‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 137 sur 159 · ENS · texte numérisé non relu

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barbares. La lubricité du tyran n’étoit guère moins universelraent alarmante. Il sembloitmême , dansses infâmes débauches, prendre un plaisir particulier à triompher de la veriu et à déshonorer la noblesse, Il faisoit enlever les femmes du preinier rang à leurs maris, et ne lesrenvoyoit que couvertes d'opprobre et après les dernières indignités. Mais les vierges et les daries chrétiennes montrèrent une généreuse résistance. La ferme du préfet, ou gouverneur de la ville, fut de ce ‘nombre. Sa beauté avoit eu le malheur d'attirer les regards du tyran : il l'envoya chercher aussitôt, ci son époux eut l lâcheté de la livrer. Se voyant ainsi trahie, cette âme romaine, qui puisoit dans sa religion des sentiments encore supérieurs à ceux de son origine , demanda du temps, comme pour se ;arer : elle entra dans son cabinet, ne manqua pas de consulter l'arbitre suprèmce de notre vie et de notre mort, dont elle dût être tout particulièrement inspirée; et voulant sans doute laisser un exempi:, qui, au jugement des païens mêmes, égalât au moins celui de Lucrèce, elle fit tout à la fois le sacrifice d'un cœur et d’un corps purs, en s'enfonçant un poignard dans le sein.

A ces excès, Maxence joignoit ceux de la plus exécrable magie : non-seulement il immoloit des lions ou des léopards, et d’autres victimes aussi convenables à sa monstrueusereligion; mais il faisoit les évocations les plus épouvantables, sacrifioit aux démons des femmes enceintes, fouilloit dans leurs entrailles palpitantes , et cherchoit ses sanglants présages jusque dans le cœur des enfants qu’il en arrachoit.

Instruit d’une partie de ces horreurs, l'empereur Constantin désiroit vivement d'affranchir la ville de Rome, qui n'avoit d'espoir qu'en lui. Mais outre que les forces de Maxence étoient beaucoup plus considérables que les siennes, il ne vouloii pas être le premier à rompre la paix. Maxence, en lui déclarant la guerre, le tira de cet embarras; l'insolence et la présomption du tyran étuient à leur comble, Après avoir subjugué l'Afrique, il imagina que les Gaules rési::zroient peu. Pour s'assurer encore davantage, ilfit uneligu:. +: Maximin, Con-

stantin, de son côté, fit alliance avec Li: ….., et lui promit sa sœur Con: nceen mariage. Bientô: :: attit dans Rome ses statucs c: :: images, érigées, su: 1; «4 coutume, lorsqu'il # ges her

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DE L'EGLISE. (An 312.) 413 avoit été reconnu pour empereur; et tout se disposa pour t'accabler. Il crut devoir suppléer à la force par la diligence, et que le meilleur moyen de se dérober à l'orage, c’étoit de le prévenir.

Ayant tout mis chez lui dans le meilleur ordre, il prit incontinent la route de l'Italie, avec le peu d’excellentes troupes qu'il tenoit toujours en état. Son armée n’étoit que d'environ vingt-quatre mille hommes , tant Romains qu'auxiliaires ; ce qui n’entroit point en comparaison, pourle nombre, avec les forces de son ennemi. Nonobstant la différence infinie de la bravoure et de l'habileté des chefs ainsi qus des troupes, il falloit un secours plus qu'humain pour assurer le succès.

Constantin sentit la nécessité d’intéresser le ciel dans son parti. Comme son père Constance-Chlore avoit toujours été chrétien dans l'âme, et même publiquement , à ce querapporte Eusèbe d'une manière si claire et si peu connue, le fils de ce bon prince avoit au moins hérité de son estime pour la religion des chrétiens. Tout nouvellement il avoit vu le T'out-Puissant se déclarer en leur faveur, et frapper des coups les plus marqués de sa colère, leurs persécuteurs cruels , Galère et Maximien. Il s’adressa au Dieu qu'avoit adoré son père, et le conjura par les vœux les plus ardents de se faire de même connoître au fils. Le cœur de ce prince étoit droit : il fut exaucé. Le moment étoit venu de détruire entièrement et avec le plus grand éclat le vieux préjugé qui excluoit les césars du royaume de Jésus-Christ ; mais l'Eternel , en choisissant le moins puissant des empereurs pour faire triompher l'Eglise, voulut d’ailleurs rendre encore plus sensible le miracle de sa protection.

