‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 96 sur 178 · DA Q 20 ST DT · texte numérisé non relu

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DE L'ÉGLISE. (An 1695.) 223 le père Gerberon, entr'autres, dit que l'apologiste étoit un très-pitoyable théologien ; qu'on ne pouvoit rien lire de plus téméraire, de plus artificieux, de plus pernicieux que cet ouvrage, et qu'il lui paroissoit en beaucoup de choses plus que pélagien. Cependant les injures n'opérant rien du côté de Rome, on se retourna vers le clergé de France, qui devoit s’assembler dans peu. On fit un gros recueil de tout ce qui s’étoit jamais écrit contre l'ouvrage épargné à Rome, et on le présenta au clergé, sous ce titre : La doctrine augustinienne de l'Eglise romaine, débarrassée des entraves du cardinal Sfondrate par plusieurs disciples de saint Augustin, et dédiée à l'assemblée prochaine du clergé de France. Mais bientôt ils pressentirent que cette entreprise, loin de venger leur affront, ne serviroit qu à mettre le comble à leur honte. Ce fut pour prévenir, s’il étoit possible, une humiliation si désespérante, que le père Quesnel publia en forme de lettre adressée à un député du second ordre, une espèce de satire, où il avançoit que le jansénisme ne se trouvoit que dans les cervelles blessées ; qu'on le trailoit de fantôme au milieu de Rome même, par des écrits imprimés avec la permission du maître du sacré palais; que le sort de l'inséparabilité chimérique du fait et du droit, à jamais honteuse pour les assemblées précédentes, devoit bien faire craindre à celle-ci de se couvrir d'un opprobre semblable. I] finissoit par avertir charitablement les prélats, d’avoir grand soin de se comporter avec toute la circonspection que demandoit la délicatesse de la matière, sans quoi l’on ne manqueroit point de relever ce qui se feroit de nouveau contré l'honneur du clergé de France.

L'assemblée n'eut pas besoin de longues délibérations pour prendre son parti :. La seule préface du recueil masquoit un sectaire qui n'avoit en vue que de ruiner l'autorité des oonstitutions apostoliques publiées contre les cinq propositions. On n'y disoit pas seulement que le jansénisme est une chimère, mais que la constitution d'Innocent X n'avoit servi qu’à aigrir et brouiller; qu'Alexandre VII avoit agi d’une manière indigne de son siége ; qu'Innocent XII s’étuit expliqué en termes

1 Mémoires du clergé, septembre 1697.

ambigus; que s’il avoit paru dans un premier bref apporter quelque remède au mal, il avoit renversé par un autre le bien dont on s’étoit flatté ; que les évêques de France avoient abandonné les libertés de l’église gallicane, en recevant la bulle d'Innocent X ; qu'il faudroit établir des disputes réglées sur l'affaire du jansénisme, en présence des juges nommés par le pape ou par le roi, et qu'on devroit se souvenir que la mort n'avoit pas encore enlevé tous ceux qui savoient que les règles suivies aujourd'hui par les évêques, seront éternellement la honte du clergé de France. Le 4 septembre 1697, l'assemblée condamna ces propositions comme fausses, téméraires, scandaleuses, injurieuses au clergé de France, aux souverains pontifes et à l'Eglise universelle, schismatiques, et favorisant les erreurs condamnées. Ce fut là tout le fruit que la cabale retira

des mouvements infinis qu’elle s’étoit donnés pour flétrir l’ou-

vrage du cardinal Sfoudrate, auquel l'assemblée ne toucha pas plus que n’avoit fait le saint Siége, moins encore par respect pour ce lien de l'unité catholique, que par une indignation contre des sectaires qui n’attaquoient la doctrine de ce cardinal que pour établir celle de l'évêque d'Ypres.

L'année précédente, le 20 août 1696, M. de Noailles, ar: chevêque de Paris, avoit publié une instruction pastorale, qui occasiona une longue suite de discussions et de réflexions très-désagréables pour lui. Quoiqu'il eût déjà donné son approbation aux Réflexions morales de Quesnel, il condamnoit par cette ordonnance, ou instruction pastorale, l'exposition de la foi touchant la grâce et la prédestination, digne ouvrage de l'abbé de Barcos, neveu et disciple du fameux abbé de Saint- Cyran. Dans l'ordonnance du prélat, on peut distinguer deux parties, entre lesquelles certains adeptes trouvèrent une diversité singulière de principes. Dans la première, le prélat disoit qu'il y avoit eu lieu de se promettre que l'erreur qui causoit tant de troubles dans l’église de Fronce, finiroit après le jugement qui l'avoit proscrite; maïs qu'il y avoit encore des esprits inquiets et ennemis de la paix qui répandoient dans le public des livres, tels que l'exposition de la foi touchant la grâce et la prédestination, qui pourroient troubler le repos de l'Eglise; que personne n'ignoroit le bruit qu'ont excité les

