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DE L'ÉC:1SE. An 1695.) 213 ajoutant à mes écrits, me faisan: dire et senser ce à quoi je n'ai jamais pensé, et dont j'étois infiniment éloignée ; qu'on a joint la fausseté à la calomnie, me faisant des interrogatoires caplieux, ne voulant pas croire ce qui me justifioit, et ajoutant à ines réponses, mettant ce que je ne disois pas, et supprimant les faits véritables. Je ne dis rien des autres choses , parce que je pardonne tout et de tout mon cœur, ne voulant pas même en conserver le souvenir. » Quelle énigme nouvelle que ce monument! Nous ne nous hasarderons point à en faire l’explication, et moins encore l'application; mais nous en conclurons à user de la même réserve à l'égard de l’accusée qu'à l’égard des accusateurs.
Madame Guyon n'est pas la seule personne de son temps qui, au point le plus lumineux d’un siècle si justement vanté, montra que l'esprit humain n’étoit pas à l'abri de l'égarement,
et des écarts même les plus pitoyablés. Il s'éleva dans ce même
temps, au milieu de Rome ; une société entière de fanatiques,
‘dont les membresse nommérent les chevaliers de l'Apocaiypse.
Augustin Gabrino de Brescia, leur chef, se faisoit appeler tantôt le monarque de la Trinité, tantôt. le prince du nombre septenaire. Un jour des Rameaux qu'il se trouvoit à l’église comme on chantoit l'antienne, Qui est ce roi de gloire ?il courut l’épée à la main vers les chantres, en criant que c'étoit lui. On le prit avec raison pour un fou, et sans faire d'éclat, sans crier à l'erreur ni à l'hérésie, on le renferma. Cependant les chevaliers de l' Apocalypse étoient déjà au nombre de quatre. vingts, portant sur leurs habits et sur leurs manteaux les armes de leur ordre; savoir, un bâton de commandement et un sabre en sautoir, avec une étoile, et les noms rayonnants des anges Michel, Gabriel et Raphaël. Ils se disoient suscités pour défendre l'Eglise contre l’antechrist, qui étoit prêt à se faire adorer. Îls avançoient bien d’autres principes de subversion, d’autant plus dangereux, qu'ils les accréditoient par leur empressement à soulager tous ceux qui étoient dans quelque nécessité. Après l'emprisonnement de leur che”, un pauvre bucheron qui s’étoit laissé engager dans cette secte, révéla tout ce qu'il savoit deses mystères : on arrêla une trentaine de ces illuminés, et tout le reste se dissipa.
214 (An 1695.) HISTOIRE [IH Rome laissa tomber de lui-même ce fanatisme, et pendant de! que des rêveries à peu près semblables absorboient en France gi! les moments précieux des premiers prélats, elle porta son ut attention sur deux ouvrages français, qui avoient pour titres, la Dévotion à la sainte Vierge, et l'Année chrétienne : il faut nl cependant convenir que la séduction n'y étoit pas fort à WE craindre, au moins à raison du style. Le traité de la Dévotion L'At à la sainte Vierge composé par le sieur Baillet, étoit marqué Ki au coin des autres ouvrages du même auteur, dont l’on peut juger par la Vie des Saints, le plus passable de tous, et qui
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if n'a guère pour relief que sa hardiesse à rayer et à biffer, à déue nicher et à réprouver; en un mot, qu'une témérité confiante , "UE dont la sotte ignorance peut seule prendre les productions pour ] ue des chefs-d'œuvres de sagacité et de critique. Mais s'il ne rai- | LE sonnoit point, et pensoit très-peu, illisoit beaucoup, il furetoit F EL sans fin, il compiloit, il déchiquetoit, il entassoit, et puisoit de 6 1 préférence dans les répertoires de la nouveauté, autant néan- , HT moins qu’il le pouvoit, sans trop s’exposer, et il s’en attachoit : Ll les auteurs par les louanges qu'il leur