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438 (an 318.) HISTOIRE autre, Il accorda au-delà de leur demande, et fit les frais de l'édifice.
Mais les donatistes se décrièrent eux-mêmes, en se divisant avec scandale. C'étoit un nommé Silvain, qui avoit usurpé sur les catholiques la basilique de Cirthe ou Constantine ; et qui faisoit le rôle d'acteur principal dans le schisme de Numidie. Il déposa son diacre Nundinaire, pour quelques déplaisirs personnels qu'il en avoit recus ; et par dépit, Nundinaire, se rendant le dénonciateur de son évêque, fournit aux catholiques les preuves d'une juste accusation contre ce prélat, coupable d’avoir livréles vases sacrés pendant la persécution , et de s'être fait ordonner évêque par brigue et par simonie. La procédure fut instruite sur les lieux en bonne forme, toutes les allégations parfaitement prouvées, et la relation envoyée à l'empereur, qui ne put se dispenser de condamner Silvain à l'exil, avec quelques sectaires de sa faction.
Peu après, les évêques donatistes présentèrent requête pour le rappel de Silvain, et pour obtenir liberté de conscience. Tout déposant contr'eux, ils n’avoient point de meilleure raison à faire valoir, que leur détermination à tout risquer et à tout souffrir, plutôt que de communiquer avec Cétcilien. Ils obtinrent néanmoins ce qu'ils demandoient, et l'empereur écrivit au vicaire d'Afrique, qu’il eût à laisserau Tout-Puissant la punition de leur fureur. C’étoit trop bien réussir à des factieux, pour en rester là. Ils prétendirent au libre exercice de leur religion , jusque dans Rome, où quelques-uns de leur secte s'étoient déjà établis. Ceux d'Afrique leur envoyèrent un évêque, pour présider à leurs assemblées; mais ils ne purent obtenir aucune église dans l'enceinte de la ville, de plus de quarante que déjà l’on y comptoit; en sorte qu'ils se virent réduits à s’attrouper hors des murs, dans le creux d’une montagne : d'où leur vint lenom de montagnards, porté pour la même raison par leurs prédécesseurs dans le schisme, dès le temps de Félicissime. Mais ce fut après la mort de Majorin, et sous le gouvernement de son successeur dans le faux titre d'évêque de Carthage, c’est-à-dire, du second Donat, différent de Donat des Cases-Noires , premier auteur du schisme, que le parti prit toute sa fonne et sa consistance. Ainsi le der=
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DE L EGLISE. (AN 318.) 439 nier Donat fut celui qui lui laissa son nom. Soit déguisement, soit vertu, il étoit irrépréhensible dans les mœurs, et possédoit à un point inexprimable le secret de se faire estimer ou de se faire valoir. C’étoit une sorte de divinité pour la secte, dont il subjuguoit, sans paroître le vouloir, tout ce qu'elle comprenoit de personnes distinguées. L'art ou le génie de la dissimulation étoit si parfait en lui, qu’il ne venoit pas même en pensée de le soupçonner d'imposture. Il avoit d’ailleurs de la eapacité, de la pénétration, de l’éloquence, une fécondité inépuisable d'invention et d'intrigues pour faire naître incident sur incident avec untalentunique pour donner aux faits les tours les plus plausibles et les couleurs les plus favorables. En uninot ce fut de ces malheureux prodiges que Dieu laissa paroïtre de Join en loin pour éprouver son Eglise, et qui fut plus étonnant lui seul, que tout son parti, le plus opiniâtre qui eût encore désolé le bercail du divin pasteur.
Dès le temps de ce suborneur , parurent les fanatiques appelés eirconcellions , parce qu ils erroient perpétuellement autour des maisons, dans les villes et les bourgades, où ils se donnoient pour les réparateurs des torts et les vengeurs publics des injures, avec tous les désordres qu'entraînoit une telle prétention. Ils mettoient les esclaves en liberté, déchargeoient les débiteurs, vidoient les prisons, et faisoient refluer dans la société , avec tous les excès imaginables , la multitude d’âmes atroces qui s'y trouvoient renfermées 1. Contre ces attentats, il n’y avoit de sûreté, ni sur les routes, ni souv:r:i dans les rues et les meilleures villes. Aussi bizarres que turbulents, ils faisoient descendre les maîtres de voiture, pour servir à leur tour de cortége aux domestiques qu'ils établissoient en leu place. Leurs chefs, dont les plus entreprenants s'appeloient Maxime et Fasir, prenoient le titre de capitaines des saints.
D'abord ces brigands ne portèrent que des bâtons, dont ils
estropioient tout ce qui faisoit résistance. Ils se servirent en-.suite de toutes sortes d'armes, et massacrèrent, de la manière
la plus cruelle, jusqu'aux personnes du sexe et de l'âge le
plus foible.
* Aug. r, cont. Gaud. e, 28
Ils se faisoient un jeu de leur propre vie, s’ouvroient le ventre à la moindre occasion, ou se précipituient du haut des rochers, et se tenoient assurés d'obtenir par-là la couronne du martyre. Cette frénésie saisissoit les femmes aussi-bien que les hommes, et plus encore les filles, toujours le plus en butte à la séduction , qui les dépouilloit de la crainte de Ja mort, si naturelle à leur sexe. Mais on remarqua, dans une infinité de rencontres, que la crainte encore plus forte de l’opprobre faisoit tout le principe de leur héroïsme. Leur mort violente, en mettant au jour le fruit de leur incontinence, trahissoit l’hypocrisie, qui fait souvent toute la vertu de ces vierges folles, vouées à l'esprit de parti. La dissolution et la cruauté allèrent si loin, que leurs propres évêques recoururent à l'autorité souveraine pour les réprimer. On envoya contre ces enthousiastes barbares, des troupes qui en tuèrent un grand nombre; et par une inconséquence que nous ne concevrions pas , si des temps moins éloignés n'avoient offert un spectacle à peu près semblable, ceux que leurs pasteurs et leurs sages jugeoïent dignes de l’animadversion publique, la secte les révéroit après leur supplice, comme les victimes de Ja foi la plus épurée.
Malgré ces déscrdres commis par des chrétiens, Constantin se montra toujours infatigable à faire fleurir la vraie religion. Toujours il parut n'avoir reçu que pour elle le suprême pouvoir et le droit de législation. Il prescrivit la célébration du dimanche , la cessation du travail, même pour les païens, et ne fit d'exception que par rapport aux ouvrages pressants de la campagne. Il ordonna aussi qu'on observât le vendredi d’une façon particulière , en mémoire de la passion du Rédempteur : c’étoient ces deux jours que les fidèles employoient réglément aux exercices publics de la religion. Il fit une loi expresse pour abolir le supplicede la croix, et révoqua la défense irréligieuse de rien léguer en mourant à l'Eglise catholique. Les lois romaines déclaroient tout célibataire, incapable de recevoir des legs, des donations : ces réglements, fort sages sous le règne du paganisme, dont le célibat n’avoit pour principe que le libertinage et la débauche, le pieux empereur les changea, en faveur des chrétiens dont la continence étoit si
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1 Eus. Vit. IV, 26. — à Const. Apost. 1. 11, c. 46.
qu’il permit de consulter, et qu'il semble avoir consultés luimême; quoiqu'on prétende qu'il ne le fit que pour mieux réussir à les décrier, en confrontant avec plus de notoriété la fausseté de la prédiction avec l'événement : d'autant mieux, dit-on, qu’il défendit de les consulter ailleurs que dans les temples, ni de faire aucun sacrifice dans les maisons particulières. Mais en tolérant ces restes de superstitions, il ne témoignoit que du mépris à leurs ministres. Il ne daignoit pas même leur parler, tandis qu'il faisoit aux évêques l'accueil le plus honorable. Ces voies indirectes lui paroissoient nécessaires dansles commencements. Son zèle alla toujours croissant avecles années , et ne cessa point de se fortifier avec le pouvoir.
