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chef des jansénistes français. Quand la charité aveugleroit certains catholiques jusqu'à donner dans une crédulité auss risible que défavorable à leur religion, les hérétiques euxmêmes pourroient leur en faire sentir le ridicule. I} s'en faut bien que le ministre Jurieu, entr'autres, fasse honneur à ce personnage pour sa douceur et sa modestie. Son caractère, dit-il :, se produit dans tout ce qui sort de sa plume. On voit qu'il est janséniste (remarquons en passant que le jansénisme d'Arnaud n'étoit pas un fantôme pour les protestants); on voit qu'il est janséniste, qu'il est violent ; insqu' à la fureur, plein d'amour-propre, d'une fierté qui r a pas d exemple, et qui a d'ailleurs de l’habileté. Il ajoute qu ‘n'a pas moins de célébrité ; qu'il est connu de tout le monde par les démélés qu'il a eus avec toute la terre, et que toute la terre a eus avec lui; qu’on peut dire enfin que son orgueil, sa violence et sa mauvaise humeur lui ont mis sur les bras des gens de tout ordre et de toute religion. Juricu, il est vrai, étoit d'une secte qu'Arnaud avoit poussée vivement; mais il n'en est pas moins vrai qu'il a parlé sur cet article comme tout ce qui n'avoit pas intérêt à parler autrement.
Tout le monde sait que jamais homme, il ne faut pour cela qu'ouvrir ses écrits, ne s’est répandu en plus d'invectives, et qu’il suffisoit de combattre ses sentiments pour être accablé d'injures. On y trouve à toute page, comme dans ceux de Luther et de Calvin, les épithètes d'ignorants, d'étourdis, d’insensés, d'impertinents, d'hommes perdus, d'hommes sans honneur, sans pudeur et sans conscience : épithètes prodiguées aux prêtres et aux prélats, aux docteurs séculiers et réguliers d’une doctrine et d'une piété reconnue. L'auteur de sa vie, le plus zélé de ses disciples, le père Quesnel, n’a pu en disgons venir : mais j Me que c'étoit un effet de sa simplicité, incapable de fie \ st d'amerture. qui le rendoit peu attentif à ces petits m‘:3"ic.1s de paroles si étudiées pour la plupart des autres. Oùt trouvera sans doute que la simplicité de l'apologiste passe encore celle de l'accusé. Tenons-nous-en donc à son premier aveu, qui établit si bien ce qui nous importe, que
* Espnit de M. Arnaud. t, 1, p.6.
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DE L'ÉGLISE. (AN 1694.) 20t tout ce qu'il ajoute pour l'affoiblir, ne sert qu'à le confirmer.
On pourroit encore disputer au pape des jansénistes son désintéressement, assez méconnoissable dans sa persévérance à soutenir contre un père et une mère, Perette des Lyons, disposée à faire du bien à Port- Royal : : désintéressement méconnoissable encore dans ses ménagements pour les productions de ses amis ou de ses prôneurs; pour le système de Bourdaille, qui, de son aveu 2, ouvroit la porte à tous les déréglements ; pour celui de Cailly, qui déwuisoit la transsubstantiation ; pour les plus piquantes satires de son siècle, dont il fit une apologie en forme. Sans nous appesantir sur ces faits, il suffit de ce que nous en touchons, our tenir les simples en garde : c'est là ce qui nous intéresse uniquement. Nous ne prétendons même toucher qu'aux apparences que voit l'homme, sans pénétrer dans les intentions dont la connoissance est réservée à celui qui sonde les cœr s; mais pour cette douceur et cette humilité qu'on ne puise # c la foi que dans l'école de Jésus-Christ, que dans la véritable Eglise, on n’en peut rien accorder, sans trahir cette Eglise, un homme qui s’est cru plus éclairé qu’elle, qui s'est montre jusqu'à la mort plus attaché à son propre sens qu'aux constituhons des papes, aux décisions du chef et des membres du corps apostolique, à l'enseignement de toutes les églises.
