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1JO (An 16y3.) HISTOIRE
à un poteau sur une petite éminence qui tenoit lieu d'éci aud. Les bourreaux, avec une précipitation brutale, lui déchirérent sa robe ; mais ayant aperçu un reliquaire qu'il avoit au cou, ils reculèrent d'effroi dans la prévention que c'étoit la boîte où il portoit les charmes qui fascinoient ses disciples ; ce qui ne fit qu’ajouter à son supplice. L'un d’entr'eux porta un coup de sabre pour couper le cordon du reliquaire, et fitune large plaie au confesseur ; après quoi tous en désordre et toujours tremblants, lui déchargent coup sur coup sur les épaules, sans pouvoir lui abattre la tête. Confus et désespérés, ils lui attachent une corde à la barbe, et la tirant par le bas, lui tiennent la tête penchée sur la poitrine, tandis que l’un d'eux, pour la Jui couper, court chercher une grosse hache qui servoit à terrasser les bœufs immolés aux idoles, Cependant les spectateurs, même infdèles, témoignoient hautement leur indignation contre les exécuteurs; et deux chrétiens fendant la presse, allèrent se jeter aux pieds du martyr, protestant qu'ils vouloient mourir avec leur père. Quelque irrités que fussent les bourreaux, ils n’osèrent les faire mourir, et se contentèrent de les garrotter. On revint avec ia hache sur le père, on lui en déchargea un coup terrible, et il tomba, la tête presque entiérement séparée des épaules. Ils achevèrent précipitamment de la détacher, puis lui coupèrent encore les pieds et les mains. Les deux chrétiens arrêtés furent conduits ensuite au commandant impie, qui regardant le martyre comme une faveur trop grande pour eux, leur fit couper le nez et les oreilles, et les renvoya inconsolables de n'avoir signé leur foi que d'une partie de leur sang. Tels étoient, à la honte des nations anciennement chrétiennes les plus civilisées, les fruits que la foi naissante produisoit au sein des persécutions, parmi les peuples énervés et si mal policés de l'Inde.
On a vu le royaume très-chrétien à deux doigts du schisme, pour de légers différends, pour la supériorité d'un couvent de filles, pour quelque extension de la régale, pour les franchises du quartier d'un ambassadeur à Rome; tellement que la rupture entre ce royaume et le centre de l'unité catholique se fût vraisemblablement consommée, si le monarque n'eùt été mieux fondé dans la foi que plusieurs de ceux même qui lui en
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DE L'ÉGLISE. (An 16093.) tot devoient l'exemple. Mais Louis, plus grand par ses victoires sur lui-même, que par tous ses triomphes sur les ennemis du dehors, avoit dissimulé jusqu'aux dédains injurieux d'Innocent XI, après des avances que le motif seul pouvoit ennoblir. Moins intraitable qu'Innocent, Alexandre VIII témoigna voir avec plaisir le monarque se relâcher sur l'article des franchises, et se défendit cependant d'accorder les bulles pour les évêchés vacants, sur ce que l'injure qu'il prétendoit faite au saint Siége par l'assemblée de 1682, n'étoit pas réparée. C'étoit encore là sous le pieux Innocent XII, la pierre
de scandale. On sentit enfin combien il importoit de la lever,
et voici comment on y procéda. Les sujets nommés aux évêchés vacants depuis le commencement du démélé, écrivirent à ce dernier pape, pour lui témoigner leur repentir de ce qui s’é-
‘toit passé; et ce vertueux pontife, sans approfondir davan-
tage?, leur envoya les bulles.
1 Ainsi, de l'aveu même de l'auteur, la conduite de plusieurs membres du clergé de 1682 , c’est-à-dire la conduite des prélats de cette fameuse assemblée, menuit droit au schisme , sans la religion ferme et éclairée de Louis XIV. Il nous suffit de prendre acte de cette conclusion, vraiment remarquable, en ce qu’elle concorde avec les témoignages que nous avons cités dans les notes précedentes.
