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l'étoient plus qu'en apparence, l'épreuve fut si rigoureuse,
que, conformément à la prédiction de l'Evangile, élle auroit perverti les élus mêmes, s’il eût été possible. Aussi plusieurs imaginèrent qu'enfin le règne de l'Antechrist étoit arrivé.
L'édit de persécution fut envoyé à tous les gouverneurs des provinces, et, tout foudroyant qu'il étoit, ils le mirent à exécution d’une manière encore plus effroyable. C’étoit à qui feroit mieux sa cour par son zèle impie et par les raffinements de sa cruauté. On rapporte, de cette affreuse persécution, qu'un martyr ayant tout le corps en plaies , après les tourments des ongles de fer et des lames ardentes, le juge fit enduire son corps de miel , puis l'exposa , les mains liées derrière le dos à un soleil très-ardent , aux piqüres et aux importunités insupportables des mouches et des insectes. Un autre, à la fleur de sa jeunesse , fut mené dans un jardin enchanté , et attaché avec des liens desoie sur un lit voluptueux , entre les lis et les roses, au bord d’un ruisseau qui couloit avec un murmure amollissant. On le laissa seul, puis on lui envoya une jeune personne d'une beauté rare, et d'une habileté encore plus grande dans l’art de séduire, en sorte que le martyr, pour résister à ces dangereuses attaques, fut réduit à se couper la langue avec les dents , et à la lui cracher au visage.
A Mélytine, Polyeucte, distingué en Arménie par ses biens et sa naissance, se distingua beaucoup plus encore par son courage. Tousles avantages dela vie, avec une épouse qui lui étoitaussi attachée que digne de son attachement, ne purent l'ébranler. Il n’écouta ni prières ni reproches, et s'éleva si fort audessus des foiblesses de l'humanité, qu'il encouragea lui-même au martyre Néarque, son ami et son premier maître dans la foi.
Saint Alexandre, cet évêque de Cappadoce, qui avoit été fait coadjuteur, puis successeur de saiat Narcisse de Jérusalem , et qui avoit confessé Jésus-Christ quarante ans auparavant dans sa premièreéglise, le confessa de nouveau et mourut en prison , accablé de vieillesse et de souffrances. Alors aussi, et de la même manière, finit le grand Babylas, évêque d'Antioche. Avec lui moururent les trois héroïques enfants qu'il instruisoit. Le célèbre ami d'Origène, Ambroise, consomma son martyre dans le même temps.
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Mais entre tous ces généreux athlètes , il n’y en eut point d plusillustre que saint Pione, prêtre de l'église de Smyrne la Providence ayant voulu, par l'exemple de sa constance il à dier au scandale que venoit de donner à cette église humiliée l'apostasie de son évêque Eudémon. Comme cet illustre prêtre passoit la vigile de saint Polycarpe dans le jeûne et la rer avec quelques saintes âmes, il eut révélation qu'il seroit pris le lendemain. Il se mit aussitôt une chaîne au cou, et fit être | même chose à Sabine et à Asclépiade, deux ferventes chré. tiennes qui se trouvoient à l'église avec lui; afin que la muititude les voyant aller au temple des faux dieux, s'aperçût qu'ils y étoïient menés de force, et non dans le dessein de comme les apostats. Ils furent en eflet arrêtés le lendemain A Polémon , garde du temple, et autorisé par les magistrats es peuple entendant le bruit de leurs chaînes, juifs et païens tous accoururent en foule, et la place fut remplie d’une ré à titude innombrable qui couvroit jusqu'aux toits. Alors Pione qui étoit éloquent, étendant la main et montrant ‘un visa ‘s animé: Citoyensde Smyrne, dit-il, vous quivous glorifiez d'hebiter leplus beau séjour de l'univers, ou mieux encore, d’être les concitoyens du plus beau génie qu'ait produit la pain humaine, dans la personne d'Homère; vous aussi, enfants d’Israël ici présents, écoutez-moi. Je sais que vous ne regardez qu'avec mépris les chrétiens qui se présentent pour sacrifier ou qui résistent foiblement quand on les veut contraindre. Certes, vous avez raison, après votre compatriote et votre maître , de mépriser les lâches. Mais il vous dit également qu’il est indigne de se faire un jouet de la vie des hoaunes. Et vous Juifs, ignores-vous la belle sentence du plus sage et du plus grand de vos rois; que si votre ennemi est tombé, il ne faut pas triompher de sa chute. Quant à moi, j'aime Mieux souffrir la mort, et la mort la plus cruelle, que de contrevenir aux saintes maximes qu on m'a enseignées.
