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DE L'ÉGLISE. (AN 229.) 267 pour le livre de Daniel. Origène regardoit sans contredit la version des Septante, comme la meilleure de toutes, et il n'y joignit les trois autres que pour l'intelligence de certains passages difliciles.
Get infatigable docteur fit encore les Octaples, qui, outre ce que nous venons d'exposer, renfermoient deux autres versions grecques, trouvées depuis peu, sans qu’on en connût les au. teurs, l’une à Jéricho dans de vieux muids, où elle étoit con fondue avec d’autres livres, l’autre cachée de mêmeà Nicopclis, près d'Actium en Epire : mais l'une et l'autre ne rendoient que quelques livres particuliers de l'Ecriture , et non toute la Bible.
Origène entreprit et finit un travail encore plus considérable: savoir , la confrontation des Septante avec le texte hébraïque. Ici il entreméla par interlignes, les Septante avec l’hébreu, marquant par des étoiles ce quel’hébreu ajoutoit aux Septante, et par un pelit trait ce que les Septante avoient de plus que J'hébreu ; addition qu'iljugeoitessentielle, comme étant l’ouvrage des traducteurs inspirés , et même prophètes, selon bien des Pères de l'Eglise.
Comme les différents exemplaires des Septante différoient les uns des autres, quoiqu’en peu d’endroits et en des choses fort légères, Origènese servit des autres versions, de celle de Théodotion principalement, pour trouver la leçon des Septante la plus conforme à l'hébreu , et conséquemment la plus authentique. Tels furent les travaux immenses du plus grand génie qui ait peut-être jamais existé dans l'Eglise, et tels furent les sains de cette Eglise à nous transmettre, dans toute sa pureté, le dépôt sacré des Ecritures. Nous ne parlons point des Tétraples, quine contenoient qu'une partie des Exaples, c’est-à-dire les versions d'Aquila, de Symmaque, de Théodotion et des Septante, les plus estimés sans doute de l'auteur.
Ilécrivitaussicontrela plupart des hérétiques, principalement contre les marcionites et les valentiniens. Il répondit à l’ouvrage de Celse, philosophe gentil, contre la religion chrétienne; et cetle réponse a toujours passé pour l'apologie du christianisme, la meilleure qu'il y eût dans l'antiquité, tant pour l’érudition profane et sacrée, que pour l'élégance et la pureté de la diction, pour le nerf'et la chaleur du style, pour
268 (An 229.) HISTOIRE l'ordre des matières et la force du raisonnément; en sorte qu Eusèbe, qui n’écrivit que dansle quatrième siècle, renvoie à cette apologie tous ceux qui veulent se convaincre parfaitement de la vérité de notre religion, et sentir la frivolité de tout ce qu'on peut dire pour la noircir ou la déprimer. Mais il ne falloit rien de moins qu'un ouvrage de ce mérite, pour répondre aux écrits de Celse, qui renfermoient tout à la fois ce que le sophisme a de plus captieux , ce que le ton tranchar: et décisif a de plus imposant , ce que les tours ingénieux ei le sel de l’ironie ont de plus éblouissant et de plus persuasif. Celse étoit mort depuis long-temps, vraisemblablement sous l’empire de Commode ; et son livre, avec le titre fastueux de Discours de vérité, demeuroit toujours sans réfutation. Origène jugeoit même plus expédient de le mépriser , que d’en rappeler le souvenir; et ce ne fut que dans un âge avancé, que, gagné par les sollicitations réitérées de son cher Ambroise, il se résolut à y répondre : ce qu'il fit en huit livres, les seuls que nous ayons de lui contre les païens, et qui nous soient parvenus dans leur langue originale.
Le travail de cet ouvrage et de tous les autres dont nous avons parlé jusqu'ici, n’est pas encore comparable à celui de ses commentaires sur l'Ecriture. L’Evangile de saint Matthieu remplit seul vingt-cinq tomes , et il en fit encore un plus grand nombre sur les petits prophètes. Enfin il commenta toute la Bible: et c’est le premier écrivain qui se soit engagé dans cette épineuse carrière. Au reste, ce qui nous est parvenu des commentaires et des sermons d'Origène ne consiste guère qu'en traductions latines et fort libres, faites par Rufin, par saint Jérôme et par d’autres anciens, 1 ne laisse pas d'y remarquer un grand fond de doct-::: : ::: piété; mais on y trouve aussi beaucoup d'erreurs, surtout dans le malheureux traité des Principes.
