‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 98 sur 178 · RER EE · texte numérisé non relu

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santes dont on les chargeoit, de montrer que leur doctrine n'avoit rien de commun avec celle de Molinos, rien qui dût alarmer, rien même de nouveau. Il prétendoit que les contemplatifs les plus respectés dans tous les siècles, s’étoient servi d'expressions aussi extraordinaires que les modernes qu'on s'efforçoit de décrier, et qu'il étoit injuste de prendre ces termes à la lettre dans les écrits des uns, plutôt que dans ceux des autres. Il y avoit du vrai dans ces principes : mais à combien d'écueils leur développement: n'exposoit-il pas !

Dès que M. de Meaux eut achevé la première partie de son vuvrage, c'est tout ce qui nous en est parvenu, il pria M. de Fénélon, qu'il venoit de sacrer archevêque de Cambrai, de l'honorer de son approbation, comme avoient déjà fait l'archeveyue de Paris et l'évêque de Chartres. Cette déférence fut d'autant plus suspecte au nouvel archevêque, qu'il lui étoit revenu de divers endroits, que Bossuet faisoit gloire aupr's de ses amis de l'avoir obligé de renoncer à ses erreurs, et qu'il en vouloit tirer une rétractation au moins indirecte, et assez authentique pour l’engager d'honneur à ne point écrire sur le mêmesujet Cependant il n’avoit pas le moindre doute qu'il n'obtint l'approbation : mais l'archevêque de Cambrai, prêt à partir pour son diocèse, n'eut pas jeté le premier coup d'œil sur le manuscrit qu'on lui avoit laissé, qu'il regarda l'approbation qu’on lui demandoit comme un piége tendu à sa bonne foi, comme un instrument qu'on vouloit tenir de sa main pour le déshonorer lui et ses amis.

11 y vit avec surprise que l’auteur tendoit principalement à réaliser la supposition d’une hérésie déguisée, qui ne différoit en rien de celle que Rome avoit condamnée dans les écrits de Molinos ; qu'il rapportoit quantité de passages tirés des livres de madame Guyon, auxquels il donnoit les sens les plus horribles du molinosisme, quoique M. de Meaux lui-même eût justifié la foi de cette dame par un certificat authentique, et qu’il eût encore assuré que dans ces sortes de matières, il ne s'agissoit pas des conséquences éloignées qu'on peut tirer d'un principe, mais qu'on désavoue. ni de quelques façons de parler qui sont exagérées, mais qu'on peut ramener à l'exactitude. J] déclara donc avec toute la franchise qui lui étoit naturelle,

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DE LEGLISE. (AN 1696.) 237 qu'il n'approuveroit point un ouvrage fait exprès pour diffamer une femme qu'il avoit estimée , et traitée avec estime devant plusieurs personnes de considération qui avoient confiance en lui; que son nom à la tête d'un pareil ouvrage ne serviroit qu'à rappeler les liaisons qu'il avoit eues avec elle, et dont il jugeoit beaucoup plus à propos de laisser perdre le souvenir; qu il s'intéressoit peu aux écrits de cette personne ; mais qu'un évêque devoit à sa propre réputation, ainsi qu'à la charité et à la justice, de ne pas reconnoître authentiquement qu'elle eût enseigné des erreurs monstrueuses et dignes d'un châtiment exemplaire, convaincu, comme il en étoit, et comme elle l’avoit déclaré elle-même en tant de rencontres, que jamais ce ne fut là sc: intention.

Ainsi refusa-t-il invinciblement de rien faire par où Bossuet eùl paru l'avoir attaché à son char dans son triomphe prétendu sur le quiétisme. Plus sensible encore à l'injure de ses amis qu'on peignoit des plus noires couleurs, qu'à son intérêt propre, et qu'à tous les risques qu’il alloit courir, il continua son ouvrage, et le tint prêt à paroître en cas de besoin , pour montrer au public combien la doctrine de ses amis étoit différente de celle qu'on leur imputoit. Cependant Bossuet se récria étonnamment sur le refus de l'approbation qu'il avoit demandée ; il en fit une affaire, non pas de simple convenance et d’égards, mais de devoir et de conscience. Il prétendoit que l'épiscopat alloit paroître divisé ; que le public pénétreroit la cause de cette division, et qu'il en résulteroit un véritable scandale : mais il eut beau dire et tonner, Fénélon demeura inébranlable dans sa première résolution. Il étoit manifeste que le refus de l'approbation, fort secret jusqu'à ce moment, ne laisseroit voir de mésintelligence entre les deux prélats, qu’autant qu'on viendroit à le divulguer. Or, Bossuet étoit maître absolu du secret, il lui étoit donc aussi facile d'obvier au scandale, que de garder le silence : mais il ne fut pas maître de son ressentiment, ou du moins de ses paroles. Telle fut, dans l'opinion des personnes iostruites et justes, la cause première de ce triste démélé.