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cinq fameuses propositions tirées du livre de Jansénius, et proscrites par les constitutions pontificales, que les évêques de France ont acceptées unanimement avec toute sorte de respect et de soumission, ce.qui a été suivi du consentement de toute l'Eglise catholique; que c'en étoit bien assez pour détruire cette doctrine pernicieuse; maïs que l’orgueil ne cessant de s'élever, quoiqu'abattu, on voyoit avec douleur renaître l’hérésie dans un livre nouvellement imprimé, avec d'autant plus de péril, que cet ouvrage, composé en langue vulgaire, pouvoit être lu par les ignorants et les simples, aussi-bien que par les savants. Le prélat ajoutoit que l'ayant fait examiner, et long-temps examiné lui-même, il avoit reconnu sans peine le venin du dogme de Jansénius.

Sur quoi le saint nom de Dieu invoqué, il condamne ce livre, comme renfermant des propositions respectivement fausses, téméraires, scandaleuses, impies, blasphématoires, injurieuses à Dieu et dérogeantes à sa bonté, frappées d'anathème et hérétiques; enfin, comme renouvelant la doctrine des cinq propositions de Jansénius avec une témérité d'autant plus insupportable, que l’auteur ose donner comme étant de foi, non-seulement ce qui n'en est point, maïs même ce que la foi déteste, et ce qui est abhorré par toute l'Eglise.

La seconde partie est une instruction sur les matières de la grâce. L’archevêque y établit d'abord, que nous ne pouvons rien pour le salut, sans la grâce de Jésus-Christ; mais que Dieu ne commande rien d'impossible; qu'il nous avertit de faire ce que nous pouvons, de demander ce que nous ne pouvons pas, et qu'il nous aide afin que nous le puissions. 1l dit ensuite que dans les prières qu'on adresse à Dieu, ce n'est pas le seul pouvoir, mais encore l'effet qu'on demande; que quelque pouvoir que nous sentions en nous de résister à la grâce, même la plus effirace, la foi nous apprend que Dieu est tout-puissant, et qu'ainsi il pent faire ce qu'il veut de notre volonté, et par notre volonté. Il finit par un éloge court, mais énergique, de saint Augustin, avec défense d’accuser personne de jansénisme sur des soupcons vagues.

11 falloit que les novateurs condamnés par cette ordonnance

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pour trouver, comme le firent plusieurs d'entr'euxt, que la seconde partie étoit un préservatif contre la première, et que si l'archevêque sembloit d'un côté ne se point déclarer pour Jansénius, il laissoit de l’autre de quoi le justifier. Accuser ainsi de jansénisme un prélat qui déclaroit les opinions de Jansénius hérétiques et pernicieuses, c’éloit assurément contrevenir avec bien du front à l'ordonnance par laquelle il défendoit de former des accusations pareilles sur de légers soupçons. D’autres jansénistes, pour excuser ce prélat, ont avancé quil avoit simplement feint d'abandonner Jansénius, afin d'adoucir un peu les esprits aigris à l'excès, faisant d'ailleurs tout son possible pour le justifier, c'est-à-dire, que pour excuser M. de Noailles, ils lui attribuoient la duplicité la plus indigne de son caractère, de son rang et de la réputation même * de candeur dont il jouissoit.

