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Imaginant donc qu'il valoit mieux les prévenir , tandis que Licinius en Italie ne s’occupoit que de son mariage, il fit une irruption dans les états de ce prince. Celui-ci ramassa à la hâte environ trente mille hommes, et retourna précipitamment contre le perfide Maximin , qui , à la tête de plus de soixante mille, avoit déjà pénétré jusqu'en Thrace. Licinius ne tendoit qu'à l'empêcher, en occupant les défilés, de pousser plus loin. Mais comme Maximin avoit fait la diligence dont il attendoit principalement son succès, déjà il se trouvoit en deçà des montagnes, où s'étendant dans les plaines, il réduisit Licinius à la nécessité d'une bataille rangée. Maximin , pour s’ assurer encore mieux de la victoire, à ce qu il présumoit, promit solennellement à Jupiter d'abolir entièrement le nom chrétien, s’il défaisoit son ennemi. Mais pendant la nuit un ange apparut à Licinius, l’avertit de se mettre avec toute son armée sous la protection du Dieu suprême, et lui promit , à cette condition, le gain de la bataille. Lactance rapporte que l'envoyé céleste apprit à Licinius une formule de prière, que ce prince fit écrire aussitôt après son réveil , et dont on distribua un grand nombre de copies dans l'armée 1. Un courage extraordinaire saisit chaque soldat ; tous demandèrent avec impatience le commencement du combat , que leur chef fixa au premier jour de mai de cette année 313, voulant que Maximin fût défait, comme Maxence, le jour quil étoit parvenu à l'empire. Mais le tyran lui-même avança d'un jour son malheureux destin.
On vint annoncer à Licinius que l'ennemi approchoiït en ordre de bataille , et bientôt les deux armées se trouvèrent en présence. Aïors les soidats de Licinius êtan un moment leur casque , et levant les yeux au ciel, récitèrent jusqu'à trois fois la prière qu'ils avoient apprise , que l'empercur prononça le premier en ces termes : Grand Dieu, nous vous invoquons : Dieu saint, nous implorons votre puissante assistance, Nous vous recommandons la justice de notre cause; nous vous recommandons notre salut ; nc as vous recommandons notre empire. C'est pur vous que nous vivons; c'est par vous que l'on remporte la victoire, et que l'on parvient au triomphe et
1 J'act. n. 45.
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DE L'ÉGLISE. (AN 313.) 423 au bonheur. Dieu très-grand et très-saint , exaucez nos vœux ; c'est vers vous que nous tendons les bras ; Dieu très-grand et très-saint, exancez-nous. Après la troisième récitation de cette prière, les soldats chrétiens s'élancent pleins d'ardeur et d'espoir sur les gens de Maximin, sans faire attention au nombre. Les infidèles furent aussitô’ vaincus qu'attaqués. Un stupide effroi les empêchoit de faire usage de leurs traits et de leurs épées. Ils sembloient avancer , non pour combattre, mais pour se faire égorger , comme d'aveugles victimes. La moitié de l’armée tomba sous le tranchant des armes : le reste se rendit ou prit la fuite. Maximin se retira avec une célérité prodigieuse, jusque dans les détroits du mont Taurus; et ne s'ÿ trouvant pas encore en sûreté , il alla se renfermer dans la ville de Tarse. Un esprit de vertige lui avoit troublé le jugement. Bientôt investi par terre et par mer, il ne vit plus d’autres ressources que le poison.
