‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 111 sur 159 · LEE DE PE STLS · texte numérisé non relu

LEE DE PE STLS

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290 (An 249) HISTOIRE beaucoup de capacité, de la droiture , un esprit d'ordre et de règle. Les soldats pour se procurer l'impunité, n'imaginèrent rien de mieux que de se concilier sa bienveillance , en lui déférant l'empire. Ils l'élevèrent donc à ce rang suprême, et retournèrent sous sa conduite vers l'Italie. Philippe lui livra bataille, fut vaincu et tué par ses propres troupes, l'an 249. Ce qui n’empécha point, non plus que sa religion, qu'on le mît, selon la coutume, au rang des dieux.

Peu avant cette révolution, le pape saint Fabien voulut procurer à l'Eglise un avantage proportionné à une paix detrentehuit ans, la plus longue dont elle eût encore joui. 1] ordonna sept évêques , leur associa un plus grand nombre de ministres inférieurs , et les envoya dans les belles provinces de la Gaule, tant pour le secours des anciennes églises, que pour en établir de nouvelles. Ces sept évêques furent, selon Grégoire de Tours, Trophime d'Arles, différent de l’ancien Trophime disciple de saint Paul, mais successeur de l’évêque Marcien, déjà infecté du novatianisme; Paul de Narbonne, différent aussi du fameux Sergius-Paulus disciple de l’apôtre des nations, Denys de Paris, Gatien de Tours, Saturnin de Tou- Jouse , Martial de Limoges , et Austremoine d'Auvergne.

Paul s'arrêta d'abord à Béziers, où la vérité qu’il préchoit fit de grands progrès. Mais l'éclat de ses vertus et de ses miracles engagea les citoyens de la ville métropolitaine de Narbonne à l'attirer chez eux. Avant de les suivre, il établit Aphrodise évêque de Béziers. Quelque temps après , il fonda de même l’église d'Avignon , en lui donnant saint Rufe pour premier évêque; puis enfin il couronna un long épiscopat par une mort sainte et tranquille.

Saint Austremoine se fixa dans la ville d'Auvergne : ainsi nomma-t-on jusque vers le neuvième siècle, la capitale de cette province , dont Clermont n'étoit que la citadelle. On sait en général que le saint s’y rendit recomraandable par ses travaux qui eurent du succès; mais on n’en a point de connoissance détaillée. Il souffrit, dit-on, le martyre, par la haine des Juifs. Les fidèles l'enterrèrent à Issoire. On lui donna pour

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DE L'ÉGLISE. (AN 249.) 201 vince , fait uroire qu'elle y fut en effet cultivée par un grand nombre de bons ouvriers. Quelques auteurs prétendent que l'église de Nevers doit aussi sa fondation à saint Austremoine.

Saint Martial choisit Limoges pour le lieu de sa mission. Il eut la consolation de voir, avant la fin de sa vie, les idoles abattues et la ville presque toute chrétienne. Il eut pour coopérateurs, les saints Altirien et Austriclinien , qui furent enterrés avec lui, mais en des cercueils différents. Cet homme apostolique se rendit des plus célèbres par toute la Gaule, et l'on mit son nor dans les litanies avec ceux des apôtres : distinction quil mérita par ses travaux vraiment apostoliques . non pour avoir été un des premiers disciples du Verbe fait chair, comme on l'a faussement prétendu.

Saint Gatien fonda l’église de Tours. C'étoit une ville extrêmement adonnée à l'idolâtrie; et ses habitants, renommés dès lors pour leur caractère doux, honnête et fort humain, n’en étoient pas moins intraitables sur l'objet de leurs superstitions. Ainsi les affronts et les souffrances furent les fruits les plus précieux que le saint recueillit de ses travaux. FE étoit obligé de célébrer les divins mystères en de profonds souterrains; et l'on montre encore, près de Marmoutier , une caverne dans un roc escarpé, où il offrit long-temps le saint sacrifice, Durant cinquante ans, il travailla avec un zèle toujours nouveau à cultiver cette terre ingrate, qui, par la continuité de ses travaux , devint dans la suite un champ très-fertile.

L'apôtre de la l'rance, saint Denys, que personne ne confound plus avec l’Aréopagite , s’avança jusqu'à Paris, où il fonda une église florissante ; tandis que plusieurs compagnons de son apostolat se répandirent par ses ordres dans les villes voisines , et jusques dans la Belgique. Ce grand nombre d'ouvriers qu on lui associe, montre combien sa mission fut éclatante. On compte parmi ses coopérateurs , saint Taurin d'Evreux, saint Rieule de Senlis, saint Saintin , que les églises de Meaux et de Verdun reconnoissent pour leur fondateur ; saint Lucien de Beauvais, saint Quentin, apôtre d'Amiens et du Vermandois, les saints Fuscien et Victorie, apôtres de Térouane , les saints Crépin et Crépinien , apôtres de Soissons. Mais si tous ces illustres missionnaires ont cté disciples ue 19:

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292 {AN 250.) HISTOIRE saint Denys, la plupart nc seront venus qu'après plusieurs années le seconder dans ses grandes entreprises, puisqu'ils n’ont souffert le martyre que sous Maximien, environ quarante ans après l’arrivée de Denys dans les Gaules.