Origène s’étoit proposé d'établir dans cet ouvrage les principes auxquels il faut se fixer en matière de religion, et tout à la fc:5 de saper par les fondements les systèmes hérétiques de Valentin, de Mareion, de tous les sectaires. Mais il donna dans l’écucil, alors si commun, des idées platoniciennes. Moins attaché qu'il n’eût fallu à la tradition apostolique, et
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DE L'ÉGLISE. (AN 229.) ( beaucoup tropau raisonnement humain ; plus cette faculté éminente del’entendement se trouva éminente en lui, plus elle lui inspira de hardiesse dans ses écarts. Pour réfuter la doctrine des deux principes, ou de deux auteurs , l'un du bien et l’autre du mal, il établit pour fondement le libre arbitre dansles créatures, etille maintint par des preuves solides. Mais ensuiteil en poussa trop loin les conséquences. Il veut que l'inégalité des créatures ne soit que l'effet de leur mérite. Selon cettedoctrine, le Créateur commença par produire les esprits tous égaux. Le plus grand nombre tomba dans le péché; et, à proportion de la grièveté de leurs fautes, ils furent renfermés dans des corps plus ou moins grossiers, créés exprès pour leurservir de prison. De là les traitéments divers de l’âme des hommes, de celle des anges ou des astres : car Origène croyoit les astres animés, et lesanges revêtus de corps très-déliés. L'âme de Jésus-Christ, ajoute-t-il, est de tous les esprits celui qui s’est attaché à Dieu par la charité la plus parfaite, et qui a mérité par là de lui être uni de la manière la plus intime, pour n’en être jamais séparé. Tous les autres esprits sont sujets à passer du bien au mal, et du mal au bien. Origène séduit par le principe spécieux de Platon, que des peines décernées pär un Dieu bon ne sauroient être que médicinales, va jusqu'à dire que les démons cesseront un jour d’être les ennemis du vengeur suprême et l'objet de ses rigueurs.
Telles sont les principales erreurs de cet homme extraordinaire, qui à la vérité ne les avance que par manière d'opinion , sans les soutenir décidément. Illes distingue au contraire de la foi universellement reçue dans l'Eglise, pour laquelle il marqua toujours une profonde soumission, ce quile rend peutêtre excusable , quant aux sentiments dont il est l’auteur. Car, outre ses erreurs propres , on en avoit glissé dans ses immenses ouvrages, de plus grossières et de vraiment impies. Il s’en plaint amèrement dans une deses lettres, et accuse de ces falsi fications des sectaires de son temps. Il ne falloit pas en eflet toute sa réputation pour courir les risques de voir ses écrits altérés par de pareils imposteurs. Ses propres disciples, qui furent sans nombre, lui prétérent aussi leurs opinions, en sorte que l'ample moisson de gloire qu’il avoit recueillie de ses
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270 (AN 229.) HISTOIRE innombrables écrits, ne fut plus pour lui qu'un germe de chagrin dansles dernières années de sa vie , et causa lestroubles Jes plus fâcheux dans les âges suivants.
Un des plus célèbres disciples d'Origène, mais bien différent de ces faussaires, fut saint Grégoire, surnommé le Thauma. turge, ou le faiseur de prodiges. Il avoit pris naissance à Néocésarée dans le Pont, d’une famille noble et opulente. Son père étoit païen : mais Grégoire, ou Théodore, car il portoit ces deux noms, le perdit à l'âge de quatorze ans, et il commença dès lors à prendre quelque teinture du christianisme, Samère se voyant veuve, s'appliqua d'autant plus sérieusement à son éducation , eut soir qu'il apprit la langue romaine, nécessaire pour prétendre aux charges, et qu'ilse rendit habile dans la littérature et l’éloquence. Commeil avoit une facilité prodigieuse, il y fit des progrès rapides, qui donnèrent à ses parents les plus hautes espérances.
Il y avoit à Bérythe en Phénicie une fameuse école pour le droit romain, Grégoire y fut envoyé; et pour y aller, il passa à Césarée, où i eut occasion d'entendre Origène. Son esprit pénétrant et juste sut bientôt apprécier le mérite d'un pareil maître. Il resta comme enchanté à Césarée, et se lia de la plus étroite amitié avec ce nouvel instituteur, qui lui fit oublier Bérythe et sa propre patrie. Origène, de son côté, connut l'excellence du sujet, et n'omit rien pour le cultiver. Mais pour plier cet esprit encorc fier , et le soumettre peu à peu au joug de Jésus-Christ, il fallut travailler à gagner insensiblement sa confiance, et ne pas lui parler sitôt de la foi chrétienne, de peur de le heurter de front. Ce maître discret se contenta d'abord de blâmer en général l’aveuglement des humains qui vivoient comme des brutes , sans connoître le principe de leur existence. Il ne disputa point avec son disciple; il ne prétendit pas l'emporter par la force des arguments ; mais il lui témoigna un désir affectueux de lui procurer le solide et vrai bonheur, Après l'avoir ainsi préparé, il voulut encore le façonner aux procédés de la saine philosophie ; premièrement à la logique, ou à la justesse du raisonnement , en l'accoutumant à examiner mûrement les preuves, sans s'arrêter aux 1pparences ni à l'artiGce des paroles. 11 l'appliqua ensuite à la physique, c'est-à-
