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ceaux, qu'il n’y a aucune différence entr'eux pour le fond des choses, et presque point d'autre que celle de la marche ou de la méthode, en ce que l'Exposition de la foi est en forme de catéchisme, par demande et par réponses, au lieu que les Réflexions morales sont en forme de considérations. Du reste, il ne prononce point sur le fond de Ja doctrine : là-dessus il affecte de ne prendre aucun parti; mais il s’appesantit d'une manière bien mortifiante pour le prélat, sur la contrariété de la censure et de l'approbation; il dit et rebat, jusqu'à pousser toute patience à bout, que la censure détruit l'approbation, et que l'approbation détruit la censure ; qu'on n’a pu censurer ni approuver l’un des deux ouvrages, sans approuver ou censurcr l'autre. Pour conclusion, il veut qu'on lui dise à qui des deux il toit croire, ou de l'évêque de Chälons approuvant, avec des éloges magnifiques, les Réflexions morales, ou du même prélat, archevêque de Paris, qualifiant l'Exposition de la foi d'ouvrage pernicieux.
L'injure étoit sanglante, puisqu'o ‘it entendre qu'il souffloit le froid et le chaud en matiè: . : religion, pratique infâme pour un évêque. Le parlement s’'empressa d'arrêter le scandale, en proscrivant le problème. M. d'Aguesseau, alors avocat général, et depuis chancelier de France, en parla comme d'un libelle dont le titre seul étoit une injure atroce. Il dit avec autant de force que de justesse, que l’auteur appeloit en jugement, non-seulement la religion d'un archevêque, mais sa raison même; qu'il l’accusoit tantôt d'hérésie et tantôt de contradiction ; que d'un côté il le représentoit comme un évêque digne d'être compté au nombre des hérétiques convaincus d'une doctrine pernicieuse, comme un des plus déclarés jansénistes qui ait jamais pu figurer à la tête de cette secte, et de l’autre, comme un prélat de foi chancelante, incertaine, contraire à ellemême, comme un juge qui approuve ce qu'il doit condamner, ct condamne ce qu'il doit approuver ; hérétique quand il approuve, téméraire quand il condamne ; également incapable de constance dans le parti de l'erreur et dans celui de la vérité, Sur quoi ce magistrat éloquent demanda que l'on réprimât la licence avec laquelle on répandoit ainsi depuis quelque temps des libelles injurieux à la dignité épiscopale ; qu'on n'en con-
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DE L EGLISE. (AN 1696.) 293 noissoit pas les auteurs, mais qu on pouvoit dire qu'un archevêque du caractère de celui qu'ils injurioient avec tant de noirceur, ne pouvoit avoir d'autres ennemis que ceux de l'Eglise. On fit droit sur le réquisitoire : le Problème fut lacéré et brülé devant la porte principale de Notre-Dame (16y9).
Un janséniste du bas ordre dit : qu'un pareil problème ne méritoit point d'autre solution : mais le père Gerberon, toujours dur, rendit en ces termes ce qu'il en pensoit : Ce n'est pas sur la déclamation d un avocat général mal instruit, n sur un arrêt donné sans autre instruction, qu'il faut juger d’un livre». Le ministre Jurieu, dans son traité de la Théologie mystique, s'en exprime dans le même goût : On ne répond pas, dit-il, à ces sortes d'objections, avec un arrêt du parlement, un bourreau et un bûcher. Mais ni le calviniste, ni le janséniste, n'ont ici pour eux qu'un faux air de raison : le parlement prétendoit réprimer l'insolence, et non pas régler la doctrine.
Il étoit naturel de chercher à découvrir l’auteur d'un ouvrage si peu ménagé. On le rechercha diligemment en effet ; on raisonna, on conjectura, on fit des imputations, et comme il n'étoit point de mal que l'équité jansénienne ne miît sur le compte des jésuites, le janséniste en sous-ordre, dont je viens de parler, publia que le Problème ne pouvoit sortir que d'un atelier molinien ; et la grande raison qu'il en apportoit, c'est que les jésuites avoient eu seuls intérêt à décrier l'instruction pastorale de Paris. Où est la pudeur, où est même le bon sens? En condamnant l'Exposition de la Foi, qui contenoit tout le venin du jansénisme, l'instruction pastorale avoit condamné la doctrine la plus opposée à celle des jésuites ; et l’on a la suttise de soutenir qu'eux seuls avoient intérêt à décrier cette instruction !
La loi suprême de l'histoire, la vérité, veut néanmoins qu'on avoue qu'un jésuite moins distingué par sa finesse que par sa naissance, que le père de Souastre fit imprimer le Probième à Bruxelles ; mais il est plus que vraisemblable que dans
à Solution de divers problèmes trés-importants pour la paix de l'Eglise. — 2Procs du P, Gerberon , chap. 6, pag. 9.,
294 (As 1696.) HISTOIRE la manœuvre employée pour amener :: c« bon père, on voulut donner le change de la pièce du faux Arnaud, et qu'on fit jouer au père de Souastre le personnage du bachelier Ligny, c'est-à-dire, du chat dont le singe de la fable emprunte la patte.