Comme il s’étoit auparavant rempli de vin et de viande, l'effet n’en put être que fort lent. Ainsi, avec d’inconcevables douleurs, il se sentit long-temps brüler les entrailles, poussant des cris, ou plutôt des hurlements effroyables, se roulant par terre, la mangeant de rage, se frappant la tête aux pavés et aux murailles , avec unc telle fureur , que ses yeux sortirent de leur place, et qu'il en perdit totalement la vue. Mais ses remords faisoient sa plus cruelle torture, ii croyoit voir Jésus- Christ assis sur son redoutable tribunal pour le juger. On l'entendoit répondre , en criant hcrriblement, comme un criminel appliqué à la question. Ce n'est pas moi, ce fut malgré moi. En d'autres moments, il faisoit la confession de ses plus honteux forfaits, et demandoit miséricerde. Il passa quatre jours de la sorte, et mourut dans cet état , si semblable à un enfer anticipé , qu'on a tout lieu de craindre que la divine justice n'ait voulu donner en lui l'exemple d'un nouvel Antiochus. Outre la perte des yeux et le feu qui le dévoroit intérieurement, il éprouva , avant d'expirer , la plupart des autres tourments qu'il avoit ordonnés c intre les martyrs. Ainsi finit le plus impie des persécuteurs. On remarque , comme le premier exemple d'une guerre en forme de la part des infidèles contre une nation chrétienne, que Maximin porta ses armes
424 (AN 318.) IUISTOIRE contre les peuples de la Grande-Arménie , précisément parce
ÿ , qu'ils professoient le christianisme. |:
Qi Cette mort rendit Licinius maître de tout l'Orient. Il se Le 5 transporta aussitôt à Antioche qui en étoit la capitale, fit dé- } Fias clarer Maximin ennemi de la patrie, et briser ses statues. La I 1 femme du tyran fut précipitée dans le fleuve d'Oronte, où P ME cette digne compagne de l’Antechrist de Syrie s’étoit plue à d ‘1 faire périr une infinité de vierges et de femmes vertueuses. f
Ses enfants , dont l'aîné n'avait que huit ans, et généralement LL toute la race des derniers persécuteurs , fut presque en même bi temps exterminée. On exécuta Candidien, fils de Galère, et à Sévérien , fils de Sévère, sur le simple soupçon d’avoir voulu ré prendre la pourpre, Prisque , femme de Dioclétien, et sa fille P Valérie , veuve de Galère, errèrent pendant quinze mois, dé- la guisées en servantes. On les reconnut enfin à Thessalonique, ca et on les condamna à périr sur un échafaud. À ce spectacle L néanmoins tout le peuple fondoit en larmes , et blâmoit une vs rigueur qui, de la part de Licinius , ne pouvoit en effet passer ue que pour une indignité, Mais le juge suprême, qui ne dis- m
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tingue entre le crime du prince et celui du sujet, que pour proportionner la peine à la grandeur du scandale, vouloit , en È | permettant ce revers, punir ces princesses d'avoir renonce Jésus-Christ malgré les impressions de sa grâce et les reproches de leur conscience, Heureuses, si ces dernières humilia- ag tions, les faisant rentrer en elles-mêmes, leur tinrent lieu de pénitence | C'est Lactanoe, originaire d'Afrique selon toutes les apparences, mais habitant de Nicomédie, aù l'empereur Dioclétien, instruit de son mérite, l’avoit fait venir pour enseigner la rhétorique; c'est ce savant et pieux auteur qui, dansson ouvrage de la Mort des Persénuteurs, nous a transmis ces traits fraprants de la divine justice, d’après ce qu'il avoit vu luimême, ou appris de ses contemporains. ]] y narle assez avantageusement de Licinius : ce qui fait présumer que ce prince ne commençoit point encore à exercer la persécution. Lactance s'était illustré par beaucoup d’autres ouvrages, Le livre de la Colère de Dieu, qui remplit parfaitement son titre, en prouvant que Île Seigneur n'est pas moins juste que
