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DE L'ÉGLISE. (AN 251.) 319 qu'elles surprirent un grand nombre de confesseurs, dont l’autorité étoit comme sacrée parmi les chrétiens. À la première nouvelle de ces dissensions, saint Gyprien et les évêques d'Afrique envoyèrent à Rome deux de leurs collègues, nommés Caldone et Fortunat, avec commissior, s'ilsne pouvoient mettre fin à ce triste démélé, d'en prendre une exacte connoissance, d'approfondir le droit respectif des parties, afin que sur le rapport on püût prendre la résolution la plus convenable. L'ambition et les artifices de Novatien firent échouer toutes les tentatives. Il avoit toujours protesté, même avec serment, qu'il fuyoit l'épiscopat; mais on eut tout lieu de se convaincre que ces déclarations affectées cachoient, comme il est ordinaire, d'autant plus d'envie d'y parvenir. Toutes sortes de raison l’en excluoient néanmoins; et, si on l’avoit ordonné prêtre, il ne devoit cette distinction qu'aux instances redoublées d’un évéque qui l'aimoit aveuglément : car il étoit néophyte quand on l'ordonna; il avoit été possédé du démon, étoit resté fort long-temps catéchumène, et n’avoit jamais témoigné que de la froideur pour la grâce du baptême. Avant sa conversion, c'étoit un philosophe entêté des erreurs stoïciennes , auxquelles il ne renonça jamais parfaitement. La persécution étant survenue, il n'osoit paroître pour aucune bonne œuvre; et, comme on le pressoit un jour d'aller secourir les confesseurs, il répondit d’une manière insensée et scandaleuse, qu'il ne vouloit plus être prêtre, et qu'il aimoit beaucoup mieux l'état de philosophe. T'el fut le rival de saint Corneille, et le premier des antipapes : voici la marche qu'il suivit.
Il fit venir à Rome trois évêques italiens, gens simples et sans usage, en les faisant assurer qu'eux seuls pourroient y faire cesser les divisions de l'Eglise. Ces homues, moins que médiocres, se crurent importants, et prouvèrent, après tar: d'autres, que personne n'est plus facilement la dupe des éloges faiteurs, que ceux qui les méritent le moins. Dès qu'ils furent arrivés, Movatien, sous prétexte de les bien recevoir, les logea dons une maison, c\ on les tint comme prisonniers. Mais on les pressa aussitôt de se mettre à table; on leur fit bonne chère, et les surveillants qu'on leur avoit donnés, étoient chargés sur toute chose de les faire bien boire. L'expédient
320 (AN 251.) HISTOIRE réussit sans trop de difficultés ; et quand Novatienlessutivres, il survint sur les quatre heures après midi, leur persuada que le siége pontifical étoit vacant, nonobstant l'élection de Corneille, qu'il disoit défectueuse, et il se fit ordonner à sa place. Un de ces évêques se repentit aussitôt de sa faute, la vint confesser avec larmes, et le pontife légitime lui accorda la communion, à la prière du peuple, mois la communion laïque seulement, et l'on mit un nouvel évêque dans son siége. Les deux autres furent déposés d’une manière plus honteuse.
L’antipape usa de sa dignité comme il l'avoit acquise. Ce ne fut qu'impiétés et que violences, soit pour se faire des partisans, soit pour conserver ceux qu il s’étoit faits. Il les obligeoit de lui jurer fidélité sur la sainte eucharistie, en la leur distribuant, et prenant à chacun les deux mains, il leur disoit, au lieu des prières accoutumées : Promettez-moi, par le corps et le sang de Jésus-Christ, de ne me jamais quitter pour retourner à Corneille. Il ne lächoit les mains, et ne donnoit le pain sacré, qu'après qu'on avoit répondu, au lieu d'amen : Je ne retournerai point à Corneille. Telle étoit la forme sacrilége du schismatique enrôlement. Il écrivit cependant aux évêques des grands siégcs, pour annoncer son exaltation, ne manqua pas de publier qu’on lui avoit fait violence en l’élevant sur le saint Siége, et il chargea le pontife légitime des plus noires calomnies.
On imagine à peine qu'une trame aussi grossière ait pu faire la moindre illusion. Mais ce qui surprenoit la religion des fidèles, v’étoit le témoignage des confesseurs de la foi, qne l'habile usurpateur faisoit écrire avec lui. On croyoit ne pouvoir errer, sur la parole des martyrs. Le mal gagnoit dans toutes les églises, et il fallut que les docteurs du premier ordre découvrissent le piége par la supériorité de leurs lumières,
Saint Denys d'Alexandrie répondit à l'intrus , qu'il ne pouvoit mieux faire connoître qu'on l’avoit élu malgré lui, qu’en abdiquant pour le bien de la paix : que pour un aussi beau motif que l'unité de l'Eglise, il auroit dû résiser à Ja violence de ses partisans, en s'exposant à tout souffrir, plutôt que de multiplier la chaire apostolique; et que Le martyre enduré pour cette cause eût été aussi méritoire en soi, et plu: important dur, ses
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DE L'EGTISE. (An 251.) 321 suites, que pour ne pas sacrifier aux idoles 1, I] l’exhortoit en fin à faire cesser le scandale, ou du moins à sauver son âme, s’il ne pouvoit plus ramener les autres.
Saint Cyprien avoit quité sa retraite, quand il recut les lettres de Novatien. Gomme il avoit pris la précaution d’envoyer lui-même à Rome pour être mieux instruit, il refusa la communion, de concert avec les évêques de sa province, aux envoyés de l’antipape. On tenoit actuellement un concile à Carthage, afin de rétablir la vigueur de la discipline qui n'avoit pu manquer de languir durant les dernières persécutions. Les envoyés schismatiques vouloient à toute force étre entendus, et ils faisoient grand bruit sur les chefs d’zceusation qu'ils s'offroient à prouver contre le pape Corneille. Mais les prélats jugèrent tous qu'il étoit injuste et contraire à l'honneur de l'épiscopat, après une élection si bien confirmée, d’entendre ce qui ne pouvoit plus passer que pour un libelle scandaleux. Dans ce même concile, on examina ce qui regardoit le schisme de Félicissime et de ses adhérents, qui furent excommuniés. La réconciliation des apostats fut traitée de notiveau. Il y avoit diversité d'opinions entre les pères : les uns inclinoient fort à l'indulgence, les autres à une exacte rigueur ; ei “.: sun alléguoit en sa faveur les saintes Ecritures. On conclut enfin à na pas s’en tenir aux termes généraux de la question , mais à descendre dans le détail et l'examen des causes et de toutes les circonstances des chutes diverses, des degrés de volonté et de scandale qui s’y rencontroient, des dispositions et des besoins de chacun des coupables. On dressa plusiéurs articles ou canons qu'on envoya à Rome; et ce sont ces canons, confirmés par le saint Siége, qu'on nomma depuis pi !:"1iaux, et qui servirent long-temps de règle dans l'Église pour la réconciliation des pécheurs. Saint Cyprien écrivit enfin, en son privé nom, au pape saint Corneille, et aux confesseurs qui s’étoient laissé séduire par Novatien ; mais avec ordre au porteur de ces dernières lettres, de ne les remettre à leur adresse qu'après
qu’elles auroient été lues au souverain pontife, et qu'il auroit trouvé bon qu'on les remit.
