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consulaire à sromaines.
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t une occaristianisme, issiez - vous ie connois- ? Acace rélarcien dit :
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DE L'EGLISE. (An 250.) 303 avec moi au grand Jupiter et à la divine Junon, pour faire ensuite dans la joie etes plaisirs le festin solennel. Acace répondit : Comment honorer, comme Dieu, celui dont le tombeau est constamment en Crète? Est-il donc ressuscité? Enfin, dit Marcien, il faut, ou sacrifier, ou mourir. Voilà, dit Acace, l'argument le plus pressant; et les brigands de Dalmatie ne s’en servent pas mieux, quand, au coin d'un bois, ils r'offrent d'autre composition que la perte de la fortune ou de la vie. Vous vous étiez piqué jusqu ici de plus d'équité et de plus de raison. Mais peu m'importe. Vous pouvez me foire mourir, non me convaincre ni m'épouvanter. Les lois proscrivent les adultères, les voleurs, les homicides : si j'ai commis quelqu'un de ces crimes, je passe le premier condamnation. Que si l'on me punit parce que j'adore le vrai Dieu, c'est la volonté arbitraire du juge, et non la loi qui me condamne. Et songez que vous vous rendez inexcusable en procédant de la sorte, puisque chacun sera jugé comme il aura jugé les autres. Ainsi, par la force de l'esprit d'Acace, ou plutôt de l'esprit de Dieu dont il étoit l'organe, il faisoit en quelque sorte le personnage de juge, et le juge celui d'accusé. Celui-ci répondit, assez embarrassé : Je n'ai pas ordre d'examiner tant de choses, mais seulement de vous réduire à l’obéissance, ou de vous punir. Et moi, dit Acace, j'ai défense et horreur de renier mon Dieu. Si vous vous croyez aveuglément obligé de suivre toutes les vulontés d'un homme qui mourra bientôt comme tous les autres, et, comme eux, deviendra la pâture des vers; combien ne dois-je pas plutôt obéir au Dieu tout-puissant et infiniment sage, qui menace ceux qui le renoncent devant les hommes, de les renoncer devant la cour céleste, lorsqu'il viendra dans tout l'éclat de sa gloire juger les vivants et les morts ?
Le consulaire, qui se croyoit du talent pour l’argumentation , et assez de connoissance de la doctrine des chrétiens pour la convaincre d'erreur et d'extravagance, crut pouvoir tirer grand avantage de ce que venoit de dire Acace. T'elles sont, reprit-il, les folles idées de votre secte, et je les voulois entendre de votre bouche. Dieu a donc un Fils, selon vous? Oui, répondit Acace. Et qui est-il, demanda Marcien ? Acace répondit : Le Verbe de vérité, la parole de grâce. Marcien dit :
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304 (AN 250.) HISTOIRE Est-ce là son nom : Acace repliqua : Vous ne me l'avez pas encore demandé. Marcien dit : Nommez-le. Il s'appelle Jésus- Christ, dit Acace. Marcien reprit : De quelle femme Dieu l’a t-il eu ? Acace répondit : Il ne faut pas raisonner de Dieu comme des vils mortels. Il a formé le corps du premier homme, puis il lui a donné la vie et l'esprit; ainsi a-t-il engendré son ‘Fils d'une manière toute spirituelle, mais nécessaire, en le produisant de son propre cœur, comme l’enseignent nos divines Ecritures. Marcien reprit : Dieu est douc corporel ? D'où concluez-vous ainsi, dit Acace, puisque nous le disons invisible ? Lui seul se connoît parfaitement ; mais nous n’en sommes pag moins assurés de sa vertu et de sa puissance. Marcien dit : S'il n'a point de corps, il n’a point de cœur ni d'intelligence, puisque l'intelligence et la pensée ne nous viennent que par les sens. Âcace repliqua : L'intelligence ne prend pas sa source dans nos membres : c'est Dieu qui nous la donne. Le corps et l'esprit n’ont rien de commun que par la volonté toute-puis= sante du Créateur.
