‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 128 sur 159 · LS HD · texte numérisé non relu

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380 (AN 298.) HISTOIRE l'a disputé avec avantage à la cupidité et à l'ambition, pour ce qui regarde les ménagements dus aux puissances, en tout ce qui ne nuit pointau devoir.

Dioclétien connut assez le christianisme, pour distinguer les vrais fidèles des hérétiques. Il publia le premier contre les manichéens un édit sévère, qui condamnoit au feu leur personne avec leurs écrits : dispositions suivies depuis par quelques empereurs chrétiens , à qui elles parurent nécessaires pour la conservation des mœurs et du bon ordre dans leurs états. On ne laissa pas d’entrevoir , dans l’édit de Dioclétien, de vagues préjugés contre la religion chrétienne en général, fondés dans l'esprit de cet empereur, comme parmi le peuple, sur sa nouveauté et son opposition aux religions reçues dans l'empire. Mais il abhorroit les sectateurs de Manès, comme des monstres produits par une terre ennemie de Rome, où ils tendoient à introduire les lois et les coutumes infâmes des Perses. L'empereur Dioclétien en étoit là avec les chrétiens, quand l’un de ses collègues contraignit sa politique à ..: plus garder de mesures.

Outre les deux empereurs Dioclétien et Maximien , les besoins de l'empire assailli de tous côtés par les Barbares, firent créer deux césars, l’an 292; savoir, Constance-Chlore et Maximien-Galère. Hercule-Maximien avoit obtenu le titre d’empereur, dès l'an 286. Constance-Chlore le mieux né et le meilleur de tous ces princes, illustré par ses talents militaires sous les règnes précédents , et doué d’un excellent naturel, eut dans son partage, avec titre d'empereur, les Gaules et les îles Britanniques. Maximien-Galère fut préposé, avec le même titre, au gouvernement de l'Illyrie, de la Grèce et de la Basse- Pannonie. Celui-ci étoit fils d'un paysan du pays des Daces, et tenoit moins des mœurs romaines que de sa barbare origine. Il étoit d’une taille et d'une figure à faire peur. Son air, sa démarche, le son de sa voix , tout annonçoit en lui la brutalité, la rudesse, l’inhumanité. Mais il étoit brave et fort heureux, et por-là s’étoit poussé jusqu'aux premiers grades. Le sang ne lui coûtoit rien, ou pour mieux dire, il en fainoit ses délices. On rapporte delui , qu'au lieu de se plaire à élever des chiens, il avoit toujours avec lui de grands ours; qu'il prenoit plaisir à

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DE L'EGLISE. (AN 298.) 381 voir dévorer des proscrits, principalement pendant son souper. T'el fut l'auteur de la dixième et dernière persécution générale,

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Il ne faut point chercher d’autre cause de sa haine contre les chrétiens, que sa méchanceté naturelle; mais sa mère la mit en action. Toute cette race agreste et barbare n’avoit aucune sorte de ménagement. C'étoit leur manquer que de n'user pas d'une servile complaisance pour leurs vices, et de ne les pas imiter. La mère de Galère, d’une superstition qui lui tenoit lieu de vertu, faisoit chaque jour des sacrifices et des festins de viandes immolées. Les chrétiens, en trop grand nombre pour être inconnus, n'y prenoient aucune part. Ce fut un crime impardonnable auprès de cette femme aussi emportée qu'impérieuse. Elle fit résoudre leur perte entière à son fils. Le vieil Auguste avoit peine à s'engager dans ces embarras. Mais Galère s’étoit rendu redoutable; il s’ennuyoit, après dix à onze ans , de n'être que césar. Depuis peu il avoit gagné contre les Perses une grande bataille, qui le rendit encore plus hardi. On n'osa lui refuser le plaisir d'inonder l'univers du sang innocent, et de dépeupler l'empire. Le rusé Dioclétien voulut pourtant que l’on tint conseil. Car il ne manquoit jamais de consulter, quand il s’agissoit d’ordonner le mal, afin d'en rcjeter le blâme sur les autres : au lieu qu'il ne consultoit personne quand il vouloit faire quelque bien. Le conseil n’eût pas contredit Galère impunément : sa résolution fut de persécuter ; et le jour marqué pour commencer l’exécu- Lion, fut la fête des terminales, dernier jour del’année romaine, qui répondoit au 23 février de notre année 303, et dont on vouloit faire aussi le terme de la durée du christianisme : car on ne se proposa rien de moins que de l’anéantir.

La cour étoit à Nicomédie : dès la pointe du jour, le préfet du prétoire , avec les principaux officiers de l'armée, se rendit, cumme pour un exploit héroïque, à la porte de l'église. Ellk, se trouvoit bâtie dans un endroit élevé, à la vue du palais. et les deux tyrans se tinrent aux fenêtres pour ce doux spectacle, On enfonça les portes, et l'on chercha partout la figure du Dieu des chrétiens; on bràla les Ecritures ; on abandonna au pillage les vases sacrés. Galère vouloit qu'on mit le feu à L'é-

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382 (Aw 303.) HISTUIRE difice, mais Dioclétien, craignant un incendie général, ordonna la démolition.

