‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 132 sur 159 · ET · texte numérisé non relu

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400 (AN 305.) HISTOIRE gnerie et ses débauches, mais qu'il affectionnoit ; et à son propre neveu*Maximien , nommé auparavant Daza ou Daïa, jeune homme de la campagne , et tiré nouvellement des forêts où il gardoit les troupeaux. En vain Dioclétien représenta-t-il leur incapacité : Galère ne l’ignoroit pas; mais ce tyran, qui ne se jouoit pas moins de l'état que de la religion , avoit ses vues qu'il ne pouvoit remplir qu'avec des collègues aussi méprisables. Il vouloit monter le gouvernement de telle manière, qu'il eût dans la suite l'autorité suprême , tant sur les augustes que sur les césars. Selon ce beau plan , un Dace, nommé Licinius, aventurier obscur, mais son grand ami , et Sévère devoient êtreles deux augustes : son fils Candidien , qui n'avoit encore que neuf ans, et Maximien, devoient êtreles deux césars; et les quatre ensemble , les remparts de sa propre puissance , à l'abri desquels ce despote absolu passeroit superbement et tranquillement sa vieillesse. 11 craignoit sur toutes choses, que le jeune Constantin, fils de Constance-Chlore, et qui promettoit infiniment , ne parvint où il avoit toutes sortes de droits de prétendre. :

Malheureusement ce jeune et digne prince se trouvoit à la merci du tyran , au milieu de la cour du foible Dioclétien, où il avoit été élevé. Mais Galère, du vivant de Constance- Chlore, n’osoit se porter à une violence ouverte contre le fils de ce sage et valeureux auguste. Tout ce qu'il osa, ce fut de lui donner à toute occasion des commissions hasardeuses , que se jeune héros ne refusoit jamais. Informé de ces dangers perpétuels que couroit son fils, Chlore ne cessoit de le redemander par les lettres les plus pressantes. Enfin Galère consentit en apparence à ce départ, donna même une permission en forme, en se persuadant, comme il étoit tard, que le prince ne partiroit que le lendemain. Constantin, se représentant tout ce qu'une nuit pouvoit faire attenter au tyran, partit dès qu’il le sut couché , et fit une extrême diligence. Il eut même Ja précaution de faire tuer les chevaux de poste sur une partie de sa route, afin qu’on ne pôt s’en servir pour le poursuivre. Personne ne douta de Ja justice de ses soupçons, non plus que de touts l'étendue du péril auquel il se déroboit , quand Galère ordonna le matin qu'on courût après lui. Mais Constantin, par

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DE L'ÉGLISE. ” (ax 306.) 4oi son ingénieuse prévoyance, rejoignit heureusement son père, qui étoit au moment de finir sa carrière, et qui témoigna mourir content, en expirant entre les bras d’un fils, le digne vbjet de sa tendresse et des plus hautes espérances.

Aussitôt après la mort de Constance, le 25 juillet de l'an 306, l’armée proclama Constantin empereur ,à Yorchen Angleterre , avec de grandes acclamations. Il ne voulut cependant prendre alors que le titre de césar; et il attendit celui d’auguste, de Maximien-Hercule qui avoit repris la pourpre, et qui le lui donna l’année suivante, c’est-à-dire le 1." mars 307, avec Fauste, sa fille, en mariage. Ainsi approchoit le jour du Seigneur, et les décrets suprêmes alloient pleinement s’accomplir sur l'empire comme sur l'Eglise.

Quand la persécution n’avoit été que particulière, les châtiments du ciel n’étoient pas universels. Ils s’étendoient dans la même proportion que les violences de l’impiété. Après la plus furieuse des persécutions , le comble et la consommation de toutes celles qui avoient précédé, le bras de Dieu s’appesantit, plus rudement et plus visiblement que jamais, sur l'empire et sur les empereurs. Outre les ravages de la peste, les affreux ouragans et les tremblements de terre , les peuples . barbares, contents auparavant de quelques incursions dans les provinces écartées, poussés depuis comme d'un esprit étranger en elles, et perdant tout ensemble la terreur et le respect du nom romain, fondirent de toute part sur ses plus nobles apanages. La dévastation fut telle, que plusieurs siècles après on nc voyoit, jusqu'au centre de l'empire, que des cabanes éparses, là où il y avoit eu des villes considérables. Les séditions et les guerres civiles achevèrent de désoler ce que le barbarie avoit épargné.