Alors, quittant un moyen qui ne lui réussissoit pas, Marcien dit : Regardez les Cataphryges qui étoient chrétiens ; ils sacrifient à présent avec nous : imitez-les. Rassemblez tous les chrétiens de la loi catholique, et faites-leur embrasser la religion de l'empereur. Ce n’est pas moi, dit Acace, qui suis leur maître ; c’est Dieu. Ils m'écoutent quand je les porte à la vertu; si je les induisois au crime, ils n’auroient plus que du mépris pour moi. Marcien dit : Donnez-moi tous leurs noms. Acace répondit : Ils sont écrits dans le livre céleste. Marcien poursuivit, en parlant des prêtres : Où sont vos compagnons les magiciens et les docteurs de cette erreur artificieuse ? Nous avons, répondit Acace, d’autres fautes à nous reprocher devant Dieu : pour les évocations infernales et toutes les ténébreuses observations de la magie, nous en eûmes toujours la plus grande horreur. Ces merveilles de grâce et de bienfaisance que vous nous voyez opérer, c'est de Dieu seul que nous les obtenons. Marcien dit : Il faut bien que vous soyez des magiciens très-habiles, pour infecter tout l'empire de cette religion insensée et pernicieuse, Acace répartit : Nous détrompons les hommes, au sujet de ces fantômes de divinités, que vous êtes
l'avez pas Île Jésus- : Dieu l’a r de Dieu rhomme, endré son en le proos divines D’où coninvisible P mmes pas n dit : S'il nce, puis- 1e par les sa source e corps et ute-puis=
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DE L'ÉGLISE. (An 250.) 305 esscz simples de révérer et de craindre, après les avoir faits vous-mêmes. Marcien dit : Donnez les noms, si vous voulez éviter la peine. Acace répondit : Espérez-vous nous vaincre quand nous serons en grand nombre, vous qui ne sauriez me vaincre tout seul ? Si c’est mon num que vous voulez savoir, sien ne m'empêche de vous le dire : on m'appelle communément Acace; mais mon propre nom est Agathange, et mes compagnons que vous voyez ici sont Pison, évêque de Troie, et le prêtre Ménandre. Ne m'en demandez pas davantage, et faites tout cc qu'il vous plaira. Marcien termina enfin l'interrogatoire, en disant : J'informerai l'empereur de toutes choses,
et. jusqu'à la réponse vous garderez la prison. Le procès-ver-
bal fut en effet envoyé à l'empereur Dèce, qui ne put le lire sans admire: les réponses du saint, comme il le témoigna en souriant durant la lecture. Il ordonna qu'on le mît en liberté, ot transféra Marcien au gouvernement de Pamphilie. Le géncreux prisonnier, après avoir été tiré de prison, convertit beaucoup d'infidèles, se signala autant par sa sainteté et ses miracles, que par sa doctrine et sa sagesse, et enfin mourut en paix. L'Eglise honore la mémoire de cet illustre confesseur le trente et unième jour de mars.
1] est un autre confesseur, si l’on ne doit pas plutôt l'appeler martyr, dont le nom mérite également d’être distingué de la multitude. Numidique, ainsi le nommoïit-on, avoit encouragé, par ses ferventes exhortations, un grand nombre de fidèles arrêtés pour la foi. Il vit avec une héroïque fermeté sa femme qu'il chérissoit, endurer le supplice du feu pour une si belle cause. Lui -rrême lapidé et demi brûlé, fut laissé pour mort. Sa fille allant pour recueillir ses reliques, lui trouva un reste de sentiment, l'enleva et le rappela à la vie. Saint Cyprien le mit quelque temps après au nombre des prêtres de Carthage, où il ne cessa de faire éclater son zèle avec toutes les vertus qui l'avoient fait élever au sacerdoce.
