‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 109 sur 159 · TT · texte numérisé non relu

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286 (AN :48.) HISTOIRE de l’auteur de l'Apologétique, sans rien contenir d'opposé à la foi de | Eglise, montre sensiblement combien ce docteur s'éloit dégradé lui-même, combien il avoit perdu de son mérite et de ses talents, en obligeant, pour ainsi dire, l'esprit de Dieu à se retirer de lui. Ce n’est plus ici le mêmehomme, et il est absolument impossible d'y reconnoiître l’éloquent écrivain des traités, soit en faveur du christianisme, soit eontre les Gentils.

Quelques années après Tertullien , Origène mourut à Tyr à l’âge de soixante-onze ans; objet également fameux d’éloges et de blâme. Personne ne fut plus vanté ni plus généralement estimé , personne plus vivement attaqué ni poursuivi avec plus de chaleur , pendant sa vie et après sa mort; et nul écrivain ne mérita mieux ces traitements divers, puisqu'aucun autre, comme on l'a dit, n’a parlé, ni avec plus de dignité, ni d’une manière plus répréhensible de certains dogmes de la religion. Personne aussi n’a composé tant de savants ouvr: :s : le nombre de ses productions montant, selon Rufin, à plus de six mille. Sept notaires étoient occupés à écrire ce quil dictoit; et, pour le moins, autant de libraires transcrivoient au net ce qui avoit d'abord été écrit en notes. C'étoit Ambroise qui fournissoit à cette dépense , avec la générosité d’un ami restreint en tout le reste par le désintéressement de ce docteur vertueux. Dans ce prodigieux nombre décrits, il s’est glissé, comme on l'a vu, des erreurs assez grossières, tant par la malignité des hérétiques que par la témérité des disciples d'Origène, et par l’inadvertance même de ce fécond écrivain. Mais ces vices de son esprit, plutôt que de son cœur , n'empêchent pas qu'on n'augure bien de son sort éternel , et qu'on n'ait beaucoup moins de sujet de trembler pour lui que pour Tertullien. Dieu sans doute n'aura permis qu’il donnât dans ces égarements , et qu il füt en butte aux contradictions et aux peines qu'ils lui attirèrent, que pour lui fournir un préservatif suffisant contre le poison de l'orgueil que pouvoit lui inspirer sa grande supériorité sur la capacité ordinaire de l'esprit humain. Surtout la confession généreuse qu'il fit de la foi vers la fin de sa carrière, et qu'aucun des grands hommes de son siècle n'a révoquée en doute, quoi qu'on en ait dit par

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DE L'EGLISE. (An 248.) 287 la suite, nous fait espérer, puisqu il n'a point rougi de Jésus- Christ devant les hommes, que ce Dieu de gloire ne l'aura pas méconnu devant son Père,

Mais la Providence qui sut appliquer à l'utilité de l'Eglise ce mélange de bonnes et de mauvaises qualités, préparoit à la religion, au déclin de Tertullien et d'Origène, un témoin dont la sainteté ne fut pas douteuse, dans Thascius-Cyprien, né à Carthage d'une famille sénatoriale, aussi considérable par son opulence que par sa noblesse. Génie facile et abondant, plein de sentiment et de chaleur, et, ce qui est plus à considérer dans un Africain, génie plein d'aménité, de clarté, de netteté. IL étudia soigneusement les belles-lettres et les sciences profondes, et il devint habile, non-seulement dans l'éloquence, mais en tout genre de littérature. Ainsi , pour le rendre plus utile à son peuple, Dieu fit-il en sorte qu'il se pourvût de toutes les richesses de l'Egypte, pendant qu'il étoit encore dans le paganisme. Car il naquit et fut élevé dans les ténèbres et la corruption de l'idolôtrie, qu'il ne quitta qu'après beaucoup de résistance. Long-temps il délibéra sur l'invitation et les arguments que lui fit Cécilius , le même qui s'étoit converti à Rome par le zèle de Minutius-Félix, et que Cyprien honora toujours comme un père qui l’avoit engendré en Jésus-Christ. L'imagination vive du disciple et ses passions, fortifiées par le long usage de la volupté et de la mollesse, lui représentoient sans cesse les sacrifices et tous les changements pénibles qu'il auroit à faire dans sa vie nouvelle.

Alors, dit-il en écrivant à Donat l’un de ses amis, alors flottant sur la mer orageuse du siècle, et n'ayant point encore pour guide le flambeau de la vérité, je trouvois une peine extrême à croire ce qu on me promettoit de la bonté de Dieu pour me sauver, Je ne concevois pas qu'on püt naître une seconde fois, et qu'en se lavant dans les eaux du baptême, on se dépouillât intérieurement de ce qu'on étoit ; qu'un homme changeât totilement, et d'esprit, et d’inclinations. Une pareille métamorphose, ma disois-je, n'est-elle pas une chimère? Comment se défaire tout à coup de tant d'affections, qui tiennent au fond de notre être par de profondes racines ; soit que la nature les y ait plantées et nourrice, soit qu’une vieille ha-

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