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376 (an 290.) HISTOIRE donnoient lieu de protéger le christianisme. À la nouvelle de l persécution, il visita tout ce qu'il put de fidèles, pour leut inspirer le mépris d’une vie passagère, plus encore par ses exemples que par ses vives exhortations. Il fut arrêté par les préfets qui, ne pouvant soutenir la force divine de son éloquence, prétextèrent volontiers son rang pour le renvoyer à l'empereur. Maximien jugeant qu'un guerrier illustre seroit beaucoup plus sensible à l’ignaminie qu'à la douleur, donna ordre de le traîner par toute la ville, avec liberté à un chacun de l’insulter et de le maltraiter. La populace en effet le mit tout en sang. Alors ses juges employèrent tout l’art d’une sagesse infernale, afin de l’ébranler; et comme ils blasphèmoient le Dieu des chrétiens, né, disoient-ils, dans une af. freuse indigence, et mort sur un gibet; Victor se mit à leur reprocher la vie bien autrement honteuse des plus grands de leurs dieux, les brigandages et les adultères de Jupiter, l’inceste de sa sœur devenue son épouse, la férocité de Mars, toutes les impudicités de Vénus. Etes-vous plus raisonnables, ajouta-t-il , d'adorer les fièvres, que vous érigez en déesses, de faire encore unedivinité de l’effroi et même de la fureur? Je rougirois de parler de votre Priape, de vos dieux des cloaques et des ordures de tout genre, comme d'une foule de monstres à qui vous dressez des autels. O combien la pauvreté de Jésus-Christ n'est-elle pas plus glorieuse que.le faste impur de pareilles divinités! Quand il a voulu, il a nourri cinq mille hommes ave cinq pains. Que sa foiblesse a de force, puisqu’elle a guéri toutes les infirmités du corps et de l'âme dans ses disciples, et souvent dans ses ennemis! Qu'il est glorieux le trépas de celui qui rend la vie aux morts, et qui se l’est rendue à lui-même! Enfin, quoi de plus saint que la vie de cet Homme- Dieu que vous blasphémez! Quoi de plus raisonnable et de plus pur que ses enseignements, de plus avantageux que ses promesses, de plus terrible que ses menaces! Les juges n'opposèrent à ces raisons que la force et le pouvoir. Choisissez, lui dirent-ils, de sacrifier aux dieux, ou d'y être sacrifié vous-même. Puisque vous me déférez ce choix, reprit Victor, je vais confirmer par les œuvres ce que vous venez d'entendre. J'abhorre vos dieux; j'adorc Jésus-
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DE L'EGLISE, (AN ago.) 377 Uurist, voilà mon choix : remplissez maintenant votre ministère. On attacha l'intrépide confesseur sur le chevalet, et on l'y tourmenta long-temps, sans qu'il détournât ses yeux du ciel, dont il invoquoit le secours. Le Sauveur lui apparut avec sa croix, et lui dit : Prenez courage, Victor; c'est moi qui souffre dans mes saints : je suis votre soutien, et je serai votre récompense. Un torrent de joie inonda l'âme du saint athlète. 11 sembla perdre tout le sentiment de la douleur. Les bourreaux se fatiguèrent inutilement à le tourmenter, et on le reconduisit en prison. Pendant la nuit, son cachot fut éclairé d'une lumière éblouissante.
Trois soldats qui le gardoient se jetèrent à ses pieds, et Jui demandèrent le baptème. Maximien, qui en fut aussitôt averti, ordonna d'appliquer Victor à de nouvelles tortures, et de faire mourir les soldats, s'ils persévéroient. Tous trois confessèrent avec constance, et on leur trancha la tête. L'empereur voulut entendre lui-même Victor, et fit dresser un autel. Il le pressa d'offrir de l’encens, en l’assurant de toute sa faveur s’il obéissoit. Victor , s'étant approché comme pour sacrifier, renversa d’un coup de pied l'autel et tous les préparatifs : saillies blâmables, sans doute, dans les règles ordinaires, puis qu'on ne doit pas oublier le respect dû aux puissances, quand même la loi du souverain maître oblige de leur résister. Mais outre que les impulsions de l'Esprit de Dieu ne sont pas toujours asservies aux lois communes, nous ignorons beaucoup de circonstances propres à justifier ce qui semble irrégulier dans la conduite de plusieurs martyrs. Souvent on vouloit artificieusement les surprendre, ou persuader au public, sur une apparence équivoque, qu'ils avoient trahi leur foi; et il ne leur restoit, pour toute ressource contre le scandale, que ces démarches ou ces réponses pleines d'une hardiesse qu'on
ualifieroit hors de là d'arrogance et d’emportement.
