‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 129 sur 159 · MD AT · texte numérisé non relu

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sécution. 1] seroit infini, peut-être ennuyeux d'entrer dans le détail, sinon pour un petit nombre de faits choisis parmi les plus frappants. Qu’on juge des excès de la persécution en général, par le plan etles mesures que prirent les persécuteurs. Près des fontaines, sur les marchés, dans chaque rue, on plaçoit de petites idoles, et l'on préposoit d’ardents zélateurs pour faire offrir de l’encens à ces simulacres; en sorte que qui que ce füt ne pouvoit ni vendre, ni acheter en public, pas même puiser de l’eau sans exercer quelque genre d'idolitrie.

D'un autre côté, le zèle et la foi paroissoient encore plus grands que la fureur idolâtre. Le Sauveur prodiguoit ses grâces : un courage divin animoit les fidèles. On ambitionnoit la palme du martyre, dit Sulpice-Sévère, plus qu’on ne recherche aujourd'hui la mitre et les prélatures. I] falloit que la sagesse des pasteurs modérât cet empressement ; et ils étoient beaucoup moins occupés à aïguillonner les lâches, qu’à réprimer les téméraires. On eût dit que toute l'Eglise militante voulût le même jour entrer en triomphe dans le ciel. Les gens engagés dans les embarras du siècle le disputoient en ferveur aux clercs et aux évêques.

Saint Sébastien , natif de Narbonne, avoit un commandement de distinction dans les troupes d'Italie. On croit qu'il éloit capitaine des gardes de l'empereur. Mais son élévation et son crédit ne lui servoient qu'à protéger les adorateurs du vrai Dieu, ou à lui en former de nouveaux jusque dans les premières conditions; en sorte que ce pieux militaire avoit reçu du pape le titre de défenseur de l'Eglise. Il convertit quantité de Romains du premier rang; entr'autres, Chromace, préfet, c’est-à-dire gouverneur de Rome. Une foi si vive et ci active ne put se cacher long-temps. Sébastien fut dénoncé au préfet du prétoire, et à cause de son rang et de sa réputation renvoyé à Dioclétien même. Cet empereur étoit venu à Rome pour y conférer avec Maximien sur les affaires générales de l'empire. 1] regarda la religion de Sébastien, et la lui reprocha comine une ingratitude atroce : il ne lui laissa que le choix, ou de sacrifier , ou d’expirer dans les supplices. Le fervent officier répondit, qu'il ne cessoit de former des vœux pour la

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DE L'EGLISE. (AX 303.) 385 prospérité de son bienfaiteur et pour le salut de l'empire; mais qu'il les adressoit au Dieu tout-puissant , plutôt qu'à de sourdes idoles. L'empereur ordonna aux archers de Mauritanie, dignes de ces sortes d'expéditions, de le faire mourir à coups deflèches ; et bientôt en effet il fut laissé pour mort sur la place. Mais une veuve chrétienne, étant venue dans le dessein de l'enterrer , trouva qu'il respiroit encore, l’emporta chez elle, et en prit tant de soin, qu'elle le guérit. Ses amis vouloient qu'il se cachât. Mais il se sentit extraordinairement inspiré à tenter encore de faire revenir l'empereur de sa fureur inconsidérée contre christianisme. La conjoncture étoit assez singulière pour espérer un grand effet. Le martyr qu'on croyoit mort, se présenta sur le passage de Dioclétien, et le conjura de rendre plus de justice à des gens pleins de charité, pour ceux même qui se faisoient un jeu deleurstourments. À la vuc d'un homme revenu, pourainsidire, de l’autre monde, l’empereur parut d’abord extrêmement ému , mais il reprit aussitôt ses premiers sentiments, et le fit assommer à coups de bâtons.

Quoique l'imagination des peintres fasse communément un jeune homme de saint Sébastien, il y a plus d'apparence, suivant les monuments antiques, qu'il mourut dans un âge avancé. Depuis le septième siècle, où Rome fut délivrée d’une peste affreuse par son intercession , on recourt avec confiance à cet illustre martyr, dans les maladies contagieuses.

Le sacrifice de la vierge Agnès ne fut pas moins célèbre, La foiblesse de son âge ajoute encore plus à l'honneur de son triomphe, que celle de son sexe. Ellen avoit que treize ans; et avant de paroître propre aucombat, comme dit saint Ambroise dont elle fait l'admiration ainsi que de tous les anciens docteurs , elle étoit müre pour le triomphe. À tous les avantages de la fortune et de la naissance, elle joignoit une beauté dont tout Rome vantoit l'éclat. Elle seule paroissoit l’ignorer , et se montroit uniquement attentive à plaire au divin époux, à qui elle avoit consacré sa virginité presque avant que d'en connoître le prix. Elle ne témoigna que de l’insensibilité au fils du préfet de Rome, qui la rechercha long-temps en mariage, et qui convertit enfin sa passion en une. mortelle vengeance.

