PRÉFACE. XV
lut des siècles entiers de négligence. On doit encore remarquer, comme nous le ferons sentir en chaque occasion, que l'enseignement public ne varia jamais sur aucun article de la loi divine, ni de la discipline qui tient à l'Evangile. Loin qu'on puisse citer aucune décision canonique et générale en faveur de la dépravation , on voit au contraire, jusque dans les temps les plus malheureux, que la multitude des pasteurs et les vrais fidèles ne cessoient d'invoquer les anciens canons , toujours universellement révérés, et même retracés, d'une manière effective, dans la conduite de plusicurs d'entr'eux. Mais l'abus, en différents points , n'eut que trop d'ascendant sur bien des personnes de tout état , et sur quelques-unes du rang le plus saint et le plus sublime.
Grégoire VIL' avoit commencé, sur la fin de l’âge précédent, à se conduire par des maximes inconnues au temps de saint Léon, de saint Grégoire le Grand , de tous les Pères les mieux instruits des vraies prérogatives de l'Eglise. Il devoit ces notions nouvelles à la collection plus ancienne des canons d’Isidore , formée sans discernement , dès le huitième siècle , des lettres attribuées aux papes, et des prétendus décrets des conciles. Partant de ce faux principe , ce pontife, avec un grand zèle et d'éminentes vertus qu'on ne sauroit lui refuser, étendit ses prétentions aux choses de ce monde, qui ne sont point du royaume spirituel de Jésus-Christ et de son Eglise. Jusqu'ici ce n’étoit que le premier cffet d'une critique peu éclairée, que l'esprit d'ambition et d'indépendance affectoit de prendre pour la plus précieuse découverte. Quand on recommcuça de cultiver les lettres, dans le douzième siècle, les mau uses études, telles qu'elles sont dans leur renouvellement, c'est-à-dire, bien plus dangereuses que l'ignorance , réduisirent les préjugés en maximes : c’est à quoi servit principalement le décret de Gratien, l’oracie de l’Europe,
1 Voyez sur ce S. Pontife, tant maltraité par quelques historiens français ou pro testants, un opuscule de Muzzarelli : (N.e 13, Avignon, 1826.) Ce savant théolosirn de la sainte Pénitencerie établit et prouve : 1. que Grégoire VIL se régla toujours sur les maximes et les décrets de l'antiquité; 2.9 qu'il usa de la plus grande circonspection pour n'être pas trompé dans la connoissance des fautes qu'il devoit punir ; 3.0 qu'il eut toujours pour maxime d'accorder le pardon à quiconque se montrait repentant de sa faute. D'où il conclut qu'on ne peut attaquer la conduite de S. Grégoire VIT, sans attaquer toutes les lois de la prudence et sans condamner les pratiques de l’ancienne Eglise, Ces trois propositions de fait sont démoutrées par une preuve de fait, c'est-à-dire par les lettres mêmes de ce Pontile,
Voyez aussi Marchetti, archevêque d'Ancyre dans son exccilente Critique de Fleury, page 49 et 66, etc. , édition de Besangon, 1818.
Note de l'Editeur,