‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 130 sur 159 · PES HET · texte numérisé non relu

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la scène, comme s’il eût été malade, et demanda à être baptisé pour mourir tranquille. On fit paroître deux autres comédiens, travestis, l'un en prêtre et l’autre en exorciste. Ils s’approchèrent du lit, et dirent à Genès : mon enfant, pourquoi nous faites-vous venir? À l'instant le cœur de Genès fut changé, et il répondit très-sérieusement : Parce que je veux recevoir la grâce de Jésus-Christ, et, par la sainte régénération, obtenir la délivrance de mes péchés. On crut qu'il n'en jouoit que mieux son rôle : on accomplit les cérémonies du sacrement, et quand on lui eut mis les habits blancs, des soldats le prirent, en continuant la farce, et le présentèrent à l'empereur pour être interrogé comme les martyrs. Genès profitant de la facilité naturelle qu'il avoit pour la parole, d’un air et d’un ton inspirés, il fit ce discours, du lieu élevé où il étoit :

Ecvutez, empereur et courtisans, sénateurs, plébeïens , tous les ordres de la superbe Rome, écoutez-moi : Ci-devant, lorsque j'entendois seulement proférer le nom de Christ, j'en frissonnois d'horreur, et j'outrageois, autant quil étoit en moi, ceux qui professoient cette croyance. J'ai pris en haine plusieurs même de mes proches et de mes alliés, à cause du nom chrétien ; et j'ai détesté cette religion, au point de m'instruire exactement de ses mystères, comme vous l'avez pu voir, afin d'en faire le jeu public. Mais au moment que l’eau du baptême a touché ma chair, mon cœur s'est changé ; et à l'interrogation qu'on m'a faite, j'ai répondu sincèrement que je croyois. Je voyois une main s'étendre du haut des cieux et des anges étincelants de lumière planer au-dessus de moi. Ils ont lu dans un livre terrible tous les péchés que j'ai commis depuis mon enfance, les ont effacés aussitôt après, puis m'ont remontré le livre plus blanc que la neige. Vous donc maintenant, grand empereur, et vous spectateurs de toute condition, que nos jeux sacriléges ont fait rire de ces divins mystères, croyez avec moi, qui suis plus coupable que vous, que Jésus-Christ est le Seigneur digne de nos adorations, et tâchez d'en obtenir aussi miséricorde.

L'empereur Dioclétien, également irrité et surpris, fit d’abord frapper Genès à coups de bâton, puis le remit au préfet Plautien, afin de le contraindre à sacrifier. Le préfet employa

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DE L'EGLISE. (AN 304.) 38y toutes Îles tortures à pure perte. Le confesseur répondit constamment : Il n’est point de maître comparable à celui qui vient de m'apparoître : je l'adore et le chéris de toute mon âme. Quand j'aurois mille vies à perdre, rien ne me séparera de lui. Jamais les tourments ne m'ôteront Jésus-Christ de la bouche ni du cœur. Je sens le plus vif regret de tous mes égarements passés, et de ce que j'ai commencé si tard à le servir. Ainsi usa-t-il des moments pour réparer le scandale de ses blasphèmes, et pour communiquer son repentir à tous ceux qui l'entendoient. On s’aperçut que son éloquence n’étoit pas infructueuse, et l’on se pressa de lui trancher la tête. L'histoire de saint Gelase, lapidé à Héliopolis en Phénicie, est à peu près la même.

D'un autre côte, des chrétiens qui avoient un motif particulier de ferveur et de constance, des gens engagés dans le saint ministère, et même quelques évêques, trahirent leur devoir en Afrique et en Numidie. Les vases sacrés et les saintes Ecritures, que les puissances idolâtres faisoient rechercher

ur les brûler, leur furent livrés lâchement.

Tel étoit le crime des foibles ministres qu'on appela traditeurs, et que l'Eglise soumit à de sévères pénitences.

Mensurius, évêque de Carthage, se conduisit d'une manière plus digne du successeur presque immédiat de saint Cyprien. Ilemporta, ou serra très-soigneusement les livres sacrés; et joignant adresse à la religion, il laissa dans la basilique neuve, l’une des principales églises de la ville, tout ce qu'il avoit surpris d'écrits hérétiques. Les ministres de la persécution les trouvèrent, et ne lui demandèrent rien de plus. Dans la suite le proconsul eut vent de cette soustraction, et

‘ cependant ne voulut pas qu’on poussât pour lors les recherches

plus loin. Mais peu après, un diacre de Carthage ayant été accusé de s'être échappé par écrit contre l’empereur, et s’étant réfugié chez l'évêque, on le lui demanda, sous peine, en cas de refus, d’être envoyé lui-même en cour pour répondre de sa conduite, Il refusa, et le voyage eut lieu. Mensurius étoit beaucoup moins inquiet pour sa personne que pour son église. Il confia à des gens sûrs ce qu’elle avoit de plus précieux, avec vrdre, s'il ne revenoit point, de remettre le dépôt à son suc-

cesseur ; puis il partit tranquillement pour Romerï. Mais ce prélat, aussi habile homme que zélé pasteur, défendit si ingénieusement sa cause à la cour, qu'il fut renvoyé. Il mourut avant d'arriver à Carthage.

