positions, c’est un vrai sujet d'admiration que l'innocence de q re la vie que mènent ces néophytes, et l'horreur extrême qu'ils il co ont du péché. Quoiqu'ils ne portent pour la plupart que des à
fautes légères à confesse, on ne peut s'empêcher de verser des | 4 se larmes en voyant celles que la componction leur fait répandre, |: Eu Ïls sont fortement persuadés, en se convertissant, que la vie | à er chrétienne doit être une vie sainte; et le chrétien qui s’aban- | es donne au péché, leur paroît un monstre 1. Le père Bouchet À 4 de ‘al préparant un nouveau converti à se confesser quelques mois ‘1 cile à après son baptême, lui expliqua la manière dont il devoit s’ac- \4 1 oi R cuser. Le néophyte crut d’abord qu'on lui parloit des péchés d \dmni- | qu'il avoit pu commettre avant son baptême, afin qu'il en nie | congit plus d'horreur; mais quand il eut compris qu'il s’agissoit de rechute : « Hé quoi! mon père, dit-il fort surpris, et
que presque scandalisé, est-il donc possible qu'un homme soit
fn assez malheureux pour violer la loi de Dieu, après avoir été
das: comblé de ses grâces? qu'il soit assez ingrat pour outrager e! ie celui dont il les a reçues ?» Malgré la pusillanimité qui leur est ne font naturelle, ilssout inébranlables dans la foi, À peine sont ils sus- 1e res ceptibles de doute sur cet article; etsionles interroge à ce sujet, “ES! ue dt il faut user de la plus grande circonspection 2. Il s’en esttrouvé ii Se qui se formalisoient étrangement qu'on leur demandät s'ils à PAS À avoient douté de quelque vérité du salut, trouvant qu'il étoit 4e de l'a- Ë affreux d'avoir le moindre doute sur la parole de Dieu et le M
He, Fi témoignage de son Eglise. S'ilarrive que quelques-uns d'eux ‘5 Re chancellent dans les persécutions, c'est l'unique effet de la a Sd crainte; leur infidélité, toujours coupable sans doule, n’est ja- # re mais qu extérieure. Mais combien d’autres, malgré la peur qui 18 Pise 1 Lettres édif, t. XII, p. 56. — * Ibid. p. 6 h. égard M x ci LE 4
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184 (AN 1692.) HISTOIRE peut tant sur eux, tiennent contre toutes les tortures et tous les supplices !
Ce qui rend leur foi si vive, et leur vie si pure, c'est leue assiduité à la prière etleur fidélité à pratiquer, jusque dans leurs babitations écartées, les pieux et fréquents exercices qui sont d'usage dans les chefs-lieux de leurs missions. Pour ceux qui sont à la portée du lieu où réside le missionnaire, ils ne manquent jamais de s’y rendre. Et à quel point leur sainte avidité pour la parole du salut, et pour le pain des anges, n'en faitelle pas décroître la distance à leurs yeux? Un vieillard entre autres, un homme âgé de plus de soixante ans, terme de la décrépitude pour les Indiens, ne manquoit ni fête, ni dimanche, quelles que fussent les pluies ou les chaleurs, de venir de cinq lieues à l'église. Tous les jours de la semaine, le missionnaire y rassemble soir et matin les fidèles de tout âge, pour la
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prière, et pour des instructions qui durent long-temps. Le '
F ! reste du jour, depuis la messe jusqu'au soir, ou il fait le caté-
h chisme aux enfants, ou il instruit les catéchumènes durant les ] heures où il n’est pas employé aux confessions, qui sont très- : fréquentes. Le père Martin rapporte qu'en cinq mois qu'il l ; avoit passés dans la mission d’Aour, il n’y avoit eu que quatre n | jours où les missionnaires n'eussent point eu de confessions à .