D'autres encore, et sur un ton bien différent, parlèrent de l'instruction pastorale. Le père Gerberon surtout, lui qui avoit tiré des ténèbres le livre flétri par l'instruction pastorale, ne fut pas d'avis de se taire, ni d'humeur à prendr: le ton du pate- Jinage. Il ne tarda point à publier des remarques, où mettant l'archevêque en contradiction avec lui-même, il disoit que si dans la seconde partie de l'instruction pastorale, il avoit entendu la voix d’un pasteur, il n’avoit aperçu dans la première que les préventions et les entêtements d’un mercenaire qu’on ne pouvoit suivre sans s'égarer, L’archevêque fut si choqué de plusieurs traits aussi crus qui se trouvoient dans les remarques, que tous ceux qui l'obsédoient et conspiroïent à le tromper, crurent devoir tout employer afin de l'adoucir. Le sieur Gouet, bon janséniste alors, écrivit au père Quesnel, qui avoit toute autorité dans le parti, qu'il falloit adresser au frère Germain ( c'étoit le nom de guerre du docteur Boileau, qui régissoit l'archevêque ) une lettre qui blâämât nettement la licence de l’auteur des remarques. Cette commission, très-délicate en soi, avoit des difficultés toutes particulières pour le père Quesnel. Il avoit écrit à l'abbé Couet lui-même, une lettre

1 Entretien sur le décret de Rome contre le nouveau Testament de Châlons, pe 17 et suiv. Réflexions sur les constitutious et les brefs, etc., pag. 214 et sav.

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DE L'ÉGLISE. (AN 1696.) 227 pleine d'éloges pour le livre censuré par l'archevêque : et tout nouvellement encore, il en avoit écrit une autre au sieur Willart, où il parloit de la censure comme d’une faute énorme, capable d'arrêter toutes les bénédictions du ciel. « Je suis surpris, lui disoit-il, que dom Antoine de Saint-Bernard ( c’est un des noms que le parti donnoit à l'archevêque ), je suis surpris que dom Antoine prenne des résolutions si préjudiciables à sa réputation. Cet homme-là gâte tout. 11 est important qu'une personne qui a commis cette faute dans une place si sainte et si élevée, la connoisse dans toute son étendue, qu'il en prévienne les suites par la pénitence, qu'il s’en humilie, et qu'il en soit humilié. »

Voilà dans quelles circonstances le pére Quesnel recut {a lettre de l'abbé Couet, qui lui demandoit aussi un mensonge des mieux conditionnés en faveur de la cause commune. Il l'obtint : l'envie de ménager un prélat puissant qu'en se flattoit d'avoir engagé dans les intérêts du parti, l'emportaisur la conscience, et sur tout sentiment d'honneur. Quesnel écrivit à Boileau, qui étoit l'âme de celte intrigue, qu'il étoit très-fâché que l’auteur des remarques ( avec lequel, par un second mensonge aussi effronté que le premier, il assuroit n'avoir aucun rapport, et ne pas même le connoître ); qu'il étoit très-fâché que cet auteur, quel qu'il pût être, se fût avisé d’une telle entreprise, et l’eût exécutée d’une manière si contraire à l'autorité épiscopale. Et pour qu'il ne manquât rien de ce qui caractérise un hypocrite, et un menteur aguerri : on ne me soupconnera point sans doute, ajouta-t-il, d’user d'équivoque ni de restriction mentale; on sait que ce sont là des drogues dont je n'ai jamais tâté. Ce n'est pas tout : peu après cette protestation, il écrivit de nouveau à Willart, pour lui témoigner l'estime qu'il continuoit à faire des remarques. C'est ainsi que se jouoient de la religion, aussi-bien que de la vérité, ces ennemis affichés de l'équivoque et de la restriction. Ils abhorroient l'équivoque, et ils se faisoient un jeu du mensonge; ils craignoient d'avaler le moucheron, et ils dévoroient le chameau.

M. le Tellier, archevêque de Reims, eut vers le même

temps une aventure à peu près semblable à celle de M. de 19e

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228 (An 1696.) HISTOIRE

Paris. À l'occasion de quelques thèses soutenues chez les jésuites, il donna une très-longue ordonnance, qui fut distribuéc en pleine assemblée de Sorbonne, envoyée à Rome, en Flandre, à tous les évêques, et dans toutes les villes du royaume :. Cet ouvrage, outre la doctrine, demandoit un grand travail : aussi fut-on persuadé que le prélat ne l'avoit pas composé lui-même. On peut encore voir dans le journal des Savants 2, que le docteur Vitasse y avoit eu bonne part : mais enfin M. de Reims y avoit mis son nom, et il fut obligé d'en faire les honneurs.