Le crime des traditeurs fit beaucoup de bruit dans l'Eglise ; et sitôt qu’on fut un peu plus tranquille en Afrique, les évéques prirent des mesures pour arrêter ou punir la prévarication., Ceux de Numidie s'assemblèrent au nombre de onze ou douze, à Cirthe, capitale de cette province. Dans ce petit nombre, il ne laissa pas de s’en trouver quelques-uns tachés de vices bien étonnants pour ces premiers âges. Pupurius de Limate fut accusé d'avoir fait mourir deux enfants de sa propre sœur et il ne s’en défendit pas : mais en récrimination, il dénonça comme traditeur le président même du concile, Second de Tygisiste, qui tenoit la première chaire. Ces reproches différents empêchèrent qu'on ne fit une exacte justice. On craignoit un plus grand mal, et l’on admit au pardon ceux qui avoient livré les Ecritures, parce qu'ils étoient en un certain nombre.

Vers le même temps, les évêques d'Espagne tinrent, au nombre de dix-neuf, un concile à Elvire, ville à présent ruinée, et que l'on croit avoir été proche de Grenade, où le siége épiscopal en fut transféré dans la suite. La rigueur des canons dressés contre les fidèles tombés dans le crime d’idolâtrie, rendroit ce concile suspect de novatisme, s'il n’avoit été. cité avec éloge dans celui de Sardique et dans un grand nombre de conciles postérieurs. Et comment en effet ce soupcon pourroit-il tomber sur le fameux Osius qui avoit déjà confessé Ja foi; sur saint Valère de Saragosse, confesseur encore plus illustre, et comparable à son diacre Vincent avec qui il fut arrêté, et sur plusieurs autres pères d'Elvire également irréprochables? On défendit dans ce concile d'accorder la communion, même à l’article de la mort, c’est-à-dire l’eucharistie, qui étoit la marque d’une réconciliation pleine et parfaite, aux fidèles qui auroient idolâtré ou commis certains crimes énormes qui donnoient lieu, surtout quand ils étoient habituels, d’en regarder les coupables comme des idoltres.

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DE L'ÉGLISE. (AN 304.) 391 On traita avec un peu plus d'indulgence les catéchumènes, que le concile appelle chrétiens, tandis qu'il ne donne le nom de fidèles qu’à ceux qui ont reçu le baptême. La discipline s'étoit sans doute extraordinairement relâchée en Espagne, et ce remède y fut jugé nécessaire.

On crut au contraire devoir user de plus de douceur dans les conciles de Carthage, dont nous avons parlé plus haut, et que Rome approuva. Le concile œcuménique de Nicée, qui fait évanouir ces contradictions apparentes, ordonna, comme ceux-ci, d'accorder la paix aux mourants, toutefois après un examen particulier de leurs dispositions, fait par l'évêque, et à charge, s'ils revenoient en santé, de ne communiquer avec les fidèles, que dans la prière. Mais, pour me servir des termes mêmes de cette auguste assemblée, elle ordonna expressément, que qui que ce soit absolument et sans exception, qui en danger prochain de mort demande de participer à l'eucharistie, l'évêque, après les épreuves, la lui accorde:. Elle ne se contente pas qu'on donne au malade le viatique nécessaire, ou l'absolution sacramentelle, ainsi que l'entend le premier concile d'Orange; mais elle veut qu'on y ajoute la communion, c'est-à-dire, la communication de tous les biens spirituels, dont l’eucharistie est le plus précieux. Ce n’est même que pour cet objet qu'on requiert l'examen de l'évêque, qu’il eût été en effet bien dur d'exiger préalablement, pour l'absolution en péril de mort, où souvent il est impossible. De là il est aisé d'inférer, que le refus de la paix, fait aux mourants dans l'antiquité, même au concile d'Elvire, n'emportoit nullement celui de l'absolution sacramentelle. Conclusion d’autant plus certaine, que le saint concile de Nicée, en défendant de priver les mourants du viatique nécessaire ou de l’absolution sacramentelle, dit en propres termes que telle est la loi ancienne et canonique2. En effet, comment se persuader que jamais l'Eglise, cette tendre mère des fidèles, ait usé, envers un grand nombre d'entr'eux, de cet abandon impitoyable? Peut-on croire que son esprit ait été bien connu de ces rigoristes, qui, au sujet du refus de la paix ou de la pénitence, disent froide-

1 Conc. Nic. Can, 13. — 2 Can, 3.

392 (Ar 304.) HISTOIRE ment en tant de rencontres, que l'Eglise, dans ces cas, abandonnoit les pécheurs à la miséricorde de Dieu ?.