\ Hier de Scrip. in Dyonis.
322 (An 251.) HISTOIRE
Corneille rassembla sans délai soixante évêques, avec un plus grand nombre de prêtres et de diacres. Les réglements de Carthage, par rapport à la pénitence des apostats, furent confirmés :, v ! «is de cette assemblée, spécialement le canon qui urdorno de recevoir les évêques aussitôt après leur pénitence, mais au rang des laïques seulement. On condamna Novatien, son schisme et ses prétentions hérétiques. Car il soutenoit généralement que l'Eghise n'avoit pas le pouvoir d'accorder la paix à *:.: qui étoient torabés dans les persécutions, et qu’on ne pouvoit pas permettre les secondes noces. Le pape écrivit aux diverses églises, pour les instruire de ce qui avoit été réglé dans son concile. Dans salettre à Fabien, évéque d’Antioche, qui montroit quelque penchant pour le parti schismatique, il s’attacha particulièrement à faire voir que toutes les églises d'Italie et d'Afrique étoient unies de sentiment ; et cette vigilance pontificale préserva le patriarche ct toute T'église d'Orient de la séduction. Il y eut même à Antioche, sous le successeur de Fabien, un concile composé de plusieurs évêques de Cappadoce et d'Asie. outre ceux de Svrie, où l’on prononça contre les novatiens.
Le papeayant demême fait passer à l’évêque d'Alexandrie :s décisions du concile romain, Denys publia une excellent:
instruction sur la pénitence, où saisissant tout l'esprit du
concile, sans se contenter de confirmer son peuple dans les principes catholiques, il en tira des règles de perfection pour la conduite des âmes les plus ferventes. Son zèle contre le schisime servit infiniment à plusieurs autres églises, nommément à celle d'Antioche.
Nova'en se voyant ainsi hrmilié du côté de Rome, fit une nouvelle tentative en Afrique. Il y envoya le fameux Novat, avec quelques autres schismatiques ; mais Corneille en avertit aussitôt Gyprier Ces troubles paroissoient attachés aux pas du perturbateur, i: ortirent de Rome avec lui ; au moins le plus grand scandale y cessa-t-il bientôt. Les confesseurs rentrèrent avec empressement dans le sein de l'unité. On observa qu'ils avoient été frauduleusement compromis par le calomniateur , et qu'ils ignoroient tout le contenu des lettres calomnieuses répandues sous leur nom contre le saint pape Corneille. On les
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DE L'ÉGLISE. (AS 252.) 323 reçut avec une joie sensible , et les prêtres furent rétablis dans leurs places. Le souverain pontife en fit sur-le-champ porter la nouvelle à l’évêque de Carthage.
Mais tandis qu'on se réjouissoit de voir assurer à l'Eglise une portion aussi distinguée du bercail de Jésus-Christ , le zèle du saint primat fut alarmé par la foible crédulité d'Antonien, cet évêque de Numidie dont nous avons déjà parlé, et qu’une lettre artificieuse de Novatien entraîna presque dans leschisme. On faisoit entendre à ce prélat, que le souverain pontife communiquoit avec les apostats; parce qu'il avoit accordé la paix à l’évêque Trophime, convaincu, disoit-on avec vérité, d’avoir offert de l’encens aux idoles. Mais on n’ajoutoit pas que Trophime demeuroit privé de la dignité épiscopale, quoiqu'il eût réuni à l'Eglise, par une pénitence des plus exemplaires, le troupeau qu'il avoit d'abord égaré par son scandale. Le saint docteur, pour raffermir Antonien, lui fit voir spécialement que ce n'étoit point par un esprit de relâchement qu'on accordoit la paix à ceux qu' avoient donné des marques certaines de repentir avant la maladie; puisqu'on tenoit une conduite toute différente par rapport aux pécheurs quine commencçoient à demander la paix que dans la maladie même, et qu’on présumoit le faire, moins par regret de leurs fautes, que par crainte de la mort. T'elle est la réserve dont on croyoit devoir user dans ces conjonctures délicates.
Le danger du scandale étant diminué par la suite, et la rigueur à le réprimer ne devant plus être la même , la discipline, avec les circonstances, changea sur ce point. C'est pourquoi le quatrième concile de Carthage fit des règles encore plus douces, et prescrivit formellement d'admettre à la pénitence le pécheur bien disposé qui la demande en cas de maladie; et, si l'on craint qu'il ne meure aussitôt, de Le réconcilier par l’imposition des mains , et de lui administrer l'eucharistie : ce qui aura lieu , ordonne toujours le concile, en posant une règle à laquelle la pratique commune est conforme, ce qui aura lieu pour la réconciliation, quand même celui qui a demandé la pénitence perdroit la parole par la violence de la maladie, on tomberoit en démence avant l'arrivée du prêtre, pourvu qu'il
ait des témoignages de la bonne disposition du malade.
Pour l'évêque Antonien , son illustre primat le convainquit enfin que Novatien portoit jusqu'à l'hérésie et à l'impiété, la dureté envers les pécheurs qu'il privoit de toute espérance ; et que c’étoit dans ce sophiste mal converti, un reste de la philosophie païenne, ou de cette pernicieuse maxime des stoïciens , suivant laquelle tous les péchés sont égaux, et le sage incapabie de repentir.
À cette occasion, saint Cyprien composa son traité de l'Unité de l'Eglise, et celui des Tombés, c’est-à-dire des fidèles que la persécution avoit engagés dans l’apostasie. Sur quoi il nous apprend que la confession des péchés internes et occultes étoit en usage de son temps , et même avant l'exemple de ceux qui se confessoient de la seule pensée qu'ils avoient eue de sacrifieraux idoles, ou de prendre des billets desûreté. I! envoya l’un et l’autre de ces traités aux confesseurs de Rome qui venoient de quitter le parti de Novatien, comme un moyen des plus propres à dissiper le reste de leurs préjugés. Tel étoit surtout le traité de l'Unité de l'Eglise, où les priviléges et les preuves de la primauté du siége apostolique se trouvent rassemblés et fort relevés par l'évêque de l’un des plus grands siéges. En montrant dans le traité des T'ombés beaucoup de douceur et d’indulgence envers les pécheurs, le saint évêque ne marque pas moins d'horreur de leur apostasie , et de l'injure faite parlà au mystère de la rédemption. A ce sujet, il rapporte un grand nombre de punitions miraculeuses, dont il avoit une connoissance particulière.
Cependant il inclinoit de plus en plus à la condescendance. On appréhendoit une nouvelle persécution. Les évêques qui se rendoient à Carthage pour un second concile, parloient beaucoup de révélations et de visions relatives au nouvel assaut qui menaçoit l'Eglise, et avec ce caractère d'autorité que donnoit à la prédiction une sainteté éminente. On jugea donc à propos de munir de toutes les armesspirituelles, et de soutenir au plus tôt par l’eucharistie les fidèles vraiment pénitents qui jusquelà n'étoient pas réconciliés. Dans le premier concile on avoit fait un réglement provisionnel de ne leur donner la paix qu'en péril de la mort : celui-ci, qu’on nomma péremptoire , régla qu'on la leur donneroit, ou sans retardement , ou après un
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DE L EGLISE. (AN 293) 320 terme fixé avec une sagesse indulgente. On en écrivit au souverain pontife une lettre synodale, qui fut signée de quarante Jeux évêques.