Saint Denys signala le même courage sur le siége épiscopal d'Alexandrie. Ayant su que le préfet Sabin devoit le citer, il attendit quatre jours dans son logis ordinaire. Mais on le chercha partout ailleurs, ne lui supposant pas l'assurance de
rester chez lui dans un danger si imminent. Le saint pasteur, 1. 20
craignant enfin de tenter Dieu, se retira, et fut suivi de ses domestiques avec quantité de fidèles. Ce jour-là même ils tombèrent entre les mains des soldats et des ministres de la justice. Le prêtre Timothée ne s'étoit pas trouvé avec les antres. [1 voulut aller à la maison pontificale , sans savoir ce qui se passoit, la trouva occupée par des gens de guerre, jugea que l’évêque étoit pris, et se mit à fuir précipitammentt. Un chrétien de la campagne qui le rencontra, et qui apprit le sujet de son alarme , la porta aussitôt à une habitation voisine où l’on faisoit une noce. Les convives se levèrent de table, tous ensemble, cournrent au lieu où étoit saint Denys avec sa suite, y entrèrent en criant et en faisant peur aux soldats , qui s’enfuirent sans la moindre résistance. Il étoit nuit, et le prélat, qu'ils trouvèrent paisiblement couché, prenant ses libérateurs pour une troupe de voleurs, leur présenta ses vêtements. ]1 s’agit bien de brigandage, lui dirent-ils ! Levez-vous ‘ au plus vite, et venez avec nous. Comprenant alors leur dessein, et les reconnoissant parfaitement : Retirez-vous , leur répondit-il, si vous voulez me faire plaisir; ou si vous voulez me faire quelque violence, ôtez-moi la vie, et laissez en paix ceux qui nous emmènent. Cependant ils le firent lever de force ; et, comme il s'attachoit à tout ce qu'il trouvoit, ils le saisirent par les pieds et par les mains, et l’enfcvèrent malgré lui. On le mit sur un âne, et on l’escorta jusqu'à ce qu'il fût hors de tout péril. Il se retira dans un lieu désert de la Marmarique , où il resta avec deux chrétiens seulement.
Saint Cyprien fut obligé de céder au temps, comme un des plus illustres docteurs des chrétiens, et conséquemment des plus odieux aux zélateurs du paganisme. Toujours ceux - ci conservoient un secret dépit contre lui, de ce qu'étant né païen comme eux, et faisant concevoir par ses talents les plus hautes espérances, il avoit transporté tous ces avantages au christianisme, Il ne fit qu'augmenter cette animosité par l’activité de son zèle, qui se déploya tout entier dans la persécution : il encourageoïit son nombreux troupeau par ses paroles et par ses lettres multipliées; il portoit tout son peuple à la
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(AN 250.) 307 pénitence et à la ferveur ; il les faisoit entrer dans les vues dn ciel, qui vouloit discernér par de rudes épreuves le bon grain de l’ivraie, ranimer l” esprit de détachement et de sainteté dans l'Eglise. Une conduite si pastorale n’avoit pas tardé à irriter les infidéèles. Déjà le peuple idolâtre s’étoit ému dans le cirque à diverses reprises , et plusieurs fois on avoit entendu retentir partout l'amphithéâtre ces clameurs menaçantes : Cyprien aux lions ! aux lions Cyprien!
Le saint évêque s'inquiétoit peu de sa sûreté personnelle;
mais l'intérêt de son église l'emporta. Il se retira, de peur d’é-
chauffer davantage les idolâtres, en continuant de se montrer avec intrépidité. Sa retraite ne fut point oisive. T'antôt il écrivait a ses prêtres, tantôt aux confesseurs détenus dans les prisons. Je vous conjure, disoit-il au clergé de Carthoge, de redoubler votre ferveur pour acquitter nos devoirs avec les vôtres, puisque l'on me force de demeurer absent, Que les troubles prépents ne soient pas une raison de déroger à la régularité de la discipline, ni de négliger les membres indigents de Jésus- Christ, non-seulement ceux qui sont dans les fers, mais tous ceux qui persévèrent dans la foi. Prenez un soin encore plus spécial des veuves, des malades, des étrangers. Distribuezleur ee que j'ai laissé entre les mains du prêtre Rogatien. De peur que la première somme ne füt déjà dépensée, je lui en ai fait tenir une autre par l’acolyte Narique. Mais puisque nos péchés ont attiré sette tempête, notre attention principale doit être de désarmer la colère divine par nos humbles supplicaticas. L'oraison ne suffit point : joignons-y le jeûné et les larmes, toutes sortes de pénitence. Encore un peu de courage: la paix nous sera bientôt rendue ; soyez-en certains, et assurezen les frères. Le Seigneur a daigné le faire connoître au plus indigne de ses serviteurs. Ce qui la retarde un peu , c'est qu'il reste encore quelques sujets à éprouver. En attendant , que les frères usent de précaution dans leurs visites de charité vers les confesseurs, et qu'ils n’aillent point aux prisons en grandes troupes. Prenez garde aussi que les prêtres qui y offrent le sacrifice n’y paroissent que tour à tour, avec un seul diacre, afin que le changement de personnes les rende moins sus-
pects. Et quand un confesseur vient à mourir dans ces lieux,
quand bien même il n’auroit encore subi nulle torture, ayez une religieuse vénération pour son corps, et complez-le entre les saints. Marquez exactement le jour de sa mort, pour célébrer sa mémoire dans la suite avec celles des anciens martyrs. Dès que nous l’apprenons , nous offrons ici le saint sacrifice, que nous espérons offrir bientôt avec vous.