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DE L'ÉGLISE. (An 313) 425 patient, avec ceux de la Formation de l'homme et des Institutions divines, sont les principaux qui nous restent. Celui de Ja Formation, fait pour prouver que l’homme a été créé de Dieu , et pour établir sur ce principe la loi de la providence, paroît avair été la première production du zèle de l’auteur depuis sa conversion. Car il étoit né dans les ténèbres de l’in+ fidélité; et nul témoignage n’est plus recevable, en faveur de l'Eglise, que ses Institutions divines, qui sont divisées en sept livres, et qui font son grand ouvrage. Son but est de répondre à tous ceux qui écrivoient contre la religion chrétienne; de réfuter, non-seulement ce qu'on avoit dit, mais tout ce qui pouvait se dire à ce propos, Il y combat avec une grande force la vanité du paganisme, et détruit avee une admirable facilité l'illusion de l'idolâtrie, Tel étoit le propre du génie de Lactance, ou de son genre d'études, l’aptitude à détruire le mensonge et l'impiété, plutôt qu'à prouver les vérités chrétiennes, Il paroït plus orateur que théologien ; il traite nos mystères d'une manière trop philosophique , et se montre peu instruit du fond de ‘a doctrine de l'Eglise, qu'il avoit sans doute étudiée trop tard. Mais on peut assurer que personne: n'a défendu la religion, dans un style plus beau et plus éloquent, d’une façon plus claire, plus vive, plus sublime, plus agréable ; et c'est avec beaucoup de justesse que saint Jérôme l'appelle le Cicéron chrétien,
Il joignit à l'élévation du génie une âme également noble, et d'autant plus grande, que se soutenant par elle-même, il ne iira jamais , pour se faire valoir, aucune ressource des titres ni des avantages extérieurs. Quoiqu'il passe pour ccnstant qu'il fut précepteur de Crispe, fils du grand Constantin, jamais cependant il ne parle de cet honorable emploi que son mérite seul lui avoit obtenu, ni d'aucune autre chose qui puisse le relever devant les hommes. Son désintéressement , si pourtant ce terme rend suffisamment ce que nous voulons exprimer, son désintéressement égala sa modestie, Ses bons offices auprès du césar, fils aîné d'un empereur aussi grand et aussi libéral que Constantin, bien loin de l’enrichir,, le laissèrent toujours dans un état où il ne manqua pas seulement de l'abondance , mais du commode et du nécessaire ; uniauement
sans doute, parce qu'il voulut vivre dans la pauvreté évangélique. Tel est le témoin, ou l’un des témoins, entre mille, qui nous apprend les châtiments exemplaires des dermers persécuteurs.
Quand le pieux Constantin sut la destinée de Maximin , il reconnut, mieux que jamais, la main du Tout-Puissant ; et il ne pouvoit assez le bénir de s'être manifesté à lui dans toute la grandeur de sa miséricorde. Plus son empire s’étendoit et s’affermissoit, plus le tribut de sa reconnoissance et de sa religion devenoit magnifique. Ses charités étoient immenses envers les ministres et les serviteurs indigents deJésus-Christ. 11 fit donner en une fois, au seul évêque de Carthage, pour ceux qui dépendoient de ce prélat, trois mille bourses, c’est-à-dire, plus de trois cent mille livres de notre monnoie ; somme prodigieuse alors , relativement à sa destination. Encore ajoutat-il dans la lettre qu’il écrivit à cette occasion, qu'après avoir distribué ces deniers, si l’évêque les trouvoit insuffisants, il pouvoit s'adresser à l’intendant du domaine, qui avoit ordre d’ajouter sans retard tout ce qu'on lui demanderoit, En même temps il affranchit des charges publiques tous les ministres de l'église soumis à l'évêque Cécilien, comme s’énonçoit le rescrit, c'est-à-dire, tout le clergé orthodoxe d'Afrique, afin que rien ne le détournât du service de la religion. Tel étoit la raison qu c: alléguoit au proconsul Annulin , en lui recommandant la prompte exécution de ces ordres. On lui enjoignit également de faire restituer aux églises catholiques, sitôt la lettre reçue, tout ce qui leur avoit appartenu dans chaque ville, ou partout ailleurs, et ce qui, en vertu des corfscations, se trouvoit occupé par des infidèles. Par votre promptitude, disoit le religieux empereur , vous vous assurerez notre puissante bienveillance. Il n'est pas douteux qu'il envoya de pareils ordres dans les autres provinces.
Les jeux séculaires de Rome tomboient cetie année 313 de Jésus-Christ. Constantin n'eut garde de faire célébrer ces exercices mélés d'idolâtrie, et condamnables d’ailleurs, à raison de la seule dissolution des mœurs qu'ils entraînoïent. Les
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(AN 313.) 427 païens en murmurèrent, craignant ou feignant de craindre, en conséquence de celle suppression , toutessortes de calamités pour l'empire. On laissa dire, et les chrétiens redoublèrent leurs vœux efficaces pour un protecteur si magnanime.