Cependant , comme s'il eût pris à tâche de se rétracter ou de se contredire , lauteur nous parle aussitôt des dedains injurieux d'Innocent XI, puis de l'injure qu'Alexandre VIU pretendoit faite au saint Siége par l'assemblée de 1682, Mais que signifient de telles expressions, après les détails qu'il a donnés lui-mêine ? N'etoit-ce qu'une injure pretendue, que cette conduite qui auroit vruisemblublement consomme le schisme, si le monarque n'eût été mieux fondé dans la foi que plusieurs de ceux qui lu’ en devoient l'exemple? Ceux-ci , gui n’ont pas donne l'exemple de la foi, qui .ont-ils sinon ces 34 prélats dont l'audace est allée jusqu'à prétendre paser seuls les limites des deux puissances, et dire au Vicaire de Jesus Christ : ici s’arrêtera la vôtre ; mais celle du roi peut tout, et n’a pas de frein sur la terre? Enfin si leur œuvre n'étoit pas réellement une injure qui demandoit réparation,pourquoi nousdit-il qu'elleetoit encore la pierre de scandalesous le pieux Innncent XII P Pourquoi reconnoît-il qu'on sentit enfin combien il importoit de lu lever ? Après tant d'aveux arrachés par la force de la vérité , et après que trois souverains pontifes ont successivement jugé injurieuses au saint Sicge la conduite et la Déclaration des prélats de 1682, notre historien, pour être juste et respectueux, n'auroit eu besoin que d'être plus conséquent. Toutefois n'oublions pas que, avant que la presse fût libre même en pareille matière , on avoit à craindre la eersure et le gallicanisme des parlements.
2 Ces mots, sans approfondir davantage, feroïent croire que le texte de la letire des évêques n’étoit pas fort clair , et que le papen'en demanda pas davantage, les regar dant apparemment , dit un critique, comme de mauvais payeurs de qui l'on
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On a parlé du dénoùment de cette affaire avec autant de diversité qu'il y en avoit dans les intérêts on les préjugés de ceux qui en ont fait mention. Le ministre Jurieu fait confesser à nos prélats, qu'ils avoient prononcé des décisions contre l'Eglise, contra ecclesiam: : expression capitale, pour ainsi parler, mais qui ne se trouve point dans la lettre des prélats, On ne la voit que dans le fragment altéré qu’en cite le ministre huguenot. C’est qu'il vouloit avoir occasion de leur reprocher, comme il le fait, de confondre le pape avec l'Eglise. Il suppose aussi que tous les prélats qui avoient été de l'assemblée, écrivirent au pape ; et il n'y eut que ceux qui n'avoient pas leurs bulles, encore le firent-ils séparément. Enfin ce ministre est si mal instruit, ou si égaré par sa passion, qu'il place l’accommodement sous le pontificat d'Alexandre VIII. Le docteur Du Pin, d'avis bien différent, assure qu'il n'y a pas même l’ombre de rétractation dans la lettre des prélats » : il traduit cette lettre latine d'une manière très-propre en effet à le persuader, puisqu'il en rend l'énoncé purement conditionnel, c'est-à-dire, que les prélats, selon sa traduction, n'ont déclaré tenir pour nul et non avenu lc décret de 1682, que supposé qu'il pût justement être interprété, comme fait au préjudice de l'autorité légitime du saint Siége. | |
C'est aux lecteurs sans doute que le droit de juger appar-
tient dans ces rencontres. Voici donc cette traduction de mot
à mot : qu’ils prononcent. «Prosternés aux pieds de votre Béatitude, nous professons et nous déclarons que nous sommes extrêmement fâchés, et au-delà de tout ce qu'on peut dire, de ce qui s’est fait dans l'assemblée susdite, qui a souverainement
tire ce que l'on peut. Ce n’est pas là cependant ce que l'auteur a voulu insinuer, puisqu'il rapporte les propres termes de la lettre, pour mettre la vérité dans le plus grand jour; mais il n'a pas vu qu'il alloit rendre encore cette affaire douteuse, aux yeux de certains lecteurs, en faisant parler le docteur Du Pin, juge récusable, s'il en fut jamais, en pareil cas. Au moins falloit-il montrer l'entorse faite au texte par le rusé gallican. Notre historien auroit pu ajouter aussi, que ce fut cette année ( 1693 ) que, sur les plaintes de Bossuet et d'autres théologiens, l'archevêque de Paris proscrivit la nouvelle bibliothèque des auteurs ecclesiastiques de ce docteur Dupin , comme favorisant le nestorianisme, et jugeant , de la manière la plus légère et la plus fausse, la plupart des docteurs de l'Eglise,
{ Traité historique sur la Théologie myst, part, LV. — à Hist, ecclés. du XV1I.* siècle, t. A1, p. 724.
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