Le peuple et Polémon même lui répondirent : Nous ne souhaitons pas votre mort; votre probité et votre sagesse nous portent bien plutôt à vous rendre heureux. Ecoutez les conseils de gens qui vous aiment, et sacrifiez. Il seroit bien imprudent de perdre, de gaieté de cœur. la vie avec tous ses
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avantages. Sans doute, reprit le confesseur , la vie est un bien; et le chrétien ne quitte point, par un mépris ou un dégoût stupide, ce présent de l'auteur de la nature; mais ce que nous Jui préférons est vraiment préférable. Puis se tournant vers Polémon : Si votre commission, lui dit-il, est de persuader ou de punir , punissez : vous ne nous persuaderez point. Conformez-vous du moins à vos propres lois; elles ne vor: prescrivent pas de contraindre ou de suborner ceux qui résistent, mais de les punir.
On voulut composer avee lui : on lui proposa de sacrifier seulement à l'empereur, puis d'entrer seulement dans le temple sans sacrifier. Ensuite on lui fit subir trois interrogatoires en règle, et, dans les intervalles, on le remettoit , ainsi que ses compagnons , dans une prison effrayante par son obscurité et son infection. Ce fut partout la même constance. Le proconsul Quintilien , qui étoit absent pendant les premiers interrogatoires, fut si frappé lui-même, dans le troisième, de l'éloquente et inébranlable fermeté de ces confesseurs, qu'il demeurs iong-temps dans l'incertitude avec son conseil. Revenant ensuite à la charge, et s'adressant au sage Pione, qu’on regardoit comme le guide et le maître des autres : Persistezvous, lui dit-il, avec la même opiniâtreté, dans votre résolution? Ne donnez-vous pas au moins quelque espérance que vous vous repentirez dans l: suite? Il répondit que non, de l'air le plus décidé. Toutefois, reprit le proconsul, je vous laisse encore le loisir de vous consulter. La chose est parfaitement inutile , dit Pione : notre parti est pris sans retour. Mais il ne s’agit pas d'une moindre peine, dit le proconsul, que d'être brûlé vif. Le saint se montrant toujours plus inflexible, la sentence fut portée sur-le-champ. D'un pas délibéré, Pione part pour le bûcher, marche avec empressement, et dès qu'il est arrivé, sans attendre qu'on l'en avertisse, il met bas luimême ses premiers vêtements , s'étend sur le bois, et se livre à un exécuteur pour être cloué selon l'usage. Quand il fut attaché , on lui cria qu’il étoit encore temps de renier , et qu'on ôteroit les clous, dont les blessures douloureuses n'étoient que les prémices d'un bien plus rude tourment. Je les ai vivement senties, répliqua-t-il, ces premières douleurs; mais plus je
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souffrirai , plus j'approcherai du terme où j'aspire. Après ces paroles, il ferma les yeux pour prier avecplusde recueillement. Ayant fini sa prière, il considéra d'un visage gai les flammes qui l'environnoient, dit amen; et quelques moments après, il expira doucement en achevant ces mots : Seigneur, recevez mon âme. Après que le feu fut éteint, les fidèles retrouvérent son corps aussi entier que s'il eût été encore en vie. Ce glorieux martyre s’accomplit le cinquième jour de Mars, l'an 250. On ne dit pas quelgenre de mort endurèrent Sabine et Asclépiade , avec les autres compagnons de saint Pione, qui, dans cette église désolée, paroissent avoirété en grandnombre.
Le proconsul Optime signala sa cruelle impiété dans toute l'Asie. I] interrogea lui-même un marchand, appelé Maxime et voulut être présent à la torture. Après que Maxime eut enduré quelque temps le tourment du chevalet; reconnois à présent, lui dit le proconsul , la folie de ton obstination, et sacrifie du moins pour éviter le dernier malheur. Je l’évite en nc sacrifiant point, répondit le martyr, jeine dévouerois au sort le plus affreux en sacrifiant. Ni vos ongles de fer, ni vos lames ardentes ne sauroient nuire à celui que la grâce de J.-C. anime. Alors Optime le condamna à être lapidé, et la sentence fut exécutée à l'heure même.
Le même proconsul fit périr de la manière la plus barbare un jeune homme de Lampsaque, nommé Pierre , aussi avantage du côté de la figure que du côté de l'esprit. L’admirable confesseur n'usa de ces avantages que pour confondre avec plus d'édification le tyran , qui le pressoit de sacrifier à Vénus. On lui serra tellement le corps avec des pièces de bois et des liens de fer, que tous ses os furent brisés et comme moulus.