entendre. Aussi le père Bouchet, fondateur de cette floris- F n | | sante mission, a-t-il eu la même consolation que saint Grégoire | us
(A de Néocésarée, qui n'avoit trouvé que dix-sept chrétiens dans de $ cette ville, et qui n'y laissa que dix-sept infidèles, Dans la # grosse bourgade d’'Aour, toute idolâtre quand y vint le père Bouchet, il n'a laissé que deux ou trois familles de gentils. ù Quand les missionnaires sont le plus occupés des confessions, À les catéchistes ou d'anciens fidèles président aux saints exer- ‘
cices, et font au moins quelques pieuses lectures. té
Ces pratiques journalières ne sont presque rien en compa- d raison de celles des fêtes et dimanches, et principalement des r' fêtes solennelles. Les exercices du dimanche sont à peu près les ] mêmes qu'aux jours ordinaires; mais ils se répètent plusienrs fois, à cause de la multitude venue de fort loin, qui ne sauroit sk tout ensemble trouver place dans l'Eglise. Quoiqu'ils com- ni
mencent dès la pointe du jour, ce n’est qu'aux approches du
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leuc leurs sont x qui nanidité faitentre a déiche, cinq sionur la s. Le catént les trèsqu'il uatre ons à oris+ goire dans ns la père ntils.
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DE L'ÉGLISE. (AN 1692.) 165 midi qu'on peut dire la messe, et souvent sans avoir entendu le grand nombre des confessions, qu'il faut renvoyer à d’autres
‘ heures. Quand le prêtre est près de monter à l'autel, on lit
une courte méthode pour assister dignement au saint sacrifice, on chante ensuite des > hymnes et des cantiques jusqu'au temps de la communion, où l'on récite à voix haute Îcs actes qui doivent la précéder et la suivre; après quoi vient la prédica= tion, qui ne manque jamais ces jours-là, et qui se fait à la porte de l'église, afin qu'elle soit entendue de ceux qui n'ont pu trouver place en dedans. Ainsi, avant qu'on se retire, il est toujours deux à trois heures après midi, et tout n'est pas fini. 11 faut ensuite terminer, ou plutôt prévenir les querelles, accorder les différends, consoler les affligés, soulager les infirmes et les nécessiteux, examiner les empêchements de mariage, répondre aux doutes ou aux scrupules de ce bon peuple, à qui la seule ombre du péché fait peur.
C'est un tout autre travail aux grandes fêtes. Il en est pour lesquelles il faut se préparer huit jours d'avance, sans quoil'on ne pourroit contenter qu'une très-petite partie de ceux qui veulent faire leurs dévotions. Quelque éloignés que ces fervents néophytes soient de leurs églises, ils abandonnent tout pours’y rendre ces jours-là ; ils laissent à leurs voisins la garde de leur maison, et partent avec toute leurfamille. 1l y en a qui demeurent des huit jours entiers, et quelquefois davantage. Ilsnese retirent jamais, qu'ils ne soient au bout de leurs petites provisions. Les plus aisés fournissent aux besoins des pauvres : il y a des endroits où on les nourrit à frais communs. Chaque jour on fait sur le mystère du jour un sermon, qui est suivi de prières et de différents exercices de piété. On chante des cantiques, on fait de saintes lectures, on dispose les catéchumènes au baptême. Les confessions sont en si grand nombre, que les missionnaires, après y avoir donné tout lejouret une bonne partie de la nuit, ont souvent peine à s’en réserver une heure, où, dans l'accablement de la fatigue et du sommeil, ils puissent réciter leur bréviaire. Lorsqu ils se rencontrent deux ou trois ensemble, ils célèbrent solennellement le saint sacrifice. Il n’est pas possible d'exprimer quelle est la joie et la dévotion qu'ont alors ces bons peuples. Les gentils mêmes y accourent en
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foule ; ils y marquent le même respect que les fidèles. La majesté de nos cérémonies les ravit d'admiration, et l’on ne célébre aucune fête avec cet appareil, qu'elle ne soit suivie de la conversion de plusieurs idolâtres. C'est aussi dans ces jours de solennité que s’administre le baptême , au moins principalement; car il est peu de jours où il ne s'en fasse quelques-uns : mais dans ces grandes fêtes, il y a d'ordinaire à Aour deux ou trois cents catéchumènes qui le reçoivent avec la plus grande solennité!, Dans le Marava, le nombre en a monté jusqu'à cinq cents dans un jour, et quelquefois davantage.