prodiguoit. Cette habi- : “L leté à se faire valoir suppléoit au mérite, et procuroit à ses : 4 livres des approbations pompeuses, que le suffrage des con- : a noisseurs , il est vrai, justifioit rarement, mais qui imposoient d al toujours au troupeau des simples. ire | ps (R Le docteur Hideux, connu par la quantité d’approbations | . {hi qu'il a données à de méchants ouvrages, dit entr'autres choses, ë d NRA à o , a ; à € FL que celui-ci peut être d'un grand usage pour défendre l'E- 5 [ee glise catholique contre les faux reproches des prétendus ré- 1 £ QUE formés. Ys auroient été bien difficiles, sans contredit, s'ils n'en Î à TE avoient pas été contents. Aussi Bayle témoigne-t-il que cet 2 1 2 auteur traite la Dévotion à la Vierge, aussi raisonnablen:ent ha [ll Te qu'une personne de sa profession le puisse faire, c’est-à-dire, ne “ A autant qu'un prêtre de la communion romaine, sans trahir en … Door termes exprès la foi qu'il professe, peut se rapprocher des : BUR: plus grands ennemis de Marie. Quoi de plus agréable en effet 2 : ni our des protestants, que d'entendre dire à un prêtre, que pl
LES . J'ange de l’Apocalypse empêcha saint Jean de se prosterner
s Dictionn. art. Nestorius.
endant France ta son litres, il faut fort à évotion marqué on peut et qui r, à déonfiante ns pour | ne raifuretoit xisoit de \t néanittachoit te habioit à ses les con- Dosoient
obations choses, re lEdus ré- ’ilsn'en que cet blement -à-dire, rahir en her des en effet ire, que osterner
DE L'ÉGLISE, (An 1695.) 215 devant lui, parce que se pr'osterner est une sorte de respect et de soumission qui n'est due qu'à Dieu 1 P N'est-ce pas là condamner véritablement la pratique universelle des catholiques qui tous les jours se mettent à genoux devant les images des saints, et particulièremet devant celle de la sainte Vierge P L'auteur avance aussi que le culte rendu à la mère de Dieu est inutile, et à elle, parce qu elle n’en retire aucune gloire, et à la plupart des hommes, parce qu'elle abhorre les prières des pécheurs, et qu'elle n’intercède que pour les élus. Ce dernier trait ne dut pas moins plaire aux semi-calvinistes qu'aux calvinistes rigoureux.
Ce frondeur audacieux attaque de même les prérogatives et tous les titres d'honneur que l'Eglise attribue à Marie. Si on l'appelle mère de miséricorde, c'est uniquement, selon lui, parce qu'elle est mère du Dieu de miséricorde, et non pas que touchée de nos misères, elle emploie son crédit en notre faveur. Si nous la nommons Notre-Dame, c’est dans son style ironique, peu différent ici du blasphême, c’est par la même raison que les bonnes gens appellent un saint, monsieur , et une sainte, madame ; et nous la nommons reine des anges, ose-t-1l ajouter, comme on dit la reine des fleurs ou le roi des astres. À quoi il ajoute encore, que la plupart des titres d'honneur qu'on donne à la Vierge, sont nouveaux, sont outrés, sont de pures hyperboles ; que l'Eglise ne fait que les tolérer, et qu'il vaudroit mieux s’en abstenir. Après les titres de Marie, viennent ses fêtes, qui ne sont pas mieux traitées par le faux prôneur de sa dévotion. Elles furent établies, ditil, en partie par les princes séculiers, qui se sont ingérés à les prescrire, et en partie par différents particuliers, qui ont entraîné l'Eglise. Il parle de l’immaculée conception en homme aguerri contre les foudres du siége apostolique, et contre le torrent des docteurs. Pour l’ assomption en corps et en âme, que l'abbé de Saint-Cyran néanmoins avoit tenue pour tellement indubitable, qu'on ne pouvoit la nier sans se rendre coupable d'erreur2, ce n’est pour lui qu’une conjecture +ppuyée sur des révélations, au défaut des preuves régulières.