En écrivant aux confesseurs , le vigilant pasteur leur marquoit combien il souhaitoit jouir de leur présence, s’il eût été possible, Et que peut-il y avoir de plus agréable pour moi, ajoutoit-il, que de baiser ces mains pures, chargées de chaînes pour s'être refusées à un culte impie, et ces bouches consacrées par une éclatante confession de l’adorable nom du Seigneur Jésus! Ne perdez pas un moment de vue les riches couronnes qui, pour ainsi dire, reposent déjà sur vos têtes. Heureuses aussi, et doublement heureuses, les femmes fortes
qui sont avec vous, et qui s'élèvent avec un courage si mâle
au-dessus de la foiblesse de leur sexe ! Pour que rien ne manquât à la gloire de votre confession, le Dieu des victgires vous a même associé des enfants.
Le saint pasteur de Néocésarée, Grégoire le Thaumaturge, seretira aussi, uniquement pour donner à son peuple cct exemple de prudence chrétienne. Comme il les avoit tous engendrés en Jésus-Christ, et que tous, par conséquent, étoient nouveaux dans la foi, ce sage et tendre père craignoit de les voir engagés sans une disposition marquée de la Providence, dans un combat au-dessus de leurs forces. Le Seigneur bénit tellement ses soins , que, par une exception unique et tout-àfait merveilleuse dans l’horrible persécution de Dèce, on ne vit pas un seul apostat à Néocésarée. Dieu voulut même témoigner, par un miracle particulier, qu'il approuvoit la retraite du saint évêquet. Il s’étoit réfugié dans les montagnes, où les émissaires de la tyrannie le poursuivirent en grand nombre. Les uns gardoient les passages, les autres parcouroient les lieux déserts, furetoient dans les défilés, dans tous les abris, et jusque dans les moindres creux de rochers. Il étoit impossible qu’il échappât naturellement à leurs regards, et ils pas-
& Greg. Niss. in Dit. Thaum,
e, aycz le entre ar célénarlyrs.
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DE L'ÉGLISE. (AN 250.) 309 sèrent en effet vingt fois devant lui. Cependant ils ne le virent jamais. Le principal guide de la troupe, étonné d'une chose si étrange , retourna seul aux mêmes endroits. Il trouva le saint en oraison avec son diacre, imr'obiles l’un et l’autre dans un lieu où l'officier venoit de passer avec son escouade, et où ils n’avoient tous vu que deux arbres. Il se jeta aux pieds du Thaumaturge, se fit chrétien , et ne voulut plus le quitter.
Les païens tournèrent toute leur rage contre les ouailles de Grégoire, dont ils surprirent plusieurs dans leurs retraites ; mais les ferventes prières du pasteur les soutinrent. Un jour
on le vit se troubler tout à coup en priant; il reprit, l'instant :
après, sa sérénité en bénissant Dieu. On lui demanda la cause de ces soudaines alternatives; et il répondit , qu’à l’heure où il parloit, un jeune homme de condition, nommé Troade, avoit été présenté au gouverneur, el qu'après beaucoup de tourments , il avoit remporté la palme du martyre. Son diacre, qui étoit cet ancien prêtre d'idoles, converti comme on l’a vu, eut ha curiosité de s’inforiner de toutes les circonstances , et il les trouva telles précisément que le saint les avoit annoncées.
Beaucoup de fidèles de tous pays se retirèrent en des lieux inhabités. Plusieurs même s'enfuirent jusque dans les déserts immenses de l'Arabie, où il en périt une infnité de faim et de misère. Chérémon, évêque de Nicopolis, fut de ce nombre, avec tous les gens de sa maison. D’Alexandrie et de toute l'Egypte, on s’enfonçoit dans les solitudes de la Thébaïde; et ie Seigneur, tournant au bien de l'Eglise la malignité même de ses ennemis, donna ainsi l'origine à la vie érémitique, qui forma , dans les lieux les plus incultes, des peuples entiers de saints.
