‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 89 sur 178 · EE RAR ET SRE · texte numérisé non relu

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la metloient au nombre de ces mystiques vraiment habiles, mais incapables d’instruire les autres, et qui ont plus péché dans les termes que dans les sentiments. En effet, tout le monde se convainquit, avec le temps, qu'elle étoit trompée la première, et qu'elle n'avoit jamais songé à tromper personne.

Quel que fût le mérite de ceux à qui les charmes de son esprit imposoient, elle-ne laissoit pas d'être suspecte à des personnages d'une grande célébrité :. Le bruit de ces soupçons lui étant parvenu, elle communiqua sa peine à l'abbé de Fénélon, en qui elle avoit une confiance particulière. Ce n'étoit pas la seule personne d’un rang et d'un mérite distingué , avec qui elle eût des rapports intéressants; elle inspira le même intérêt aux personnes les plus illustres de son temps, et jouit d’une vraie considération parmi tout ce qu’il y avoit de plus grand et de plus estimable à la cour de Louis XIV.

Jeanne-Marie Bouvier de la Mothe, c'est son premier nom, fille d'un gentilhomme du Gâtinois, et femme de M. Guyon, né aussi de parents nobles, étant restée veuve à l’âge de vingtcinq ans, avec de la fortune, de la figure, beaucoup d'esprit et un caractère aimable, ne voulut jamais entendre à un second mariage , et tourna vers Dieu tous les sentiments de son cœur naturellement tendre. Peu après la mort de son époux, elle fit un voyage à Paris pour ses affaires. Elle y fit des connoissances, et particulièrement celle de M. d'Aranton, évêque de Genève, le quatrième successeur et l'imitateur fidèle de saint François de Sales. Ce prélat lui proposa de se retirer dans son diocèse, pour y travailler, avec quelques autres dames pieuses, à l'instruction des nouvelles catholiques. Elle prit en effet ce parti, après s'être dépouillée de ses biens en faveur de ses enfants, à la réserve d'une modique pension : mais les distractions attachées à la charge de supérieure dont on voulut la revêtir, l'en détournèrent bientôt, trop tard néanmoins, puisqu'elle avoit déjà goûté les leçons du père la Combe, qui étoit le directeur de cette communauté. Elle se retira chez les ursulines de T'onon : après les avoir édifiées quelque temps par son goût pour l'oraison et pour la retraite , elle alla chez une

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de ses amies à Grenoble, puis à Verceil, dont l'évêque prévenu pour elle d’une estime singulière, l’avoit souvent invitée à s'y rendre. Pendant les six années qu'emportèrent ces différents séjours, où elle fut presque toujours accompagnée du père la Combe , elle composa ses ouvrages divers sur la spiritualité. Enfin, l'air épais de Verceil ne convenoit point à sa complexion, et moins encore à sa constitution morale ,-les médecins lui conseillèrent de retourner en France, et elle revint à Paris.

Le bruit de ses ouvrages l'y avoit précédée, et l'on y avoit conçu des préventions si facheuses contre elle, qu'elle y fut arrêtée presque en arrivant, et mise dans un monastère. L'archevêque l'interrogea, et la fit interroger plusieurs fois par des gens habiles. On découvrit en elle autant de docilité que d'innocence. Les religieuses, d'un autre côté, rendant avec admiration témoignage à toutes ses vertus, madame de Maintenon s'intéressa pour elle auprès du Roi, et lui fit rendre une entière liberté. Ainsi l'humiliation même la mit dans une considération plus haute, et lui procura la plus puissante protection. Dès son premier séjour à Paris, elle avoit eu la connoissance de la duchesse de Bétune, femme de beaucoup d'esprit et de grande piété, chez qui se rassembloit tout ce qu'il y avoit de personnes recommandables par ces deux endroits, tant à la ville qu’à la cour : ce fut là qu'elle se lia d’une manière étroite avec les ducs de Chevreuse et de Beauvilliers, et surtout avec l'abbé de Fénélon, alors précepteur des enfants de France. Fénélon, cette âme si pure et si noble, applaudissoit aux idées grandes que madame Guyon s’étoit formées de Dieu, et plus encore à son amour sans partage pour l'être infiniment aimable.

On continua néanmoins à décrier sa doctrine, et l’on peignit sa personne même des couleurs les plus affrenses. On menaçoit le royaume et l'Eglise d'une secte nouvelle, égale en abominations et en infamies aux anciens gnostiques ; et ceux qui répandoïient principalement ces bruits, le faisoient avec toute la chaleur que pouvoit donner l'espoir de tourner de ce côté-là la vigilance et l’activité des deux puissances dont ils étoient l’objet.

Madame Guyon , pour faire Lomber, s'il étoit possible, ces

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