Le temps étoit enfin arrivé de faire passer l'empire entier du monde civilisé sous les lois de ce prince religieux, qui ne prisoit sa puissance et ses victoires, qu'autant qu'elles servoient à la prospérité et au triomphe de l'Eglise. Licinius eut l’imprudence d'en accélérer le fatal moment, en se brouillant avec lui. En cela la politique ne voyoit que l'issue ordinaire de l’amitié des princes ligués par l'intérêt contre des ennemis communs, et qui n'écoutent plus que leur défiance ou leur jalousie, quand une fois ces ennemis sont abattus. Mais, éclairés de lumières bien supérieures , les pieux fidèles virent dans ce revers le Dieu qui juge les justices mêmes, punir Licinius avec d’autant plus de sévérité , qu'il l’avoit fait servir à ses plus éclatantes vengeances, sans que ce prince en devint meilleur. L’instrument qui venoit de frapper les premiers coupables fut brisé lui-même, quand il eut rempli sa destination. T'ant de merveilles, dont ce prince avoit été le témoin et le ministre, ne l’attachèrent point au vrai Dieu; il s’endurcit au point de devenir lui-même persécuteur, et fit à son tour couler le sang chrétien.
Par ses ordres fut martyrisé, entr'autres, Fillustre saint Blaise, évêque de Sébaste en Arménie. Licinius immola dans la même ville quarante soldats, connus sous le nom des Quarante-Couronnés. Après de cruelles tortures, il les fit exposer durant toute une nuit sur un étang glacé 1. On tenoit à côté
à Basil. Hom, 20.
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DE L'ÉGLISE. (AN 223.) 443 de l'étang, un bain chaud tout prêt, afin que la vue de ce contraste attrayant engageât du moins quelqu'un des confesseurs à renier la foi, dans l'espérance d'un doux et prompt soulagement. Un soldat de garde observant ceux qui étoient dans les tourments, ne pouvoit revenir de l'admiration que lui causoit leur constance. Il fut encore bien plus étonné quand il aperçut en l'air des couronnes au-dessus de leu têtes. Mais il ne compta que trente-neuf couronnes, quoiqu’ils fussent quarante. À l'instant , un de ce nombre manquant de courage, se traîna au bain chaud, où cet apostat demi-mort n'acheva que plus vite de périr. T'ouché à l'instant d'une grâce victorieuse , le soldat spectateur s’écria qu'il étoit chrétien, et prit la place du renégat, dont il obtint la couronne. L’un des plus jeunes de la troupe survécut à tous les autres. Sa mère eut permission de le soulager ou de le solliciter. Mais bien loin de l’induire au crime et de le porter au bain chaud, cette femme, supérieure à toutes les foiblesses de la chair et du sang, le mit sur un des chars où étoient les trente-neuf qui alloient consommer leur martyre par le feu , et lui dit avec une foi héroïque : achève, mon cher fils, ce glorieux combat, et ne te laisse point devancer au triomphe par tes compagnons.
Il y eut beaucoup d'autres victimes de la même persécution en divers endroits. L'illustre sant Nicolas, évêque de Mirre en Lycie, ayant été mis en prison, n’en fut délivré que quand l'empereur Constantin eut abattu l'auteur de la tyrannie.
Il lui avoit représenté diverses fois, qu'il violoit leurs communes conventions, et qu'il lui faisoit une injure personnelle, en vexant les chrétiens dont il le connoissoit si affectionné protecteur. Ges plaintes augmentèrent la mésintelligence, jusqu à ce qu'elle aboutit à une rupture entière. Enfin l’on arma, et l'on en vint aux mains, l’an 323. La supériorité du nombre fut à l'ordinaire du côté de l’empereur idolâtre, qui y mettoit toute sa confiance. Constantin instruit à s'en peu soucier , avoit pour lui , autre l'avantage de la valeur, celui de la bonne cause et du secours céleste. On se rencontra près d'Andrinople, Le camp de Licinius étoit dans une position fort avantageuse, sur une montagne de difficile accès. Avant
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de l’attaquer, Constantin n'oublia pas son recours au Dieu tout-puissant, qui l’avoit rendu si souvent vainqueur. La veille d'un combat, il avoit coutume de se retirer avec quelques personnes d'une piété distinguée, dans une tente séparée du camp, où l'on gardoit le abarum, comme dans une espèce de sanctuaire. Le lendemain de grand matin cet étendard sacré marchoit à la tête des troupes. On voyoit de même la eroix briller sur les drapeaux , dans chaque légion. Ainsi se prépara le pieux Constantin.
Cependant Licinius se comptant fort en sûreté sur sa montagne, insultoit à la piété de son auguste rival 1, Voici, mes amis , les dieux nombreux et puissants que nous adorons, ditil à ses gens, en leur montrant ses aveugles simulacres. Notre ennemi les a tous abandonnés pour un Dieu méprisable, dont le signe patibulaire déshonore les armes romaines. Adorateurs fidèles de ces anciennes divinités de Rome, combattons hardiment sous leurs auspices; et après la victoire qui ne peut nous manquer, anéantissons jusqu'au nom des impies dénaturés qui abjurent les dieux de leur patrie,
Les effets répondirent mal à tant de présomption. Aussitôt que Constantin eut fait passer , près d'Andrinople, un détachement de cinq mille hommes au-delà d’une rivière qui séparoit les deux armées, en un lieu où on ne l’attendoit nullement, la surprise et l’effroi mirent le désordre dans tous les rangs infidèles. Il en demeura environ trente-quatre mille sur le champ de bataille. Te camp de l'empereur idolêtre fut emporté, et lui-même obligé de fuir précipitammeni. Il s'arrêta dans Bysance, où il prétendoit tenir ferme. Mais la flotte de Constantin, commandée par Crispe son fils , ayant remporté une victoire encore plus complète que celle de son père, Licinius , avant d'être assiégé par terre comme par mer, se réfugia au-delà du détroit, dans Chalcédoine, avec ses trésors. Il y fut aussitôt poursuivi. Mais y trouvant encore son armée forte de cent trente mille hommes, il revint sans délai au-devant des ennemis.
On livra une seconde bataille rangée, beaucoup plus meur:
1 Eus. Vit. 11,
s au Dieu . La veille ques peréparée du ne espèce dard sacré Le la croix se prépara
Ar sa mon- Voici, mes orons , ditcres. Notre able, dont Adorateurs attons harqui ne peut
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n. Aussitôt e, un détaère qui séendoit nulans tous les
père, Lici- , se réfugia sors. Il y fut hée forte de
DE L'ÉGLISE. | (An 323.) 445 trière que celle d'Andrinople, puisque d’une armée si nombreuse, à peine il se sauva trois mille combattants. Aussitôt Bysance et Ckalcédoine ouvrent leurs portes. Licinius se retira à Nicomédie. Bientôt désespérant de se soutenir , l’assiégé envoie sa femme Constance, qui étoit la propre sœur de l’empereur Constantin , pour implorer la clémence d'un frère dont elle connoïissoit la tendresse’et qu'elle fléchit en effet.
Peu après, Licinius bien changé de ce qu'il avoit été quelques jours auparavant , vint se jeter lui-même aux pieds de son généreux beau-frère, et lui remettre la pourpre dont il s'étoit dépouillé ; trop content , disoit-il , de la vie qu’on daignoit lui conserver. Le vainqueur le releva avec des témoignages non suspects de réconciliation, le fit manger à sa table, et puis l'envoya à Thessalonique, 0°: il devoit jouir d’une considération proportionnée à sa premit:e grandeur. Mais comme cet esprit inquiet ne put vivre en repos, et se fit soupçonner de vouloir reprendre la pourpre, on crut ne pouvoir assurer la tranquillité publique qu'en le faisant mourir l'an 324.
Devenu seul maître de toutes les provinces, tant de l'Orient que de l'Occident, Constantin fit partout restituer aux confesseurs les biens confisqués, et la succession des martyrs à leurs proches, se réservant d'indemniser les acquéreurs qui auroient obtenu du fisc quelqu'un de ces fonds à titre d'achat ou autrement. Les principaux officiers qu'il employoit à la régie des provinces, professoient le christianisme ; et il exigeoit de ceux qui tenoient encore à la vieille religion, qu'ils s'abstinssent au moins des sacrifices idolâtres. Il alla jusqu'à défendre généralement de faire ces sacrifices, soit dans les villes, soit dans les campagnes, et d'exercer la divination ou toute autre superstition, du moins hors des temples. Il exhorta ses nouveaux sujets, dans toute l'étendue del'Orient , moins en empereur qu'en apôtre, à passer des ténèbres de l'idolâtrie à la lumière de l'Evangile ; déclarant toutefois qu'il ne vouloit contraindre personne au service d'un Dieu uniquement jaloux de l'hommage des cœurs 1. I] recommandoit même aux particuliers d'éviter avec soin de se faire peine les uns aux autres,
d£Eus, Vie var, 56,
446 (An 324.) HISTOIRE pour la diversité des cultes; et il réprima le zèle précipité de ceux qui parloient déjà d’abattre les temples des dieux. Mais il réédifia partout les églises, avec une magnificence infiniment supérieure à leur premier état, et avec une grandeur qui présageoit ce qu'on avoit encore peine à croire, que tout l’empire alloit se faire chrétien. Il mandoit aux gouverneurs de ne rien épargner , autorisoit les évêques et les prêtres à tirer sans crainte de ses trésors, les y exhorta même avec tout l'empressement qu'avoient marqué ses plus avides prédécesseurs à en amasscr.