Quoi qu'il en soit du motif, la manœuvre est certaine. Le plus déterminé, mais en rime temps le plus sincère des jansénistes, le père Gerberon, crut devoir sacrifier à l'amour de la vérité le plaisir que donnoit à ses amis l'embarras des jésuites ; et par une merveille que n’attendoient guère ceux-ci, il devint leur défenseur contre ceux qui les accusoïent d’avoir composé le problème ecclésiastique, non toutefois par envie de leur rendre justice, mais bien pour empêcher de leur faire honneur d'une pièce digne, à son sens, des augustiniens les plus renommés. En effet, dans les trois conférences des dames savantes qu'il composa depuis, la troisième est employée à prouver que ce problème étoit l'ouvrage d’un augustinien. Dans l'apologie qu'il fit de cette pièce-là même, il soutint encore qu'on avoit tort de l’attribuer aux jésuites. Enfin dans les interrogatoires qu'il subit quand par la suite il fut arrêté, il confessa nettement qu'il avoit composé l'apologie du Problème, afin de faire sentir le ridicule de l'imputation qu'on en faisoit à la société. Bien des gens ont cru pouvoir juger sans témérité, que le Problème étoit l'ouvrage de dom Thierri de Viaixne, confrère de dom Gerberon, et fameux janséniste luimême. Quand à son tour il fut arrêté, on en trouva dans ses papiers une copie écrite de sa main, qu'il ne put désavouer, et sur laquelle, comme sur le reste du mystère, il se défendit assez mal. Le Problème n'eut pas un meilleur sort à Rome qu'à Paris ; il y fut proscrit le 2 juillet 1700, par un décret du saint office : mais un décret d’un tout autre éclat, émané du même lieu dès l’année précédente, absorbnit l'attention de toute la France, partagée par l'admiration entre les deux aigles de son clergé, si l'on peut s'exprimer ainsi. Tout le monde ne 8 y occupoit encore que de la censure qui avoit été prononcée contre la fameuse Explication des Maximes des Saints sur
t Voyez l'Hist, de la Coust,
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DE L'ÉGLISE. (An 1696.) 255 la vie intérieure, composée par Fénélon et poursuivie par Bossuet.
Après la conclusion pacifique des conférences d'Issy, et la soumissiun sincère de madame Guyon, il y avoit lieu de présumer que la paix étoit à jamais rétablie. Cette malheureuse discussion ne demandoit plus en effet qu'ün profond oubli
pour expirer dans les ténèbres, d'où la seule importance qu’on
lui donna pouvoit la faire sortir : mais ni les agresseurs, ni les défenseurs de ce qu'on appeloit pur amour, n'étoient contents de ce qu'on avoit statué jusque-là, pour mettre d'un côté la vie intérieure à l'abri de toute illusion, et de l’autre, pour en accréditer le; pratiques les plus parfaites. On a vu que Bossuet, avouant d'abord qu'il avoit peu lu les livres mystiques, ne fit pas difficulté d'en prendre une première connoissance dans l'analyse qu'en fit à cette fin le pieux abbé de Fénélon : mais Bossuet, génie propre à tout, et doué en particulier d'un talent unique pour mettre à portée de tous les hommes les plus hautes matières de la théologie, sans leur rien faire perdre de leur élévation, fut bientôt en état de traiter de Ja vie mystique en maître profond et en orateur intéressant. 1l donna le plan d'un ouvrage qui embrassoit cette matière épineuse dans toute son étendue, posant les principes de la véritable oraison, discutant la nature et le mérite des oraisuns extraordinaires, et marquant les épreuves où Dieu met les âmes contemplatives, ainsi que les écueils qu'elles y ont à craindre. Cependant des cinq parties qui devoient former ce traité complet de la Théologie mystique, il ne fit, ou du moins il ne mit au jour que la première ( 1697 ). Là, pour montrer le vrai et le faux par rapport aux divers états d’oraison, l’auteur exposoit les erreurs des nouveaux mystiques, et faisoit connoître pourquoi elles avoient été condamnées. C'est cette première partie, divisée elle seule en dix livres, qui se trouve dans les œuvres de Bossuet, sous le titre d'{nstruction sur les états d'oraison.
Pendant qu'il s’occupoit infatigablement de ce grand ouvrage, annoncé par un mandement raisonné sur le même sujet, Fénélon , de son côté, travailloit à un ouvrage contraire qu'il ne eroyoit pas moins utile. Il s'y proposoit de venger ceux qu'on appeloit nouveaux mystiques, des imputations flétris-
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