‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 86 sur 178 · PRET · texte numérisé non relu

PRET

ps ge 0m

Pre

D pi SE it s __— - gr -

105 (Ax 1693.) HISTOIRE bientôt qu'un seul asile des mœurs en péril n'étoit pas suffisant pour une ville telle que Paris, et l'on y en fonda quatre autres, appelés Sainte-Pélagie, la Madeleine, vulgairement les Made- Jonètes, Sainte-Valère et le Sau veur. C’est de Paris principalement que cette institution s’est répandue dans les autres villes du royaume, où la nécessité ne s'en faisoit que trop généralement sentir.

Le 28 janvier 1694, le pape Innocent XII donna pour la Flandre un décret accompagné de deux brefs; sur quoi les censeurs éternels de la chaire apostolique tinrent deux langages bien différents ; l’un d’apprêt pour le public, l'autre dans leurs cercles dévots et leurs correspondances affidées. Les évêques des Pays-Bas voyant qu'entre les derniers novateurs, les plus affichés rigoristes ne faisoient pas scrupule de signer le formulaire, tout en soutenant la doctrine condamnée dans le livre de Jansénius, avoient ajouté à ce formalaire quelques mots d'explication qui leur sembloient nécessaires pour couner court à tous les subterfuges. Les agents que le parti avoit à Rome se plaignirent apparemment qu’on ajoutoit en Flandre aux décisions apostoliques, puisque les brefs que le pape adressa aux évêques et aux docteurs de ces provinces, ne tendoient qu'à retenir leur zèle dans les justes bornes. Le bref adressé aux docteurs porte, entr'autres choses qui tendent aux mêmes fins, que pour confesser la grâce de Jésus-Christ, il suffit de tenir ce qui est enseigné par les décrets du saint Siége. Dans le bref aux prélats, le saint Père marquoit d’abord, qu'inviolablement attaché aux constitutions d'Innocent X et d'Alexandre VIT, il vouloit qu'elles demeurassent dans toute leur force; puis venant au formulaire, il disrit que comme ceux qui prêtent le serment sur cette confession, sont obligés de la faire sincèrement, sans aucune distinction, véstriction ni explication, condamnant les propositions extraites de Jansénius, dans le sens qui se présente d’abord à l'esprit; eu égard aux termes dont elles sont composées, aussi ne faut-il rien exiger au-delà du formulaire qui est proposé, et des paroles qui sont prescrites par la constitution apostolique. Le décret qui accompagnoit ces deux brefs, se réduit en substance à une défense très-expresse de donner au formulaire aucun autre

DE L'EGLISE. (An 1694.) 197

iffisant À sens que celui qui vient à tout le monde, et que les termes autres, présent ent d'eux-mêmes à l'esprit.

Made- L 11 n'étoit guère à présumer que ces pièces pussent devenir incipa- ! un sujet de triomphe pour les champions de Jansénius : mais autres | c'est au défaut de la force et du droit, que la bonne contenance | 1e trop est principalement d'usage. Sitôt que le décret et les brefs 1 parurent en Flandre, les hérauts du parti publièrent que le pour la L chef de l'Eglise éloit content, qu'en signant le formulaire, on uoi les condamnäât dans les cinq propositions le sens qui se présente à x lan- l'esprit, sans toucher au livre dont on les prétendoit extraites. re dans 4 Sur ce tour de force, il est incroyable combien ils triomes. Les 1 phèrent. Ils s'en prévalurent presque autant que de la paix de ateurs, Clément IX ; et si Innocent XII n’eût survécu à la publication signer 4 de ses décrets, plus long-temps que Clément IX aux calom- ‘e dans niateurs de sa condescendance, le triomphe eût été aussi com- 1elques ( plet pour l’une que pour l'autre : mais Innocent, informé du couner J scandale par les évêques de Flandre, leur fit expédier un seavoit à 1 cond bref, où il s'expliqua, contre ses interprètes menteurs,

"landre { d'une manière à confondre toute leur effronterie. On peut le pape juger de ce qu'il contenoit, sans que nous le rapportions, par es, ne 1 l'humeur et le ton de carrefour qu'il fit prendre à Valloni ou Le bref ( Vaucel. On y parle encore, écrivit-il au père Quesnel:, du ei ent aux : benais de formulaire, comme subsistant dans toute sa force, et 4 ist, il { comme devant être signé sans distinction, explication, etc. Siége. À Voilà comment ceux qui se couvroient de l'autorité du pontife, abord, 4 parloient de ses ordonnances. y tX et à Il en étoit de même dans le parti, tant pour les deux pre- a S toute 4 miers brefs que pour le décret, c'est-à-dire, qu’on y chantoit ina k victoire, tandis qu'au fond on étoit dans un chagrin qui ne VE blivés connoissoit point de retenue. « Toute celte conduite de la cour jh

on 0 1 de Rome, écrivoit encore Valloni :, fait pitié... Les brefs ne s

Pan À valent pas mieux que le décret. Ce qu’il ÿ a de plus mauvais, #4 égard à est qu'on autorise l'introduction du formulaire en Flandre, en " A Tien | obligcant de Je signer sans exception ni explication, in sensu à

À obvio quem ipsius verba exhibent... Plus je relis ces pièces, k

t Lettre du 8 décembre 1794. — 2 Lettres du 6, du 13 du 12 févr. et du mars 1690.