Dirigées néanmoins par une sagesse égale à la munificence du prince, ces pieuses largesses ne sembloient qu'enrichir l'état. Le ciel répandoit les biens avec profusion sur un empire, dont le vertueux modérateur n’avoit rien plus à cœur que d'en faire hommage au premier auteur de tout bienfait. L'abondance et la prospérité étoient générales dans les provinces, les terres chargées des plus riches moissons, l'air même d'une salubrité extraordinaire et presque inconnue jusque-là, tous les peuples dans la joie et la paix, les villes que la guerre avoit ruinées, rétablies dans un état plus heureux qu'auparavant; en sorte que le monde présentoit une face aussi nouvelle que l'innocence et la pureté des mœurs qui la lui procuroient. Depuis le rétablissement de la tranquillité et de l'harmonie entre les diverses parties de l'empire, il n’y avoit plus rien à craindre, ni au dedans, ni au dehors. Les Barbaros étoient revenus à leur ancien respect pour le nom romain ; les armées observoient une exacte discipline; l’empereur payant ponctuellement ses troupes, et pourvoyant à tous leurs besoins avec une attention paternelle, il ne restoit au soldat nul prétexte de piller ni de murmurer, et il ne pensoit qu'à vivre en citoyen pacifique. On accordoit des récompenses aux vétérans : mais elles consistoient en terres qu'ils s'occupoient à cultiver, et que respectoient généralement les gens de guerre, par l'espérance d'un pareil traitement. Enfin l'ordre et l'équité régnoient dans tous les états : chacun jouissoit en sûreté de ce qu'il possédoit ; et l’on ne craignoit plus, comme sous les derniers potentats , plus tyrans qu'empereurs, ni le caprice du maître, ni la cupidité du ministre.
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ns les prossons, l'air connue jusvilles que la us heureux it une face œurs qui la anquillité et pire, il n'y dehors. Les our le nom line; l'emourvoyant à il ne restoit til ne pendes récomerres qu'ils alement les nent. Enfin acun jouisgnoit plus, empereurs,
DE L'ÉGLISE. (AN 324) 447 Nyarr out lieu Je s'attendre à recueillir des fruits également abs. dants du salut. Le champ du père famille se trouvoit admirablement préparé : mais depuis quelque temps, et avec assez peu d'éclat jusqu alors, la semence en avoit été altérée par un homme ennemi, en comparaison duquel tout ce qui avoit encore paru de suborneurs, mérite à peine ce nom. ÂArius , prêtre de l'Eglise d'Alexandrie, dont nous avons à parler , étoit natif de Libye, et avoit suivi le schisme de Mélèce , autre sectaire, d'abord évêque de Lyque ou Lycopolis dans la Thébaïde, et déposé depuis dans un concile par le saint patriarche Pierre, pour avoir sacrifié aux idoles, et pour plusieurs autres crimes. Au lieu de ménager son pardon par la soumission et la pénitence, l’incorrigible prélat ne s'étudia qu’à séduire une foule de méchants et d'esprits foibles. Sans se mettre en peine de colorer sa révolte d'aucune raison plausible, il se fit chef de secte et se contenta de crier vaguement qu'on ne lui avoit pas rendu justice. J1 se répandit sans pudeur en invectives contre son pieux supérieur, et remplit toute l'Egypte de trouble et de scandale. Comme il croyoit voir des vertus et du zèle dans Ârius, avec ce génie aigre et fier qui se juge toujours au-dessous de Ja place qu'il mérite, il tenta de procurer un tel appui à son schisme ; et le succès de la négociation fut d'abord tel qu’on pouvoit l'attendre de deux hommes si propres l’un à l'autre. Le saint évêque d'Alexandrie regagna cependant Arius, non-seulement lui rendit Ja communion, mais l’ordonna diacre : car il n’étoit pas rncore dans les saints ordres, quand il s’attacha pour la premi re fois à Mélèce. Bientôt le saint pasteur reconnut que les génies de celte trempe reviennent rarement avec sincérité; et lui voyant trouver mauvais qu'on excommuniât les partisans de Mélèce, quoique par sa propre conduite il vint de les condamner, il Je chassa de l'Eglise, et ne voulut plus entendre au rétablissement de l'hypocrite, à l'égard duquel il demeura inexorable jusqu’à la fin de sa sainte carrière, qu’il termina par le martyre.
Saint Achillas, qui le remplaça dans ce grand siége, fut encore la dupe de l'habile apostat, quoique prévenu par son illustre prédécesseur qui s'étoit exprimé là-dessus d'une ma-
De LE
nière à persuader que l'Esprit de Dieu lui avoit communiqué des lumières plus qu'ordinaires. Mais personne n’égaloit Arius dans l’art du déguisement. Cet habile imposteur gagna le nouveau patriarche, au point de s'en faire ordonner prêtre, et d'obtenir le gouvernement de l’une des principales églises d'Alexandrie, érigée dès lors au nombre de neuf, à peu près sur le pied de nos paroïsses , dont elles fournirent un des premiers modèles. Il fit tous ces progrès, sous le pontificat d’Achillas, qui ne dura pourtant que quelques mois ; et après la
‘ mort de ce prélat, il se crut en assez grande considération pour prétendre à lui succéder. Le prêtre Alexandre lui fut néanmoins préféré. Des vertus aussi éminentes que pures, jointes à une grande habileté dans les affaires, lui avoient gagné tous les suffrages. Le superbe Ârius ne put jamais digérer cette préférence, et ne chercha plus qu’à s’en venger. Il n’y avoit pas moyen d'attaquer les mœurs d'Alexandre : Arius épia l’occasion d’en censurer la doctrine; et la singularité de sa propre façon de penser ne tarda point à la lui fournir 1.
L'’évêque d'Alexandrie, dans une assemblée de ses ecclésiastiques, dit en parlant du mystère de l’adorable Trinité, qu’elle ne contenoïit qu'une seule essence 2. Arius interrompit son pasteur , lui dit avec insolence qu'il préchoit le sabellianisme , et que la distinction des personnes divines ne consisteroit plus que dans les noms, si l’on adoptoit l'unité d'essence, ou de nature 3. L'éclat étoit scandaleux : il y eut du tumulte dans l'assemblée, et néanmoins quelque partage dans les opinions, par l'habileté du novateur à cacher le sens de ses expressions. Arius multiplia les imputations et les cabales, pour se faire des partisans et des défenseurs : l'évêque ne montra que de la douceur et de la modestie; et n'imaginant pas jusqu'où le prêtre indocile portoit ses vues, il proposa
"2m DH Eve PRÉ PTS ap Des lier
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| une conférence, où il seroit libre à chacun d'expliquer son 1 AS sentiment avec ses raisons. a | "a Dans l'intervalle, Arius osa débiter que le Fils de Dieu n'a- 8
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VEL AE - Lu.
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be — im NT. :
1'Theod.t,e, 3, — 2 Soer, 1,0. 5. — 3 Sorom. 1. c. 15.
imuniqué loit Arius na le nouprêtre, et les églises | peu près n des preificat d’Aet après la 1sidération dre lui fut que pures, lui avoient t jamais di= en venger.