Privat , ancien evêquedéposé, vint se présenter à ce concile, afin de se justifier, avec quelques prélats condamnés pour cause d’apostasie ou pour d’autres crimes. On ne voulut point les admettre. De dépit, ils ordonnèrent un faux évêque de Carthage, savoir Fortunat , l'un des fauteurs de Félicissime, et déjà condamné avec lui et avec Novat. Aussitôt après l’ordination,
élicissime partit pour Rome, dans le dessein d'obtenir par surprise la communion du pape, et la condamnation de Cyprien. L'Eglise romaine le rejeta avec indignation , et refusa de l'entendre. On y comptoit recevoir sans “délai des nouvelles de l’évêque de Carthage; mais comme Cyprien n’avoit que du mépris pour une trame si mal concertée, il ne croyoit pas devoir en écrire au saint Siége. Cependant les schismatiques revenoient sans cesse à la charge ; ils éclatoient en menaces furieuses, et se vantoient , avec une audace effrontée, que vingtcinq évêques avoient assisté à l’ordination de Fortunat. Fatigué de ces clameurs , le pape se plaignit assez vivement à saint Cyprien, de ce qu’il ne lui mandoit rien de cette ordination.
L'’évêque répondit avec autant de fermeté que de respect, c'e si l’on commencçoit à craindre les méchants, et que s a avo espérance de se garantir par les menaces de :. digne ‘am à
à leurs attentats, c’en étoit fait du bon ordre et du sais :: 77 de la maison de Dieu ; qu'il n'avoit nul besoin de jt ou de défense pour sa propre ordination, après le & La
nime du peuple et du clergé , et quatre ans d’épiscopat passés sans reproche; que quand un évêque, cher à son troupeau, et en butte aux ennemis de la foi, au point d'être menacé des bêtes féroces en plein cirque, se trouvoit attaqué par des hommes chassés de l” Eglise, la persécution venoit clairement de l’agresseur infernal , qui, en perdant le pilote, avoit dessein de perdre aussi le vaisseau. Il se plaint ensuite de l'appel de ces schismatiques , qui ne formoient qu'une poignée de mauvais sujets déjà connus par leurs déportements en Italie aussibien qu’en Afrique, et qui procédoient visiblement de mauvaise foi; d'autant plus que rien n'ayant manqué à leur con-
| on ne
326 (AN 253.) HISTOIRE damnation , soit pour la régularité, soit pour la célébrité, leur réclamation éloit plutôt une révolte qu'un appel. Puis, partant d’un canon dont on a beaucoup abusé et sur lequel s'est appuyée dans la suiteune partie du clergé de France, «comme » il a été statué pour nous tous, dit-il, de ne point admettre les appels en fait de conduite et de malversation ; « et comme » il a élé statué que chacun plaïderoit sa cause là où le crime » auroit été commis ; il ne faut pas souffrir que ceux qui nous » sont soumis, courent çà et là pour y porter le trouble et le » scandale ; mais on doit les réduire à se défendre dans les » lieux où sont les accusateurs et les témoins. » De savants théologiens prétendent que le statut cité par le saint docteur est conforme au 31° canon apostolique , accepté par le Pape, et qu’alors la plainte de saint Cyprien étuit fondée, et que saint Corneille auroit dù renvoyer la cause aux juges du lieu. Mais on doit remarquer que le saint évêque ne nie pas le droit d'appel au souverain pontife, mais réclame contre l'abus, comrae le fera un jour saint Bernard qui étoit également bien éloigné de contester les droits qui appartiennent au saint Siége en vertu de sa primauté. Aussi voit-on que c'étoit alors la croyance générale, que de toutes les parties de l'Eglise on pouvoit en appeler à son chef suprême : le fait même des novateurs Primat, Fortunait, Félicissime prouveroit seul que tel étoit le droit reconnu du saint Siége ; qu'il pouvoit revoir les sentences des évêques et rétablir ceux qui auroient été in justement condamnés, ou faire reprendre leur procès, s'ils avoient été illégalement jugés. Mais, outre ces hérétiques africains, on voit, long-temps avant eux, Marcion, Montan, Florien, Blascus et autres cataphryges en appeler à Rome : ce qui suppose évidemment la croyance à la primauté du successer de Pierre sur tous les évêques et par conséquent à son autorité sur leurs décisions ; car sans cette autorité à quoi eûtil été bon d’en appeler à lui? Le statut cité par saint Cyprien n'étoit donc pas regardé comme liant le Pontife suprême qui jui-même donne aux canons généraux leur force obligatoire, sans toutefois déroger jamais aux droits qui découlent de sa rimauté , droit qui se trouve reconnu dans cette lettre même du saint évêque à saint Corneille, Il y dit que le statut afri-
leur
pars'est mme ettre mme rime nous et le is les vants cteur >ape, saint Mais droit abus, bien saint alors se on e des 1 que evoir té in- | s'ils iques ntan, e:ce ccesà son eûtrien e qui oire, de sa ême
DE L'ÉGLISE. (AN 253.) 327 cain rejette les appels, seulement, en matière de conduite et de malversation, etse plaint de ce que des hommes cond amnés, qui se sont créés eux-mêmes un faux évêque par le moyen des schismatiques', osent passer la mer et porter des lettres favo-
rables des hérétiques et des schismatiques à la chaire de saint Picrre , à l'Eglise principale d'où l'unité sacerdotale (ou épis- Gopale) tre son origine. C'est pourquoi le saint évéque, en montrant la convenance de ce statut pour prévenir les abus, se garde bien de taxer d'empiétement ou d’ usurpation l'acceptation que le pape a fait de cet appel : ce qui est une nouvelle preuve que les évêques d'Afrique, en établissant une règle qu’ils jugeoient utile et juste,ne prétendoient point déroger pour cela à la suprême autorité de celui qui n’est pas obligé de dépendre des conciles provinciaux et particuliers. Aussi verrons-nous cette autorité suprême se développer et s'exercer plus fréquemment à mesure que l'Eglise jouira d’une plus grande liberté et que les communications avec Rome deviendront plus faciles.
La persécution qui se ralluma, ralentit ces divisions intestines. L'empereur Dèce étoit mort de la manière la plus funeste, après un règne de 24 à 25 mois seulement, sur la fin duquel il réduisit aux dernières extrémités les Barbares qui infestoient le pays du Danube. Pour les avoir à discrétion, il envoya le général Gallus avec une partie de l'armée , leur couper le passage du fleuve, et avec l’autre il s’avança pour les attaquer lui-
même, et les foires à tout ce qu ‘il voudroit. Ils éteint « :mpés au-delà d'un marais, où ce prince babile et prévoyant. d'ail. leurs, s’engagea inconsidérément, et périt au m: lieu ue ses
succès avec son fils. (\'-accusa Gallus des être entendu avec les ennemis : ce soupçon parut se changer en cer titude, quand on vit le général proclamé empereur, et son fils Volusien, déclaré césar. Gailus fit néanmoins tous ses efforts pour se disculper. La fille de Dèce épousa Volusien : et Hostilien , fils de ce malheureux prince, eut le titre d'auguste. Mais celui-ci périt peu après, soit &e la peste, comme le bruit en courut, soit par les artifices de son apparent bienfaiteur.