L'ordonnance envoyée à tout le monde, avec une dépense digne de son père adoptif, n’obtint pas, à beaucoup près, les applaudissements de tout le monde. On y canonisoit le thomisme; mais on y mettoit une différence essentielle entre Ja détbine de cette école, et celle de Jansénius. L'évêque d'Ypres y étoit maltraité, et ses disciples encore davantage. On représentoit ceux-ci comme des présomptueux, qui se flattoient de mieux entrer dans le sens de saint Augustin que tous

. les catholiques ensemble : ces traits méloient un peu trop d’a-

mertume au plaisir que l'ordonnance pouvoit donner d'ailleurs. Le père Quesnel ne put s'empêcher de témoigner avec chagrin, que ceux qui avoient été chargés de la faire, avoient eu peu d'égards à la réputation du prélat dont elle portoit le nom $ ; qu'au moins ce prélat ne devoit pas exiger la eréance du fait; qu'à la bonne heure, il croie en son particulier, après s'en être déclaré convaincu, que les cinq propositions sont de Jansénius, mais qu'il étoit ridicule d'exiger que les autres fussent de même sentiment. Toujours incapable de ménagement, le père Gerberon le prit sur un ton bien autrement fort. « Tout le monde conclura, dit-il, que M. l'archevêque de Reims est cet homme bouffi d'orgueil dont parle saint Paul, ce docteur qui nie sait rien de la science des saints, ce possédé d'une maladie d'esprit d'où naissent les envies, les médisances, les mauvais soupçons et les disputes pernicieuses. »

Les jésuites ne furent pas plus contents du prélat que les

1 Mémoir. chron. et crit.tom. 1v, p. 91 et suiv. — 2 Journ. des Savants, 17 laavier 1698. — 3 Causa Quesnel, p. 171.

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DE L'ÉGLISE. (AN 1696.) 229 jansénistes. C'étoit pour eux, ou plutôt contre eux, que l’ordonnance avoit été faite (1597 ). On n'y parloit de Jansénius que pour retomber avec plus de poids sur leur doctrine, que l'on qualifioit de nouvelle, de dangereuse, de suspecte, et même d'erronée. La science moyenne étoit le monstre aux sept têtes pour M. de Reims : il avoit pour elle une antipathie qui lui troubloit les sens, et ne lui permettoit plus de mesurer ses paroles. On avoit soutenu dans les thèses de Reims, qu'elle étoit sortie saine et sauve des plus fortes épreuves, et qu'elle n'étoit pas plus pélagienne que calviniste. Quoiqu'on eût ajouté qu'il n'y avoit rien de plus constant dans la doctrine de saint Augustin, que la prédestination tout-à-fait gratuite, l'archevêque en furie contre le défenseur de la science moyenne, perdit la tête, et le censura, pour n'avoir pas soutenu que cette prédestination gratuite à la gloire étoit un dogme de foi.

Cette censure prêéloit trop à la critique, pour que bien des malins, toujours prêts à partager les querelles d'autrui, ne s'égayassent point aux dépens du censeur. Il y en eut même quelques-uns, à ce qu'on publia, qui tenoient un rang fort considérable dans le monde. Le ton brusque et les manières assez rustres de ce prélat, qui passoit néanmoins sa vie au milieu des personnes les plus propres à lui adoucir les mœurs, n’avoient pas multiplié ses amis, ou du moins ses estimateurs!. On répandit quantité de pamphlets et de vraies satires, parmi les-

1 Cet archevêque étoit Letellier , frère du ministre Louvois et fils du chancelier Letellier, de qui Bossuet a fait une si belle oraison funébre. Suivant M. Emmery (Nouv. opuse. de Fleury, p. 1406), ce fut cet archevêque, soutenu du crédit de sou père, qui insista le plus fortement à l'assemblée de 1682 pour qu’on y traitât la question de l'autorité du pape. On ne la jugera jamais, disvit-il, qu’en temps de division. C'est à lui que Bossuet, qui étoit d'un avis contraire, répondit: Vous aurez la gloire d’avoir terminé l'affaire de la Régale; mais cette gloire sera vbscurcie par ces propositions odieuses. Enfin c'est lui surtout qui disoit : Le pape nous a pousses, il s’en repentira : paroles qui n'annonçoient pas qu’alors l'esprit de Dieu reposât sur ses lèvres : aussi, l'œuvre qui fut en quelque sorte le résultat de ses efforts obséquieux pour la cour, ne fit-elle dés son origine que porter des fruits amers pour l'Eglise de France. Suivant les manuscrits de l'abbé Ledieu et le cardinal de Bausset, cet archevêque de Reims se montra /e plus emporté duns ses manieres et dans ses sentiments contre Fénélon; i/ remplissoit Versailles de ses declamations contre le livre (des Maximes des saints ) ef contre l’auteur pour lequel

#! avoit autant d’eloignement q''il avoit d'estime et de veneration pour Bossuet, ( Vie de ce dernier, 4. 5, 2.194.)