Alexandre :
‘la singula-
int à la lui
e ses eccléble Trinité, interrompit le sabellias ne consisl’unité d’es- . il y eut du artage dans e sens de ses les cabales, l'évêque ne n'imaginant 4 proposa pliquer son
de Dieu n'a AL par con-
DE L'ÉGLISE. (An 55) 449 séquent n'étoit pas Fils naturel de Dieu, mais seulement Fils adoptif; qué le Père étoit seul vraiment et proprement Dieu ; que le Fils au contraire ne l’étoit que par participation, n'étant ni éternel, ni immuable ; mais tiré du néant comme les autres créatures, quoiqu' avant elles. Puis, se portant aux derniers excès de l’impiété , il n'eut point d'horreur d'avancer que le Fils de Dieu par son libre arbitre, étoit capable de vice aussibien que de vertu; Le blasphémateur ne répandit d’abord cette atfreuse doctrine, au moins avec clarté, que dans ses entretiens particuliers; mais quand il se vit un certain nombre de sectateurs et de patrôhs , il ne mériagea plus rien, et blasphéma publiquement. |
Malheureusement il étoit doué de tous les talents les plus propres à séduire : un extérieur grave et modeste, une taille naute et majestueuse, un air pénitent et recueilli, l’abordnéanmoins doux, gracieux, insinuant, et une certaine façon de présenter les choses, qui eh déroboit toute l'horreur , et faiéoit pénétrer agréablément dans les esprits le plus infect poison 1. Il étoit déjà vieux, et son visage pâle et décharné. Ses membres affoiblis et tremblants lui donnoient un air imposant, et le faisoient regarder comme un saint, qui ne tenant plus à la terre ; n’y avoit d'autre intérêt que celui de la vertu et de la piété. Un essaim desourdsémissaires secouloientadroitement dans toutes les sociétés , où ils ne manquoient aucune occasion de fortifier ces impressions pernicieuses, et de donner aux ébauches du séducteur toute leur funeste perfection. À vec tant d'avantages, il se fit un nombre prodigieux de partisans , gagna des diacres, des prêtres, quelques évêques et une thultitude de vierges et de femmes indociles, dont les hérésiarques ont su, dans tous les siècles, tirer tant de parti.
Enfin le jour de la conférence arriva. L'’évêque Alexandre convoqua son clergé, et Arius eut la liberté d'exposer ses opinions. Quoiqu'elles fissent horreur au saint patriarche, dès la première conférence , il en accorda une seconde, où il ne gagna pas plus qu'à la première, Après quoi le zélé pasteur réfléchissant que Ja douceur et les délais ne servoient qu'à ré-
à Epiph. Hær, 69, n. 13,
pandre l'erreur dans la ville et dans les autres églises, même
hors de la province, il assembla un concile d'environ cent évêques de l'Egypte et de la Libye. Les nouveautés impies y furent condamnées d'une voix unanime, leur auteur déposé et excommunié avec neuf diacres, ses principaux adhérents. Saint Alexandre crut devoir avertir, premièrement le chef de toute l'Eglise, puis les évêques des siéges importants parleur grandeur ou leur position, afin de donner à la condamnation autant de poids et d'authenticité, que l'erreur avoit causé de scandale,
Dans la seule de ces lettres particulières qui nous reste et qui fut adressée à l'évêque de Bysance, on voit avec quelle unanimité les évêques épars dans tout l'Orient souscrivirent aux décisions du concile d'Alexandrie 1. Prononcez avec nous, portoit-elle, à l'exemple de nos confrères dont j'ai déjà reçu la réponse, et qui ont signé le mémoire que vous verrez cijoint à leurs lettres, lequel vous doit être remis par notre cher fils, le diacre Apion. 1l y en a de toute l'Egypte et de la Thébaïde , de la Libye et de la Pentapole, de la Syrie, de la Pamphilie , de l'Asie proconsulaire, de la Cappadoce et des provinces circonvoisines. Je m'attends à recevoir de vous une acceptation semblable. Car après plusieurs autres remèdes , j'ai cru que cette croyance uniforme de nos confrères seroit le plus efficace, et achèveroit de guérir les esprits foibles qui se sont laissé tromper. Ainsi le saint patriarche regardoit-il le consentement des évêques, bien que dispersés, comme un témoignage infaillible de la vérité orthodoxe.
Il se plaignoit cependant que certains prélats reçussent les lettres d'Arius , et lui fissent réponse, contre la règle de l'Eglise, qui défend à un évêque de communiquer avec un sujet excommunié par un autre évêque. J'aurois voulu user de ménagements, ajoute-t-il dans une autre lettre qui fut aussi adressée après le concile à tous les évêques du monde chrétien, j'aurois voulu arrêter le mal à sa source, dans la personne des apoëtats. Mais puisqu'Eusèbe s’arroge le droit de conduire despotiquement les affaires de toute l'Eglise ; puis-
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DE L'EGLISE, (AK 324.) 45 qu'il a scandaleusement quitté l'église de Béryte pour usurper le siége de Nicomédie; qu'il se met à la tête des réfractaires, et qu'il écrit de toute part en leur faveur ; je ne puis arrêter ou prévenir la séduction, qu'en rompant un silence qui devient si favorable à l'erreur.
Get Eusèbe de Nicomédie, très-distingué par ses qualités personnelles, devint si fameux dans les affaires de l’arianisme, que les premiers ariens portèérent long-temps son nom. Il venoit de scandaliser l'Eglise par un trait inouï d'ambition, équivalent à une intrusion dans cet âge pur; c’est-à-dire par sa translation de l'évêché de Béryte, ville commune de la Palestine, à celui de Nicomédie, capitale de la province de Bithynie, et de tout l'empire d'Orient , depuis que les empereurs avoient commencé d'y faire leur séjour ordinaire. Il étoit d'une haute naissance, parent de Julien l’Apostat, et vraisemblablement de Constantin ; et c'étoit par le crédit de la princesse Constance , sœur de cet empereur et femme de Licinius, qu'il avoit réussi dans son projet ambitieux.
Il y avoit un autre Eustbe, évêque de Césarée en Palestine, que l’on croit parent du premier , et qui protégea aussi Arius. Il étoit d’un mérite éminent , illustre par de savants ouvrages, spécialement par son Histoire de l'Eglise, qui lui a mérité le titre de Père de l’histoire ecclésiastique. C’est en etfet la meilleure del'antiquité , ét le digne modèle des plus modernes, quant au fond des choses , au ton de dignité et à la méthode. Pour le style, Photius y trouve peu de nombre et d’élévation, moins encore de ces grâces attiques, dont le lecteur ne peut guère juger , depuis que la langue d'Athènes n'est plus qu'une Jangue morte.
Outre cette histoire, il avoit encore mis au jour l'excellent ouvrage de la Préparation et de la Démonstrationévangélique, qui forme un corps très-considérable de controverse contre les païens et les juifs. Il tend à prouver que les chrétiens n'ont pas reçu la foi précipitamment et en aveugles, mais seulement après un sérieux examen , et par un jugement fondé sur les
plus solides raisons. Le traité dela Préparation, qui fait la pre-
1 Thaod. 5, c, 4.
452 (AN 324.) HISTOIRE mière partie de l'ouvrage, pris dans sa totalité, montre pourquoi les chrétiens ont préféré à la doctrine des Grecs, celle des Hébreux qu'on distingue ici des Juifs, en ce que les Juifs sont un peuple particulier soumis à la loi de Moïse et à toutes ses génantes observances; au lieu que par les Hébreux on entend tous les fidèles qui ont vécu depuis le commencement du monde jusqu’à Moïse, sous la direction de la loi de nature et de la droite raison, commune à tous les peuples. Dans le traité de la Démonstration, l'on enseigne pourquoi les chrétiens, après avoir embrassé la doctrine des Hébreux, n’observent pas la loi mosaïque.
La Préparation est subdivisée en quinze livres , dont les six premiers contiennent la réfutation du paganisme, et les neut suivants font sentir l'excellence des principes religieux du plus ancien des peuples. Dans la réfutation du paganisme, tous les principes de la théologie fabuleuse sont exposés, discutés, évalués avec une exactitude et une justesse qui marque autant de profondeur que de sagacité, et une érudition prodigieuse. On rapporte les propres paroles des auteurs les plus anciens, égyptiens , aussi-bien que grecs et romains. Pour écarter lhorreur et le ridicule de la mythologie prise à la lettre, les philosophes des derniers temps avoient pris le parti du sens allégorique, et donnoient un air de mystère aux fables les plus absurdes. Eusèbe les poursuit jusque dans ce retranchement :, prouve quela vraie théologie des païens n’étoit autre chose que les fables entendues aussi littéralement que dans les poütes, et que. selon mêmelesallégories des physiciens , ce seroittoujours une idolâtrie grossière d’adorer les astres, les divers éléments , les corps de tout genre, sous le nom de dieux et de déesses. Poussant encore plus loin ces philosophes mythologistes, et Porphyre en particulier, il leur démontre avec la plus grande force de raisonnement, et la plus vaste étendue de génie comme de connoissances, qu'ils s’engageoient par ces explications forcées, en des embarras plus grands que ceux qu ils se proposoient d'éviter; que non-seulement ils ruinoient par-là leur religion superstitieuse, mais qu'ils anéantissoient
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DE L'ÉGLISE. (An 324.) 453 absolument toute religion, dont ils ne laissoient plus aux kommes nulle marque sensible. Eusèbe s'attache encore dans cette première partie, savoir, dans son cinquième livre, à réfuter les oracles, comme un des principaux fondements de la superstition dans l'esprit des peuples, et non content de saper, par les moyens les plus invincibles , la base de toute divination en général , il analyse en particulier tous les oracles cé- Icbres, et en montre sensiblement l'illusion.