Le vénérable père Jean de Britto, portugais de nation, fils d'un vice-roi du Brésil, et moins distingué par sa naissance que par ses travaux et ses vertus apostoliques, fut l’un des plus célèbres missionnaires de Maduré, auquel il se consacra de préférence, comme à la partie la plus laborieuse de la vigne du Seigneur 2. Toute la suite de sa vie répondit à ces prémices, et fut enfin couronnée de la palme du martyre, Benoît XIV a urdonné expressément qu'on travaillât à sa canonisation; ce qui peut suffire, sans autre apologie, pour faire apprécier le libelle scandaleux qu'on avoit répandu à dessein de l’empécher Toutes les vertus qui font les saints et les apôtres, brillèrent sans interruption dans la vie de cet illustre missionnaire; un courage invincible, une patience victorieuse de tous les obstacles, une sévérité pour lui-même, qui lui faisoit ajouter les macérations de toute espèce à la dureté d’une mission où la nature est déjà sacrifiée tout entière; une charité pour Dieu et pour le prochain, une soif du salut des âmes, qui lui fit affronter la mort presque tous les jours de sa vie, et ne fut satisfaite que par l'entière effusion de son sang ; ce qu'il regarda comme sa plus précieuse récompense.
Âvec ces vertus et des talents tout divins, l'esprit de conseil, un discernement exquis, l'onction de la parole, et tout l’ascendant de la persuasion , il n’est pas étonnant qu'il ait converti plus de vingt mille idolâtres dans la mission de Maduré proprement dite; et dans le Marava, compris d'ordinaire sous le même nom, aussi-bien que les royaumes de Tanjaour, de
1 Leitr. édif du P. Bouchet, t. ANT, p. Go. — 3 Vie du P. de Britto.
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DE L ÉGLISE. (Ax 1692.) 107 Gingi et de Maissour, il donna le baptême à huit mille caté chumènes dans l’espace de quinze mois, Le détail de ses autres succès seroit infini, surtout à l'égard de la mission de Maissour dont il fut le créateur, qui fut dans toute son intégrité son œuvre propre, et qui fit constamment ses plus chères délices : il n’y recueillit pas moins de croix que de fruits, et c'est par-là qu'elle lui devint la plus chère.
Il y fut arrêté une première fois plusieurs années avant sa mort, et enchaîné dans un cachot à une grosse poutre. On le battit à plusieurs reprises de verges et de chaînes de fer; on lui fit subir le tourment de l'eau, c’est-à-dire, qu'attaché au
bout d'une corde, on le précipita plusieurs fois de suite au
fond d’un étang, où on le retenoit chaque fois jusqu'à l'instant où il auroit été suffoqué. Sa constance, on le croira sans peine de sa mâle vertu, fut inébranlable, quoiqu'on le tentât sans cesse par les promesses les plus séduisantes et par la menace du dernier supplice, à quoi il ne répondoit que par ces mots : Hé! quand donc aurai- je le bonheur de m'immoler entièrement pour mon Dieu ? Mais ce qu’il y a d’incroyable, et qui n’est pas moins constant, c'est que six néophytes qui l'accompagnoient, et partageoïent sès tourments par une force contre nature dans le caractère mou de l'Inde, marquèrent un courage si extraordinaire, que leurs compatriotes idolâtres ne cessoient de crier, dans les transports de leur admiration, que des hommes si généreusement attachés à leur religion ne méritoient pas la mort. En effet, le tyran céda aux cris de la multitude, et ces confesseurs furent mis en liberté aux acclamations générales ; il n’y eut d'afiligés que ceux qu'on déroboit à la mort. Quelques années après, un prince, nommé Teriadeven, héritier légitime des anciens souverains de Marava, et par une de ces révolutions qui sont si communes dans l'Inde, Teriadeven réduit au gouvernement d'une province de ce royaume, fit inviter avec instance le père de Britto à le venir trouver. Ce prince venoit d'être guéri subitement d'une maladie mortelle par le moyer d'un catéchiste qui avoit récité un évangile sur lui, et il vouloit entendre le prédicateur d'une religion si merveilleuse. L'homme apostolique sentit toute l'importance d’une pareille entrevue, et se rendit aux cmpressements du prince. 1]