Le concile d'Elvire, le plus ancien dont il nous reste des canons de discipline, est surtout remarquable dans ce qui touche le célibat et la pureté des clercs. Par le trente-troisième canon, il est universellement enjoint aux évêques, aux prêtres, aux diacres et aux sous-diacres, de s'abstenir de leurs femmes : loi générale et qui certainement n’étoit pas nouvelle, vu l'importance de la matière. Un petit nombre d'évêques espagnols auroit-il eu cette autorité, si la coutume eût été contraire ? C’étoit donc une continuation de la loi commune, observée de temps immémorial par les ministres des autels, plutôt en vertu d’une tradition apostolique, que par aucune ordonnance expresse. Le soin extrême d’une vertu si délicate fit même défendre, par les pères d'Elvire, à tout ecclésiastique d'avoir avec lui aucune autre personne du sexe, que sa sœur, ou sa fille : encore veulent-ils pour cela qu’elle soit vierge, ou consacrée à Dieu, c'est-à-dire, à l'abri de tout reproche.

[ls défendent aussi d’ordonner dans une provinceles sujets . baptisés dans une autre;,et de mettre de l'argent dansles fonts en recevant le baptême, de peur que le ministèrene prenne un air sordide de négoce. Le fidèle qui, résidant à la ville, manque de serendre à l'église par trois dimanches consécutifs, en est exclus par pénitence pour le même t.mps. Celui quis emporte à briser des idoles, et se fait tuer sur la place, ne doit nullement être compté entre les martyrs On trouve encore dans ces canons l'origine de la défense faite aux clercs, d'exercer le trafic. Ils ne leur interdisent pas néanmoins toute sorte de commerce, mais seulement de négocier hors de leur province, et de suivre en personne les foires et les marchés. La nécessité et la pauvreté des Eglises faisoient employer ces tempéraments. On fit à Elvire un autre canon, savoir la défense de faire des peintures dans les Eglises, qui parut d'abord plus difficile à interpréter; puisque la doctrine que tient l'Egiise depuis l’origine des iconoclastes , doit avoir été la même dans Les temps les plus reculés. Mais on ajoute au même endroit, que c'est de peur qu'on ne peigne ces images sur les murailles,

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cution soudaine et imprévue, on ne püt soustraire à l'impiété des idolâtres les saintes images qui seroient inhérentes aux murs, et demeureroient exposées à la profanation. Voilà ce qu'il y a de plus digne d'attention dans le concile d'Elvire, l'un des premiers qui marquent de la différence entre l’excommunication et l’anathème. Le mot d'excommunication s’y prend pour la privation limitée de la communion à l'égard du pécheur qu'on espère de corriger de la sorte; et le mot d'anathème pour le retranchement perpétuel d'un incorrigible qu'on met par-là au rang des infidèles.

En Orient, la persécution étoit plus violente que jamais. Galère, qui avoit su prendre l'ascendant sur Dioclétien , et qui d’ailleurs étoit maître immédiat de plusieurs grandes provinces, et souverain dans les autres, se livroit sans gêne et sans réserve à toute l’atrocité de sa fureur. Rarement il se contentoit d'ôter simplement la vie; c'étoit la faveurla plus signalée que les confesseurs pussent attendre de lui qu'une mort ordinaire, et quel que fût le nombre des victimes, sa cruauté avoit peine à s'en contenter. Il falloit, pour lui plaire, que les supplices fussent aussi rigoureux que multipliés. C'étoit un art et un mérite auprès de lui, d'en inventer de nouveaux. Ceux qui causoient les douleurs les plus longues et en même temps les plus vives, étoient surtout employés. On ne se plaisoit plus à voir, comme autrefois, les fidèles exposés aux bêtes, à moins qu'une horrible flagellation ne les eût auparavant mis en sang depuis les pieds jusqu'à la tête. C’étoit pareillement une mort cersée trop douce que d'être noyé; mais avant de jeter à la mer un chrétien condamné, on l'enfermoit dans un sac de cuir, avec un chien et un serpent : traitement autrefois aboli, et réputé trop barbare, même contre les parricides. Au lieu d'ongles de fer, on se servoit de morceaux de pots cassés, pour leur déchirer le corps plus lentement jusqu'à ce qu'ils-expirassent. On attachoit les femmes par un pied, et on les élevoit ainsi à des machines, en sorte qu'elles demeuroient honteusement suspendues , la tête en bas. On employoit mille autres artifices d'une invention plus infernale qu'humaine, pour tourmenter par leur pudeur et leur propre vertu les personnes d'ailleurs inaccessibles à l'ef-

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