Après une pareille réfutation, il ne lui étoit pas difficile de justifier les chrétiens, sur ce qu'ils avoient préféré la doctrine des Hébreux à celle des gentils; la morale de ces premiers peuples étant très-pure, et leurs dogmes aussi raisonnables que religieux. Quant à la loi du peuple particulier qui habitoit la Judée, dont le législateur et les prophètes sont antérieurs aux écrivains grecs , il fait remarquer la conformité de ces principes avec ceux des peuples anciens, ou des Hébreux; et de ceux-ci, avec les plus célèbres philosophes, en commençant par Platon. Pour les philosophes dont la doctrine ne s'accorde point avec la nôtre, il montre qu'ils ne s'accordent pas mieux entr'eux, etles combat avantageusement les uns par les autres.
Dans la Démonstration évangélique, qui forme une excellente controverse contre les Juifs, il fait voir que nous n'avons pas dû suivre leur manière de vivre, quoique nous ayons embrassé la doctrine des Hébreux : ce qu'il prouve amplement par leurs propres docteurs, par les écrits des prophètes , et par la convenance même des choses ; la loi de Moyse n'étant faite évidemment que pour le peuple en particulier, qui vivoit resserré dans une contrée peu étendue, et ne devoit sacrifier que dans un seul temple. Cet ouvrage de la Démonstration est divisé en vingt livres, dont les dix derniers sont perdus. Fabricius a retrouvé quelques autres morceaux de ce précieux ouvrage, et les a publiés vers le commencement de ce siècle, dans sa Bibliothèque des auteurs qui traitent de la religion.
Nous ne ferons qu’indiquer les autres écrits d'Eusèbe , tels que sa Chronique traduite par saint Jérôme , sa vie de l'empereur Constantin, celle du martyr Pamphile, l'Histoire des martyrs de son temps, ses Commentaires sur l'Ecriture, et différents ouvrages polémiques. Il n'entre pas dans notre plan
454 (AN 324.) HISTOIRE de donner des analyses en forme , même des principaux écrivains, mais d'indiquer les ressources qu'on peut tirer de la religion, et de faire connoître la manière des auteurs. Celle d’Eusèbe, extrêmement sclide, forte de choses, remplie d’une érudition profonde et intéressante, l'a fait passer justement pour un écrivain des plus judicieux, et pour le plus savant homme de son temps.
Il ajoutoit à son nom propre celui du martyr Pamphile, qui avoit passé sa vie dans l'exercice de toutes les vertus, auxquelles il joignit une grande capacité et une grande application, tant à étudier qu'à enseigner. Ce saint et savant prêtre ayant recueilli avec soin les écrits des auteurs ecclésiastiques, principalement ceux d'Origène, qu'il copia presque tous de sa main, il en forma une riche bibliothèque à Césarée ; et il y établit une école chrétienne, où Eusèbe, l’un de ses nombreux disciples fut tellement attaché à son maître , qu'après son martyre arrivé dans la persécution de Dioclétien, il crut trop peu faire d'écrire sa vie, et voulut toujours porter son nom. Heureux, si son cœur, capable d'attachement , en eût aussi-bien choisitous les objets ! Maisil fitla funeste connvissance d'Arius; et malgré les soins de plusieurs modernes à le justifier, il est encore trop vraisemblable qu'il persévéra toujours dans l’erreur.
Pour Eusèhe de Nicomédie, le foible intérêt d'un simple prêtre, tel qu'Arius, n'auroit pas eu grande influence sur le caractère et les démarches de ce prélat altier et courtisan , s’il ne s’ÿ fut mélé d’autres motifs, Mais la jalousie fut de la partie. 11 souffroit impatiemment un rang supérieur au sien, dans l'évêque d'Alexandrie, quicommençoit à porter le titre d'archevêque et depatriarche. Arius, chassé d'Egypte et retiré en Palestine où déjà il avoit trouvé l'appui de l’évêque de Césarée et dequelques autres prélats, écrivit, apparemment par leur impulsion, à l'évêque de Nicomédie, et lui expliqua sa doctrine. Il s’appliqua aussi à tourner en ridicule les plus grands évêques qui ne pensoient pas comme lui, tels que Philogoned'Antioche, Macaire de Jérusalem, Hellanique de Tripoli, et par-dessus tous les autres, son propre pasteur saint Alexandre. Quant à ceux qui Lenoient ses opinions , le sectaire ne manqua point de
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A sien, dans itre d’archeetiré en Pae Césarée et Lleur impuldoctrine. Il nds évèques d’Antioche, t par-dessus re. Quant à qua point de
DE L'ÉGLISE. (An 324.) 455 les donner pour des hommes d'un rare mérite et de la plus haute vertu.
Eusèbe lui répondit de le venir trouver à Nicomédie; l'hérétique s'y rendit sans délai avec plusieurs évêques de ses partisans. On le présenta, comme un saint persécuté, à la princesse Constance, qui donna dès-lors aveuglément dans ces nouveaulés. La cabale se mit en tête de le rétablir dans son église et de le faire recevoir par son évêque. Mais pour exécuter la chose en règle, et mettre Alexandre dans un tort apparent aux yeux de la cour, onengagea Arius à lui écrire une lettrede justification. Les patrons de l'hypocrite y joignirent leurs instances, et la lettre fut signée par les deux Eusèbe, par Paulin de Tyr, et par un grand nombre d’autres prélats corrompus ou surpris. L'hérésiarque, loin d’abjurer ses impiétés , en faisoit une profession nouvelle dans sa supplique même, et il ne pouvoit se montrer plus disposé à les répandre en toutes les manières. Ce fut à ce dessein qu’il composa dans ce.même temps des cantiques populaires, pour insinuer agréablement le venin dans les conditions les plus communest. Il y en avoit pour les voyageurs, pour les inariniers, pour les artisans, et même pour les personnes de mauvaise vie, qu'il put seules avoir en vue, dans sa pièce intitulée Thalie , et faite sur l'air des chansonsles plus obscènes2.
Tant d'attaques portées à l'évêque d'Alexandrie, ou plutôt à l'Eglise, firent retrouver à ce saint vieillard toute l'activité ct toute la vigueur du premier âge. On croit qu'il écrivit d’abord au pape saint Sylvestre, pour lui rendre compte de ses démarches, et pour se conduire par les lumières du chef de l'Eglise. Puis, afin de détacher du mauvais parti, ou de prémunir tout ce qu’il pourroit de prélats, à publiaunavertissement pastoral , en forme de lettre circulaire , où il accusoit Eustbe de Nicomédie d'avoir, depuis long-temps et avant tous ces troubles, soutenu les errcurs d’Arius. En effet , il seroit assez difficile de prononcer lequel des deux, d’Arius ou d'Eustbe, méritoit ici la gloire honteuse de l'invention. Saint Alexandre dit expressément , qu Eusthe prétendoit moins défendre Arius, que sc défendre lui-même, et ne faisoit que renouveler par Arius
