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DE L'ÉGLISE. (An 16,3.) 193 déplu à Votre Suinteté et à ses prédécesseurs. Ainsi tout ce qui a pu être censé ordonné dans cette assemblée, concernant la puissance ecclésiastique et l'autorité pontificale, nous le tenons et déclarons qu'on doit le tenir pour non ordonné : Quidquid in üsdem comitis circa ecclesiasticam potestatem et pontificiam autorilatem decretum censeri potuit, pro non decreto habemus et habendum esse declarämus.» C'est dans les points de l'importance ou de la nature de celui-ci, que la loi de l'histoire oblige surtout à une exactitude scrupuleuse, et ne permet pas plus la dissimulation que l'indiscrétion :.
Il est néanmoins incontestable que l'Eglise de France n’a point prétendu par-là renoncer à ce qu’elle avoit arrêté: dans l'assemblée de 1682. Louis XIV lui-même n'a voulu que donner au pape, pour le bien de la paix, une satisfaction
1 Ce mot indiscretion est remarquable : il prouve bien que l'auteur craignoit les censeurs et les arrêts qui auroïent prohibé son livre ; et que s'il l'eüt écrit quelques années plus tard, il nous eût épargué beaucuup de notes, aujourd'hui nécessaires à son travail.
Quant à la lettre qu'on vient de lire , il est bon de prévenir qu'elle n'est point entière, telle qu'on la trouve duns Sfondrate et dans Soardi. Nous n'ajouterons ici que la phrase qui suit immédiatement ce que l'auteur a cité. « De plus, nous tenons pour non délibéré ce qui a pu être censé avoir été délibéré au préjudice des églises ; car notre intention n'a point été de décréter quoi que ce füt, ni de porter aucun préjudice aux droits des églises susdites. » Remarquons maintenant que les signataires de cette lettre disent expressiment, qu'ils tiennent pour nun fait tout ce qui a pu être regarde coumine dunuant atteinte à l'autorité du pape et aux droits des églises. Or, n'est-il pas évident que ce sont les quatre articles de la déclaration et ce qui avoit été réglé au sujet de la régale, qui avoit pu être interprété, come ordonné au préjudice de la puissance du Vicaire de Jésus-Christ et des droits des églises ? C'est donc, dit d'Avrigny, tout cela que les nouveaux prélats désavouent et veulent qu'on tienne cuinine non avenu. C'est donc une insigne mauvaise foi , du docteur Du Pin, de soutenir qu'il n'y a pas de rétractation dans cette lettre.
2 L'historien confond l'église de France avec l’assemblée de 1682. Trente-quatre évêques , la plupart prélats de cour, doivent-ils être pris pour l'église de France, dont les siéges épiscopaux étoient alors quadruples de ce nombre ? Représentoient-ils cette église, en s'occupant, comme on l'a vu , d'objets etrangers à leur convocation ; et cela, tellement à l'insçu de leurs collègues, qu'ils furent obligés d'instruire ceuxci, par un lettre encyclique , de la nature de leur déimêlé avec Innocent XI? Non, l'église de France n'avuit rien arrête en 1682 ; et les quatre articles, devenus si fameux , furent l'ouvrage des seuls prélats de cette assemblée. Tout ce que l'auteur ajoute ici est si futile, que nous ne doutons pas qu'il ne l'ait fait uniquement pour se faire pardonner le courage qu'il croit avoir montré en insérant une partie de la rétractation des évêque nomunés,
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propre à tarir insensiblement la source des aigreurs passées 1. Le clergé en corps n'a fait aucune rétractation, même apparente; il n’a pas fait la moindre démarches, Les parlements ont toujours agi sur le principe, que les quatre articles étoient
1 Ilest certain que les cardinaux d'Estrées et de Janson furent charges par le roi de ménager l'accommodement. Donc la lettre de refractation fut écrite de son aveu et par son ordre. D'ailleurs on a conservé la lettre que Louis XIV écrivit alors à Innocent XII, en date du 24 septembre 1692. « Très-saint Père, j'ai toujours beau eoup espéré de l'élévation de Votre Sainteté au pontificat, pour l'avantage de l'Eglise etpour l'ornement de notre sainte a “me j'en éprouve maintenant les effets avectbien de la joie, dans tout ce que Votre Béatitude fait de grand et d'avantageux pour le bien de l’une et de l’autre. Cela redouble mon respect filial euvers Votre Saïnteté; et comme je tâche de le lui témoigner par les preuves les plus fortes dont je suis capable , je suis bien aise de faire savoir à Votre Saintete, que j'ai donne les ordres nécessaires, afin que les ordres contenus dans mon édit du 2 anars 1682, concernant la Déclaration faite par le clergé du royaume, à quoi les conjonctures d'alors m’avoient obligé, n'aient point de suite. Et, comme je souhaîte , non-seulement que Votre Suinteté soit informée de mes sentiments , mais aussi que tout le monde sache, par un témoignage public, la vénération que j'ai pour vos grandes qualités, je ne doute pas que Votre Sainteté n’y réponde par toutes sortes de preuves et de témoignages de son affection paternelle envers moi. Cepeudant je prie Dieu qu'il conserve Votre Sainteté heureusement pendant plusieurs années. » Ainsi le toi lui-même affirme par écrit que la déclaration restera sans ef fet ; les 35 évêques nommés la rétractent formellement, pour avoir leurs bulles : et l'on viendra nous dire que tout cela n'étoit que pure étiquette, et que la déclaration n'a pas été révoquée ! Mais, dans cette hypothèse, quelle injure ne feroit-on pas au Grand-Roi et à son clergé? S'il n'a fait au pape que de fausses promesses, et si les nouveaux prélats ne lui ont donné que des regrets simulés, /4 pierre de svundule qu'ils avoient posée , a-t-elle été réellement et dignement levée par eux ? Et la mémoire du monarque et celle de ses évêques ne seroient-elles pas dès lors souillées d’une nouvelle faute , aussi énorme qu'elle seroit ignoble, et également indigne de la majesté royale et de la sainteté de l'épiscopat ?