Lesnourreaux maîtres de Rome ne furent pas plus favorables au christianisme que n'avoit été leur prédécesseur; et ils sui-
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virent s1 bien ses traces en ce point, que l'on confond assez souvent la persécution de Gallus et de Volusien avec celle du Dèce, sous le nom commun de la septième persécution. On entra, ou l’on fit semblant d'entrer dans les préjugés populaires, à l’occasion de la peste qui ravagea une grande partie de l'empire. On imputa ce fléau aux chrétiens, et l'on voulut les obliger à sacrifier pour apaiser les dieux. Le pape saint Corneille, en sa qualité de chef de tous les fidèles, fut le premier qu'on entreprit à Rome. En voyant attaquer leur pasteur, les brebis accoururent en foule, loin de se disperser. Plusieurs même de ceux qui étoient tombés sous le règne précédent, vinrent réparer ce scandale, et confessèrent la foi avec intrépidité. Le saint pape fut envoyé en exil, après une éclatante confession , avec plusieurs personnes de son clergé ; mais les persécuteurs, qui n'en vouloient jamais aux ennemis de la catholicité , laissèrent Novatien en repos. Saint Corneille mourut dans son exil , l'an 252, au mois de Septembre, après avoir occupé le saint Siége quinze à seize mois. Le prêtre Lucius, l'un des confesseurs exilés avec lui, fut mis à sa place, et endura le martyre quelques mois après.
L'une des plus illustres victimes de cette persécution fut le prêtre Hippolyte, attaché au parti de Novat et de Novatien, et en si grande réputation de vertu, qu'il passoit pour incapable d'erreur, dans l'esprit de ceux qui n'approfondissoient pas les choses. Il n’étoit pas moins vénérahle par son âge que par ses lumières. Le peuple, qu'il instruisoit depuis long-temps, le suivit en troupe quand on le mena au supplice, On lui demanda quel étoit le chemin du salut et de la vérité. Fuyez, s’écria-t-il, d’un ton de prophète et en homme véritablement inspiré, fuyez le malheureux Novat , et retournez à l'Eglise catholique : au moment de répondre à la vérité incréée, le voile tombe enfin de mes yeux, et je sens un repenüir amer de ce que je vous ai autrefois enseigné. On le conduisit à Ostie, où le préfet de Rome se trouvoit occupé de la recherche des fidèles. Aussitôt que le confesseur arriva, le préfet parut sur son tribunal, euvironné ds bourreaux et d'instruments de tortures de toute espèce. Tout autour de lui, les troupes de chrétiens, avec un visage défait et tout l'extérieur sale et
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DE L'EGLISE. (AN 253.) 329 négligé, annonçoient les incommodités affreuses oùils avoient long-temps langui ‘dans les prisons. L’horrible appareil des supplices n'en ébranla pas un seul; et le juge impitoyable les fttous mourir en diverses manières. Les uns eurent la tête tranchée, plusieurs furent crucifiés, un plus grand nombre encore fut entassé dans in navire tout pourri que l’on coula aussitôt à fond.
Hippolyte voyoit tout cela sans le moindre effroi ; et la multitude infidèle, irritée de son glorieux courage , demanda qu'on lui fit subir quelque supplice extraordinaire, comme au coryphée des chrétiens. Le préfet l'ayant ouï nommer Hippolyte ; qu'il soittraité, dit-il, comme celui dont il porte le nom, voulant parler d'Hippolyte fils de Thésée, si célèbre par les poëtes. On amena sur-le-champ deux chevaux indomptés , on les accoupla de force par un trait dont on laissa pendre une longue corde , à laquelle on attacha le saint vieillard par les pieds. On lâcha ces animaux fougueux , après les avoir frappés à grands coups de fouet ; et on les épouvanta par des cris redoublés, pour entretenir et animer leur impétuosité naturelle. Le corps du martyr fut bientôt en pièces, et ses membres demeurèrent épars çà et là. Les fidèles recueillirent néanmoins, du mieux qu'ils purent , tous ces restes précieux. Ils ramassérent jusqu'aux lambeaux des vêtements et des chairs, qui s'étoient accrochés aux buissons , ot its imbibèrent des {nonges de son sang. Ge saint est différent d'un saint Hippolyte, aussi martyr, mais évêque en Ori®nt, on ne sait de quel siége.
Cependant la peste, que les idolâtres prétenduient arrêter en immolant ainsi les chrétiens, s’étendoit dans toutes les provinces, et redoubluit ses ravages ave= une violence et une opiniâtreté inouie. Ce fléau dura dix ans, et il enleva infiniment plus d'infidèles, que leur aveugle vengeance ne put faire périr de chrétiens. Ceux-ci, loin de craindre la contagion, soulageoient avec une héroïque charité, non-seulement leurs frères, mais les idolâtres qui les poursuivoient avec tant d'acharnement.
À Carthage, les ministres de l'Eglise assignèrent à chacun des fidèles ses fonctions particulières, afin que les secours
donnés avec ordre en devinssent plus efficaces. À Néocésarée, 14:
330 (AN 253.) HISTOIRE dans le Pont, l'illustre Grégoire fit servir le fléau à la conversion du reste des païens. La maladie avoit commencé parmi eux dans une fête qu'ils célébroient à l'honneur de leurs fausses divinités, avec une pompe et une solennité extraordinaires. L'affluence des citoyens et des gens du voisinage étoit prodigieuse ; et comme on ne pouvoit trouver place dans le lieu des spectacles , ils élevèrent la voix tous ensemble, dans leur fol enthousiasme, pour prier les dieux d'élargir l'espacer. Grégoire le sut, et dit dans sa douleur, que bientôt ils seroient plus au large qu'ils ne voudroient. Au même instant la peste se déclara avec tant de malignité, que cette multitude innombrable en fut atteinte presque toute à la fois. Nul remède humain n'en pouvoit ralentir le cours; et ce fut en tous les quartiers la désolation la plus consternante. Non-seulement les maisons particulières, mais les édifices publics et les temples regorgeoient de morts et de mourants, et les rues en étoient jonchées. Laissés seuls et sans secours , les malades sortoient chancelants pour aller aux fontaines tempérer les ardeurs internes qui les consumoient. D'autres ayant perdu toute espérance de guérir, et craignant moins la perte d'un reste malheureux de vie que la privation de la sépulture , se traînoient encore vivants dans les sépulcres pour y expirer. Dans ce deui) universel, on voyoit ou l'on croyoit voir des spectres entrer dans les maisons, et toujours la mort les y accompagner. Tant de fatales circonstances firent enfin penser que ce pouvoit être une punition de la part du Dieu des chrétiens, plutôt que des divinités du paganisme, qui se montroient si impuissantes. Aussitôt le peuple idolâtre courut à l'évêque, dont la seule présence avoit chassé la maladie de quelques maisons où il étoit entré. Ils lui promirent d'embrasser l'Evangile, si, par ses prières, il les délivroit de cette affreuse calamité. Le saint pria , les délivra ; et ils tinrent si généralement parole, que Grégoire n'ayant trouvé que dix-sept chrétiens dans la ville quand on l'en fit évêque, il eut la consolation, lorsqu'il mourut, au commencement de l'empire d'Aurélien, de n'y laisser qu'un pareil nombre d'idolâtres.