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386 (An 303.) HISTOIRE

angélique, que les artifices de la séduction, Alors on lui fit subir la peine la plus horrible qu'il pût y avoir pour sa vertu, en l'exposant nue dans un lieu public. À l'instant elle fut comme voilée et cachée tout entière par ses cheveux ; et par un autre miracle plus extraordinaire encore, la pureté se communiquant de son cœur à celui de ses ravisseurs, ils se sentirent pénétrés d’une salutaire confusion : en sorte que la généreuse vierge n'eut plus rien à redouter que la mort. Mais la multitude parut beaucoup plus sensible qu'elle à ce péril. Tous les spectateurs fondoient en larmes. Le bourreau même étoit attendri ; tandis que la jeune héroïne, loin de donner le moindre signe de regret ou d'effroi , attendoit impatiemment le coup de la mort, qu’elle reçut avec des transports de joie et de reconnoissance. Dans la même persécution, sainte Luce ou Lucie, aussi vierge et martyre, illustra son nom de la même manière, à Syracuse en Sicile, d'où sa célébrité s'est répendue par toute l'Eglise.

On ne finiroit point, en se restreignant même aux traits héroïques. Le diacre saint Vincent souffrit seul, à Saragosse sa patrie, ce qui auroit épuisé les forces et le courage d’une infinité de personnes. Il fallut des miracles multipliés pour le faire survivre à la multiplicité des tourments mortels qu'il endura avant de recevoir le coup de la mort. Etendu sur le chevalet, au point de se voir disloquer et presque arracher entièrement les membres, on lui déchira encore les chairs avec les peignes de fer, jusqu'à ce qu'on lui vit les os et les entrailles. Sa patience inaltérable et la sérénité de son visage mirent le juge en fureur. Dacien , c'étoit le nom de ce tyran, s'en prit aux bourreaux et les fit frapper eux-mêmes afin qu'ils redoublassent de violence. Ils se mirent hors d'haleine, les bras leurtombèrent de lassitude, ils recommencèrent à plusieurs reprises, et toujours avec de plus grands efforts. Enfin le tyran fut obligé de s'avouer vaincu. Cependant, après peu d'intervalle, on revint à la charge. On étendit le saint sur un lit de fer, dont chaque barreau , travaillé en forme de scie, et tout hérissé de pointes aiguës , futencore rougi au feu. On lui brüla en même temps lecôté du corps qui ne touchoit point à ce lit douloureux, en lui appliquant des lames ardéntes sur Îa poitrine et sur les cuisses. On jeta des

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De là l'impitoyable Dacien le fit transporter dans un cachot, semé de têts aigus où on le traîna rudement, pour renouveler la douleur de toutes ses blessures à la fois. Mais tout à coup une lumière céleste éclata , les concerts des anges se firent entendre, et les gardes ne pouvant tenir contre tant de merveilles, se convertirent. Dacien déconcerté ne savoit plus quel parti prendre. Devenu contraire à lui-même, il changea le lit embrasé du martyr en un lit voluptueux et parsemé de roses ,où il le fit mettre, et parut lui envier la gloire d’expirer dans les tourments. Alors le généreux athlète, que les ongles de fer et les brasiers ardents n'avoient point lassé, demanda au Seigneur la couronne qu'il lui avoit promise, et rendit doucement l'esprit.

On conçoit que le tyran, capable d’une pareille cruauté, ne se borna point à une seule exécution. Dacien fit une multitude innombrable de martyrs de tout état, de tout âge et de tout sexe. On fait particulièrement mention de dix-huit, aussi de Saragosse, dont les reliques furent conservées dans un même sépulcre. Les autres provinces d'Espagne ne furent pas mises à de moindres épreuves ; et partout cette nation généreuse cnnoblit par le plus sublime motif la fidélité et la constance qui lui sont naturelles.

Les chrétiens d'Afrique, d'Illyrie, de Pannonie, des contrées germaniques et des climats les plus barbares, signalèrent

comme à l’envi la ferveur de leur foi. À Auguste dans la

Rhétie, aujourd'hui Ausbourg, sainte Afre donna un spectacle aussi frappant qu'inattendu. Cette femme, jusque-là trèsdébauchée, et même publique, renwa inopinément en ellemême, et remporta la palme du martyre, après toutes les épreuves les plus terribles et les plus séduisantes.

La grâce triompha jusque dans les personnes de théâtre. On faisoit des réjouissances à Rome, où Dioclétien s’étoit rendu pour se repaîlre des honneurs du triomphe, après quelques avantages remportés sur les Perses. Le comédien Genès crut ne pouvoir mieux divertir la cour impie, qu'en contrefaisant

par dérision les cérémonies du baptême. I parut couché sur 25,

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