5 Philostorg. 21. c. 1, — 2 Ath. in Ar, Or. 2.
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s anciennes impiétés ; dont le temps avoit effacé le souvenir. Selon ce témoignage respectable, Eusèbe fut plutôt le maître que le disciple, dans cette altération impie du dogme catholique ; et s’il avoit commis à l’audacieux ÂArius le soin de la prêcher ouvertement, il s’étoit réservé l'office moins hasardeux et plus important dela protéger. Ilestau moins sûr qu'ils avoient tous deux été condisciples à l’école du martyr saint Lucien, dont la doctrine mal entendue fut quelque temps suspecte, et qui se vit obligé à lever ce scandale pour rentrer dansla communion de l'Eglise, où il eut le bonheurde mourir
Eusèbe , furieux de voir sa politique déconcertée par le zèle ingénu d'un saint, ne garda plus de mesures. Dès-lors il conçut une haine à jamais irréconciliable contre le diacre Athanase , qui ne quittoit point son évêque saint Alexandre, qui en avoit toute la confiance, et que l’on croyoit, avec raison, avoir la plus grande part à ses entreprises. Avec les évêques qui lui étoient vendus, Eusèbe forma une espèce deconcile en Bithynie, où les sentiments d’Arius furent généralement approuvés. De là, on écrivit en tous lieux , de regarder les ariens comme orthodoxes, de communiquer avec eux, et de réduire l'évêque d’ Akécdhdrie à à faire la même chose. Mais Alexandre se montra inébranlable. Ariusfit donc prier Eusèbe de Césarée, Paulin de Tyr, et Patrophile de Scythopolis de trouver bon que lui et les siens se réfugiassent en Palestine, et y fissent des assemblées particulières, comme les prêtres avoient coutume d'en faire à Alexandrie, sans préjudice des droits épiscopaux qui ne s'en étendoient pas moins sur toutes les parties de cette église subdivisée de la sorte. C'étoit apparemment la grandeur de la ville d'Alexandrie qui avoit introduit cet usage. Dans les églises communes, il n’y avoit d’ordirsire qu’une assemblée , où l’évêque présidoit.
Lestrois évêques que nous venon: tic ::0miner, s'étant concertésavec plusieursautres de la même province, accordèrent la permission qu’on leur demandoit, tant pour les sectateurs d'Arius, déjà venus d'Egypte en grand nombre, que pour ceux qui ourroient arriver de jour en jour dans uneprovince aussi voisine de l'Egynte que l’étoit la Palestine. On ne pouvoit débaucher plus ou ertementles ouailles d'Alexandre ; mais afin d’eb-
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DE L'ÉGLISE. (AN 324.) 457 server quelque bienséance, on mit une condition à ce privilége : c’est que ces ouailles détachées demeureroient soumises à l'évêque d'Alexandrie , et que leurs pasteurs subalternes, malgré leur scission,continueroient d'y rechercher la paix et la communion du patriarche. Moyennant cette formalité illusoire , il fut libre de tenir en Palestine des assemblées d'Egyptiens, sous des prêtres de la même nation, qui, tout excommuniés qu'ils étoient par leur évêque, prétendoient malgré lui faire partie de son église : pratique inouie pour lors, mais que le manége de plusieurs sectaires a fait regarder depuis comme peu étonnante, Une pareille faveur ranima toute la secte. Non-seulement en Palestine et en Egypte, mais par tout l'Orient, on vit dans l'Eglise des divisions intestines beaucoup plus nuisibles à la religion que les attaques des plus viclents persécuteurs. Les évêques s’excommunioient sans ménagement les uns les autres; les partisans de la nouveauté ne respectoient pas les titres les plus légitimes ; on argumentoit en tout lieu sur les mystères les plus relevés et les plus impénétrables. Ce n'étoient plus seulement les ecclésiastiques qui en disputoient : les personnes du siècle les moins instruites, les marchands sur les places et dans leurs boutiques, les gens de métier, de petites ouvrières laissant l'aiguille et le fuseau, prêchoient ou dissertoient avec assurance ; comme si la suffisance et l'enthousiasme eussent tenu lieu du savoir. Les païens profitoient de ces divisions , en insultant au christianisme, jouoient sur leurs théâtres les mystères si indiscrètement et si indécemment divulgués.
Les officiers de l'empereur voulurent en quelques endroits réprimer cette témérité profane; mais elle n'en devint que plus désordonnée, dégénéra en sédition , en révolte ouverte, et la populace eut l'effronterie de jeter des pierres aux statues du prince. Quand on eut fait ce rapport à la cour, les ministres furent d'avis d'infliger un châtiment exemplaire à un attentat commis, disoient-ils à Constantin , contre sa propre personne; et ce fut en cette rencontre, dit-on, que donnant l'exemple si mémorable de sa douceur, il repartit, en portant la main sur son visage : Il faut que la blessure soit bien légère, puisqu'il n'en reste aucune trace.
J1 étoit cependant fort embarrassé, en voyant des savants
de sentiment contraire; et il ne savoit en qui prendre confiance dans un pareil conflit d'opinions. Il y avoit déjà quantité d'écrits de part et d'autre. Ârius fit un recueil de ce qui établissoit le plus plausiblement son erreur. L'évêque d'Alexan drie rassembla tout ce qu'il trouva de plus propre à faire révérer l’ancienne doctrine; et l'on compta jusqu’à soixantedix lettres de ce zélé prélat, dont il ne nous en reste que deux. Une division si bien soutenue causoit une cruelle perplexité à Constantin, qui n'étoit pas encare baptisé, et n'avoit qu'une connoissance insuffisante , tant de nos mystères que du régime ecclésiastique. Sa droiture et sa piété le firent recourir aux premiers pasteurs. Îl ne pouvoit mieux procéder; mais il étoit mal environné.
Depuis la défaite de Licinius et la conquête de l'Orient, il habitoit assez ordinairement Nicomédie. L’évêque de cette ville, l’intrigant Eusèbe lui fit entendre qu'on étoit d'accord sur le fond des choses; que la dispute, tout. animée qu'il la voyoit, nerouloit que sur des mots et de vaines subtilités ; que le seul mal réel, c’étoit le trouble et le scandale, et qu'il falloit user de son autorité suprême pour imposer uñ silence absolu :. Ainsi le patron de l’hérésie, toujours intéressé à un silence qui paroit mettre les choses dans l'égalité , abusa de la confiance du souverain pour tenir la vérité captive, et fermer la bouche aux évêques qui en sont les défenseurs naturels, et cela sous le prétexte, de tout temps si spécieux, de la paix et de la concorde, qui n'est cependant rompue que par les agresseurs de la doctrine établie dans sa juste possession. La politique ne manqua point de trouver la question frivole, tandis qu'il ne s'agissoit pas moins que de savoir, si Jésus-Christ étoit Dieu ou créature; et par une suite nécessaire, si le culte chrétien u‘étoit pas une véritable idolâtrie.
Toutefois l'empereur, guidé par le Seigneur même, au défaut des hommes, ne précipita rien. Le célèbre Osius, évèque de Cordoue en Espagne, se trouvoit à la cour , et selon toute apparence , le souverain pontife l'avoit envoyé, comme un docteur de coufiance et un défenseur essentiel à la reli-
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DE L'EGLISE. (AN 324) 45g gion , dans les conjonctures délicates où elle se trouvoit. Ce prélat n’avoit pas moins dé part à la confiance de Constantin qu'il avoit instruit dans la foi. Le religieux empereur prit le parti d'écrire à Alexandrie, et choisit Osius pour le porteur de ses lettres et pour son agent. On observe même qu'il le préféra au factieux Eusèbe, en qui sans doute il reinarqua un esprit de parti et d'intérêt, tandis que l'évêque de Cordoue n'en montroit d'autre que celui de l'Eglise.
Il n'y avoit qu'un moyen légitime de rétablir la paix, qui étoit de fermer la bouche aux partisans de la nouveauté, et de confirmer les pasteurs dans le droit inaliénable d’enseigner la foi constante de l'Eglise, Osius ne suivit point d'autre méthode en Egypte : mais il trouva tant de fermentation dans les esprits, qu'il revint à Nicomédie, sans avoir rien fait; si ce n'est qu'il réconcilia, dans le concile d'Alexandrie, le prêtre Colluthe, auteur d’un second schisme, et qui, se portant pour évêque, avoit prétendu ordonner des prêtres, dès le temps qu'Arius commencçoit à dogmatiser.