1 Greg, Nyss. Vit.
converparmi fausses inaires.
prodiieu des eur fol
tôt ils instant Ititude emède ous les lement »s temles en essor.
rdeurs
Les saints Pères ne parlent de lui que comme d’un komme de prodiges , rare même entre les saints, et comparable aux plus illustres patriarches, aux apôtres, aux prophètes, autant par ses miracles que par ses vertus. Il n’étoit pas moins distingué par son érudition et la beauté de son génie. Son panégyrique d'Origène est un des plus beaux morceaux d’éloquence de l'antiquité ecclésiastique. Outre cette pièce et son symbole, nous avons son épître canonique , adressée à un évêque qui le consultoit sur les différents degrés de pénitence, que le saint distinguoit dès lors.
Avec la peste, des guerres fâcheuses et des irruptions de Barbares dévastoient l'empire dans toutes les parties du monde. Les Goths, les Bourguignons , les Carpes entrèrent en Europe; Jes Scythes et les Perses, en Asie. Ceux-ci pénétrèrent jusqu'à Antioche , la prirent etla pillèrent. En Afrique, plusieurs villes de Numidie furent ravagées par ces Numides vagabonds qui habitoient l'intérieur des terres, où le joug romain n'avoit jamais été por ‘é. Ils emmenèrent en captivité des troupes de chrétiens de l’un et de l’autre sexe; et saint Cyprien, qui ne put apprendre sans effroi le péril que couroient surtout les vierges chrétiennes , envoya, de concert avec son peuple, une somme d'environ sept mille cinq centslivres pour racheter ces captifs.
Durant ces malheurs, Gallus et son fils Volusien demeuroient Jâächement plongés dans la mollesse et les plaisirs, trouvant plus de goût et moins de danger à répandre le sang chrétien que celui des ennemis de l'empire. Sans avoir reçu aucun ordre, Emilien qui commandoit l’armée de Pannonie , marcha contre les Goths, et les mit en déroute. La victoire servit d'amorce à son ambition. Il se fit proclamer empereur, et revint droit en Italie. Gallus meprisé, fut assassiné aver son fils par ses propres troupes, qui reconnurent Emilien. Cependant Valérien, que Gallus avoit envoyé dans les Gaules pour en ramener les légions avec celles de Gerraanie, apprit l'attentat d'Emilien. Il avoit à ses ordres des forces redoutables : il se fit proclamer lui-même empereur, et rentra en Italie. Emilien, quoique beaucoup plus foible, n'en étoit pas moins disposé à défendre le grand intérét qui l'animoit ; mais ses soldats, qui n'avoient pas ce puissant motif, firent leur paix au
332 (ax 253.) HISTOIRE prix de sa tête, et le massacrèrent sur la fin du mois d'août, l'an 253.
Ainsi Valérien demeura seul maître de l'empire, et il s’associa Gallien, son fils. Valérien étoit estimé et chéri de tous les gens de bien. L'empereur Dèce ayant voulu rétablir la charge de censeur, et ayant commis au sénat le choix du sujet le plus propre à une dignité si critique, les sénateurs avoient choisi Valérien, comme de tous les citoyens le plus irréprochable. Mais on remarqua bientôt que les qualités les plus éminentes des postes subalternes ne sont pas toujours celles du trône. Le censeur Valérien, pour être empereur, n'avoit ni assez d’élévation dans l’âme, ni assez de vigueur dans le caractère. Naturellement droit et doux, il témoigna beaucoup de bonté aux chrétiens dans le commencement de son règne , plus même qu'aucun des empereurs précédents. Il leur donnoit presque toutes les places de confiance; et la plupart des gens de sa maison professoient la doctrine de l’Evangile. Les évêques profitèrent de cette faveur passagère, pour le solide avantage de l'Eglise.
Celui de Carthage n'avoit pas attendu ce moment pour condamner l'ignorance ou la crainte sacrilége des aquariens, qui le matin n’employoient que de l’eau pour le saint sacrifice, de peur que l'odeur du vin ne les fit reconnoître pour chrétiens. Ils re faisoient pas la même difficulté pour le sacrifice du soir ; car il étoit alors d'usage de célébrer deux fois le jour. Mais la multitude n’avoit pas contume d'assister à cette seconde célébration , qui étoit beaucoup moins soiennelle. Le saint docteur observa néanmoins qu'il ne falloit pas offrir le vin seul, mais qu’on devoit mêler un peu d'eau dans le calice, afin de marquer l'union du peuple fidèle avec Jésus-Christ, Et parlant comme nous le faisons depuis la condamnation des derniers sacramentaires, le prêtre, dit-il, offre dans l'Eglise un
véritable sacrifice, quand il imite Jésus-Christ qui a offert le sacrifice de son corps et de son sang à Dieu son Père. À mesure que l'Eglise devint plus tranquille, le prélat s’appliqua à la correction des autres abus.
Il tint à Carthage un troisième concile, où il se trouva soixante-six évêques. On y confirma |a défense déjà faite à tout
d'août,
>, et il héri de rétablir 1oix du nateurs le plus ités les ujours ereur, igueur noigna ent de nts. Il a plu-
Evan-
y pour
pour riens, ifice, tiens.
soir; ais la célédocseul, n de parder.
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uya out
DE L'EGLISE. (EN 254.) 333 fidèle, d’instituer par testament un clerc tuteur ou curateur, et l’on y ajouta celle de célébrer les saints mystères pour le décès de quiconque auroit contrevenu à cette sage disposition. Les prétres et les évêques tombés dans l’apostasie pendant le cours des persécutions, tentèrent de se faire réhabiliter. On s'opposa vigoureusement à leurs entreprises , spécialement pour Basilide et Martial, évêques de Léon et d’Asturie. Il fut aussi décidé qu'il falloit donner le baptême aux enfants. La raison qu'onallégua, et quiétablit manifestement la doctrine du péché originel, c’est que, si l’on accorde aux grands pécheurs la rémission de leurs fautes par le moyen du premier sacrement, on doit beaucoup moins priver de cette grâce un enfant qui n'a péché qu’en Adam selon la chair.
Cyprien ne mettoit point de bornes à son zèle. Il écrivit au pape Etienne, successeur de Lucius, que bien qu'il y eût différents pasteurs dans l'Eglise de Dieu , ils paissoient néanmoins un seul et même troupeau qui devoit leur être universellement cher , et qu'aucun d’entr'eux ne pouvoit se montrer indifférent à ce que les évêques de Gaule mandoïient de l’église d'Arles; qu’en conséquence, il le conjuroit, par le nom de Jésus-Christ dont il étoit le vicaire, de prendre les mesures les plus efficaces pour rassembler les ouailles dispersées par le schisme ; d'excommuuier Marcien leur évêque, et d’en instituer un autre en sa place. Ce Marcien, attaché à la secte de Novatien, avoit eu la dureté de laisser mourir , sans les réconcilier à l'Eglise, des renégats sincèrement convertis, et qui demandoient avec larmes à y rentrer. Il se glorifioit même de s'être séparé de la communion de ses confrères. Cette lettre d'un prélat étranger fit une vive impression ; et jointe aux instances des évêques de Gaule, y fit arrêter les progrès du novatinnisme. On nesait pas précisément ce qui fut ordonné contre Marcien , mais comme on ne trouve pas son nom dans Les dyptiques de l’église d'Arles, on juge qu'il en fut retranché à cause de son schisme.