1 Baill, Dévetion à la sainte Vierge, p. 43. — 2 Petr. Aurel, t. 11, in-49, p, 176,
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216 (AN 1695.) HISTOIRE L' Eglise, ajoute-t-il en termes exprès, n’a pas jugé à propos d'arrêter le zèle et l'industrie de ceux qui introduisoient des opinions nouvelles, pourvu qu'elles fussent édifiantes et pieuses. N'est-ce pas là, sous le faux air d'une apologie de l'Eglise, la justification des plus sanglants reproches que lui font les protestants P
Il n'en falloit pas tant, sans doute, pour autoriser Rome à flétrir un ouvrage infiniment plus propre à éteindre qu’à établir la dévotion qui lui servoit de titre. La flétrissure ne fut assurément pas excessive, puisqu'on se contenta de le mettre à l'index, apparemment pour ne lui pas donner plus de célébrité qu'il ne pouvoit s'en acquérir par sa mince valeur (1695).
L'Année chrétienne du sieur le Tourneux ne fut pas traitée avec plus de rigueur; et si elle n'eût pas été comme une publication nouvelle du missel et du bréviaire français du sieur Voisin, déjà condamnée, peut-être l'eût-on laissée sans nulle atteinte, entre les mains de ces dévotes qui ne régorgent pas d'esprit, et qui en trouvent d'autant plus dansunlivre, qu'elles l'entendent moins. Ce décret fit toutefois jeter feu et flamme au père Quesnel, suivant les paroles expresses de son affidé Valloni. Le parti en conclut, avec sa docilité ordinaire, à faire une nouvelle édition du livre proscrit; et de toute parton préconisa l'auteur, qu'on mettoit de niveau avec les Thomassin, les le Cointe, les le Vallois et les Arnaud même. l'elle est la charité dans les sectes, capable d'opérer jusqu'aux plus étonnantes métamorphoses ; et les succès en sont d'autant plus rapides, que tous s'y rendent solidaires pour fabriquer la réputation d'un seul, Quelle est après tout, la dose de génie dans l'Année chrétienne ? Quelques réflexions traînantes, quelques lieux communs dévotieux, qui ne coûtent peu à l'esprit, et qui ne vont point au cœur; voilà tout ce quien a fait placer l'auteur dans le catalogue des premiers génies de son temps.
Voici un décretbien différent de ceux quon vient de rapporter, et de la plupart des choses de même ordre; aussi la cause en fut-elle des plus singulières et tout à fait originale, Les savants auteurs des Actes des saints, connus sous le nom de Bollandistes, avoient établi sous le 6 et le 19 Ge mars, que
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DE L'ÉGLISE. (an 1695.) 217 le B. Berthold avoit été le premier général des carmes; par-là ils fixoient au douzième siècle l’origine de cet ordre. Il s’en falloit bien que les vieux nourrissons du Carmel se bornassent à une antiquité de six cents ans. Quelques-uns d'eux avoient autrefois prétendu que leur origine remontoit jusqu'au patriarche Enoc, qui vivoit avant le déluge; mais on les avoit un peu embarrassés, en leur rappelant que Noé et ses trois fils restés seuls du genre humain, avoient chacun sa femme, ce qui n'étoit pas conforme à la règle du Carmel. L'objection fut assez forte pour faire disparoître cette prétention; mais on n'en fut que plus ardent à soutenir qu’au moins on descendoit en ligne droite du prophète Elie. Et depuis le temps de ce prophète (selon la thèse fameuse qui fut soutenue en 1682 par un carme de Beziers, devant le chapitre provincial, et censurée à Rome en 1684), tout ce qu'il y a eu depatriarches et de prophètes en Judée, la plupart des sages et des philosophes sous les climats divers, Pythagore indubitablement païen et les druides mêmes furent autant de carmes. Les savants qui travailloient avec tant d'applaudissement à purger la légende des mélanges fabuleux qui la déshonoroient, ne crurent pas devoir épouser des opinions qui les eussent rendus la risée de tout ce qui joignoitle bon sens avecl'érudition. Cependant ils ne les combattirent pas de front, connoissant la délicatesse de l’ordre en général sur l'article de la généalogie.