Ce n'étoit point assez pour lui de les mettre à couvert des violences extérieures de leurs ennemis : il ordonna de plus au proconsul Annulin, d'informer contre ceux qui troubloient le sein de l'Eglise, et de les réprimer sous la direction de l'évêque de Carthage. Il s’agissoit des donatistes qui avoient commencé, comme on l'a vu, par se séparer de leurs pasteurs légitimes, et dont la rébellion, selon le coürs ordinaire, passa bientôt du schisme à l'hérésie.
Les derniers persécuteurs avoient exigé qu'on livrât les saintes Ecritures. Plusieurs prêtres et quelques évêques eurent la lâcheté de se conformer à cet ordre impie; et l'on attachoit au crime de ces traditeurs, la même flétrissure à peu près qu’à l'apostasie forruelle. Donat, évêque des Cases-Noires en Numidie, apprit qu'on accusoit vaguement de celte prévaricalion Mensurius, évêque de Carthage. Là-dessus, portant un juge- . ment aussi pernicieux dans ses conséquences que téméraire dans son principe, il avoit aussilôt renoncé à sa communion. Ce schisme ne fit pas grand bruit alors; mais ce qui suivit la mort de Mensurius, lui donna un éclat funeste. Cécilien, diacre de l'église de Carthage, fut élu pour remplir le siége de cette première église d'Afrique, par le suffrage unanime du peuple, et fut ordonné par Félix, évêque d'Aptonge, ville voisine de la capitale, en présence et du consentement des évêques de la province. Deux prêtres, jaloux de l'élévation de Cécilien, Rostre et Célésius, prétendirent que l'érêque d’Aptonge toit lui-même traditeur ; et sous ce prétexte non moins faux que frivole, ils ne voulurent pas reconnoître Cécilien pour leur pasteur légitime. Ainsi se renouvela et s'accrut considérablement le schisme de Donat. À ces mécontents il s’en joignit insensiblement un très-grand nombre, surtout d'évéques numides. Et, ce qu'il y a de plus surprenant, c'est que ces étranges rigoristes étoicnt eux-mêmes des traditeurs nn-
toires, comme ils n'en avoicnt pu disconvenir dans le concile de Girthe.
428 (an 313.) HISTOIRE
Ils se plaignoient aussi qu'on ne les eût pas convoqués pour ordonner Cécilien, et qu'on n'eût pas déféré l'honneur de ; l'ordination au primat de Numidie, avançant contre toute vé- P rité, que telle étoit la loi et la coutume. Par ce moyen, les . traditeurs schismatiques grossirent leur parti de plus de soi- L xante évêques numides , élevèrent à Carthage même autel con-
tre autel, s’assemblèrent en concile, et citèrent Cérilien. P
Il envoya demander de quel crime on le chargeoïit, et qu'on 4 lui produisit ses accusateurs. On n’avoit pas encore fabriqué sa les calomnies dont on essaya de le flétrir par la suite : on ne lui sé opposa que la nullité prétendue de son ordination. Cécilien, L
qui ne vouloit rien épargner pour empêcher le scandale, dit | que si l’évêque d'Aptonge n’avoit pu l'instituer légitimement, E il était tout prêt à se remettre de nouveau entre les mains des
1: évêques assemblés. Mais leur résolution étoit prise de tout D D brouiller. Ils ne firent usage de cette déférence excessive, dont les Li le seul amour de la paix étoit le motif, que pour la lui repro- tre Hi cher comme un aveu du vice de son ordination. L'un de ces L | évêques, nommé Purpurius, ne fut pas même assez maître de un hi: lui pour dissimuler. Il répondit avec une impudence brutale, es (A que Cécilien n’avoit qu'à paroître, qu'on lui imposeroit Les N: Fi mains de nouveau, et si rudement qu'il en auroit la tête écrasée. noi ‘1 Ce propos étoit digne d'un évêque accusé, comme l’étoit Pur - d'A :1 purius, de la mort de son propre neveu. che LN 7 Après une pareille déclaration, jamais le peuple catholique foi ‘4 ne souffrit que son pasteur s’exposât. Les schismatiques le trai- ave Fi tèrent en contumace ; et regardant son siége comme vacant, crif ! ils firent une nouvelle élection, et