Le patriarche d'Alexandrie profita néanmoins de l’occasion pour faire parvenir la vérité dans toute son étendue aux oreilles de l'empereur. Osius l’appuya fortement, et fit concevoir au prince, qu'il s’agissoit du point le plus fondamental du christianisme; savoir, de la divinité de Jésus-Christ; enfin que, pour terminer ce triste différend , aussi-bien que ceux des quartodécimains et des donatistes , il convenoit de célébrer un concile solennel, formé de tous les évêques qu'on pourroit rassembler des différentes parties de l'Eglise. On voit qu'Osius avoit entrepris de ramener à la pratique commune ceux qui s'obstinoient encore en grand nombre à célébrer la pâque, à l’imitation des juifs, le quatorze de la lune, quelque jour de la semaine qu'il tombât. C'étoit là une partie de sa mission d'Alexandrie; et il n’y avoit pas mieux réussi qu’à la réduction des ariens. Le nombre des quartodécimains augmentoit de jour en jour dans les provinces orientales , loin de diminuer. Les audiens, ainsi appelés du nom de leur chef Audius de Mésopotamie, marquoient un attachement extrême à cet usage : ce qui, joint à quelques autres singularités, les entraina dans un vrai schisme, et du schisme dans
460 (An 325.) HISTOIRE
l'hérésie. Ils devinrent anthropomorphites; c’est-à-dire que, prenant à la lettre certaines expressions de l'Ecriture, qui attribuent à Dieu des mains, un visage, ils le crurent effectivement corporel et de figurehumaine. Pour tant de causes importantes , l'empereur, du conseil des évêques, résolut de convoquer le premier des conciles œcuméniques, selon la manière ardinaire de les compter, en mettant hors de rang celui de Jérusalem tenu par les apôtres.
La ville de Nicée, l'une des principales de la petite province de Bithynie, et voisine de Nicomédie, fut choisie pour le lieu de cette auguste assembléer, L'empereur envoya de tout côté aux évêques non des ordres impérieux, mais des lettres respectueuses, disent les historiens du temps, pour les inviter à venir en diligence ; et il leur fournit à ses frais les voitures, et tous les moyens de subsistance. Le souverain pontife ne fut certainement pas oublié dans cette invitation, puisqu'il commit en sa place, outre l'évêque Osius, les prétres de l'Eglise romaine, Viton et Vincent, n'ayant pu faire le voyage à cause de sa vieillesse 2, On trouve dans les actes du sixième concile un témoignage qui prouve clairement que Constantin s'étoit' cancerté pour la convocation avec le pape Sylvestre, Il paroïit même certain que ce prince avoit commencé par lui écrire, comme au chef de l'Eglise universelle, avec qui il convenoit de convoquer cette assemblée de l'Eglise. Si les anciens historiens donnent beaucoup de part à la puissance impériale dans cette convocation, comme dans celles de tous les conciles de cette première antiquité; ce n’est pas qu'ils prétendent rien ôter de leurs droits naturels aux souverains pontifes, qui ne sont pas sans doute de pire condition dans leur ordre, que les présidents-nés de toutes les sociétés; mais c'est parce que les empereurs devant protéger l'Eglise, veillant à la tranquillité de leurs états et fournissant d'ailleurs aux prélats les voitures publiques et les vivres, ils entroient dans le détail de tous les soins relatifs à ces grands objets. Quoi qu'il en soit, le pape, en commettant ses légats ou députés, donna les mains, et concourut, par son autorité
1 Soz. 1, c. 17. — 2 Cune. 6, Acb, 28,
confes nuce | gauche son ma particu dans li ment L:
PR D OT Ne Fr be
DE L'EGLISE. (An 335.) 461 apostolique , à tout ce qui se fit pour la convocation. Osius de Cordoue fut nommé pour représenter la personne de Sylvestre dans le concile; et l'on ne doute pas qu'il n’y ait présidér. Outre ce que dit sans exception saint Athanase, qu'Osius a des tous Les conciles fameux de son temps , nous trouvons e nom de cet évêque d'Occident, à la tête des souscriptions de Nicée. Il est encore indubitable qu'il présida au concile de Sardique, qui ne fut qu'une sorte de supplément au premier concile général. Or, à quel autre titre que celui de représentant du souverain pontife, l’eût-on souffert à la tête de tous les évêques dela chrétienté, même des patriarches d'Antioche et d'Alexandrie, présents en personne? Gélaze de Cyzique dit formellement qu Osiustenoit , avec les prêtres Viton et Vincent, la place de Sylvestre, évêque de la grande Rome : témoignage qui, rendu par un auteur grec sur les mémoires de ses compatriotes , ne sauroit étresuspect. Rien enfin de plus conforme aux usages postérieurs et constants : dans les actes de tous les anciens conciles œcuméniques, excepté le second qui n'avoit pas été convoqué œcuméniquement, toujours on trouve en tête la souscription des légats du pape, qui sont le plus souvent deux prêtres avec un évêque.
Entre les prélats réunis à Nicée, au nombre de trois cent dix-huit, sans compter les prêtres ni le reste du clergé, voici quels étoient les plus illustres. Du premier siége de l'Eglise après Rome, le saint patriarche Alexandre vint, accompagné du diacre Athanase, encore jeune, mais qui annonçoit déjà tout ce qu'il seroit dans la suite. L'Egypte fournit de plus deux personnages vénérables , Potamon d'Héraclée et Paphnuce de la haute Thébaïde. Potamon avoit perdu un œil en confessant la foi. Outre l'œil droit qu'on avoit crevé à Paphnuce pour la même cause , on lui avoit aussi coupé le jarret gauche. Disciple de saint Antoine, on le disoit doué, comme son maître, du donde prophétie. Constantin prenoit un plaisir particulier à s'entretenir avec ce saint confesseur ; et souvent, dans les transports d'une foi vive, il lui baisoit respectueusement la cicatrice qui lui restoit au visage.
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Spiridion, évêque de l'rémithonte en Chypre, étoit dou blement admirable , et par les miracles dont Dieu prévenoit le plus souvent sa simplicité et ses vœux, et par son respect scrupuleux pour les Ecritures et les traditions ccclésiastiques. Dans une assemblée pastorale de sa province , l'évêque de Lèdre fut chargé de précher:. L'orateur étoit éloquent , d'un goût délicat, et trés-versé dans les belles-lettres. Il eut à citer le passage de l'Evangile, où le Sauveur dità un paralytique : Emportez votre grabat, et marchez. L'élégant prélat substitua un autre terme à celui de grabat, qui lui paroïssoit bas, Spiridion en fut mal édifié; et se levant au milieu des Pères: Valez-vous mieux, dit-il au prédicateur, que celui qui a dit grabat, pour rougir d'employer la même expression? Son zèle ne provenoit cependant ni d'aucune amertume de tempérament , ni d'un rigorisme dur et sauvage. Sa charité au contraire étoit si tendre et d'une telle condescendance, qu'il lui faut, en quelque rencontre, supposer un motif tout particulier , pour ne pas s'en formaliser. Dans le temps du carême, où il avoit coutume de passer plusieurs jours de suite sans manger, c'est-à-dire, selon les apparences, durant la semaine sainte, il lui arriva un hôte excédé de fatigue. On ne trouva rien dans la maison sinon des viandes de provision, salées pour se conserver. Le saint ne balançe point à en faire apprêter et servir à son hôte, Mais comme celui-ci, nonobstant l'extrême besoin, refusoit par scrupule une nourriture prohibée dans les règles ordinaires, saint Spiridion en mangea le premier, pour l'engager à faire de même; jugeant que les préceptes les plus positifs ne sant pas des lois qui ne doivent céder à la nécessité et à la charité 2,
Saint Jacques, évêque de Nisibe en Mésopotamie, n'étoit pas moins digne de la haute vénération qu'on lui portoit universellement. Il avoit long-temps pratiqué la vie ascétique et solitaire, sur une montagne sauvage, où il passoit trois saisons de l'année, exposé à toutes les intempéries du ciel , et avoit tout au plus les forêts pour abri : dans les plus grandes rigueurs de l'hiver, il ne se retiroit dans quelque
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DE L'EGLISE. (ax 325.) 463 caverne, qu'en se reprochant sa mollesse. ]]s’étoit absolument interdit l'usage du feu, ne se nourrissoit que de fruits sans saveur et d'herbes sauvages, dans le choix desquelles il consultoit, non le goût, qu'il sembloit avoir perdu, mais uniquement l'ordre du Créateur de ne point s’exposer à s’empoisonnert. Son vêtement n'éloit qu'un rude et grossier tissu de poils de chèvre. L'épiscopat, que ses compatriotes le forcèrent d'accepter, ne fut pour lui qu’un surcroît de peines. L’assiduité à instruire, la correction des pécheurs, l'administration des choses saîntes , le soin des pauvres furent autant de travaux surajoutés à ses premiers exercices, sans qu'il relâchäât rien de ceux-ci. On raconte de lui , qu’une troupe de vagabonds et de mendiants vint un jour lui demander de quoi faire enterrer un des leurs, étendu comme mort sur le chemin où l'évêque passoit. 1] leur fit l'aumône , et pria Dieu pour le mort prétendu. Mais l'imposteur expira sur-le-champ; etses compagnons le voulant faire lever quelques moments après, virent avec effroi leur jeu converti en un deuil réel. Ils recoururent vers le saint , se jetérent à ses pieds, et confessèrent leur supercherie avec un sincère repentir. Il se laissa toucher, et ressuscita, par la vertu de ses prières, celuiqu’elles venoient de faire expirer pour leur servir d'exemple. Cet illustre patron fat toujours une sauve-garde assurée pour la ville de Nisibe, qu'il garantit, long-temps même après sa mort, de l'invasion des barbares.