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DE L'ÉGLISE. (A a5r.) 27t dire à la considération de Ja sagesse infinie et de Jat : puissance du Créateur dans les ouvrages de la nature IL lui enseigna aussi la géométrie et l'astronomie, si utiles 6 la justesse et l'élévation de l'esprit; puis la orale non ce syllogismes décharnés, ou par un vague et stérile vebis : mais en l'engageant à réfléchir sur lui-même et sur les sd ments des passions , surtout en lui donnant l'exemple des - al S qu il lui recommandoit. Enfin il lui apprit la théolopie, et lui fe lire ce que les anciens poëtes ou philosophes, er tds me étrangers, avoient écrit des choses divines, ecebi Du se enseignoient expressément l’athéisme, en niant la divinité érié providence. Ce guide expérimenté n'abandonnoit pas son élé k À lui-même dans toutes ses lectures. I1 le menoit comme . la main, lui indiquoit ce que chaque auteur avoit de bon "he prémunissoit contre les endroits dangereux, et lui recom " doit sans cesse de ne s'attacher de tout point à aucun hiloe sophe, quelle que fût sa réputation; mais bien aux Haies Ecritures et à leurs saints interprètes, comme à l'unique so 06 où l on puise la vérité sans mélange d'erreurs. . Ni C'est ainsi que Grégoire raconte lui-même la manière dont Origène l'avoit instruit, et qu'il nous retrace l'excellente méthode de ce docteur à l'égard de ses disciples en général 1.11 nous donne autant d'idée de la bonté de son propre cœur nie de la pureté de son style et de la beauté de son esprit de | discours qu'il fit immédiatement après son baptême à la louange de son maître; car il ne délibéra plus pour ‘ébaits donner le paganisme dès qu'il eut connu la vérité. Sa droiture et sa candeur étoient admirables. La pureté de ses mœurs, dans une grande jeunesse , n'excitoit pas moins l'admiration. Sa rés putation sur ce point étuit parfaitement établie, même avant qu'il fût chrétien. Elle ne laissa point d'être attaquée à Alexandrie, durant le séjour qu'il y fit dans l'intervalle de sa conversion à la cérémonie de son baptême. Un jour qu'il s’entretenoit avec quelques philosophes, dans une promenade publique, une courtisane vint avec impudence lui demander le salaire qu'elle disoit avoir mérité de lui. Ses amis, qui le con-
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272 (AN 281.) HISTOIRE noissoient parfaitement sur cet article, s'indignèrent vivement d’une telle effronterie. Mais Grégoire dit à l’un d'eux, sans la moindre émotion : Donnez-lui quelque chose en mon nom, afin qu’elle nous laisse tranquilles.
Après ses études, il retourna à Néocésarée, où il avoit de grands biens, et où les gens de sa famille occupoient les premiers rangs ; mais l'amour de la prière et de Ja science des saints lui fit chercher la retraite. 11 partagea ses richesses entre ses proches ct les pauvres, ne se réservant que la foi en la Providence, résolu qu’il étoit à passer le reste de ses jours dans une sainte obscurité. Maïs des vertus si éclatantes ne pouvoient manquer d'attirer les regards. On pensa bientôt à le faire évêque : il changea de demeure, erra de retraite « 4 retraite, et réussit pendant quelque temps à éviter cette dignité.
La foi continuoit à faire des progrès sous l'empire favorable d'Alexandre. Le culte chrétien prenoit de jour en jour un plus grand éclat. On bâtissoit des lieux fixes d'assemblée pour les fidèles, c'est-à-dire les premières églises qui eussent existé depuis la prédication de l'Evangile. On n’oublioit pas cependant de se prémunir contre les temps orageux, qui devoient avoir leur retour. Le pape Calixte fit faire, près la voie Appienne , ie cimetière qui porte son nom, c’est-à-dire l’un des souterrains appelés catacombes, où l’on enterroit les morts, et où l'on verra souvent les fidèles se cacher dans les persécutions suivantes. Alors même, et malgré la bienveillance de la Cour, Jes fidèles ne jouissoient pas d’une pleine sécurité. Beaucoup de magistrats leur faisoient tout le mal qu'ils pouvoient leur faire à l'insu de l’empereur. Le souverain pontife fut lui-même la victime de cette opiniâtre haine. On l’emprisonna, on lui fit endurer la faim, on l'accabla de coups de bâton plusieurs jours de suite ; puis on le précipita dans un puits, où il mourut l'an 222, après un pontificat de moins de quatre ans.
Il y eut en même temps plusieurs autres martyrs, par les intrigues des jurisconsultes , gens plus attachés aux formalités et à la coutume qu'à l'humanité et à la bonne foi, et qui parlà devenoicnt les plus dangereux ennemis du christianisme. Ils jouissoient d’un grand crédit sous l'empire d'Alexandre : ce prince inexpérimenté, mais plein de bonnes vues, se propo-
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