| plus je suis mal satisfait, surtout par rapport au formulaire. » Au reste. Valloni n'étoit pas le seul alarmé, comme il est clair par ce qu'il écrivit encore peu après sur le même chapitre à l'arc-boutant du parti. Je ne suis pas surpris, disoit-il à l'intrépide Arnaud, de la consternation où vous êtes à l'occasion du décret touchant la signature du formulaire ér sensu obvio. C'est ainsi que ces faux braves marquoïent leurs alarmes dans leurs lettres particulières, qu'ils n'imaginoient guère alors devoir un jour tomber entre les mains de l'archevêque de Malines; et cependant ils insultoient en public au parti orthodoxe, comme s'ils avoient eu cause gagnée, et qu'Innocent XII eût rétracté les constitutions de ses prédécesseurs. Qu'on apprenne donc ‘ une bonne fois quel fonds l’on doit faire sur tous les airs et les tons de sécurité des sectaires, quand leur effronterie peut couvrir leur défaite.

Arnaud survécut très-peu de temps à cet affligeant triomphe. Il mourut dans le diocèse de Malines le 8 août de cette année 1694, à l'âge de quatre-vingt-trois ans, entre les bras de son plus cher disciple le père Quesnel, qui sans approbation, et sans qu'on manquât de prêtres approuvés, lui administra le saint viatique et l’extrême-onction 1. Qu'’eût dit le docteur sévère d’une pareille conduite en tout autre docteur ? Voici comment s'exprime sur une fin si triste le fameux abbé de la Trappe 2, que les partisans du docteur avoient cru s’attacher par la profusion de leurs éloges : « Enfin voilà M. Arnaud mort; après avoir poussé sa carrière aussi loin qu'il a pu, il a fallu qu'elle se terminât. Quoi qu'on en dise, voilà bien des questions finies. Son érudition et son autorité étoient d'un grand poids pour le parti. Heureux qui n’en a point d'autre que celui de Jésus-Christ ! » Quelque mesurées que soient ces expressions, les partisans du docteur en furent irrités à outrance, et dans le fond, que ne donnent-elles point à penser, vu surtout la réserve accoutumée de l’auteur ?

Pendant que le restaurateur de l'ancienne discipline de Cîteaux le traduisoit ainsi, les zélateurs de la nouvelle doctrine

* Mém. chron, et dogmat. t. 111, p. 422, etc. — 2 Lettre à l'abbé Nicaise, chanoine ds Dijon.

he . — bib ti nant.

aire. »

st clair pitre à ‘intréion du . C'est s leurs oir un nes ; et comme étraclé e donc set les e peut

triomle cette es bras probaadmi-

dit le cteur ?

x abbé s'atlarnaud u,ila ien des t d'un d'autre ent ces

à oupenser,

ine de octrine

Lu aise, cha

DE L'ÉGLISE. (An 1694.) 199 lui prodiguoient les plus pompeux éloges, le faisoient aller de pair avec ce que l'Eglise a eu de plus grands et de plus saints personnages. Plusieurs l'ont comparé à Origène et à Tertullien : on ne peut disconvenir que la comparaison, au moins avec le dernier, ne soit juste. L'érudition, l'éloquence, l'imagination, la chaleur et l'opiniâtreté surtout, furent égales dans l'un et dans l’autre. Tous deux défendirent des points capitaux de la foi, tous deux eurent aussi le malheur de s'en écarter en des points essentiels; et tout ce que T'ertullien fut pour Montan, ou pour l'hérésie des montanistes, Arnaud le fut pour Jansénius, et pour le calvinisme renouvelé, du moins en partie, sous le nom de jansénisme. La main dont il a reçu les derniers sacrements, et son testament spirituel, où il fait profession de vouloir mourir dans la foi du parti, funt croire, sans témérité, qu'il y persévéra au moins tout le temps qu’il conserva l'usage de la parole.

Qu'on nous vante après cela l’ardeur de sa charité pour Dieu et pour le prochain; son zèle contre les blasphémateurs de nos sacrements et contre Îles corrupteurs de la morale, l’austérité de sa vie, son désintéressement, sa modestie même, sa douceur et sa patience; à tout cela, il ne faut qu'une réponse : c'est qu'il n'est point de vertus chrétiennes sans la foi, et point de foi sans soumission à la voix de l'Eglise, qui n’avoue point d’autres organes que les premiers pasteurs ; c'est que quiconque n'écoute pas cette Eglise, parût-il un ange du ciel, doit être regardé comme un publicain et comme un prïen. À Dieu ne plaise que nous cherchions à troubler la cendre des morts, ni la jouissance même d'une réputation mal

‘acquise, tandis qu elle ne sera point une pierre d’achoppement

pour la simplicité du fidèle! Mais comme l’œuvre de Dieu doit nous être infiniment plus chère que la fausse gloire de l’homme, et que la réputation de sainteté dans les sectaires est une tentation trop forte pour les simples, et combien de simples en ce genre ! il faut au moins ne pas s’aveugler jusqu'à leur trouver des vertus dont il n’est pas la moindre trace dans leur vie.

C'est se jouer manifestement du public, que d'attribuer la modestie, par exemple, la modération et la douceur, à l’aigre

"3 er

Page 1