Peu après l'heure de midi , Constantin marchant à la tête de son armée, aperçut au milieu du ciel une croix étincelante de lumière; on y lisoit, en caractères non moins éclatants, Vainquez per cc signe. Toute l'armée, aussi-bien que l'emprreur, vii cct étrange phénomène, et chacun se livra à ses ‘cilexions : plus ir:ppé que personne, le prince pensa le reste du jour à ce que pouvoit présager cette merveille. Jésus-Christ

8 Eus. Vit. Const, c, 47,

kt4 (AN 312) HISTOIRE

lui apparut pendant la nuit avec le même signe, lui ordonna de faire un étendard sur le modèle de cette croix, et de le porter dans les combats , comme une sauve-garde, contre les attaques de ses ennemis. Le prince se leva de grand matin, appela des ouvriers, et leur traça le dessin de cet étendard, qui fut nommé labarum, sans qu'on sache l'étymologie de ce mot ; étranger à la langue romaine. Sur ce plan sont faites à peu près les bannières de nos églises. Un long bâton, couvert de lames d'or, étoit traversé tout en haut par un autre bois semblable, en forme de croix, d'où pendoit un riche voile tissu d’or et de pierreries. Une couronne, également d’or et de

pierres précieuses, au milieu de laquelle on voyoit les deux ,

premières lettres grecques du nom de Christ, entrelacéesl’une dans l’autre, surmontoit la sommité de la croix. Au-dessus du voile paroïssoient les images de l'empereur et de ses enfants. Constantin choisit entre ses gardes cinquante hommes des plus braves et des plus religieux, pour porter tour à tour le labarum. Ce prodige est des mieux attestés, et ne sauroit paroître douteux qu'aux scepticiens volontaires, qui doutent également de tout ce qui fait honneur au christianisme. Si tout autre témoin que l’empereur nous l’eût raconté, dit Eustbe, dont l’histoire nous en a d’abord transmis le souvenir, nous aurions peine à le croire; mais ce prince, après un exact récit, l'ayant confirmé lui-même avec serment , qui pourroit en douter, surtout après que la suite des temps et des événements en a confirmé la vérité? Ainsi parloit Eusèbe, tandis qu'une infinité de personnes qu'il dit en avoir été témoins oculaires, vivoient encore, et pouvoient le démentir. Ce témoignage se trouve encore confirmé par une multitude d'écrivains et de monuments de toute espèce.

Constantin , après cette vision, résolut efficacement de se faire chrétien. Il fit appeler des évêques pour s’instruire dans la foi, et l'on pense qu'il se servit principalement du ministère d'Osius de Cordoue. C’est au moins la manière la plus plausible d'interpréter ce que dit un auteur du temps, qu'un Egyptien venu d'Espagne fit abandonner à cet empereur la religion romaine. Le prince s'appliqua lui-mêe à la lecture des livres saints, dont il demandoit l'intelligence aux minie-

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DE L'ÉGLISE. (x 512) 415 tres sacrés; et dès qu'il eut connu la vérité, il s’étudia de tout son pouvoir à honorer, comme à faire honorer , le Dieu toutpuissant qui se manifestoit avec tant de bonté,

Une protection si visible du ciel inspira le plus intrépide courage au commandant et aux troupes. On ne demanda plus qu’à combattre. Les passages des montagnes et de toute l'Italie étoient inondés des troupes de Maxence : il y avoit jusqu’à trois armées , sans compter la garnison de Rome, qui équivaloit à une quatrième. Mais rien ne put tenir devant un héros guidé par le ciel. Il força, l'épée à la main, les défilés et les retranchements. La terreur se répandit avec les troupes dans la plaine. Tout plia, tout se dissipa. Les meilleures villes ouvrirent leurs portes et vinrent offrir leurs services. Cependant le préfet du prétoire, qui commandoit sous les remparts de Véronne la plus forte des armées de Maxence, et tout ce qui s'y étoit réfugié des autres après leurs défaites particulières, fit une courageuse résistance. Le combat fut long et sanglant. Constantin s’exposoit comme un simple soldat; mais le Seigneur le couvrit de sa protection. Enfin le préfet tomba mort, et ce ne fut plus qu'une déroute. Tout se soumit jusqu'aux portes de Rome, où Maxence restoit enfermé.