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quelles on donna grand cours, surtout à celle qui étoit intitulée Maurolique, parce que l’auteur faisoit un parallèle fort piquant entre un ancien abbé de ce nom et l'archevêque qu: l'avoit peu ménagé dans son ordonnance. Feignant de prendre le parti de M. de Reims, il se fait objecter que l'autorité de ce prélat, quoique très-grande, mise en balance avec le savoir de Maurolique, ne laisseroit pas d'être en danger d'avoir le dessous. « Mais Dieu sait, répond-il, comment je fermerai la bouche à ces bonnes gens. Maurolique, me disoient-ils, étoit un savant homme fort considéré de son temps. Et M. l'archevêque de Reims, leur répondois-je, est premier pair de France, et fort redouté dans son diocèse. Maurolique, reprenoient-ils, étoit un homme d’une grande piété, et d'une conduite trèsrégulière. Et M. l'archevêque de Reims, répliquois-je, est commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, et maître de la chapelle du roi. Maurolique, osoient-ils dire encore, étoit un homme de qualité de l’ancienne maison de Marulles. Et M. l'archevêque de Reims, leur repartois-je, a la qualité de proviseur de Sorbonne, la plus ancienne école du munde. A tout cela, ils n'avoient pas le mot à dire. »

A Dieu ne plaise qu'on applaudisse à des libelles aussi contraires à la charité chrétienne, qu'au respect dù aux personnes constituées, surtout dans les dignités ecclésiastiques : Mais la postérité a des droits imprescriptibles sur les faits notoires, et le meilleur usage qu'on en puisse fuire, c’est d'en tirer des avertissements qui nous mettent en garde contre les écueils fameux par les naufrages d'éclat. Tout homme en dignité, à quelque degré d'élévation qu'il soit parvenu, est à jamais soumis au jugement du public; et à ce tribunal, tont ministre de l'Eglise surtout, tout prélat, quelque décoré qu'il soit, qui aura voulu planer, pour ainsi dire, entre la foi ct l'erreur, entre l'Eglise et les sectes, ou se ménager en politique avec deux partis si contraires, outre qu'il se les attirera infailliblement l'un et l’autre à dos, il portera éternellement l'opprobre que mérite un homme lâche et faux qui estime la vertu et révère le vice.

Nous avons fait entendre que les chagrins, ou les importunités causées à M. de Paris par les circonstances où il avoit

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Voici la cause et le sujet de cette pièce. M. de Noailles étant évèque de Châlons, avoit donné le 23 juin 1695, une approbation pompeuse aux Aéflexions morales sur le nouveau Testament, que le père Quesnel lui avoit dédiées, et de plus un mandement pour engager ses ecclésiastiques à les lire. Il assuroit que l’auteur avoit recueilli tout ce que les saints Pères ont écrit de plus beau et de plus touchant, et qu'il en a fait un extrait plein d’onction et de lumière ; que les difficultés y sont expliquées nettement, et les plus sublimes vérités de la religion traitées avec cette force et cette douceur du Saint-Esprit qui les fait goûter aux cœurs les plus durs ; qu'on y puisera dr quoi s'édifier et s’instruire ; que les ecclésiastiques y apprendront à enseigner les peuples qu'ils ont à conduire; qu'ils y trouveront le pain de la parole dont ils les devoient nourrir, tout rompu et tout prêt à leur être distribué ; que ce livre enfin leur tiendra lieu d'une bibliothèque entière, les remplira de la science éminente de Jésus-Christ, et les mettra en état de la communiquer aux autres. Il étoit difficile, comme on le voit, d'ajouter à cet éloge, fait d’ailleurs par un prélat qui avoit une grande réputation de piété. Mais M. de Châlons, devenu archevêque de Paris, condamna, dès l’année suivante, l'Exposition de la Foi catholique, la nota d'hérésie, et de toutes les qualifications flétrissantes qu'on a vues.

Or l'auteur du Problème prétend que la doctrine des Réflexions approuvées à Châlons en 1695, et celle de l'Exposition condamnée à Paris en 1696, sont absolument la même. Pour le prouver, il fait un parallèle entre ces deux ouvrages, et montre par la confrontation d'un assez grand nombre de mor-

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