Le lendemain on publia un édit, par lequel toutes les églises devoient être rasées, les saints livres brûlés ; les chrétiens privés de toute dignité, de tout privilége, de tout honneur, exposés à toutes sortes de mauvais traitements, sans pouvoir se plaindre, ni même répéter ce qu'ils perdroient par le vol et le pillage. Toutefois on ne les condamna point encore à la mort. Suivit un second édit, qui enjoignoit d'arrêter en tout lieu les évêques, et de les contraindre en toute manière à sacrificr.

Galère n’étoit pas encore satisfait. Il fitmettre secrètement le feu au palais de Nicomédie, et en accusa les chrétiens, feignant d'avoir peur, et sortant avec une précipitation affectée, à la vue de Dioclétien. Le défiant et peureux vieillard fut pris à ce piége. Il s’emporta de fureur , et voulut qu’on miît tous ses gens à la question. Il ne découvrit rien. On n'y mit point ceux de Galère, seuls coupables ou complices. L'impératrice Prisque, femme de Dioclétien, et sa fille Valérie, mariée à Galère, furent pressées de sacrifier, parce qu'on ies savoit chrétiennes. Elles eurent la lâcheté de le faire. Tous les ofliciers du palais qui résistèrent généreusement, comme Dorvthée, grand chambellan, qui avoit succédé à Lucien, Gorgone, Indus, Mardone, les vierges Domne et Théophile, furent étranglés, ou périrent par divers tourments. Pierre, que le vieil empereur aimoîit particulièrement, fut amené

ar-devant lui, et comme il se refusa constamment à tout acte d'idolitrie, on l’éleva tout nu en l’air, et on lui déchira tellement le corps à coups de fouet qu on lui voyoit tous les os, On mit du sel et du vinaigre dans ses plaies, on apporte un gril et du feu, et on le fit rôtir comme une viande qu'on veut manger, Jl expira en priant pour ses persécuteurs. Pour les prêtres et les diacres , on les saisissoit sans nulle formalité, et sur leur confession on les faisoit périr par toutes sortes de supplices. Anthime, évêque de Nicomédie, fut décapité.

La vexation s'étendit aux différents ordres du peuple Les juges sanguinaires se répandant partour, firent les plus dili gentes perquisitions , et les prisons regorgèrent de personnes

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DE L'ÉGLISE. (AN 303.) 383 de tout âge et de tout sexe. Plusieurs furent égorgés, un plus grand nombre encore fut brûlé, non seul à seul, on n'y eût pas suffi : mais en tas et par troupes. D'autres liés en grande quantité et comme en faisceaux, furent entassés dans des barques, avec des pierres au cou, et jetés à la mer. En un mot, la multitude des proscrits fut innombrable. Il y en eut, d’une seule fois, plus de mille dans la seule ville de Nicomédie. Toutes les habitations et les provinces voisines, la Grèce, la

Thrace, l’Asie-Mineure dans toute son étendue, la Syrie

même et l'Egypte, tout l'Orient fut inondé de sang avec la même profusion.

On envoya les édits en Occident, où Maximien qui les avoit prévenus redoubla de rigueur. Il n’y eut d’épargné que les régions immédiatement soumises à Constance; encore ce prince humain et bienfaisant usa-t-il quelque temps de dissimulation. Il déclara publiquement que tous les chrétiens de son palais eussent à sacrifier, s'ils vouloient conserver leurs charges et ses bonnes grâces. Il s’en trouva qui préférèrent leur fortune à leur intérêt éternel. Mais ils furent étrangement confus, quand leur maître témoigna un souverain mépris à ces apostats, les éloigna pour toujours de sa personne, n’espérant pas, disoit-il, qu'ils lui fussent plus fidèles qu’à leur Dieu. Pour ceux qui s'élevèrent au-dessus des vues temporelles, il leur remit la garde de sa personne et de ses états, et les honora plus que jamais de sa bienveillance.

A l'exception de l'apanage de ce bon prince, les serviteurs de Jésus-Christ, dans tout le reste de l'empire, se trouvèrent en butte à la fureur detroistyrans ou de trois bêtes féroces, qui se faisoient un jeu et une étude de déchirer l'Eglise. C'étoit un plan formé del’anéantir. L'enfer désespéré des conquêtes qu'elle faisoit journellement , animoit sans cesse les puissances du siècle qu'il avoit d'abord suscitées contr'elle. Le ciel même, pour s’assurer toute la gloire de l'établissement et de la conservation de cette Eglise, et avant de lui donner la paix avec un empereur zélé pour la maintenir, le ciel permit que cette épreuve, comme la dernière, ft aussi la plus terrible. C’est de ces réflexions générales, plutôt que des récits particuliers, qu'il faut partir, pour se former une idée juste des horreurs de la dixième per-

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