Toulouse fut éclairée des lumières de l'Evangile, précisément l'an 259 , sous le consulat de Dèce et de Gratus. Cette ville étoit comme le siége de la superstition gauloise, et avoit, aussi-bien que Rome, un temple qui portoit le nom de Capitole. 11 s’y rendoit des oracles, qu’on venoit entendre de toute part. L'arrivée de saint Saturnin imposa silence aux démons; et bientôt il ent converti assez d'infdèles pour former une église. {ls construisirent le lieu de leur assemblée assez près du Capitole, en sorte que Saturnin, pour y aller de sa maison, étoit obligé de passer devant ce temple profane. Comme on observoit attentivement ses démarches, on crut s'apercevoir que, dans les moments où il passoit, l'oracle étoit muet. Les prêtres idolâtres, d'autant plus affligés de cette humiliation qu’elle les ruinoit, déclarèrent un jour au peuple assemblé, que le chef de la nouvelle secte qui se formoit dans Toulouse, allumoit la colère des dieux contre cette ville, jusque-là si favorisée du ciel, et qu'on ne pouvoit se réconcilier avec eux, qu'en versant le sang du coupable. C’étoit le moment du sacrifice, et déjà le taureau qu'on devoit immoler approchoit couronné de fleurs et de bandelettes, lorsqu'un zélateur de l'idolâtrie aperçut de loin Saturnin, et s’écria : Le voilà, l'ennemi de nos dieux, qui conseille d'en ruiner les temples, et qui empêche leurs oracles. Puisqu'il vient si à propos, ou qu'il apaise nos puissants protecteurs en prenant part aux honneurs que nous leur réndons, ou qu'il devienne lui-même leur victime.

À ces mots, une troupe furieuse se saisit du saint évêque. On le traîne au Capitole ; et comme on le presse de sacrifier : Je n'adore, leur dit-il, que l'Etre suprême, le seu} Dieu véritable. Vos dieux ne sont que des démons impuissants, puisqu'ils craignent Saturnin qui n’est qu'un homme. La multitude étoit trop échauffée pour entendre raison. Ils attachent le saint par les pieds, à la queue du taureau destiné au sacrifice, et mettent cet animal en fureur avant de le lâcher. Saturnin eut la

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DE L'ÉGLISE. (AN 250.) 293 tête brisée aux degrés même du Capitole ; et le taureau continua de le traîner, jusqu'à ce que la corde qui l’attachoit füt rompue. Ainsi le généreux confesseur consomma-t-il son martyre; mais après avoir suflisamment établi la foi dans ces cantons, pour qu'elle s’y perpétuât après lui : car sa mission dura dix ans, et il faut rapporter sa mort, ainsi que celle de saint Denys, au temps de la persécution de Valérien. Deux femmes chrétiennes recueillirent son corps tout brisé et l’enterrèrent secrètement. Le troisième évêque des Toulousains, saint Hilaire,bâtit une chapelle sur le tombeau , et par la suite saint Exupère transféra ces reliques dans une belle église qui porte le nom de saint Sernin, abrégé de Saturnin. Saint Honorat fut le successeur immédiat de cet apôtre de Toulouse. On met au nombre de ses disciples, saint Honête qui prêcha à Pampelune, et saint Papoul , martyrisé dans le lieu qui porte son nom, et qui devint assez considérable pour avoir dans la suite un siége épiscopal.

Un disciple des sept évêques qui formoient la célèbre mission deFabien, alla encore prêcher à Bourges. On croitquec'estsaint Ursin , premier évêque de cette ville, plutôt que saint Sénicien, compté seulement pour le second. Ursin convertit une partie nombreuse des habitants, mais dans le bas peuple, et nul d'eux n’avoit une maison en état de tenir lieu d'église. Ils s'adressèrent à un citoyen puissant, nommé Léocade, dont ils présumoient avantageusement, parce qu'il étoit, quoique païen, de la famille du saint martyr Epagathe. :l répondit parfaitement à leur attente, et céda sa maison, sans autre intérêt qu'une légère reconnoissance de sa propriété. Cette libéralité lui attira la plus précieuse récompense. I] ouvrit les yeux à la vérité, avec son fils Lusor , qui mourut peu après son baptême, et qui est honoré dans le Berry sous le nom de saint Lustre. L'église en laquelle fut convertie la maison de Léocade, est celle de saint Etienne, qui, dès les temps de Grégoire de Tours, passoit pour une des-plus belles de la Gaule. On honore dans le Berry deux autres apôtres, nommés Sylvain et Sylvestre, qu'on prétend plus anciens que saint Ursin ; mais il est difficile, pour ne pas dire impossible, de percer les ténèbres d'une si haute antiquité.

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