Optime allant ensuite à Troade, on lui présenta trois autres chrétiens, André, Paul et Nicomaque. Tous les trois confessèrent avec intrépidité; Nicomaque même, avec une ardeur imprudente et contraire aux règles évangéliques. Le proconsul le fit tourmenter à l'excès, et le mit au moment de rendre l'esprit. Alors ce malheureux perdit patience et apostasia, en criant : Je ne fus jamais chrétien : je vais sacrifier. On le fit détacher ; mais sitôt qu'il eut sacrifié, il entra en fréaésie, se roula par terre, se heurta violemment la tête, se coupa
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500 (AN 251.) HISTOIRE la langue, de ses dents; puis il expira en faisant horreur à tout le monde. Une jeune chrétienne de seize ans, qu’on appeloit Denyse, s'écria : O misérable, qui, pour un instant de relâche, te précipites en des tourments éternels ! Optime se la fit amener , et la menaça, si à son tour elle ne sacrifioit, de la faire brüler vive, et de l'exposer à des traitements bien plus redoutés d'une vicrge chrétienne. Denyse répondit : Mon Dieu me mettra au-dessus de toutes les attaques, je ne crains nullement vos menaces. Le proconsul la fit livrer à deux jeunes débauchés, qui la trainèrent chez eux. Mais le Seigneur fut lui-même son gardien et son vengeur, de telle manière que ceux qui avoient voulu la déshonorer, se virent contraints de recourir à ses prières. Le lendemain André et Paul furent abandonnés à la fureur de la populace, qui les lapida. Denyse entendant le bruit de l'exécution, s'échappa de ses gardes, courut au lieu où étoient les martyrs; et le proconsul l'ayant appris, envoya ordre de lui trancher la tête.
Il y eut beaucoup d'autres victimes illustres de la superstition ou de l’adulation, en divers endroits de l’Asie ; à Nicomédie, saint Quadrat, qui, après des tortures multipliées, eut aussi la tête tranchée; à Nicée les saints Tryphon et Respice ; en Lycie, l'illustre martyr saint Christophe ; à Césarée de Cappadoce, saint Mercure, officier très-avancé dans le service militaire; à Ephèse, les sept frères Dormants, ainsi nommés, parce qu'en haine de leur généreuse confession, on les enferma vifs et dénués de toute chose dans une caverne près de la ville, où ils s'endormirent au Seigneur, selon leur légende ; c'est-à-dire qu'ils y moururent. On leur donna le nom des sept Dormants, à l'invention deleurs corps, qui n'arriva qu’environ deux cents ans après; et quelques auteurs grecs, amis du merveilleux, prétendent qu'alors ils se réveillèrent en présence d'un peuple nombreux, et que s'étant prosternés tous ensemble, ils rendirent de nouveau l'esprit.
Le triomphe de sainte Agathe, à Catane en Sicile, ne fut pas moins éclatant. Elle se signala autant par l'amour de la virginité que par la vivacité de sa foi. Il seroit à désirer que les particularités rapportées dans ses actes fussent mieux appuyées. Mais les monuments fameux de son culte, entr'autres un
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DE L'ÉGLISE. (AN 251.) 30£ hymne fait à sa louange par le pape saint Damase, et une préface par saint Grégoire, prouvent combien elle est digne de sa ctlébrité. Sainte Victoire triompha en Toscane.
Il y eut une foule de martyrs à Alexandrie. Julien et Eune furent des premiers. Julien étoit un vieillard infirme, et si goutteux, qu'il ne pouvoit ni marcher, ni se soutenir. On le mit avec Eune sur des chameaux, et on Îles promena par toute la ville en les flagellant : après quoi ils furent jetés dans un grand feu, entourés de la multitude qui se repaissoit de ce spectacle avec une barbare complaisance, On leur associa plusieurs autres chrétiens qui se trouvoient là, précisément parce qu'ils n'applaudissoient point à cette barbarie, entr'autres, quatre femmes, Mercurie, Denyse, et deux qui portoient le
nom d'Ammonarie, toutes également remarquables par un
courage infiniment supérieur à leur sexe.
La persécution s’échauffa de même dans la province d’Afrique, où l’arrivée du proconsul la rendit beaucoup plus rigoureuse qu'elle n’avoit été sous les magistrats ordinaires de Carthage, qui l'avoient commencée. Là on s’étudia particulièrement à diversifier et à prolonger les tortures. On les réitéra si souvent, qu'il n'y restoit pas un membre entier aux martyrs, et qu'on ne pouvoit plus faire de plaies que dans les plaies mêmes. Enfin les prisons ne suffirent plus à la multitude des confesseurs que l’on condamnoit à y mourir de faim et de soif.
Mais nulle part il n'y eut de confession plus célèbre que celle d'Acace', évêque d'une ville d’Antioche; on ignore en
uelle province d'Orient, quiqu’on sache que ce n'étoit pas l'Antioche de Syrie. L'empereur, à qui le consulaire Marcien crut en devoir faire le rapport qui suit, ne put s'empêcher de l'admirer. Ceite relation, revêtue de tous les caractères de l'authenticité, et tirée sans doute des registres publics , fournit une des plus belles preuves de l'accomplissement de cette promesse divine, que l'Esprit saint parleroit par la bouche de ceux qui seroient traduits devant les tribunaux pour le nom de Jésus-Christ, et qu'il leur inspireroit une sagesse à laquelle leurs ennemis ne pourroient résister,
8 Act. sin. an, 250,
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