Elle étoit infiniment plus grande encore qu'ils ne se l’étoient figurée, au moins parmi les carmes des Pays-Bas. Ces bons pères oubliant qu'iln’en est pas de la noblesse religieuse comme de la noblesse mondaine, d'autant plus estimée qu’elle est plus éloignée de sa source ; que les ordres monastiques, au contraire, ne sont jamais plus estimables que quand ils touchent à leur origine, parce qu'ils ne sont jamais plus fervents, ils se crurentlésés dans leur honneur; ils poussèrent des plaintes et des cris menaçants, ils écrivirent de toute part, ils inondèrent la Flandre de libelles, et bientôt tous les états d'Espagne. Le père Sébastien de Saint-Paul, très-distingué par les emplois qu'il avoit remplis dans son ordre, et bien médiocrement par sa doctrine ou sa critique, fit un crime et presque une hérésie aux Rollandistes d'avoir accusé de supposition les décrétales
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antérieures à celles du pape Siriee, aussi-bien que la donation de Constantin à l'Eglise romaine, et d'avoir douté du miracle de la Véronique. On sent qu'il ne fut pas difficile de répondre
us àces objections, et à toutes les pauvretés qu’elles entraînèrent. ju Durant cettelutte, fort sérieuse d'une part, quoique très-ba-
a. dinede l’autre, parut tout à eoup danslalice un nouvel athlète,
Hit qui avoit moins l'air d’un concurrent véritable, que d'unacteur
| 48 chargé de paroäier les prétentions dont il se montroit jaloux. sl Rien toutefois ne fut moins supposé que le chagrin, non plus Hs de Sébastien de Saint-Paul, mais de Paul de Saint-Sébastien,
j ER religieux de la charité, quand il apprit que les carmes se don-
1ED noient pour les plus anciens religieux du monde, Il quitta la
UÉ lancette et la seringue ; il pritla plume, il soutint avec chaleur
HE que son ordre avoit neuf cents ans d'antiquité sur celui des 18 carmes ; que l'ordre des carmes datoit tout au plus du temps
pi où vivoit le prophète Elie, et que celui de la charité remuntoit
ni incontestablement jusqu'au temps d'Abraham ; quece premier
: 2 patriarche avoit fondé l'ordre de la charité dans la vallée de ut Mambré, en faisant un hôpital dans sa maison; bien plus, ARE qu'après ce premier hôpital, il en alla faire un autre dans les [il uf Limbes, pour y loger les enfants morts sans baptêmet, On EL douteroit avec raison d'une émulation pareille, si l’on n'avoit il : y pas consigné dans un monument au-dessus de tout soupçon, | il dE It la lettre de ce frère Paul de Saint-Sébastien. Lui-même écrivit | 1. dE à ce sujet, de l'hôpital d'Antiquera en Espagne, au général de \ se son ordre. Une pièce de ce caractère méritoit assurérasnt de
passer à la postérité.
| La vérité qui perçoit par tant d'endroits, ou fut étouffée par | l'intrigue, ou nefut pas aperçue par les inquisiteurs d'Espagne, A4 qui, au grand étonnement de toute l’Europe savante, condamnèrent quatorze volumes des Actes des saints, qui comprenoient les mois de mars, d'avril et de mai (1695). Les moins affectionnés à l'institut des auteurs, regardèrent cette censure 1é comme une plaic faite à la république des lettres, et firent | + éclater de toute part leur indignation; ce qui engagoa l'em- "AA pereur Léopold à prier le roi d'Espagne d'interposer son au-
UR4p. de Papabr. au P, Sébust. de S. Paul, art. 19, n. 10.
donation u miracle répondre raîinèrent.
e très-ba elathlète, ‘unacteur it jaloux.