Paul fut le premier de ces illustres solitaires. Il étoit de la Basse-Thébaïde, où il vivoit déjà d'une manière très-chrétienne. Sa jeunesse , sa fortune, sa naissance distinguée, ne l'avoient point engagé dans le désordre. 1] ne respiroit que l vertu ; mais son humilité lui fit craindre de s’exposer aux tour. ments. Il se cacha d’abord dans une maison de campagne, d'où apprenant que son beau-frère vouloit le livrer pour avoir ses biens , il pénétra bien avant dans le désert , et là, sous la
direction immédiate de l'Esprit saint, il trouva dans la méditation des choses éternelles , des douceurs que toutes les possessions de la terre n'eussent pu lui procurer. Dieu qui le conduisoit lui fit rencontrer un rocher, dans l'épaisseur duquel la nature avoit taillé comme une salle qui étoit éclairée d'une manière agréable par une ouverture supérieure. Une source pure et abondante, qui jaillissoit de la montagne, ct formoit tout près dans la vallée un beau ruisseau , servoit à désaltérer le solitaire. Un grand palmier ombrageoit l'entrée de sa grotte, et le nourrit de son fruit , jusqu'à ce que le Sei- , gneur lui fit porter par un corbeau une nourriture plus convenable à son âge avancé. Là , Paul n'ayant d'autre compagnie que les monstres d'Afrique, vécut quatre-vingt-douze ans sans ennuis et sans inquiétude. Souvent, après avoir passé toute la nuit en oraison, il trouvoit que l'aurore venoit trop vite interrompre la douceur de ses entretiens avec Dieu. Quelquefois il se représentoit, de ce port tranquille, la fougue des passions qui agitent les gens du siècle, gémissoit sur leur aveuglement, qui lui faisoit d'autant mieux goûter le bonheur de son état, s'applaudissoit d’être inconnu à l'univers entier, et jouissoit avec une humble gratitude des faveurs divines et de son innccence. Dieu ne le fit connoîïtre qu’au grand saint Antoine, après un fort long temps passé dans cette retraite sauvage, et seulement peu avant sa mort, qui n'arriva qu'à la cent treizième année de son âge, en 342.
Si la persécution procura de si grands avantages à l'Eglise, on ne sauroit néanmoins dissimuler qu'en différents endroits elle ne l'ait accablée de douleur et de confusion. Il y eut beaucoup d’apostats entre les chrétiens de la molle et voluptueuse Alexandrie, surtout parmi ceux qui avoient un rang et des biens considérables. Quelques-uns accouroient de leur propre mouvement , pour sacrifier aux idoles, protestant qu'ils n’avoient jamais été chrétiens; et quelques-uns en effet n’avoient jamais eu l'esprit de christianisme. Leur exemple ne laissoit pas d’en séduire beaucoup d’autres. La plupart de ceux-ci s’approchoient de l'autel, d’un air pâle et tremblant, plus semblables à des victimes qu'à des sacrificateurs. Le peuple idolâtre insultoit lui-même à leurs lâches terreurs ; car
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DE L'ÉGLISE. (AN 250.) 341 on voyoit qu'ils craignoicnt tout à la fois, et de sacrifier, et de mourir. D'autres se laissoient traîner en prison, soutenoient même les premières tortures, et succomboient ensuite,
Le scandale fut encore plus grand à Carthage, et toujours parmi les riches. Il y en eut un si grand nombre qui vouloient tous à la fois renoncer au christianisme, que les magistrats étoient forcés d'en remettre une partie au lendemain. Mais les sacriléges déserteurs demandoient, comme une grâce, d’être admis les premiers. L'on en vit apporter leurs enfants qu'on ne leur demandoit pas , et les présenter à l'idole, comme pour anéantir en eux le caractère de Jésus-Christ. Toutefois le trèsgrand nombre des coupables fut de ceux qui, pour s'épargner la bonte d’une apostasie publique, prirent du magistrat des libelles ou billets pour n'être point recherché: , d'où l:ur vint le nom de libellatiques ; et l’on regarda cette pratique comme une profession indirecte de l'idolâtrie.