Toutefois cette bonne intelligence du pape et du primat d'Afrique ne dura point. Il s’éleva bientôt entr'eux, sur le baptême conféré par les hérétiques , une vive et longue dispute qui émut toute l'Eglise : Cyprien prétendoit que le bap-
RS
534 (AN 255.) HISTOIRE il tême reçu de la main des sectaires étoit nul , et qu’il falloit se 1 faire rebaptiser quand on rentroit dans le giron de l'Eglise. Le 1 | germe du mal étoit ancien à Carthage. Déjà Tertullien avoit || rejeté cette sorte de baptême. Agrippin, l’un des évêques prélà: décesseurs de Cyprien, on ne sait pas au juste en quel temps, | | avoit dérogé à la coutume de s’en tenir au baptême des hérétiques qui n’altéroient pas la forme de ce sacrement, et lui avoit substitué celle de rebaptiser. Néanmoins cette méthode paroït n’avoir pas été constante et uniforme , depuis son pontificat jusqu’à celui de saint Cyprien. Mais le saint docteur trouvantdes raisonstrès-spécieuses contre la validité des sacrements administrés hors de l'Eglise, crut devoir, dans la pratique, suivre un parti plus sûr. Comme la matière étoit importante, et que Cyprien avoit contre lui l'usage le plus universellement reçu, il assembla les évêques de la province proconsulaire "h d'Afrique, au nombre de trente et un. Tous furent de l'avis f de leur chef, et l’on en informa le pape, ainsi que des raisons qui motivoient leur avis. Le souverain pontife en témoigna du E chagrin. C’est pourquoi l'évêque de Carthage tint un nouveau concile de soixante et onze évêques, entre lesquels setrouvoient Il ceux de Numidie. Depuis, il convoqua encore tous les prélats
des trois provinces d'Afrique, c’est-à-dire de l'Afrique pro- Ÿ
il prement dite , de la Numidie et de la Mauritanie. Ils se rassem- d
' blèrent au nombre de quatre-vingt-cinq, dont quinze avoient *
14 confessé la foi à différents tribunaux , et quelques-uns ensuite | É
LE devinrent martyrs. Les décisions précédentes furent unanime- l
ment confirmées.
Outre cela, l'évêque de Carthage voulut s’instruire exacte- j
Li ment de ce que pensoient à cet égard une quantité d’évêques I 4 de l'Orient , auxquels il savoit que le pape avoit pareillement
écrit. Il s’adressa à Firmilien de Césarée en Cappadoce; et ce I
prélat, l'un des plus illustres de son temps, fit éclater dans sa p
réponse , avec assez peu de ménagement, sa chaleur contre le t
vicaire de Jésus-Christ. Mais Firmilien, avec des vertus et une +
pi piété rare, avoit un de ces génies ardents qui se renferment |
L: difficilement dans les bornes, quand ils s’imaginent souffrir ]
persécution pour la vérité; et le pape menacçoii de l’exelure de x
4 sa Communion avec tous ses adhérents. Les évêques de Cilicie l
falloit se glise. Le en avoit ues prél'temps, >s hérét,et Jui néthode n pontiur trourements ratique , rtante, Îlement nsulaire le l'avis raisons igna du
ouveau
DE L'ÉGLISE. (AN 256.) 335 de Galatie et des pays voisins, tenoient le même sentiment que ceux de Cappadoce; et dans un concile qu'on venoit de célébr:r à Icône, on avoit bien résolu de ne rien relàcher. Saint Denys d'Alexandrie, sans adopter absolument cette opinion , et même saint Grégoire le Thaumaturge qui vivoit encore , furent très-éloignés de la condamner. L’Orient avoit pour soi des raisons plns fortes que l'Afrique, où la coutume de rebaptiser étoit peu ancienne ou du moins on ne l’avoit pas invariablement observée. Firmilien prétendoit au contraire, avec ses Orientaux, tenir cette doctrine de Jésus-Christ et des apôtres ; qu’au moins elle avoit en sa faveur la possession immémoriale. Mais il ne réfléchissoit pas que les hérétiques de ces contrées, ayant atiaqué dès le commencement le dogme de la Trinité, ils changeoïent, en conséquence, la forme du baptême instituée par le Sauveur et transmise par . es disciples, et qu'ils la rendoïent parlà de nulle valeur. La prétention de saint Etienne se trouvoit donc fondée sur la vraie tradition, et sur l’usage du très-grand nombre des églises, nonobstant une multitude de contradicteurs.
Il rendit un décret concu en ces termes : Qu'on ne renouvelle rien que ce que la tradition apprend qu'on doit renouveler, à savoir l'imposition des mains pour la pénitence. Il le soutint de toutes ses forces , ei laissa paroître du penchant pour les voies de rigueur. Sair . C‘prien marqua une extrême sensibilité; et Firmilien, r connu aussi pour saint, au moins par l'Eglise grecque, donna dans une vivacité peu digne de sa réputation de sagesse et de vertu. Tant il esi vrai que les sujets les plus pieux sont toujours des hommes, et que le zèle même peut devenir lé nrincipe de quelques égarements!
