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282 (ax 247.) HISTOIRE d'un trait de fermeté pastorale jusque là sans exemple à l'é-
gard des maîtres du monde. L'empereur Philippe , selon ce
Père, voulant entrer dans l'église d'Antioche une veille de
Pâques, afin de participer aux prières du peuple, le saint pas-
teur. ne le permit point,que l’empereur ne se fût soumis à la
pénitenee que méritoient ses péchés. Philippe édifié fit toutes
les promesses qu'on exigea, les soutint quelque temps par les
œuvresj mais il n'y a point d'apparence qu'il y ait été con-
stamment fidèle.
Il ne s'étoit élevé de la plus basse naissance à la dignité impériale ; que par un système trop bien suivi d'ingratitude, et enfin par le parricide de son bienfaiteur. Au reste, il n’est aucune preuve que dès lors il eût émbrassé le christianisme. Mais après s’être arrogé toùte l'étendue de la souveraine puissance, en faisant assassiner par les soldats le jeune Gordien qui l’avoit partagée avec lui, il fit de très-bonnes lois. Il défendit , sous les plus grandes peines , ces impudicités abominables, qui, quoique contraires à la nature, n’en étoient ni moins fréquentes, ni moins notoires. Il punit exemplairement les poëtes qui, par les obscénités et la satire, corrompoient les mœurs et troubloïent la société. D'une autre part ; les jeux séculaires furent célébrés avec l'éclat le plus magnifique et le plus profane , la quatrième année du règne de Philippe, de Jésus-Christ la deux cent quarante-septième, et la millième de la fondation de Rome, pour la neuvième et dernière fois. Ils durèrent trois jours et trois nuits, et il s’y fit un combat de deux mille gladiateurs. Mais il est vraisemblable qu’alors même Philippe n'étoit pas encore chrétien : quoiqu'on ne puisse raisonnablement douter que cet empereur, qu'on ne prétend pas justifier de bien d’autres crimes, n'ait véritable: ment embrassé notre religion. Le doute qa on en établit sur ce qu'après sa mort il fut mis au nombre des dieux, n'est pas une de ces conséquences judicienses qu’on admire avec raison dans l'historien qui l'a formé. Pour le dissiper, il suffit de se rappeler que l'apothéose des césars étoit une cérémonie que faisoient les païens sans exception, et sans examiner quels avoient été leurs princes.
Mais nonobstant la protection constante de l'empereur
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DE L'ÉGLISE. (An 248.) 283 Philippe en faveur de l'Eglise, il y eut beaucoup de martyrs à Alexandrie, l'an 248. Le peuple idolâtre, excité par un séditieux que l'histoire ne nomme pas, se souleva tout à la fois et avec une fureur inconcévable contre les chrétiens. On entra dans leurs maisons, on enléva tout ce qu'on y trouva de précieux, on jeta le reste par les fenêtres et l'on ÿ mit le feu; on traîna sur le pavé les personnes les plus réspectables, on les accabla de coups, on les fit mourir sous le bâton ou sous une grêle de pierres.
La vierge sainte Apollonie, d'un âge avancé, ét d’une vertu respectée universeilement, signala particulièrement son courage. Après qu’on lui eut frappé la mâchoire jusqu'à lui faire tomber toutes les dents, on la traîna aux faubourgs, on alluma un grand feu devant elle, où l’on menaça de la jeter , si elle refusoit plus long-temps de prendre part à l'idolâtrie publique. Elle demanda quelques moments comme pour délibérer sur ce qu’elle devoit faire, et lorsqu'on l’eut aissée à elle-même, elle s’élança de son propre mouvement au milieu des flammes. Elle avoit lieu d'appréhender des outrages plus redoutables à sa vertu que la perte de la vie. Mais l'inspiration toute particulière, dont on ne doute pas que cette conduite n'ait été l'effet, la justifie beaucoup mieux que toute autre raison. Ces violences impies durérent long-temps, et jusqu'à ce que la guerre civile, sur la fin de l'empire de Philippe, tourna la fureur des infidèles contre eux-mêmes.
Auparavant mourut dans un âge trés-avancé, et très-vraisemblablement hors de l'Eglise, le célèbre et malhenreux Tertullien, dont aucun moment ne fait présumer qu’il fût revenu de son égarement. Tous les anciens , au contraire, l'ont regardé comme un homme mort dans le schisme; et c'ést un fâcheux préjugé contre lui, que la secté opiniâtre des tertullianistes, encore subsistante du temps de saint Augustin, qui en convertit les restes. On a parlé de T'ertullien d’une marrière très-différente, et néanmoins très-juste, relativement aux différents ouvrages de ce Père, le plus ancien des Pères latins dont les écrits soient parverus jusqu’à nous. C’étoit incontestablement un homme d'une profonde érudition, quoique lui-même parle de ses études d'une manière fort désavanta-