, non plus Sébastien, es se don- 1 quitta la ec chaleur r celui des s du temps remuntoit ce premier a vallée de bien plus, tre dans les têmet, On ’on n'avoit
général de réraent de
, condamui compre- Les moins
er son au-
torité, afin que ses états ne.fussent pas privés du fruit d'un travail utile à l'Eglise, et applaudi par tous les vrais savants. Ces remontrances firent sans doute impression, puisque l'inquisition d'Espagne rendit un décret nouveau, qui permettoit aux Bollandistes de fournir leurs défenses. Les carmes, dans cette crise, jugèrent qu'il falloit tout risquer ; ils dénoncèrent à l'inquisition la lettre même de l'empereur, qu'ils osèrent qualifier de pièce hérétique et schismatique , toutefois en voulant bien feindre qu'ils ne la eroyoient pas de ce prince, Là-dessus, Rome prit connoissance de l'affaire, et les volumes notés eurent d'abord la liberté de se produire au jour. L'’inquisition d’Espagne défendit ensuite toutes les pièces qui concernoient ce
différend. Rome défendit encore, sous les peines les plus ri- .
goureuses, de traiter à l'avenir de l'institution prophétique de l'ordre des carmes. Enfin l’inquisition d'Espagne, instruite ou calmée par le temps, révoqua le décret qui avoit défendu la lecture des Actes des saints (1715). Que de mouvements pour une chimère ! et combien de chimères ont causé de pareils mouvements !
En France, Louis le Grand , par une marche plus égale, comme aussi mieux méditée , confirma la révocation de l'édit de Nantes, treize ans après qu'elle avoit été ordonnée : délai bien suffisant pour en avoir contrebalancé les inconvénients et les avantages dans un conseil dont peu d'autres purent se flatter depuis d’égaler la sagesse. Ce religieux monarque s'étoit rendu sourd à toutes les sollicitations que les plénipotentiaires des princes protestants avoient faites en faveur des religionnaires de France au congrès de Ryswick, tandis qu’il avoit encore sur les bras la plus grande partie des puissances de l'Europe, Ainsi s'évanouirent toutes les espérances que ces Français équivoques avoient conçues à l'occasion d'une guerre si embarrassante pour leur souverain, et qui en avoient induit plusieurs à se relâcher des bonnes dispositions qu'ils marquoient auparavant. Ils allèrent en foule chercher la liberté de professer l'erreur dans la principauté d'Orange, qui, par un article du traité, avoit été rendue au roi Guillaume d'Angleterre, charmé de les recevoir dans ce petit état presque dépeuplé : mais le roi très-chrétien leur fit dé-
220 (AN 1695.) . KISTOIRE : | fense, sous peine de là vie, de s’y aller établir, avec.ordre, sousla même peine, à ceux qui s y étoient déjà retirés, de revenir chez eux dans le terme de six mois. sn, .
