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354 (AN 262.) HISTOIRE province eut, pour ainsi dire, son tyran, l'empire se vit de tous côtés exposé aux incursions des Barbares. Un déluge d'hommes qui n’en avoient que la figure, fondit de Germanie en Italie, et pénétra jusqu'à Ravenne. Le même torrent inonda les Gaules. Les citoyens abandonnèrent la plupart des villes ; et celles qui voulurent résister, éprouvèrent ce que la barbarie a de plus cruel. D'autres Germains se jetèrent en Espagne. En Sicile, il y eut une guerre de voleurs, pires que les Barbares. Les Quades et les Sarmates ravagèrent la Pannonie : les Goths, avec les Scythes, désolèrent la Grèce et l'Asie, particulièrement la Bithynie, dont toutes les villes sans exception furent ruinées de fond en comble. Les Parthes vinrent jusqu’en Syrie. L'empire tomboit de toute part, et l'Eglise s'élevoit sur les ruines de l'idolâtrie. Les nations étrangères emmenoient captifs des chrétiens fervents et de saints évêques, dont ils admiroient d’abord les rares vertus et les sages maximes. Bientôt les esclaves devenant les maîtres, on se rangeoïit sous la loi divine, qu'ils publioient encore mieux par leurs œuvres que par leurs paroles, et l’on accouroit en foule pour recevoir le baptême. Cependant l’empereur Gallien, qui ne manquoit pas naturellement de génie, sembloit abruti par la die et le goût du plaisir. Si on venoit lui dire qu’il couroit risque de perdre l'Egypte ou les Gaules; eh bien! répondoit-il, ne saurionsnous vivre sans les draps de là Belgique ou le lin de Pélusce ? 1 ne s’occupoit que de puériles et folles voluptés, pleinement satisfait, pourvu que son appartement fût tout émaillé de roscs au cœur de l'hiver, et qu’il mangeît des fraises et des melons tous les mois de l'année. Il ne buvoit qu’en des coupes d'or et de pierres précieuses, et jamais deux coups de suite d'un même vin. Il n'étoit pas moins recherché dans les bains, qu'il prenoit cinq ou six fois le jour. La pudeur nous oblige à tirer le voile sur les autres circonstances de ce genre de mollesse, et sur les compagnies qu'il s’y procuroit. Enfin le mépris de sa personne parvint à son comble. L'an 268, le préfet du prétoire, de concert avec le général Claude, se défit du mol empereur, et Claude fut mis en sa place. Ensuite on précipita du Capitole le fils et le frère de Gallien, les sculs restes de la race de Valérien , qui fut ainsi toute extcrminée.
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DE L'ÉGLISF. (AN 268.) 359
Claude, second du nom, digne de l'empire s’il ne l'eût acquis par un crime, ne le posséda guère plus de deux ans. C'étoit l’homme le plus capable d'en rétablir les affaires. 11 se fit généralement aimer et estimer, même des chrétiens, pendant la première année de son règne. Dans la seconde, il répandit leur sang, moins par haine contr’ eux, que pour ne ressembler en rien à son prédécesseur. Il mourut de la peste en Pannonie, après y avoir terminé avec succès la guerre des Goths. Quintille, son frère, fut élevé à sa place par les soldats qui pour sa sévérité le réduisirent à se couper les veines quinze jours après. Sur la fin de la même année 270, l'empire passa à Aurélien , Pannonien de naissance, et de famille obscure , mais qui par un mérite éminent s’étoit élevé de grade en grade jusqu'aux premières places du gouvernement militaire.
Le pape Denys avoit succédé au martyr saint Sixte, après l'année que vaqua le siége apostolique. Sa charité, comme sa vigilance, s'étendit à tout le monde chrétien. Il envoya des aumônes aux fidèles d'Asie qui avoient été pillés par les Barbares, et fit parvenir ses largesses à ceux mêmes qui avoient été emmenés captifs. On a dit qu'il avoit partagé les églises et les oratoires de Rome entre les prêtres de cette ville; qu'il en avoit institué les paroisses, et même les diocèses de sa dépendance immédiate. Mais il ne fit que rendre des pasteurs aux églises qui les avoient perdus par le malheur des temps, ct régler les limites de leur ressort d’une manière plus exacte ou plus fixe qu'auparavant. Après dix années d'un pontificat illustré par la condamnation de Sabellius et des principes de Paul de Samosate, il mourut le 26 décembre 256, et fut renplacé deux jours après par Félix.