Maximien fit couper le pied de Victor, et commanda que tout son corps füt broyé sous la meule d’un moulin à bras. La machine se rompit ; et le saint respirant encore, on lui coupa Ja tête. À l'instant une voix céleste fit entendre ces mots: Vous avez vaincu , Victor, vous avez vaincu. L'empereur fit jeter le corps à la mer avec ceux de ses compagnons; mais les flots
les repoussèrent au rivage, et les fidèles les ensevelirent dans une grotte, où il s'opéra une infinité de miracles, L'abbé Cassien bâtit dans la suite à Marseille, en l'honneur de saint. Victor, un monastère fameux, dont celui qui porte à Paris le même nom a dépendu, et qu'on a sécularisé de nos jours.
La persécution s’étendit aux provinces les plus éloignées que gouvernât Maximien. Un jeune chrétien de Numidie eut la tête tranchée, sous prétexte qu'il refusoit le service militaire, 1] se nommoit Maximilien ; il étoit âgé de vingt-unans, grand, bien fait ; et le proconsul Dion voulut absolument qu'on J’enrôlât. Chez les Romains, tous les jeunes gens devoient servir un certain nombre d'années, et Maximilien ne s’en défendoit qu'à cause du danger, très-grand alors dans les troupes , de contrevenir à la sainteté de notre religion. Il s’y pratiquoit mille observances auxquelles l'on ne pouvoit se conformer sans idolâtrie. Maximilien fut inflexi':le, et ne témoigna que de l'empressement pour la mort, à quoi ii fut d'abord condamné, Il dit à son père, qui se trouvoit présent : Donnez à l'exécuteur l’habit neuf que vous m'aviez préparé. Le père n’eut pas les sentiments moins élevés que son fils. Loin de le pleurer, ils’en retourna en remerciant Dieu du sort de cet enfant, et il eut le même bonheur que lui quelque temps aprés. .
En Espagne, Marcel, centurion dans la légion de Trajan, quitta le service avec éclat, le jour de la naissance de l'empereur. On voit ici clairement ce qui obligeoit les fidèles à renoncer aux armes. S'il faut que les gens de gucrre sacrifient aux dieux et aux empereurs, dit Marcel, je quitte le sarment et le baudrier. Le bois de vigne étoit le bâton de commandement des centurions ou capitaines, le seul dont ils pussent frapper leurs soldats. Marcel fut renvoyé par-devant le gouverneur de Mauritanie, lieutenant du préfet du prétoire, qui le condamna à perdre la tête. Le grefier, qui se nommoit Cassien, touché tout-à-coup de la grâce, comme il écrivoit la sentence, jeta tout par terre, en marquant le changement qui s’opéroit en lui. 11 fut condamné à la mort, ainsi que Marcel, mais exécuté seulement un mois après. Dans la Norique, près du confluent de la rivière d'Emsavec le Danube, il y eut jus-
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DE L'EGTISE. (AN 298.) 379 qu à quarante soldats martyrisés tous ensemble de la façon la plus barbare, Florien, un de leurs compagnons d'armes, voulut encore l'être de leur foi et de leur martyre. Le préfet le fit assommer sous le bâton, puis jeter dans la rivière,
Jusqu'ici néanmoins il n’y avoit point d’édit général contre les fidèles. La politique de Dioclétien au contraire alloit jusqu’à les honorer de sa confiance, et ils accupoient auprès de sa personne quantité de charges et d'emplois importants. Ils avoient la garde des ornements impériaux, des pierreries et du trésor. En un mot, ils étoient en assez grand nombre au palais, pour y faire l'objet de la sollicitude pastorale des premiers prélats. C’est ce qu'on apprend par une épître de Théonas ,; évêque d'Alexandrie, adressée au chambellan Lucien, pour exhorter tous ses officiers en général à tellement s'acquitter de leurs offices, que le nom de Jésus-Christ fût glorifié jusque dans les plus petites choses.
Puisque l'empereur, porte cette sage épître, vous confie sa personne, dans la confiance que vous lui serez plus fidèles que ceux qui n’ont pas la même idée de l'Etre suprême, ménagez cet avantage pour l'honneur et le progrès de Ja foi. Rendez-vous agréables au prince; et quand il sera fatigué des affaires ou des solliciteurs importuns, qu'il retrouve auprès de vous la douceur et l'aménité , un front serein, un cœur ouvert, en un mot, la joieet lerepos. Soyez propres sans affectation, et de bonne humeur sans indécence. T'héonas donne ensuite des instructions relatives au bibliothécaire de la cour, aussi chrétien. Qu'il témoigne, dit-il, devant le prince, faire l'estime convenable des poëtes, des historiens et des philosophes; qu'il l'engage à lire les livres où il peut apprendre ses devoirs, qu'il lui raconte avec quel soin le roi Ptolomée-Philadelphe a fait traduire l'Ecriture sainte; qu'il relève, autant qu'il pourra, l'Evangile et les écrits des apôtres, pour en venir insensiblement à parler de Jésus-Christ. Si quelques démarches des premiers fidèles, ou quelques-uns de leurs discours, assez mal rendus peut-être, les font soupçonner d'imprudence et d'indiscrétion, les avis judicieux de Théonas ne doivent-ils pas dissiper ces ombrages? de tout temps la sagesse évangtlique