Il ne s’attendoit point à s’y voir sitôt assiéger : il donnoit :ù contraire les jeux que les empereurs avoient ordonnés pour la cinquième année de leur règne, et qui se trouvoient différés d'un an, par la nécessité des autres affaires. Ainsi, le vingthuitième jour d'octobre de l'an 312, et le dernier de la sixième année du règne de Maxence, Constantin mit ses troupes en bataille, et s'approcha de Rome. La nuit précédente il avoit été averti, dans une seconde vision, de faire graver le monogramme de Christ sur les boucliers de ses soldats. Ge : ui gnage réitéré de l'assistance divine remplit toute son armée du courage le plus intrépide.

Maxence, au contraire, achevoit de se déshonorer par une lâche terreur, que fomentoient ses devins, en lui annonçant la plus funeste destinée s’il sortoit de Rome. Il crut suppléer à la vale: : ::r les stratagëmes et les artifices. Dans l'espérance de voir y‘mr Constantin au sein même de la victoire, il fit jeter sur le Tibre un pont de bateaux, qu'on pouvait rompre tout

d’un coup par le milieu, en tirant quelques barres de fer ; puis il posta ses troupes avantageusement , à portée du pont, I] ne falloit que demeurer en cette position pour un plein succès. Rome avoit «ls nnnitions de guerre et de bouche pour plus de deux ans: ei l’:ssiégeant se fût consumé bien avant ce terme. Mais il er: étoit tout autrement ordonné par les décrets d’enhaut : le proscrit lui-même en précipita l'exécution. Il fit d’abord passer le pont à ses troupes, sans les accompagner, et il coutinua de s'amuser aux jeux du cirque, par un excès de lâcheté ou d’abrutiss:ratu, qui épuisa enfin la patience du peuple. On cria tout haut à l'indignité, et l’on ajouta mille

acclamations en l'honneur de Constantin. Le tyran s’enfuit du

lieu des spectacles, et, dans sa consternation, alla consulter les livres des sibylles : il y apprit, au rapport de Zozime, que ce jour-là même devoit périr l'ennemi des Romains. Tournant encore l'oracle à son avantage, et poussé par tous les motifs à la fois, il prit enfin ses armes, et sortit de la ville. On dit qu’une infinité de ces oiseaux qu'attirent les cadavres, volèrent aussitôt de ce côté-là, et se reposèrent sur les remparts. Cependant le combat se ralluma à la -::e de Maxence. Les prétoriens surtout , qui n'espéroient l'impunité qu'avec un pareil empereur, firent les derniers efforts pour lui conserver l'empire : tout fut inutile; tout fut renversé et se débanda. La cavalerie étoit enfoncée aussi-bien que les gens de pied. Maxence tourna bride pour rentrer dans Rome, où il pouvoit se défendre encore long-temps. Mais le ciel attendoit le coupable au piége qu'il avoit lui-même tendu. Sous ia multitude des fuyards. le pont de bateaux se rompit. Maxence, à cheval et tout armé, tomba dans le Tibre, où il se noya. Son corps chargé d’une pesante cuirasse, fut trouvé le lendemain, bien avant dans la vase. On lui coupa la ‘ête, et on la rapporta au bout d’une pique, à }: vue du peuple, qui, toujours incertain, n'avoit osé ». ‘quer toute sa joie avant ce moment. Le vainqueur fit cess.. ie carnage; et bientôt on ne s'aperçut de la diversité des partis, qu'à leur émulation dans les témoignages d'amour et de respect, qu’ils s’empressoient à l’envi de donner au libérateur de l'empire, Non-seulement il pardonna à tous les partisans de Maxence, mais il les maintint dans leurs

> fer ; puis ont. 1] ne in succès.

ur plus de ce terme.

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Di L'ÉGLISE. (ax 312) 419 charges et leurs dignités, conserva même les corps de troupes qui avoient combattu contre lui, excepté les Prétoriens qu'il cassa, moins pat un ressentiment personnel, que par haine de leur brigandage, et pour ne plus exposer la vie des maîtres du mondé, äu caprice de ces militaires séditieux. I] prit toutes les mesures propres à remédier aux maux de la tyrannie, et à rappelet la félicité parmi les Romains,

Mäis on doit dire, à la gloire de ce prince et de la religion,

qu'il n’eut rien plus à cœur que de la faire triompher avec lui,

Il voulut que la première statue qu'on lui érigea, depuis la victoire, dans la capitale de l'empire, le représentât, tenant au lieu de pique unie longue croix, avec cette inscription conforme à celle de la vision miraculeuse : Par la vertu de ce signe salutaire, j'ai délivré votre ville de la tyrannie, et j'ai rendu au sénat, et au peuple romain, sa liberté et sa première splendeur,