Ceux qui prétendent s’autoriser de l'exemple de saint Cyprien, pour résister aux décisions du saint Siége, disent que ce décret de Rome n’étoit pas une dérision dogmatique, mais un simple réglement sur ‘un point de discipline, qui n’étoit vas universellement reçu, et auquel d'illustres et de nom- Lreuses églises pouvoient ne pas sé croire obligées; ou que lors même que la décision eût été dogmatique, du vivani de ce saint martyr , le décret pontifical n'étoit pas encore accepté d'une manière ni. par la plus grande partie des évêques
336 (AN 256.) HISTOIRE du monde chrétien ; et qu'on ne pouvoit supposer une acceptation tacite , surtout dans les premiers troubles, et tandis qu'on entendoit réclamer des prélat: en si grand nombre. Mais ces raisons , qui favoriseroient l'opiniâtreté schismatique de ceux qui, après le saint évêque, ont imité sa résistance et non son repentir et son expiation , ne doivent pas faire grande impression sur des esprits religieux et vraiment éclairés. Si de son temps on a pu, sous quelque rapport, soutenir son opinion sans rompre le lien de l'unité et sans pécher contre la foi ; nous avons appris depuis que ceux qui résistent d’abord au saint Siége, sous mille prétextes qui ne leur manquent jamais, résistent également aux conciles et à l'Eglise entière. Saint Cyprien considéroit la question comme un point de discipline , tandis qu'elle touchoit à la foi. Il se fondoit sur l'usage de son église qui n'étoit pas même constant, mais auquel il croyoit devoir être attaché, parce qu'il le voyoit suivi par d’autres évêques ; surtout il croyoit montrer par là sa haine ou son aversion pour tout ce qui venoit des hérétiques. Sans doute il setrompoit, puisque, comme il l’a dit lui-même, une vieille coutume peut être une vieille erreur ; et que chez les hérétiques, tout n'est pas hérésie. Mais sa faute fut de contester avec trop de vivacité contre une autorité , qu'il ne mécounoissoit pas pour le dogme, mais que lui-même il croyoit dans une erreur de fait. Emporté par son zèle à défendre les usages et la discipline selon lui, de son église, il donna un triste exemple de courage et de foiblesse humaine. Rien de plus acile que de l'imiter en ce point; mais l’est-il également de limiter dans son repentir et dans son expiation ? Nous voyons, dans son livre du Bien de la patience, écrit peu après ces contestations, qu'il en eut du regret. Et saint Augustin nous apprend, en divers endroits de ses œuvres, que ce saint évêque s'est rétracté avant la mort, et qu'il a expié par son martyre cette espèce de faute, qui ne provenoit que de la foiblesse de l'esprit humain et ne laissoit pas de former une tache dans une si belle âme. Le souverain pontife ne poussa point les choses à l'extrémité , et il s'abstint de censures contre les rebaptisants. On ignore à quelle époque précise finirent ces disputes. Mais le sentiment de saint Etienne prévalut enfin, comme le plus
DE L'ÉGLISE. (An 257.) 337
ACCEp= | ancien et le plus général. Les Africains réformèrent leur cou- | tandis tume et leurs décrets. Les Orientaux se rétractèrent aussi; et e. Mais l'usage de rebaptiser fut généralement aboli dans l'Eglise caque de tholique, par le concile d'Arles, cinquante ans après saint et non | Cyprien , ou au plus tard, par le concile œcuménique de Niide im- | cée. Quoi qu'il en soit, le saint pape Etienne n’eut pas la con- L de son solation de voir la fin d: -es troubles. pPinjon La persécution qui ‘emporta auparavant, et il obla foi; tint la couronne du r :: 1 257 , après un pontificat de ord Lis plus de quatre ans. : vingt-deux jours, on élut emails, Sixte, second du nom, siégea pas une année entière. à Dans ce court espace, il ii un bien infini aux provinces des oint de Gaules, par le moyen d'une troupe nouvelle d'ouvriers évanot sur géliques qu'il y envoya. Saint Pérégrin, premier évêque varié d'Auxerre et martyr, saint Memmie de Chälons-sur-Marne, ù he vulgairement saint Menge, saint Sixte de Reims et son dis- ; RB sa ciple saint Sinice qui prêcha à Soissons, ne font qu’une por- Hques. tion de cette apostolique et fervente colonie, dont chaque PER» membre se rendit à jamais recommandable par les plus heue chez reux travaux. Le corps de saint Memmie ayant été trouvé tout ” SQR entier et sans corruption , dans le septième siècle, son culte TRE devint extrêmement célèbre. L'église de Reims, fondée par Foy saint Sixte, fut dès son origine une des plus illustres des fre les Gaules, et la mère de plusieurs autres. Elle ne pouvoit man- DA OR quer d’être féconde, ayant été dès lors arrosée par le sang du e plus saint martyr Timothée, et de plus de cinquante personnes ent de qu'il avoit converties , entre lesquelles on remarque Apolli- NO naire son bourreau. Il y eut beaucoup de martyrs dans la Gaule Rara comme en tout l'empire LÉ Valérien avoit prodigieusement changé de dispositions par “qe rapport aux chrétiens. Il se laissoit gouverner despotiquement RE par Marcien, homme sans naissance et sans honneur, intrik ni gant, plein de souplesse, de caractère à tout employer pour Le, aller à son but, sans épargner les ténébreuses atrocités de la sas magie, et par-dessus tout, ennemi juré du christianisme. Cet
Mai habile scélérat s'empara si bien de l'esprit variable de l’empe- Hs reur , que la guerre qu'il lui fit déclarer à l'Eglise, fut peut.
être la plus violente qu'elle eût encore essuyée, et qu'elle dura ke 22
plus
338 (An 257) ‘ HISTOIRE
sans interruption trois ans et demi. Dans le cormmencement les gouverneurs des provinces se contentoient d'ordonner l'exil contre ceux qui refusoient d’adorer les dieux.
L'illustre évêque d'Alexandrie, saint Denys , fut rélégué après une généreuse confession dans un lieu incommode et sauvage. Il fallut, quoique malade, partir sur-le-champ. Mai l'exil devint un nouveau théâtre pour son zèle, et Jésus-Christ triompha dans les déserts où il n’avoit pas encore été annoncé. Cependant le fervent pasteur ne se croyoit pas déchargé des fardeaux du siége dont il avoit été chassé. 11 s’informoit très-soigneusement de ce qui s'y passoit. Jl en munissoit les ouailles des instructions et des exhortations convenables à leurs besoins. Il attiroit auprès de lui, tantôt une partie du troupeau , tantôt l'autre, pour faire par lui-même tout ce qu’il lui étoit possible ; persuadé que le ministère épiscopal ne se supplée jamais parfaitement, et que rien ne dispense du travail personnel en ce genre, que l'impossibilité la plus absolue. Ses moments de loisir, il les employoit à composer sur des sujets de religion, ces belles lettres que nous regrettons avec tant de justice, d'après les éloges de la sainte antiquité. Car de tous ses écrits, il ne nous reste en entier que son épître canonique, adressée à l'évêque Basilide, sur 8 points de discipline, et dont l'autorité fut telle, que l'église d'Orient a toujours compté entre les canons les règles qu'il y donne. Tout tronqués que sont ses autres ouvrages, on y trouve mille choses également instructives et intéressantes. On en peut ju- ‘ger par l’histoire du vieillard Sérapion, rapportée dans la lettre qu'il écrivit à Fabien d'Antioche, pour lui inspirer l'éloignement du superbe rigorisme de Novatien.
Nous avions parmi nous, dit-il, un fidèle avancé en âge qui s'appeloit Sérapion, et qui avoit toujours mené une vie irréprochable, Cependant il se laissa effrayer par les persécu teurs, et il eut la foiblesse de sacrifier aux idoles. S'étant bientôt relevé de cette chute, il en sollicita le pardon avec les plus touchantes instances : mais personne n'osoit l'écouter. Etant tombé malade, il demeura trois jours sans parole et sans sevument Le quatrième jour, il revint un peu à lui : et appe- Vant un entant qui étoit fils de sa fille ; jusques à quand, stat
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DE L'EGLISE. (An 257.) 339 en soupirant ; veut-on me retenir? Qu'on se hâte de me procurer le viatique convenable, et qu'enfin on me laisse aller. Partez au plus vite, mon fils, et m'amenez un prêtre. Après ces mots, il retomba dans sa léthargie, et perdit encore la parole. Le jeune homme courut chercher le prêtre. Mais il étoit nuit , et le ministre sacré se trouvoit malade lui-même grièvement. Il donna au jeune homme une partie de l’encharistie, en lui recommandant de la tremper, pour la faire avaler au vieillard. Le jeune commissionnaire s’en revint ; et avant qu’il fût dans la chambre, Sérapion sorti une seconde fois de son affaissement léthargique, lui dit : Vous voilà seul, mon enfant; le prêtre n’a donc pu venir ? Faites promptement ce qu’il vous a dit, et délivrez-moi. L'enfant trempa l’eucharistie, et la fit couler dans la bouche du vieillard, qui expira aussitôt qu'il l'eut recue.