ordonnèrent Majorin en sa | To (f place. Aussitôt ils répandirent de tous côtés des letires rern- p fixé k plies de mensonges, et dans chaque église d'Afrique ils dé- met { tournèrent, les fidèles de la communion de Cécilien. Celui-ci l'en ï néanmoins se crut suffisamment justifié, reconnu qu'il étoit par Arl 4 la très-grande partie de ses ouailles, et en communion avec prés a l'Eglise de Rome, le centre de l'unité, ainsi qu'avec la multi- dan. 4 tude des évêques. don 4 Les choses en étoient là, quand l’empereur, instruit sans | L hi doute par le pape, fit savoir à Cévilien les ordres qu'il avoit prél ï donnés au proconsul d'Afrique et au vicaire des préfeis, dc ne 4! LA pui “| [ à | Vis | f Hi
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catholique ues le traime vacant, jorin en sa etires rerie ils dé- . Gelui-ci il étoit par nion avec: la multi-
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DE L'ÉGLISE. (An 313.) 429 pas tolérer le schisme dans cette province. G'est pourquoi, portoient les lettres impériales, si vous voyez quelques personnes y persévérer, faites vos plaintes à ces officiers, afin qu'ils punisse:. i°s séditieux,
Cécilien n’usa point du pouvoir qu'on lui donnoit , mais i
prit je parti de la longanimité et de la douceur, comme le plus épiscopal et le plus conforme à l'esprit de l'Evangile. Les schismatiques ne cennoissoient point ces délicatesses : ils n’usèrent du temps que pour intriguer du côté de la Cour; et comne le grand Constantin, èn ces sortes d'affaires, montroit une indulgence qui nuisit souvent au gouvernement aussi-bien qu’à la religion, il reçut la requête où ils lui demandoient à être jugés par lui ou par des commissaires établis de sa part. Ils souhaitoient que ces commissaires fussent de Gaule ; parce que les Gaulois étoient parfaitement désintéressés dans la caus’- des traditeurs.
Après avoir lu la requête, l'empereur s’écria avec étonnement : Hé quoi ! ils demandent que je les juge, moi qui dois être jugé par celui qu'ils représentent 1 ! Cédant néanmoins à sa facilité naturelle, il chargea de prendre encore connoissance de cette affaire, Materne évêque de Gologne, Marin d'Arles et Rhelicius d'Autun. On ne pouvoit guère mieux choisir, dans la multitude même des grands évêques qui édifoient alors nos provinces. Materae avoit d'abord gouverné avec un zèle infatigable, et s:° . nulic autre vue que de se sacrifier aux besoins de l'Eglise, 1es chrétienté, 1e Trèves et de Tongres, outre celle de Gologne; puis, par humi..é, il s’étoit fixé à ce dernier siége, tandis que a ville de Trèvese:zitinfiniment plus distinguée, comme czpitale de toute l'étendue de l'empire au-delà des Alpes. Marin ne se signala pas moins à Arles, tant par l'éclat de ses vertus, que par sa capacité qui le fit présider au concile fameux qu’on célébra peu de temps après dans le lieu de son siége. Rheticius est connu par des écrits, dont saint Jérôme exalte beauccup i éloquence.
L'empereur souhaita que le pape fut encore à la tête de ces prélats, afin de donner plus d'autorité au jugement ; que
? Opt. L. «,
430 (AN 313.) HISTOIRE quinze évêques d'Italie se joignissent à ces dignes juges, et que tous ensemble formassent à Rome un concile dans le palais de Latran. Il avoit donné ordre au proconsul d'Afrique d’en« voyer, pour le commencement d'octobre, Cécilien d'une part avec dix évêques de son parti; et de l’autre, les Africains mécontents, en pareil nombre. Tout fut ponctuellement exécuté, et le concile commença dès le second d'octobre 313.
Les trois évêques des Gaules siégeoient les premiers, après le pape, sans doute comme désirés par les plaignants; ensuite les quinze Italiens, sans exception pour les évêques d'Ostie et de Preneste, suffragants du pape, auxquels on ne voit point qu'on assignât encore de rang particulier.