Ce qu’il y a de plus étonnant, d'incomp'{: ‘nsible mêm pour quiconque ne fait pas attention à l'i.conséquence du cœur humain dans ses procédés, ce sont moins ces chutes occasionées par la crainte , que de relâchements et de vrais débordements parmi les confesseurs les plus fermes et les plus intrépides. Quelle hont? pour la cause que vous défendez, écrivit saint Cyprien à quelques-uns d’entr’eux, quelle honte de voir parmi vous, celui-ci intempérant et plongé dans l'ivresse; celui-là follement amoureux de son pays, et assez imprudent pour y revenir après en avoir été banni; en sorte qu'il s'expose à périr non comme chrétien , mais comme réfractaire et contumace! Il en est qui soi iout remplis d’orgueil et Louffis de vanité. J'apprends, ce qu'il y a de plus scandaleux encore, que tout nouvellement sanctifiés par une confession généreuse, ils oublient les lois sacrées de la pudeur , et profanent ou s’exposent à profaner dans leurs personnes les membres de Jésus-Christ et les temples du Saint-Esprit. Quand leur conscience ne leur reprocheroit point d'impudicité réelle, le scandale n'est-il pas déjà un très-grand crime? N'en est-ce pas un autre, que l’amertume du cœur et la jalousie , les disputes, les paroles injurieuses et les emportements si communs dans vos soci!sée ?
Ce saint et zélé prélat fut encorc beaucoup plus affligé à l'occasion d'un abus qui tendoit à ruiner de fond en comble un des points les plus capitaux de la discipline. La pénitence étoit alors dans une grande vigueur. Toujours elle avoit été regardée comme indispensablement nécessaire dans sa substance : mais l'exercice public ou particulier en avoit absolument dépendu des pasteurs dans les premicrs temps; et ce ne fut guère avant deux siècles, ou qu'après l'hérésie de Montan, qu'on suivit en cette matière des lois précises et uniformes. Elles se trouvoient dans toute leur force, au temps de saint Cyprien ; et son zèle pour une police si glorieuse à l'Eglise, et si salutaire aux fidèles, ne put voir qu'avec une douleur extrême, que le respect des martyrs y portât la plus dangereuse atteinte. Non-seulement on dnninuoit, à leur recommandation, les satisfactions imposées aux libellatiques ; mais il n’y avoit pas jusqu'aux lâches qui avoient idolâtré hautement et très-librement, qui ne voulussent être admis à la communion ou réconciliation solennelle, sur certains billets de recommandation qu'ils extorquoient des martyrs et des confesseurs. Ils Jes‘attendoient au passage, quand on les conduisoit à la mort ; ou ils les alloient trouver dans leurs prisons, et les engageoïent , par des sollicitations importunes!, et par des larmes souvent affectées , à leur accorder ce qu’on appela une cédule de paix, et dont voici la teneur : Qu'un tel communique avec les siens. On avoit tant de vénération pour les saintes victimes de Jésus-Christ, qu'on regardoit leur jugement comme prononcé par Jésus-Christ même. Mais ces dispositions religieuses tournoient au dépérissement de la religion. Souvent les cenfesseurs accordoient la paix sans discernement, et l'usage de la pénitence s’abolissoit d'une manière visible ct rapide.
Entre les fidèles emprisonnés à Carthage, il y avoit un certain Lucien, qui étoit en commerce de lettre avec un chrétien de Rome , nommé Célérin. Celui-ci étant sorti de prison, après avoir confessé la foi devant l'empereur, écrivit au confesseur de Carthage , c'est-à-dire à Lucien son ancien ami, pour obtenir la grâce de la réconciliation à deux femmes qui avoient idolâtré, 1 obtint plus qu'il ne demandoit. Lucien ré-
Migé à comble nitence roit été 1 subs- 1bsolutcene [ontan, ormes.
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DE L'ÉGLISF, (Ar a50.) 319 pondit en termes impératifs, qu'il vouloit qu'elles eussent la paix; et non-seulement ces deux personnes, ajoutoit-il , mais celles à qui vous savez que s'applique notre intention. Ce premier pas fait, Lucien n'écouta plus que son esprit ardent ct peu éclairé. Il donnoit indistinctement des lettres de paix à tous les apostats, et, devenant comrue chef de faction, il les écrivit, au nom des autres confesseurs , surtout aû noi d’un martyr nommé Paul, quoique mort depuis quelque temps; parce qu'ils avoient eu d'étroites liaisons ensemble, et que Paul lui avoit paru fort enclin à cette sorte d'indulgence.