Bcaucoup d’autres censeurs la vont chercher dans la jalousie d'un prélat établi au faîte de la gloire épiscopale et littéraire, con':re un jeune prélat que sa réputation extraordinaire d'es-

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prit et de capacité, jointe à ses vertus aimables autant qu'intègres et pures, sembloit destiner aux plus grandes choses, vu surtout qu'à la fleur de son âge, il avoit rempli avec une distinction sans exemple l'office de précepteur des enfants de France. Déjà ils avoient concouru ensemble pour la charge de premier aumônier de la duchesse de Bourgogne ; et quoique le prélat ancien l'eùt emportée, on prétend que jamais depuis il n'avoit vu de bon œil son jeune concurrent. On ajoute qu'ayant à se reprocher la pluralité des bénéfices, il ne l’avoit pas vu d'un œil moins chagrin se démettre, en devenant archevèque, tant d'une abbaye que d’un médiocre prieuré. Le pieux Fénélon n'avoit même accepté son archevéché, qu’à condition qu'il résideroit neuf mois de chaque année dans son diocèse, c'est-à-dire, qu'il ne passeroïit auprès de ses augustes élèves que les trois mois de vacance accordés par les canons.

De là, toutes les accusations que les partisans de M. de Cambrai, et bien des indifférents même, formèrent contre la pureté du zèle brûlant que marqua Bo:suet dans la poursuite du nouveau quiétisme. Les partisans de celui-ci, au contraire, ont crié à l’injure et à la calomnie, d'accuer d'envie et de vengeance, des sentiments les pius odieux et les plus abjects, un évêque dont la gloire montée à son comble ne pouvoit plus croître, qui voyoit toutes les renommées au-dessous de la sienne, qui occupé toute sa vie à combattre les ennemis de la religion, étoit sorti victorieux de tous ses combats, qui toujours enfin avoit témoigné n'avoir d’autres intérêts que ceux de l’Eglise et de la vertu. À ces éloges, trop bien fondés pour y donner atteinte, on ne laissoit pas de répliquer que la passion de la gloire, plus qu'aucune autre, ne dit jamais, c’est assez ; que l'homme parvenu au point suprême de l'élévation, craint autant d'en voir un autre prendre place à ses côtés, qu'il souffriroit impatiemment, dans un degré plus bas, de le voir au-dessus de sa tête.

Sans prendre parti dans cette cause , dont l'histoire ne doit qu'exposer l'état, reveuons-en au grand principe de la charité et de la prudence évangélique ; savoir, qu'il n'appartient qu'à Dieu de scruter les cœurs. Observons néanmoins, d'un côté, que les grands harmmes ont assez communément de grands

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DE L ÉGLISE. (AN 1696.) 239 foibles ; et de l’autre, que les âmes sensibles, les plus pieuses même et les plus ingénues, se préservent rarement de l'exagération dans les plaintes qui leur sont arrachées par la vivacité du chagrin. Ainsi donc, pour ne rien avancer d'injuste ni d'incertain, tenons-nous-en à ce qu'ont fait et publié les deux parties. Là- dessus même si quelqu'un veut juger, qu'il laisse encore les intentions à part, et ne prononce que sur des aveux exprès, ou sur des faits dont la conséquence ne soit pas moins concluante.

Quelles que pussent être les dispositions de Bossuet, il est constant qu'il fut excessivement piqué du refus de l'approbation fait à son ouvrage ( 1696). Certes, il ne le dissimula point dans un autre ouvrage qu'il fit ensuite, et qu'il intitula Relation sur Île Quiétisme. Son humeur eût toutefois abouti à fort peu de chose, si Fénélon eût pu se défaire de la prévention où il étoit touchant la nécessité de justifier les mystiques, dont les spéculations, souvent inintelligibles aux théologiens même, passent absolument la portée du commun des fidèles; mais fortement persuadé qu'on pouvoit dès cette vie aimer Dieu continuellement et uniquement pour lui-même, sans aucun motif dé crainte ni d'espérance, ilse faisoit un devoir de le persuader aux autres, quoiqu'au fond il fût indubitable qu’il erroit selon tous les principes. Cette perfection consommée n'appartient qu'aux bienheureux qui sont dans le ciel ; sur quoi l’on peut néanmoins dire, que s’il est des erreurs honorables, aussi-bien que des fautes heureuses, il n’en étoit point qui pût faire plus d'honneur que celle-ci à l'âme pure qu'un excès de piété seulement y avoit induite. Mais qu’elle paya cher cet honneur! Ce fut pour elle une source intarissahle de chagrins et d'infortunes, ou, pour en parler plus juste, de iribulations et d'épreuves bien propres à la détromper , en lui faisant éprouver que l'amour le plus pur ici-bas peut toujours s'épurer davantage.

Le dessein de ce prélat n’avoit été d'abord que d'expliquer et développer les trente-quatre articles des conférences d'Issy, en joignant à chacun d'eux les sentiments et les expressions mêmes des auteurs spirituels universellement révérés. L'auteur communiqua cette première production à M. de Noailles et à

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