‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 123 sur 159 · ESS · texte numérisé non relu

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que Zénobie gouverna l'empire d'Orient, il trouva aisément le moyen de se soutenir. Mais la politique d'Aurélien ayant fait entendre aux Romains que la majesté de l'empire se trouvoit dégradée entre les mains d’une femme, et d'une étrangère, cet empereur prit ses mesures et son temps, défit la princesse, et l'emmena prisonnière. Comme Aurélien, depuis qu'il régnoit, ne s’étoit pas encore montré contraire aux chrétiens, ils s'adressèrent à lui contre l’évêque déposé d’Antioche, et toujours réfractaire. Le prince ordonna que la maison épiscopale seroit adjugée à celui que l’évêque de Rome et ceux d'Italie reconnottroient. T'ant il étoit notoire qu'il n'y avoit point de meil- Jeure preuve du vrai christianisme que l’union avec l'Eglise romaine ! Paul de Samosate fut honteusement chassé , et Domne promu à sa place.

Aurélien ne persista pas à rendre justice aux chrétiens. Il se proposoit de gagner l'affection du sénat et du peuple, en tourmentant les ennemis de leurs dieux. Naturellement supersti- Lieux lui-même , et fort prévenuen faveur des divinations, il se plaignoit qu'une partie des grands, à l'exemple des chrétiens, n’eût pas grande foi aux livres des sibylles. C'étoient les écrits de quelques filles singulières et qui passoient pour des oracles, sans rien avoir de merveilleux que leur style prodigieusement emphatique ; d’une obscurité inintelligible, et le digne ouvrage de l'imagination exaltée de leurs auteurs. On n'y apprenoitrien autre chose que de minutieuses observances, comme de célébrer dans les fêtes certains jeux et de certaine façon, ou de placer quelque clou dans les murs du Capitole. Pour iés huit livres que nous avons encore sous le nom des sibylles, et qui ne contiennent guère que des prédictions ou des instructions relatives au christianisme ; malgré les citations qu'en firen quelques anciens Pères , tandis que d'autres les tenoient pour suspects , il est enfin évident aux yeux de la saine critique, qu'ils ont été supposés dans le second siècle, à l'exception néanmoins de quelques parties citées dans les temps les plus anciens:

L'empereur alloit signer un arrêt terrible contre les chrétiens, quand il fut épouvanté par la foudre qui tomba à ses pieds. Sa volonté ne changez point, et la proscription ne fut

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(Ax 270.) 359 que différée. Dieu l'ayant bientôt abandonné à la corruption de son cœur , il publia contre nous, dit Lactance, des édits de sang et de carnage , qui donnèrent lieu à la neuvième persécution. Mais c’étoit heureusement sur la fin de son règne; en sorte que les édits n'avoient pas encore été portés dans les provinces éloignées, lorsque la Providence permit qu'il fût massacré par les intrigues de son secrétaire. Ainsi le Seigneur fit-il voir qu'il ne laisse aux puissances du siècle la liberté de persécuter ses serviteurs, que selon les desseins de sa justice et de sa miséricorde sur eux ; c'est-à-dire, dans les conjonctures propres à les rappeler au devoir, et à leur donner l'occasion d'un plus grand mérite. Toutefois si ces édits n'eurent pas peu d'effet, comme les inclinations connues des souverains ne sont guères moins efficaces queleurs ordres , la haine du nom chrétien, dans un prince très-violent d’ailleurs et naturellement cruel , ne laissa pas de faire un grand nombre de martyrs.

Outre ceux de Gaule dont nous avons déjà parlé, on rapporte à Aurélien, soit avant soit après qu'il futmontésurletrône, le célébre martyre desaint Prisque vulgairement saint Prix, immolé avec une troupe de fidèles, dans les forêts du pays d'Auxerre, où ils avoient espéré de trouver un asile; celui de l'illustre vierge sainte Colombe, particulièrement honorée à Sens, où quelques auteurs disent qu'elle a souffert; celui des saints Eutrope, Zozime et Bonose , »vec cinquante soldats convertis par Bonose, et mis à mort près de Rome. Le pape saint Félix qui les avoit exhortés, partagea leurs tourments et leur triomphe. Quinze jours après on élut Eutychien, c'est-à-dire, le cinq ou le six de janvier de l'an 275.

Le martyre de Conon et de son fils fut très-fameux en Lycaonie. La vie austère de Conon étoit si connue, que le ministre de la persécution en faisoit d'impieset froides risées. Oui, reprit le chrétien fervent, la croix fait toutes mes délices. Ne pensez pas m'effrayer par l'étalage des tourments; j'en connois toute la valeur pour le ciel ; les plus rudes et les plus longe font l’objet demes désirs. L’artificieux tyran lui demanda pour l'amollir, s'il avoit des enfants. J'en ai un, répondit-il , et je serois charmé qu'il eût part à mon bonheur. On l'amena ausaitèt. On init le père et le fils sur un lit embrasé; on les fit

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36Q (An 250.) hISPOIRE pes dans une chaudière d'huile bouillante; on Jeur coupa es mains aycc une scie de bois, et ils rendirent l'esprit er louant Dieu. Le berger Mammas souffrit à Césarée avec le courage d’un héros. Son culte devint si célèbre, que les plus éloquents docteurs de l'église grecque, saint Grégoire de Nazianze et saint Basile, ont fait comme à l’envi son éloge La foi opéroit diversement sur les fidèles, selon les divers mouvements de la grâce. Tandis que les autres désiroient une mort violente, Antoine, Egyptien de nation, s'éloigna d’un monde tumultueux et pervers, pour apprendre un nouvel art de se crucifier soi-même , et le transmettre à une suite nombreuse de martyrs volontaires. Il étoit né dans la Haute-Egypte, de parents distingués par la noblesse et l’opulence, et plus encore par leurs sentiments sincères et solides de religion. Ils lui donnèrent une éducation si chrétienne, que dès l'enfance il marqua une éminente piété. On fut si attentif à le détourner des mauvaises compagnies, qu'on ne lui laissa pas même fréquenter les écoles avec les jeunes gens de son âge. Ainsi la science du salut fut uniquement celle de cette âme prévenue des bénédictions célestes. C’est pourquoi, avec une pénétration rare et un jugement exquis, il ne sut ni lire, ni écrire , ni aucune autre langue que l’égyptienne, qui, sous la domination romaine , restoit en usage parmi les naturels du pays. Mais il se rendoit si assidu aux assemblées de religion, et il prêtoit une telle attention aux enseignements évangéliques, qu'il égala dans cette science les plus habiles docteurs. À cette pénétration il joignoit une mémoire prodigieuse, à qui rien n'échappoit de ce qu'il avoit une fois appris.

= Un jour qu'à son ordinaire il alloit au lieu saint en s’occupant de ce qu'il avoit précédemment ouï lire des apôtres, dégagés de tout pour suivre Jésus-Christ ; le hasard, ou plutôt la Providence voulut qu'en entrant il entendît encore le trait de l'Evangile, où le Sauveur dit à un riche de vendre tout ce qu'il possédoit, s’il vouloit être parfait, et d'en donner le prix aux pauvres. Antoine se persuada que le Seigneur, dans la suite de ces instructions, avoit des desseins particuliers sur lui. Jl se défit de tout ce qu’il avoit, et pratiqua' au pied de la lettre le conseil évangélique. Ses père et mère étoient morts il y

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