Le concile dura trois mois, pendant lesquels tous les griefs furent pesés, discutés, rédigés avec une attention et une maturité extraordinaires. Donat des Cases-Noires, et les autres partisans de Majorin, présentèrent un mémoire contre l'évéque de Carthage ; mais quand on | exigea les preuves, ils n’en purent fournir. Les personnes mêmes qu'ils avoient citées, et qu'ils présentèrent pour témoins, les couvrirent de confusion, en déclarant qu'elles n'avoient rien à dire contre Cécilien. Ils craignirent apparemment qu'elles ne s'expliquassent davantage et ue viassent à révéler toute la manœuvre employée pour les suborner, puisqu'ils les firent aussitôt disparoître, après les avoir amenées de si loin.
Donat même n'osa plus se montrer au concile, après le prenier jour. C’étoit passer condamnation, et s'avouer calomniateur. Il fut de plus convaincu et réduit à confesser que lui-même avoit imposé les mains à des sujets coupables d’apostasie. Nonobstant un préjugé si défavorable à la cause qu'il défendoit, on examina avec toute le circonspection possible le procédé des soixante-dix évêques schismatiques qui avoient prononcé à Carthage contre Cécilien et son ordination. Mais comme il étoit notoire qu'on l’avoit condamné sans l’ sg parce qu'il ne pouvoit se présenter avec sûreté pour sa sonne, on n'eut point égard à cette espèce de concile Fr qu on ne savoit point encore l'odieux secret, mais qui déjà n'annoncoit que trop la cabale et la violence.
D'ailleurs la question qu'il avoit traitée ne paroïssoit pas
s, et que le palais ue d'en< une part Africains \ént exére 313.
rs, après 3 ensuite l'Ostie et roit point
les griefs une males autres tre l’évé- , ils n'en citées, et onfusion, ‘cilien. Ils davantage e pour les après les
i avoient on. Mais n+ tendre, sa pere dont on a’annon-
ssoit pas
DE L'ÉGLISE. (An 313.) 43x moins vaine qu'obscure. Outre qu'il étoit difficile de savoir si Félix ou quelqu'autre évêque, entre ceux qui avoient ordonné Cécilien, étoit du nombre des traditeurs, cette connoissance, quand on auroit pu y parvenir , n'avançoit rien; et il ne s'ensuivoit pas que l’ordination de Gécilien fût invalide. C'étoit dès lors un principe reçu, qu’un évêque en place, qui n’a été ni déposé ni condamné par aucun jugement canonique, peut validement exercer son ministère : ce qui faisoit en faveur de Cécilien une surabondance d qui Levoit toute difficulté. Le concile de Rome prononc: que cet évêque étoit innocent, et ratifia son ordi létrit cependant pas ceux du parti opposé, à l'e e Donat des Cases- Noires, auteur de tout ce désordr onvaincu d’ailleurs de prévarications inexcusables. Pour les autres, quoiqu'ordonnés par Majorin hors du sein de l'Eglise, le concile donnant un exemple d'équité et de dérogation à la rigueur des lois, leur laissa la liberté de garder leurs siéges, en renonçant au schisme. Ainsi dans toutes les églises où il se trouvoit deux évéques, l’un ordonné par Cécilien, l’autre par Majorin, on devoit conserver celui qui auroit été ordonné le premier, et placer le second dans un autre siége, à mesure qu'il en vaqueroit.
Tout modéré qu'étoit ce jugement, il ne satisfit pas les schismatiques. À peine leurs députés furent de retour en Afrique, que la dissension recommença plus vivement que jamais entre les partis. Bientôt celui des donatistes, renouvelant ses plaintes auprès de l'empereur, montra que la condescendance n'est pas du tout le moyen de délivrer le gouvernement de leurs importunités effrayantes. Ils allégutrent que leur concile de Carthage avoit été beaucoup plus nombreux que celui qui venoit de l'infirmerà Rome; et que ce petit nombre, quelque irréprochable qu'on le prétendit, n’avoit pu juger qu'avec précipitation, sans se donner le loisir d'approfondir le fait de Félix d'Aptonge.
Constantin fut d’abord indigné. Mais enfin, par un excès de bonté peu conforme à la marche qu'il suivoit beaucoup mieux dans les objets soumis à l'autorité séculière, il se prêta de nouveau à leur mécontentement et à leurinquiétude.