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284 (an a45) RISTOIRE geuse : esprit ardent et brillant , impétueux et profond , pénétrant et subtil , mais qui , par 5es écarts, donna lieu de penser qu'il avoit plus de vivacité que de justesse, et même plus d’étendue d'imagination que de génie. Un observateur très-réfléchi va jusqu'à prononcer qu'en un sens ce bouillant Africain étoit visionnaire; c est-à-dire que sans voir ce qui n'étoit pas, il voyoit les choses autrement qu'elles n'étoient :. Mais ce reproche ne put tomber sur lui que quand il eut donné dans les visions du montanisme. Alors son imagination parut tout-àfait déréglée et vraiment effrénée , comme son enthousiasme et ses emportements sur de fort minces objets le prouvent sensiblement. Combien de mouvements irréguliers et convulsifs dans ses brusques hyperbates , dans ses durs sarcasmes , et en tant de figures outrées! Combien de raisons pompeuses et réellement frivoles, qu ne frappent qu'en éblouissant ou en étourdissant! Combien d’expressior:s forcées, obscures, guindées ! IL semble affecter cette âpreté et cette obscurité de discours. Manifestement rempli de lui-même dans ses écrits hérétiques, souvent il parle pour lui seul, et ne prend aucun soin de se faire entendre à ses lecteurs. Plus souvent encore il met au jour tout ce qui lui vient à l’esprit, pourvu que ces ébauches informes lui donnent un air extraordinaire, et qu’il puisse les revêtir de quelques expressions hardies propres ou impropres, qui fassent une impression quelconque.
Mais ces reproches ne sauroient tomber sur Îles ouvrages qu’il composa dans le sein de l'Eglise : productions excellentes pour la plupart, non-seulement quant au fond des choses, mais pour la force et l'éloquence , aussi-bien que pour l’abondanceet le tour frappant des pensées. Ce génie extraordinaire a servi très-utilement la religion , tant qu'il s'est contenu , sous la direction de l'esprit de Dieu, dans les bornes de l'humilité et de cette sobriété recommandée au chrétien, par rapport à la sagesse même. Ainsi, malgré les causes particulières que l’on a cru découvrir de la chute de T'ertullien , dans la trempe même de son esprit dur et vain , et, si l'on veut encore, plus roide et plus enflé, quand il s’abandonne à ses sail-
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lies, que vaste ou nerveux ; il est néanmoins peu d'exemples plus capables que celui-ci, de nous faire trembler sur les égarements de l'esprit humain. Mais quelque auteur qu’on puisse nous vanter , nous ne devons jamais lui donner une confiance illimitée ; nous ne devons nous attacher , en fait de dogme et de croyance, qu'aux principes universels et immuables de la foi. En lisant Tertullien dans ces dispositions, les ouvrages mêmes qu'il a composés dans le schisme , nous deviendront utiles.
Ses traités du Baptême , de la Pénitence, de la Prière, de la Patience, de l’'Ornement des femmes, des Spectacles, furent écrits tandis qu'il étoit encore dans le sein de l'Eglise. Celui des Prescriptions porte en termes exprès qu’en le composant, il étoit en communion avec toutes les églises apostoliques, nommément avec celle de Rome , dont on y trouve les plus grands éloges. Comment en effet accorder avec l'esprit de secte, un ouvrage qui attaque tout genre de secte par les moyens Îles plus invincibles , et qui, sans entrer dans le détail des dogmes faux et absurdes, pose les principes lumineux qui les sapent tous par les fondements. De là le titre de prescription , tiré des jurisconsultes , et qui alors signifioit à peu près ce que nous entendons aujourd'hui par fin de non-recevoir.
La plupart des autres ouvrages de T'ertullien, dont nous n'avons pas encore parlé, ont été composés depuis sa chute : les uns absolument mauvais et attaquant directement l'Eglise catholique ; les autres mêlés d'excellents préservatifs contre les hérésies que celle de Montan condamnoit. Le traité contre Marcion, par exemple, contient des choses infiniment précieuses aussi-bien que le traité contre Praxéas, que T'ertullien avoit autrefois démasqué et contraint à se rétracter, et qui recommençoit à semer ses erreurs touchant les trois personncs divines. Les livres absolument hérétiques sont ceux de la Monogamie, qui condamnent les secondes noces : ceux de l'Impudiaité, où l’on traite l'impureté de péché irrémissible, ct celui de l'Ame, plein de paradoxes également faux et ridicules. Son livre burlesque, intitulé du Manteau , fait pour rendre compte des raisons qu'il prétend avoir eues de prendre le manteau philosophique, cette production incorcevable de la part
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