‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 118 sur 159 · SE · texte numérisé non relu

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DE L'ÉGLISE. (AN 250.) 315 répondit, que le Seigneur avoit édifié son Eglise sur le fondement de l’épiscopat en disant à son chef : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise; et, quoique ces paroles établissent principalement la primauté de Pierre et de son siége, qu'elles concernent aussi les autres évêques, à cause de l'unité de l’épiscopat : Que l'Eglise catholique est une, et que les évêques joints ensemble font solidairement le lien de son union : Qu'à Dieu ne plaise qu'on appelle église une troupe de réfractaires : Que si une multitude indocile font bande à part, Le corps de l'Eglise ne se sépare pas pour cela de son chef adorable Jésus-Christ; et que ceux-là sont le troupeau fidèle, le légitime et véritable bercail, qui demeurent unis à l'évêque. Ainsi s'exprimoit cet illustre docteur, dans un temps où il paroissoit si expédient de ménager les esprits. Mais il ne concevoit rien de pire, que de donner atteinte, soit à la purelé de la foi, soit à la vigueur de la discipline. ‘T'el étoit l'esprit de l'Eglise, durant l’une des plus rudes persécutions. Quand elle fut passée, Cyprien régla dans un concile, comme ilse l'étoit proposé, les cas particuliers qui souffroient quelque difficulté : et ä prit des mesures efficaces pour l’exécution de tous les réglements.

Antonien , évêque de Numidie, étoit embarrassé sur la manière de se conduire avec ceux qui, réconciliés en péril de mort, viendroient à guérir. Aussi judicieux que zélé, le prélat répondit qu'il n’en falloit pas moins les secourir dans le danger, ainsi qu'il avoit été résolu. Mais après que nous leur avons ainsi donné la paix, ajoutoit-il, nous ne pouvons pas les obliger à mourir en effet, parce qu'ils ne sont reçus que comme mourants. Puis inspirant cet esprit de douceur et de charité dont il étoit pénétré; il faut bien, poursuit-il, recevoir les pécheurs à pénitence, de peur qu'ils ne tombent dans le désespoir. Et qu'on ne craigre point que cette condescendance diminuele nombre des martyrs. N'est-il pas des vierges, quoiqu'on accorde la pénitence aux adultères ?

Cyprien n'éloit pas sorti de cet embarras, qu'on lui en suscita un nouveau. Depuis long-temps, Félicissime ne laissoit échipper aucune occasion de faire peine à son évêque. Il avoit mis en œuvre tout ce que son esprit artificieux lui sug-

316 (AN 250.) HISTOIRE géroit, pour brouiller de plus en plus l'affaire des libellatiques. Lui voyant prendre un tour tout contraire à son attente il forma un schisme déclaré, éleva autel contre autel, se fit à part une église et un troupeau, qu'il assembla sur une montagne hors de la ville. De R il lança des excommunications sur tous ceux qui ne s'attachérent point à lui. Le saint évêque fut contraint de se servir des mêmes armes, afin d'empêcher une plus grande défection. Mais autant les anathèmes lancés de Ja montagne étoient vains et impuissants , autant ceux de la chaire Jégitime étoient efficaces. Félicissime n'avoit pas même le trompeur avantage, assez ordinaire aux chefs de parti, d’être ou de paroître irréprochable dans ses mœurs. Il étoit convaincu de fraudes criantes, comme de s'être approprié un argent qu'il avoit en dépôt, et d'avoir corrompu des vierges. Des chrétiens dignes de toute croyance l’accusoient même d’adultère, et offroient la preuve de cette accusation.

Le prêtre Novat, qui avoit été le premier auteur du mal, en détachant hautement Félicissime de son prélat, et en le faisant clandestinement ordonner diacre, étoit encore pire que ce malheureux Félicissime. Aux vices de l'esprit, il joignoit l’avarice et les violences les plus criantes. On lui reprochoit d'avoir dépouillé les orphelins, les veuves, et jusqu'aux églises ; d'avoir laissé mourir de faim son propre père, sans daigner même le faire inhumer. Personne n'ignoroit, tant ce premier scandale avoit causé de troubles dans son voisinage, qu'étant marié, il avoit si brutalement maltraité sa femme dans une grossesse, que l'enfant avoit péri dans le sein de sa mère. Le cri public s'élevoit de toute part contre lui. Les fidèles sollicitoient unanimement une punition éclatante, pour des fautes inouïes dans un prêtre ; et il alloit être déposé, peut-être même excommunié, quand les troubles de la persécution lui donnerent du répit. Il prévint sa condamnation, qui n'étoit que différée, en se séparant et en poussant les autres à se séparer du pasteur légitime. Peu satisfait d’avoir troublé l'église d'Afrique, ce suborneur intrigant se rendit à Rome. Il ÿ eut bientôt formé des liaisons. N'ayant pour objet que de se faire valoir, tous les moyens lui devinrent égaux. À Carthage il avoit appuyé la faction de Félicissime, qui accordoit la communion

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DE L'ÉGLISE. (AN 251.) 317 aux apostats, sans les obliger à aucune pénitence : à Rome, il appuie Novatien, qui les rejetoit Lous avec une dureté désespérante. Telle fut l'origine du premier schisme qui ait osé attenter sur l'unité de l'Eglise romaine.

318 (au 251.) HISTOIRE

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