Saint Cyprien, averti dans sa retraite de cette étrange conduitc, fut alarmé des désordres qu’elle ne pouvoit manquer d'occasioner. Aussitôt il s’efforça d'y remédier en écrivant aux confesseurs, à son clergé et à son peuple. Il les conjura tous de ne point accorder la paix ou la communion, sans considérer au moins la différence des chutes, et le temps de pénitence qu'on en auroit fait. Et jugeant cette affaire d’unc toute autre importance qu'elle ne paroît à ceux qui n’ont plus l'idée de l’ancienne discipline, il veut qu'on attende son retour, afin qu'il puisse examiner par lui-même tous les cas particuliers dans une assemblée d'évêques, et en la présence des confesseurs, Voyant ensuite qu'il ne lui étoit pas encore possible de paroître à Carthage, il usa de cerhinc condescendance, et statua que les prêtres pourroient réconcilier les malades qui se trouvoient en danger de mort,
On ne laissa pas de noircir le zèle du pasteur, et d'en faire un rapport infidèle au clergé de Rome, le saint Siége étant encore vacant depuis le martyre du saint pape Fabien. Le primat d'Afrique ne dédaigna point de se justifier ; ou plutôt il demanda uns règle sûre de conduite en ces conjonctures. N'ayant jamais rien entrepris sans le conseil de son propre clergé, il en coûloit peu à son humilité, de se concerter avec la première de toutes les églises. D'ailleurs l'obstination de Lucien se soutenoit contre les réglements du primat, qui, voyant son autorité insuffisante, crut mieux réussir à calmer les troubles de son église, en montrant la conformité de ses principes avec ceux du siége apostolique.
Rome bien informée ne trouva rien qui ne fût digne d'é-
314 (An 250.) HISTOIRR loges dans la conduite de Cyprien, et répondit, en applaudissant à sa sage sévérité : Qu’user de la douceur dont il se plaignoit, ce ne seroit pas guérir, mais tuer le malade, en lui retranchant, après la blessure du péché, le remède indispensable de la pénitence : Que personne n'étoit plus obligé de maintenir la sainte rigueur de l'Evangile, que des martyrs qui s’exposoient aux tourments pour sa défense; et que c'étoit une sorte d’apostasie de déshonorer la morale du Verbe fait homme, quoiqu'on en confessât la foi : Que les pénitents devoient supplier avec une ardeur modeste, avec un empressement soumis et respectueux, avec une humilité constante : Qu'ils pouvoient frapper aux portes de l'église, et non pas les rompre ; se présenter sur le seuil, sans tenter témérairement de passer outre ; veiller à l'entrée du camp, mais pleins du souvenir de leur désertion, et disposés à toutes les épreuves capables d'en réparer le scandale. La lettre concertée avec quelques évêques qui avoient été appelés du voisinage, et avec ceux des provinces éloignées qui s'étoient réfugiés à Rome à cause de la persécution, finissoit par régler provisionnellement, qu'on s'en tiendroit à l'ancienne discipline, dans les cas or dinaires , en attendant la paix de l'Eglise et l'élection d’un souverain pontife, pour examiner à fond cette affaire; mais qu'en péril de mort on n'oublieoit pas, comme l'Eglise ro- , maine s’en étoit déjà expliquée, que c'’étoit un devoir d'accorder la réconciliation aux pénitents, et le baptême aux catéchumènes , aussi-bien que d'assister ceux qui étoient persécutés pour la religion. Cette lettre fut un décret de réglement, non-seulement pour Carthage, mais pour toutes les églises, où on l'envoya aussitôt. Elle étoit de la composition du prêtre Novatien, et elle donne à connoître les talents dont on le verra bientôt abuser pour former un schisme. Les autres prêtres de l'Eglise romaine avoient tous souscrit.
Après ce décret, les chrétiens tombés ne se rendirent pas encore. Ils prétendirent au contraire que la paix leur étoit strictement due par la concession des martyrs, et qu'on ne pouvoit sans injustice la leur contester. ils écrivirent dans ces sentiments à Cyprien, et ils empruntèrent le nom de l'Eglise, qu'ils osoient mettre tout entière de leur côté. Le saint leur