Ne paroît-il pas, ajoute saint Denys, que Dieu lui avoit conservé la vie, jusqu'à ce qu'ayant obtenu le pardon de sa faute, il fût rétabli au nombre des fidèles ; et que recevant le gage de la réconciliation, il pût aller jouir de la récompense de ses bonnes œuvres passées. Ce récit prouve qu'on donnoit, au moins quelquefois, l'absolution sacramentelle et secrète à ceux qui étoient en pénitence , au commencement ou dans le cours de cette pénitence , en attendant l'absolution publique et solennelle qui ne se donnoit qu'à la fin. I] faut reconnoitre, ou qu'il ne s'agissoit plus pour Sérapion que de cette dernière absolution , et non de l’absolution sacramen‘elle, ou, ce qui favoriseroit une pratique rejetée de l'Eglise, que l'antiquité fournit quelque exemple de cette absolution administrée aux absents.
L'exil de saint Denys d'Alexandrie dura deux ans, c'est-à dire jusqu'à ce que Gallien faisant cesser la persécution en 260, il fut libre aux évêques de retourner à leurs siéges. Ce grand évêque vécut encore quatre ans depuis son retour. Il écrivit contre l'hérésie de Sabellius, qui confondoit les trois personnes divines, et n'en faisoit qu'une, sous trois dénomina tions différentes. Mais on accusa le saint docteur de donnet dans l'hérésie toute contraire, ou de faire le Fils de Dieu d'une autre nature que son Ptre, La cause fut incontinent nor-
tée au siége apostolique, et le souverain pontife assembla un concile à Rome. On y condamna la doctrine opposée à la trinité des personnes, sans néanmoins juger Denys coupable. Le pape lui écrivit au contraire, pour le prier de s’expliquer lui-même. I] le fit par un ouvrage divisé en trois livres, où il marque un éloignement égal des erreurs de Sabellius, et de celles qu’ Arius soutint quelque temps après. Il y reconnut formellement le Fils consubstantiel au Père, et il employa le premier celte expression énergique , qui depuis fut consacrée par le premier concile.
Les persécuteurs idolâtres ne laissèrent pas l'évêque de Carthage plus tranquille que celui d'Alexandrie, et Cyprien subit d'abord l'exil comme Denys. Le proconsul Paterne l'ayant fait comparoître dans la salle du conseil, lui déclara que les empereurs Valérien et Gallien ordonnoient par leurs rescrits, à tous ceux qui ne suivoient pas la religion romaine, qu'ils eussent à la pratiquer désormais. Que prétendez-vous faire, ajouta-t-il? Vous n'’ignorez pas, dit Cyprien, que je suis non-seulement chrétien, mais évêque. Je ne connois point d'autre Dieu que le véritable qui a fait le ciel et la terre avec tout ce qu'ils contiennent. Encore une fois, est-ce là votre dernière résolution, reprit assez indifférer--- «nt le proconsul, qui pressentoit l'inutilité de tout ce qu urroit dire? Le confesseur répondit : La volonté fondée sur la connoissance du vrai, ne doit jamais changer. Le proconsul lui dit de faire connoître les prêtres chrétiens de Carthage. Vous ne pouvez exiger de moi, répondit-il, de contrevenir à vos propres lois, qui condamnent les délateurs. Mais vous trouverez sans peine ceux que vous cherchez. S'il nous est défendu de nous livrer nous-mêmes, nous ne sommes pas pour cela des lâches , à qui la crainte fasse abandonner nos postes et le soin de nos devoirs.
Alors le proconsul commanda que Cyprien fût conduit en exil, à la petite ville de Curube, qui étoit située sur la côte d'Afrique, vis-à-vis la Sicile, à cinquante milles de Carthage. Le saint trouva beaucoup de consolation dans les fidèles qui y demeuroient, et qui y abordoient de toute part en grand nombre. Cependant il annonça, dès les premiers jours de son arrivée , aux compagnons de son exil, qu'il consommeroit son
a UE mie + suc mne cu.
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vêque de Cyprien | Paterne clara que eurs resromaine, dez-vous , que je Lois point erre avec > là votre oconsul, dire? Le noissance t de faire > pouvez pres lois, ans peine pus livrer es, à qui devoirs.
nduit en ôte d’'Aarthage.
es quiy
d nom-
son aroit son
DE L'EGLISE. (An 259.) 343 martyre au bout de l’année; et il tächa de perfectionner ses bonnes dispositions par toutes sortes d'œuvres de charité.
Plusieurs autres évêques d'Afrique, et un très-grand nombre de prêtres bannis en même temps quelui, furent dispersés en des lieux sauvages, où ils eurent mille incommodités à souffrir. Il leur écrivit une lettre de consolation, qui se trouve la soixante-dix-septième dans le recueil de ses œuvres, et qu'on ne peut lire sans ressentir quelque étincelle du fey divin qui lui faisoit mettre son bonheur à souffrir pour Jésus- Christ. Il joignit d’abondantes largesses à cette exhortation, et les leur fit parvenir dans les divers endroits où ils étoient détenus. Car il y en avoit en trois contrées différentes, tous dans les mines ou dans les prisons, et si maltraités, que plusieurs consommèrent d’abord leur martyre par l’excès de ces souffrances. Ils avoient toujours les fers aux pieds; et la nuit on les meltoit aux entraves. Ïls n’avoient d'autre lit que la terre nue. Eux-mêmes étoient réduits à une telle nudité, qu'ils souffroient beaucoup du froid, quoique dans un pays excessivement chaud. Un peu de pain faisoit toute leur nourriture. Mais l’infectior, de leur demeure, avec la malpropreté où on les laissoit croupir, étoit pour eux une peine encore infiniment plus rude.
Saint Cyprien demeura à Curube environ onze mois, durant lesquels il mit en ordre les différentes affaires de son église. Après quoi Maxime, successeur du proconsul Paterne, fit revenir le saint à Carthage, où il se retira dans ses jardins, en aîtendant le moment de voir accomplir sa prédiction. La persécution avoit repris avec une nouvelle violence, et Valérien, pour se rendre ses dieux favorables dans la guerre qu'il alloit faire aux Perses, publioit les ordres les plus sévères qu'il eût encore rendus contre le christianisme. Ils portoient que les évêques, les prêtres et les diacres seroient exécutés surle-champ; les séhateurs et les chevaliers romains, d’abord privés deleurs dignités ; s'ils persistoient, décapités ; les femmes de condition bannies; les césariens, c'est-à-dire les officiers et les domestiques de l’empereur, réduits en esclavage. Le saint évêque de Carthage fit part de ces nouvelles aux autres évêques, afin qu'ils préparassent leurs troupeaux; et il ne
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