Il est assez inutile de parler des ouvrages qu'a composés ce docteur au nombre de cent trente-cinq, grands ou petits, presque tous anonymes, et presque tous condamm. Malheureuse fécondité, malgré les talents qu'ils marquent en tout genre, puisqu'ils netendent qu'a favoriserle jansénisme! Temps au moins perdu, si la secte est conséquente, puisqu'ils ne militeroient que pour un fantôme:
Le père Quesnel succéda au docteur Arnaud dans la papauté jansénienne. Et qu'on n’imagine pas que ce titre soit une invention deses adversaires ; c'étoitle nom que donnoient réel- Jement au grand Arnaud, au moins les directeurs des monas-
1 Layle, Dictionn. hist. et crit. au mot Arnaud, -— ? Lettre d'Arnaud à M. le Fercu, du 8 novembre 1680,
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tères de Port-Royal, comme on peut le voir dans le relevé des raisons alléguées par les religieuses de ces communautés, pour se défendre de signer le formulaire. Par modestie sans doute, il se restreignit au nom de père abbé qu'on lui donnoit communément dans le parti, et par respect pour sa mémoire, son successeur s'en tint au nom de père prieur qu'il avoit déjà lorsqu'il n'étoit qu'en second.
Mais cessons de peiner les âmes pieuses et catholiques, par le récit continu de tantde scandales; au moins donnons-leur quelque relâche, et tâchons de leur faire trouver quelque sujet d'édification jusque dans les égarements de l'esprit humain. C'est l’opiniâtreté, et non pas précisément l'erreur, qui fait les hérésies. Rien donc de plus propre à lever, ou du moins à diminuer le scandale de l’opiniâtreté jansénienne, que la docilité des âmes droites, dont la mysticité, ou l'imagination trop vive, reproduisit alors une sorte de quiétisme.
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DE L'ÉGLISE. | (An 1694.) 253 LIVRE QUATRE-VINGT-DEUXIÈME.
DEPUIS LE RENOUVELLEMENT DÜ QUIÉTISME EN 1694, JMaU'AU PONTIFICAT DE CLÉMENT XI EN 1700.
La révolte contre les décisions de l'Eglise scandalisoit depuis trop long-temps, pour que la Providence ne suspendit pas le torrent de la séduction, ou du moins ne confondit pas les séducteurs et les rebelles par quelque exemple frappant et respectable d'une conduite opposée à la leur. Les nouveaux disciples de Molinos, qui, sans l'avouer pour maître, s'élevèrent en France sur la fin du siècle dernier, se trouvoient, par rapport à la note d’hérésie, dans les mêmes circonstances que ceux de Jansénius. Les deux sectes avoient. été pareillement condamnées par le pape et les évêques; et s'il y avoit quelque différence, c’est que la condamnation du prélat flamand s'étoit faite avec beaucoup plus de solennité que celle du docteur aragonais ; qu'elle avoit été réitérée, réaggravée, confirmée en toutes les manières. Voyons à présent quelle fut la conduite de leurs partisans respectifs, sans toutefois revenir sur le chapitre fastidieux du parti, qui n'est que trop connu.
Les premiers vestiges du quiétisme français furent découverts dans un livre du père la Combe, barnabite, intitulé Analyse de l'oraison mentale, où l'on ne put méconnoître le caractère du molinisme , quoique l'auteur n'y allât point jusqu'aux abominations de Molinos. Ce mystique outré eut une élève qui passa bientôt son maître, qui de sa fille en Dieu, devint en peu de temps sa mère et son oracle. C'étoit, s'il est besoin de la nommer, la fameuse dame Guyon, qui fit des livres à son tour, donna le Moyen court et très-facile de faire oraison, l'Explication du Cantique des cantiques. Les ouvrages du directeur et de la pénitente , dès qu'ils eurent vu le grand jour, furent condamnés par l'archevêque de Paris (1694), tant pour le ridicule qu'ils donnoient à la piété, en rendant la son-