Attentif à.tout ce qui regardoit le maintien, l'avancement et la dignité de la religion, Louis avoit donné Km ans auparavant l'édit à jamais mémorable de 1695, sur lesremontrances du clergé, portant que les ordotnances de: nos rois, au sujet de la juridiction ecclésiastique, n'étoient pas également observées dans toutes les cours de justice, et que depuis leur publication il étoit-encore survenu.bien des difficultés insolubles. Le monarque donna au; mois d'avril de cette année, en cin-
uante articles, une déclaration capable de rétablir à jamais le calme etl'harmonie entre les. deux juridictions, si la jalousie en pareille matière pouvoit connoître des bornes. Elle s'étend à la résidence et à la visite épiscopale, aux monitoires.et aux. décrets ecclésiastiques de toute espèce, à la publication. des actes juridiques, aux appels” comme d'abus, aux procédures. criminelles, aux cas privilégiés, al exécution des sentences, aux prérogatives de la hiérarchie et à la conservation de ses biens, à l'administration des hôpitaux, aux ‘comptes des fabriques, aux revenus des bénéfices incompatibles, à l’honoraire des ministres sacrés, aux prières publiques, aux prédications et aux confessions quant à l'ordre extérieur, et de même à la doctrine, aux officiaux, aux théologaux, aux curés et aux vicaires , à l'érectiun des cures, aux écoles de paroisses, ‘aux décimateurs, aux religieux, aux religieuses, et à tout ce qui intéresse la discipline régulière, En un mot, il ne tint pas à la sage prévoyance du monarque, que la coniorde et l'harmonie entre les deux juridictions ne fussent rétablies dans toute leur étendue. Si les passions humaines continuèrent encore à les troubler, au moins les troubles et les abus diminuérent-ils considérablement,
Pendant que le monarque s'occupoit ainsi de, tout ce qui intéressoit l'ordre ecclésiastique et civil de ses états, cinq prélaits des plus distingués du royaume, messieurs de Paris, de Reims, de Meaux, d'Arras, et d'Amiens, portant leur sollicitude, jusqu'au centre de la catholicité, sur les productions du sdcré collége (1697), écrivirent au pape pour lui déférer un
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DE L'ÉGHISE. (AN 1695.) 221 livre posthume du cardinal: Sfondrati sur la prédestination, quoiqu il eùtété i imprimé-à Rome avec la permission du saint office. Il n’est'pas hors de propos d'observer que ce cardinal avoit écrit contre les quatre articles statués par: le clergé de France dans l'assemblée de r682; il faut avertir aussi: que son livre mettoit en avant des propositions très-singulières. On y voit, entr’autres choses, ‘que le sort des enfants morts sans baptême est heureux, comme les’ ayant préservés d'offenser Dieu par eux-mêmes, et qué Dies en les privant de la félicité surnaturelle ne les a pas pres pour cela de toute sorte de félicité. ‘à
C'étoit là saper par les féidéments tout l'édifice du Jansénisme, aussi-bien que celui du calvinisme et du luthéranisme par rapport à la grâce, puisque les partisans de toutes ces hérésies, pour sauver la divine justice, qui dans leurs principes punit de l'enfer des fautes que ous n'avons pu éviter sans la grâce qui nous manquoit, et qu' ainsi.nous avons commises nécessairement, n’ont rien de mieux à répondre, quand ils sont poussés jusqu'à un certain point, sinon que cette nécessilé où nous sommes-de pécher dans l’ état présent, provient du péché originel, malgré la grâce du ‘baptème dont ils anéantissent ainsi la vertu essentielle. La nécessité, pour me servir des expressions mêmes de Jansénius, répétées vingt fois1, provient de la détermination libre de la volonté de notre premier père, et n’est rien’autre chose que la perpétuité immuable de cette volonté primitive. Voilà pourquoi ses disciples s’irritent si fort contre quiconque ne fait pas, comme eux, un article de foi de la peine du feu décérnée aux enfants morts sans baptême, c'est-à-dire, contre tous les théologiens catholiques, sans en excepter les saints Pères, dont la plupart ont tenu l'opinion contraire, et dont aucun n'a regardé cette question comme décidée par l'Eglise, pas même saint Augustin. Si ce Père, comme on a pu Île voir dans le lieu où nous avons rendu compte de ses œuvres, a tenu l’affirmative , en touchant cette matière en orateur dans un sermon prêché à Carthage, cependant il la regardoit si peu comme un article de la croyance
t Jans, de stat, nat, laps. cap. 2.4 et 25.