La dernière année de la tyrannie sacrilége, il y eut une sécheresse ruineuse, qui fut suivie de la stérilité et dela famine. Un nombre prodigieux de citoyens, après avoir vendu pièce à pièce chacune de leurs possessions, vendirent enfin leurs enfants pour avoir de quoi prolonger leur vie et leurs malheurs. Excepté quelques familles de la première opulence, en toutes les autres, parents ou enfants, domestiques et maîtres, tout

étoit si maigre et si décharné, qu'il eût semblé voir des troupes 1, | 26

4o2 (Aw 307.) HISTOIRE errantes de spectres, plutôt que des hommes vivants. Tout à coup ils tomboient d'inanition dans les rues et sur les places publiques, où les cadavres pourrissoient sans sépulture. La contagion sembla s'attacher de préférence à ceux que les richesses mettoient à couvert de la faim. Il y eut une maladie singulière , qui affectant la vue, fit perdre un œil ou les deux yeux à une infinité de personnes, hommes, femmes et enfants ; comme pour venger le grand nombre de confesseurs de tout âge et de tout sexe, à qui les persécuteurs avoient fait arracher les yeux.

Nul de ces tyrans n’échappa aux coups de la céleste vengeance!. Dioclétien ne perdit pas la vie. d'une manière violente ; mais sa vieillesse languissante, triste et mépriseble, fut quelque chose pour lui de plus amer et de plus dur à supporter. 11 se transportoit de côté et d'autre, agité de perpétuelles inquiétudes, ne prenant presque point de nourriture, n'ayant pas une heure de sommeil tranquille. Accablé sous le poids de ses chagrins réels ou imaginaires, il n’avoit pas la force de garder quelque ombre de décence. On le vit très-souvent pleurer avec toute la foiblesse d'une femme ou. d’un: enfant.

Quand il apprit les succès de Constantin et le commencement les . des triomphes du christianisme, il s’abandonna aux plus vio- ble. ‘lentes agitations du désespoir. Il s’emportoit dans sa frénésie Ile jusqu'à se frapper lui-même; il se rouloit par terre en pous- De sant des cris qui ressembloient aux hurlements:il prit enfin le pot parti de se laisser mourir de faim. | son Maximienr-Hercule, avant que de périr, se déshonora par sou sa légèreté et sa perfidie. La pourpre qu’il quitta deux fois, pri il la reprit en premier lieu à la sollicitation de son fils Ma- dar xence, qui s’étoit fait reconnoître auguste à Rome d’une gér manière tyrannique. Mais bientôt il en voulut dépouiller ce cor méme fils. Auparavant ils servirent tous deux à humilier Ga- me lère dans la personne de sa créature, c’est-à-dire, de Sévère | per qui en avoit reçu le titre d'auguste, et qui osa marcher en ar- de mes contre Rome; mais ses troupes l'abandonnèrent pour se dar ranger du côté de l'artificieux Maximien. L'’agresseur délaissé sa épe

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DE L'ÉGLISE. (AN 310.) 403 s'enfuit à Ravenne avec le peu de gens qui lui restoient ; puis voyant qu'on se disposoit à le livrer, il aima mieux se rendre lui-même. Cette Jâcheté ne lui valut qu'un genre de mort plus doux. Car, peu de jours après, on lui fit couper les veines. Galère brûlant du désir de se venger, vint en Italie, Il s'avança droit à Rome avec une armée formidable, ne se proposant rien de moins que d'anéantir le sénat et d'exterminer le peuple. Quelques-unes de ses légions passèrent du côté de l'ennemi ; et, dans la peur d'une plusgrandedéfection il se retira, le d 'pit et la rage dans le cœur. Maximien resta en possession de l'autorité avec son fils Maxence.

Mais voyant qu'on obéissoit plus volontiers à celui-ci, le vieillard superbe en conçut une jalousie puérile. I] rassembla le peuple et les troupes, sous prétexte de chercher un remède aux maux de l'état. En effet, il commença par représenter ses désastres, dans une harangue étudiée; mais quand il crut les esprits émus : voilà, dit-il, en montrant son fils, l’auteur de tous ces maux; et en même temps il lui arracha la pourpre. Maxence dépouillé se jetie au bas du tribunal. Les soldats qu'il soutenoit dans leurs désordres, le retirent au milieu d'eux les cris et les menaces se font entendre d'une manière effroyable. Maximien épouvanté prend le parti d'une prompte fuite. Ilerra incertain, d'Italie en Gaule, de Gaule en Pannonie. De la Pannonie, il revint dans les Gaules. Il quitta la pourpre pour la seconde fois, la reprit peu après, en se soulevant contre son gendre Constantin, à qui il avoit persuadé de s'éloigner sous des prétextes artificieux. Il s'empara des trésors de ce prince, et s’efforça de corrompre ses troupes ; mais il échoua dans cette tentative, et retomba même entre les mains de son généreux gendre qui, après lui avoir reproché ses attentats, se contenta de lui ôter, avéc la pourpre, la facilité de les recommencer., Mais Hercule, naturalisé avec le crime , n’en pouvoit perdre l'habitude qu'avec la vie. Peu après tant de marques de clémence de la part de Constantin, il entreprit de l’égorger dans son lit, et voulut rendre complice du parricide, Fauste sa fille, femme de cet empereur. L’impératrice avertit son époux qui, pour ôter toute excuse au coupable, en le prenant sur le fait, se tint caché, et fit coucher un eunuque en sa

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