célébra sous ses yeux la fête de l'Epiphanie dans une assemblée nombreuse de fidèles accourus de tous ces cantons, et il conféra le baptême à deux cents catéchumènes. Le prince, frappé de la majesté des cérémonies, des exhortations touchantes du pasteur, et de la dévotion des néophytes, demanda sur-le-champ à être de leur nombre. Mais Teriadeven avoit cinq femmes, sans compter les concubines. « Vous ignorez, prince, lui dit le missionnaire, quelle est la pureté de vie que demande la sainteté du christianisme. Il est ordonné aux chrétiens de n'avoir qu'une femme, et vous en avez un grand nombre. » Est-ce là tout ce qui vous arrête, reprit le prince P L'obstacle sera bientôt levé. Il fait à l'instant venir toutes ses femmes, en choisit une pour unique épouse, déclare aux autres qu'il doit la vie au Dieu des chrétiens; qu’en reconnoissance, il lui a consacré le reste de ses jours, veut obéir à toutes ses lois, et n'avoir plus qu’une seule femme ; qu'au reste, il aura le plus grand soin d'elles toutes, et qu'il les traitera comme ses propres sœurs. Après un sacrifice de cette nature, il n'y avoit plus à douter de ses dispositions pour le baptême, qu'il reçut en effet dès qu'il fut suffisamment instruit. Il l'honora constamment par les œuvres dignes d’un chrétien, et par une magnanimité à confesser la foi, digne de la manière dont il l'avoit embrassée. Mais la plus jeune de ses femmes, et la plus piquée du divorce, après avoir inutilement épuisé, pour le fléchir, ses larmes et ses artifices, ne garda plus de mesure contre l’homme apostolique à qui elle attribuoit sa répudiation. Elle étoit nièce de l'usurpateur qui occupoit le trône de Marava, et lui communiqua toute sa fureur contre le saint missionnaire, qu’elle lui représenta comme le plus détestable magicien qui pôt infecter l'Orient. Il fut arrêté avec un brame converti, nommé Jean, le catéchiste Moutapen, et deux jeunes chrétiens, dont le plus âgé n'avoit pas quatorze ans. Loin de prendre la fuite à la vue des brutalités qu'on exerçoit sur le pasteur, ces héroïques enfants coururent embrasser le saint dans les chaînes, et il fut impossible de les en séparer. Les satellites, voyant toutes leurs menaces et leurs coups inutiles, garrottèrent enfin ces victimes innocentes, et les associèrent ainsi au martyre de leur maître.
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Nous passerons sous silence la longue suite des outrages et des barbaries qui préludèrent au coup de la mort, et qui furent incomparablement plus difficiles à supporter; mais on ne doit pas laisser ignorer le zèle généreux que fit éclater à cette occasion le prince Teriadeven. Dès qu'il eut appris le traitement cruel du père de Britto, il se rendit à la cour, afin de lui sauver la vie. Le prince régnant ne se montra pas seulement inexorable; mais irrité contre l'illustre solliciteur, il lui reprocha qu'il soutenoit la secte abominable d'un infâme étranger, et lui ordonna d’adorer sur-le-champ quelques idoles qui se trouvoient là. « À Dieu ne plaise, répliqua Teriadeven, que je me rende coupable d'une impiété et d'une ingratitude si monstrueuse ! Non, je ne trahirai jamais, pour de vaines idoles, le Dieu qui m'a tiré des portes de la mort. » Le tyran frémit de fureur : mais il n’étoit pas sûr pour lui d’attenter à la personne de Teriadeven; c'étoit à lui qu'appartenoit véritablement la couronne, et bien des seigneurs, ainsi que la meilleure partie du peuple, lui étoient extrêmement attachés.
L'usurpateur tourna tout son ressentiment contre le saint missionnaire ; et pour ne pas courir plus long-temps les risques de voir échapper sa proie, il ordonna de le tuer sur-le-cham à coups de mousquets : mais Teriadeven, comme déjà les soldats étoient prêts à faire leur décharge, se jeta parmi eux en se récriant contre un procédé si manifestement tyrannique, et protesta qu'il mourroit plutôt lui-même, que de survivre à son saint maître. L'usurpateur aperçut quelque émotion parmi les troupes, et craignit une révolte ouverte. Il lui fallut encore dévorer cet affront, et révoquer en apparence l'ordre qu'il avoit donné : mais ce jour-ià même il fit partir secrètement le père sous une garde sûre, avec ordre de le mener à deux journées de là sur les confins du royaume de Tanjaour, et de l'y faire mourir sans délai. Le frère du tyran, encore plus inhumain que lui, commandoit sur cette frontière, et montra qu'il étoit digne de cette commission. Le confesseur, avant son martyre, eut à souffrir mille indignités plus insupportables ue la mort.
Enfin le 4 février de l'année 1693, la quarante-cinquième de son âge, il fut traîné dans une plaine découverte, et allaché