Quelques mois après, Licinius étant venu d'Orient en Italie, pour l’accomplissement de son mariage; les deux empereurs publièrent de concert un édit céiébre, qu'on peut regarder comme la consommation et le sceau assuré de la paix rendue à l'Eglise. Il est de la fin de l'an 312; ou du commencement de l’année 313, remarquable, en ce que l’on y commença de

compter pat indictions, c'est-à-dire; par le nombre révolu de quinze années, dont on ignore la raison. On verra sans

doute avec plaisir les expressions mêmes et toute la suite de cet important rescrit, conçu de la manière suivante: :

Nous Constantin-Auguste et Licinius-Auguste, heureusement réunis à Milan, et traitant de tout ce qui concerne la sûreté et l'utilité publique, nous avons cru qu'un de nos premiers devoirs étoit de régler ce qui intéresse Île culte de la divinité, et de donner aux chrétiens, comme à tous nos autres sujets, la liberté de suivre leur religion, afin d'attirer la faveur du ciel sur nous et sur tout l'empire. Ainsi avons-nous pris la résolution de ne refuser à qui que ce soit les moyens de suivre de cœur et d'affection les observances des chrétiens, ainsi que de pratiquer telle religion qu’il croira lui être convenable,

5 Eus. 1. 16. c. 5.

CR ee, We Se CN re RE 2 A, Me LIRE Re. 5 ne dasrgied hp 2 de SRG EE

418 (AN 312.) HISTOIRE afin que le Dieu suprême que nous honorons, continue à nous combler de ses grâcés. On voit ici les tempéraments que les empereurs étoient obligés de prendre, pour ne pas révolter les Romains. Parlantensuite aux officiers , à qui la loi étoit adressée: Sachez, disent-ils, que nonobstant toutes lettres contraires que vous auriez ci-devant reçues, il nous plaît actuellement d'ordonner purement et simplement, que quiconque a la volonté de professer la religion chrétienne, le fasse sans être vexé ni inquiété en aucune manière. Ge que nous vous déclarons nettement, en vous informant que nous avons généralement accordé aux chrétiens pleine faculté d'exercer leur religion. Nous avons de plus statué à leur égard, que si les lieux où anciennement ils s'’assembloient, et touchant lesquels vous avez autrefois reçu des ordres différents, ont été achetés par des particuliers, soit du fisc, soit de quelque personne que ce soit, on les restitue aux chrétiens sans répétition de prix, et sans nul délai ni difficulté. Que ceux qui les auroient reçus en don, les rendent pareillement au plus tôt ; et que tant les acquéreurs que les donataires s'adressent au vicaire de la province, pour en recevoir ce qu'ils ont à espérer de notre bonté. Ains: vous remettrez incontinent la société des chrétiens en possession de tous ces lieux : et parce qu'il est notoire qu'ils possédoient encore d'autres biens appartenant à leur commuhauté, c'est-à-dire, aux églises, non aux particuliers, vous ferez restituer à ces corps ou communautés toutes ces choses, sans nulle contestation ni difficulté , sauf à ceux qui les auront rendues sans remboursement, de se pourvoir par- devant nous pour l'indéminité. En tout ceci, nous voulons que vous employiez votre ministère de la manière la plus efficace et la plus prompte, afin que la divine bonté, dont nous avons déjà éprouvé les faveurs en tant de manières si importantes, ne cesse de nous combler de prospérités, avec tous nos peuples. Et pour que cette ordonnance parvienne à la connoissance de tout le monde, partout vous la ferez afficher, avec votre attache, en sorte que personne n'en puisse prétexter cause d'ignorance.

= Tel étoit l’édit de Constantin et de Licinius, différent d’une ordonnance de 313, relative aux priviléges des églises et des

1e à nous s que Îles volter les adressée:

ontraires 1ellement e a la voêtre vexé déclarons éralement religion.

ux ou anvous avez £s par des ne que ce e prix, et it reçus en ant les acle la protre bonté.

rétiens en oire qu'ils r commuiers, vous es choses, les auront evant nous vous em e et la plus vons déjà lantes, ne s peuples.

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DE L'ÉGLISE. (AN 312.) 41q clercs, et qui, parvenant dans les provinces avec les premiers reserlis, procura à l'Eglise une paix générale et solide, la premiére, à proprement parler, dont elle eût encore joui depuis son établissement.

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