Cette seconde hérésie étoit d'autant plus dangereuse qu'elle renfermoit tout le venin de la première ; et par un raffinement singulier de malignité, elle posoit les fondements de l'arianisme qui lui sembloit opposé. D'un côté, Paul soutenoit avec Sabellius, qu'il n’y avoit aucune autis distinction que celle des noms, entre les trois bersonnes divines! ; mais que
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35b (Ar 269.) HISTOIRE
c'étoit au fond la même unité entr’elles que dans la divine essence. D'un autre côté, et quoi qu'endisent différents auteurs qui n’ont pas saisi toutes ces subtilités, il nioit la consubstantialité du Fils avec le Père, prenant ce terme avec un sens grossier et corporel, et accusant les saints docteurs de a la divinité, comme un corps, en plusieurs morceaux. Ainsi cet hérésiarque prétendoit-il que Jésus-Christ étoit un pur homme de sa nature; qu’il n’existoit nullement avant Marie, dont il tenoit le commencement de tout son être; mais que par ses mérites, il s’étoit rendu digne de parvenir à la qualité de Fils de Dieu. Enfin il vouloit lever le voile de nos principaux mystères, et leur substituer plusieurs points du judaïsme, afin de ménager plus sûrement le grand crédit qu'il avoit auprès de la reine Zénobie, juive de religion, et toute-puissante en Orient, depuis qu'Odenat, son époux, ce petit prince de quelques Sarrasins, étoit devenu le fléau des Perses, le soutien de l’empire chancelant, et enfin empereur.
Après la mort de son mari en 267, Zénobie montra qu’on ne croyoit pas sans raison qu'elle avoit eu grande part aux brillants exploits de ce prince, à quoi elle ajouta la conquête de l'Egypte et de la Bithynie. Mais cette femme extraordinaire, en qui la nature parut se plaire à réunir toutes les belles et toutes les grandes qualités à la fois, voulut se faire instruire des vérités du christianisme, et tomba en de mauvaises mains. Paul de Samosate, qui avoit succédé à Démétrien, évêque d'Antioche , et à qui elle s'adressa , tenoit peu aux principes de la foi; et ce prélat courtisan, prévenu qu'une souveraine si absolue, et qui se piquoit surtout de pénétration, souffriroit difficilement qu'on miît sa docilité à l'épreuve , ne lui enseigna rien de Jésus-Christ qu'elle ne püt croire aisément.
Les leçons du prélat firent du bruit. Sa vie d'ailleurs étoit peu conforme à l'esprit de sainteté que respiroit encore tout l'état épiscopal. Loin d'affecter la réforme comme la plupart des hérésiarques, et prenant une route plus commode, il vivoit dans les délices et avec un faste sans exemple avant lui dans son état, On ne le voyoit en public que suivi d’un magnifique et nombreux cortége, et il étaloit une profane et bizarre vanité jusqu'aux picds des autels, où il faisoit célébrer des
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DE L'ÉGLISE. (Ax 269.) 357 chants à sa louange , au lieu des hymnes sacrées. Sa conduite, quant aux mœurs, étoit encore plus scandaleuse : il tenoit chez lui de jeunes femmes, dont il se faisoit accompagner partout , sans excepter les lieux saints, et il vouloit que ses ecclésiastiques vécussent avec une licence qui autorist la sienne.
Les évêques vraiment zélés pour le bien de l'Eglise, et qui étoient en grand nombre dans ces beaux siècles, furent effrayés rt la perspective du mal que pouvoit causer un pareil exemple.
a faveur de Zénobie , assurée au coupable, ne les arrêta point. Ils s’assemblèrent à Antioche même, où la réparation étoit le plus nécessaire, et ils eurent le courage de citer l'évêque. L'inflexible et pieux Firmilien de Césarée présidoit à ce concile. La plupart des autres Pères étoient d'intrépides confesseurs, des docteurs célèbres et saints, des hommes à miracles.
À la vue de pareils juges, l'évêque d’Antiochetrembla, tou
puissant quil étoit; il comparut , se soumit en apparence, et promit tout ce qu'on voulut. On le crut d’antant plus volontiers, qu'on avoit raison de craindre une persécution, dont une roideur imprudente eût été la cause. Mais on ne fut pas long-temps sans s’apercevoir que Paul n'avoit changé ni de mœurs ni de doctrine. Les prélats s’assemblèrent de nouveau, toujours au lieu même où se donnoit le scandale. Ils comptoient sur Firmilien , maïs on apprit qu il étoit mort en route. Paul n’en fut pas moins confondu. Un particulier d'Antioche, nommé Malchion, homme très-habile dans l’art de raisonner, et très-versé dans les choses de religion, quoiqu'il ne fût pas encore prêtre, développa les artifices de l'imposteur, #t le réduisit à l’aveu de ses vrais sentiments. L'hérétique fut alors excommunié et déposé. Gomme il étoit fécond en subtilités et tn équivoques, et qu'il employoit le mot de consubstantiel dans le sens grossier et matériel que nous avons dit, les Pères d’Antioche rejetèrent cette expression, qu'on verra dans la suite employée si utilement par les Pères de Nicée, mais dans un sens bien différent ; tout dépendant , pour l'usage des mots, des temps et des circonstances.
Paul condamné mit bas le masque de l'hypocrisie. Loin de se soumettre à ses respectables juges, il s'obstina à demeurer tr sonsiége, et ilcontinua d'occuperle palais épiscopal. Tant
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