2 La déclaration n'étant pas l'œuvre du clergé en corps, mais seulement le fait de quelques prélats sans mission pour un tel sujet, ce clergé ne devoit aucune rétractation en corps. Cependant nous tmuvons qu'il en a fait une, si évidente même que l'historien ne pouvoit l'ignorer. Chacun sait que les Mémoires du clergé sont une collection des actes de toutes ses assemblées, collection ou rien n'étoit inséré que par délibération et par ordre du clergé. Or, c'est en vain qu'on y chercheroït la moindre trace de sa déclaration de 1682. Le clergé en corps, car c'est au corps du clergé qu'appartiennent ces Mémoires, pouvoit-il marquer mieux son désaveu, et témoigner, d'une manière plus sensible , qu'il vouloit ensevelir les actes de cette assemblée dans un profond oubli ! Pouvoit-il faire une rétractation plus formelle, que de les faire disparoître, ou, pour mieux dire, de les exclure à jamais de ses diptyques ? Que s'ils furent imprimés durant ce funeste démélé, leur suppression totale dans les temps qui l'ont suivi , ne serait-elle pas encore une rétractation plus frappante peutêtre, et d'une plus grande force , étant le fruit d'une mûre délibération ? ( Joy. Dissertation historig. 1, p. 45.)
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DE L'ÉGLISE. (AN 1693.) 199 essentiels à la discipline gallicane, et qu'on ne pouvoit pas s'en écarter. Enfin depuis ce temps-là, depuis l'année 1693 où se fit la réconciliation, les quatre articles ont été soutenus ouvertement, du vivant même de Louis XIV, dans les thèses, dans les livres, et appuyés dans tous les tribunaux !.
Louis institua dans la même année l'ordre militaire de Saint- Louis, qui, selon les vues également heureuses et grandes de ce monarque, a ravi sans violence au huguenotisme une infinité de gentilshommes français ; et au prix d'une médaille, ou d’un ruban rouge, on a rempli nos légions de héros. L'année précédente, on avoit institué, ou plutôt adopté à Paris, sous le titre d’un bon pasteur, l'institut des filles péni-
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tentes, déjà établi en Lorraine sous le nom de refuge. On sentit
1 Si après les défenses de trois souverains pontifes, et après les rétractations formelles du monarque et du clergé, l'historien croit que la Déclaration doit être regardée comme toujours maintenue , parce qu'elle a été soutenue par des arrêts du p:rlement et dans les thèses de quelques aspirants aux faveurs temporelles, nous nous abstiendrons de qualifier sa logique et sa théologie. Lui qui a si longuement raconté les menées des novateurs à Rome, ne devoit-il pas nous parler un peu de leurs intrigues à Paris? 11 est notoire qu'à cette époque, la plupart des membres de ce parlement , suhornés par les novateurs , firent de cette cour souveraine le siége principal dela mutinerie contre l'autorité pontificale, Louis XIV croyant sans doute avoit assez fait, ne pensa plus aux quatre articles : il eut à la fin de sun règne tant d'affaire sur les bras, qu’on ne sauroît presque lui faire un crime de n'avoir pas veillé davantuge aux suîtes funestes de sa négligence sur ce point. Les ennemis de l'unité catholique en profitèrent, Les parlements, où leurs séductions firent les plus grands ravages, trouvant dans les quatre articles et les libertés gallicanes, des prétextes.de leur goût pour combattre ct inème rejeter les rescrits de Rome, eurent grand soin d'en iaintenir l'enseignement : les avocats les servirent, comme toujours, avec un zèle sans bornes ; les regents et les agégés, qui forinoient la jeunesse destinée au bar reau, ne les aidèrent pas avec moins d'ardeur; et voila comment s'est perpétué l'enseignement des quatre articles. Sur quoi nous devons remarquer , que ces hommes qui, avant la révolution, se montroient si dévots au concile de Constance, n'étoient que de vrais hypocrites, comme on le verra par les Camus, les Fréteau, les l'arget, les Sieyès ; et que les quatre articles, avec ce qu'ils appeloient les libertés gallicanes, faisoient à peu près toute leur croyance. Cependant, les magistrats séculiers, à la faveur de leur titre de protecteurs des libertés de l'église gallicane , attirérent à
eux, tant qu'ils purent, toutes les causes ecclésiastiques : après avoir combattu les
papes par les évêques, ils combattirent les évêques par les prêtres, multiplièrent les appels comme d'abus, s'attribuërent le jugement des matières purement spirituelles, telles que l'administration des sacrements, décrétérent les prêtres, brûlérent les mandements épiscopaux ; et aprés avoir déplacé les bornes des deux puissances, mirent la plus grande confusion dans l'église et dans l'état, De nos jours et sous nos yeux, on en tire les dernières conséquences. ( Voyez lu dissertatiun vitee. )
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