Paul , évêque de Néocésarée sur l'Euphrate, au voisinage de Nisibe, avoit perdu, dans la persécution de Licinius, l'usage de ses deux mains, dont on lui avoit brûlé les nerfs avec un fer chaud,
Il y avoit, entre les Pères de Nicée, beaucoup d’autres confesseurs de la foi, quiportoient dans leurs membres les glorieux vestiges des sacrifices sangiants qu'elle leur avoit coûté. À l’un on avoit arraché un œil, à l’autre on avoit abattu un bras, àun très-grand nombre on avoit coupé ou brûlé le jarret, de peur qu'ils ne s’enfuissent des mines, où on les accabloit de coups et de travaux, comme des bêtes ‘de somme.
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464 (An 325.) HISTOIRE
Ceux qui avoient échappé aux recherches des persécuteuts, n'étoient pas moins distingués par leur zèle et leurs autres vertus. En un mot, cet auguste concile comprenoit presque autant de saints que d'évêques, et sembloit une assemblée d'immortels, au milieu desquels le Dieu suprême rendoit ses oracles: |
Il en étoit venu des provinces les plus reculées de l'empire,
de la Dacie, du fond des Gaules et de l'Espagne, et même de l'Arménie-Majeure, hors des limites de la domination romaine , savoir l'évêque Arostane; du royaume des Perses, l'évêque Jean; et du pays des Scythes, l'évêque Théophile qui prenoit la qualité de métropolitain des Goths, Tous les évêques desgrands siéges s'y trouvoient en personne, Alexandre d'Alexandrie, Eustache d’Antioche, également estimé pour sa vertu et pour sa doctrine, Macaire de Jérusalem, Léonce, métropolitain de Cappadoce, et instituteur de plusieurs martyrs; tant par ses exemples que par sés instructions. 11 avoit beaucoup souffert lui-même pour l'Eglise, et ne mérila pas moins d'elle, en communiquant au premier Grégoire ‘de Nazianze les solides principes qui passèrent du père à Grégoire le fils, surnommé le théologien. Cécilien de Carthage, fameux par ses vertus et ses triomphes sur les donatistes, parut avec toute la sécurité de l'innocence reconnue après de rudes épreuves, et se montra digne de la justice que le concours des deux puissances venoit de lui rendre. Personne au contraire ne vint de la part de ces schismatiques. Ils ne s'étudièrent qu'à profiter des embarras qui attiroient ailleurs l'attention du gouvernement, pour exciter de plus grands troubles dans l’Afrique.
Du parti d’Arius, on compta vingt-deux évêques , entre lesquels figuroient principalement les deux Eusèbe , Paulin de Tyr, Ménophante d'Ephèse ; et les plus fameux par leur obstination ou leur effronterie dans l’impiété, Aétius de Lydde, Second de Ptolémaïde en Libye, Théonas de Marmarique, Maris de Chalcédoine, et Théognis de Nicée même. Dans ce nombre d'ariens, si petit en comparaison des orthodoxes, encore en étoit-il qui cachoient soigneusement leurs erreurs. Outre les évêques, on voyoit au concile, non - seulement
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DE L'ÉGLISE. (an 325.) 465 des prêtres et des diacres, mais plusieurs laïques, excellents dialecticiens et très-versés dans les saintes lettres. A la vérité, ils n’avoient point de voix dans les délibérations , et ils ne se trouvoient là que pour aider les juges de la foi, ou les évêques, à confondre les subtilités de l'hérésie.
Dès que les pères se virent assemblés, ils commencèrent par rendre en commun grâce à Dieu de la paix qu'il venoit de donner à l'Eglise, et ils supplièrent l'Esprit saint d'éclairer tout l'univers par le concours des vrais dépositaires de l'enseignement apostolique, Depuis que le monde existoit, on n'avoit pas vu une compagnie si vénérable ; un seul temple
renfermant ce qu'il y avoit de plus vertueux, de plus docte ,
de véritablement estimable dans l'Asie, l'Europe et l'Afrique. L'empereur en augmenta le lustre, en venant de Nicomédie à Nicée, aussitôt qu'il eut appris l'arrivée des prélats. Il brüloit d’un désir extrême de voir celte multitude de saints pontifes, qui, par l'ardeur et la pureté de leur foi, par la sublimité de leur science et la sainte élévation de leurs sentiments, quelques-uns même par l'éclat de leurs miracles , représentoient ‘si dignement les premiers disciples du Fils de Dieu. 1l désiroit aussi, et par les plus saints motifs, de procurer la paix et l'union à ceux qui étoient d'avis différent. S'il appréhendoit, comme maître temporel, que les disputes de la religion n’altérassent avec le calme des esprits le repos de l'empire, il craignoit bien davantage, en sa qualité réelle de prince chrétien, quele scandale de cette division n'empéchât la conversion des infidèles, qu'il souhaitoit passionnément. Les pères, de leur côté, n'avoient pas moins d'envie d'étendre l’œuvre de Dieu; et ils espéroient tout de sa bonté toute-puissante, après le prodige qu'elle venoit d'opérer en faisant plier toute la hauteur des césars sous le joug de Jésus-Christ,
Le jour indiqué pour la séance publique et solennelle, étoit le dix-neuvième de juin de cette année 325. Dans ces premiers conciles, il y avoit toujours une session principale, où l'objet direct de la difficulté devoit se vider ; et l'assemblée duroit fort long-temps ce jour-là. Elle commencait sur les huit
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466 (AN 325.) HISTOIRE avant d'y entrer; et elle ne finissoit d'ordinaire qu avec le jour : souvent même, dans les plus grands jours de l'été, on n’en sortoit qu'aux flambeaux. Avant cette journée décisive, on se réunissoit pour éclaircir et préparer les matières, Ainsi tint-on à Nicée de fréquentes conférences, où les points de doctrine furent agités, et dans plusieurs desquelles on fit entrer Arius avec ses défenseurs :.
1] né cacha point sa manière de penser, et dit naturellement que le Fils de Dieu avoit été créé de rien ; qu'il n’avoit pas toujours été ; qu'il étoit changeant de sa nature, et que c'étoit par son libre arbitre qu'il avoit voulu demeurer bon; qu'il pouvoit également prendre le parti du vice; qu'en un mot, c'étoit une créature et un ouvrage de Dieu. Se servant même d'expressions sacriléges et de comparaisons révoltantes, il ajoutoit que le Fils de Dieu étoit tout-à-fait étranger au Père, quant à la substance; qu'il n’en étoit pas le Verbe, ou la propre sagesse; qu'il n'en étoit pas la vertu naturelle et véritable, et que les divines Ecritures ne lui attribuent ce nom, que comme elles le donnent aux chenilles et aux hannetons. Les évêques protecteurs de l’hérésiarque lui entendoient froidement proférer ces horreurs, loin d'en frémir.
Tous les autres se bouchoient les oreilles, et crai£noient de se rendre complices du blasphémateur, en l’écoutant. Une indignation soudaine s'empara de la multitude. Plusieurs, afin d'étouffer plus vite l'impiété, la voulurent condamner en général et sans nulle discussion, s’écriant qu'ils s’en tenoient à la foi reçue dès le commencement et perpétuée par la tradition. Mais d’autres leur firent entendre qu'il ne falloit rien faire sans délibération et sans le plus mûr examen. C’est pourquoi de savants évêques et de profonds théologiens qui les accompagnoient, réfutèrent avec force les nouveautés impies, s'appuyant sur les livres saints, sur les écrits des premiers pères, et même sur la dialectique. Mais aucun ne se distingua autant que le diacre Athanase.
Le patriarche d’ Alexandrie l’avoit cru, malgré sa jeunesse, capable de faire face aux plus dangereux sectaires ; et la suite
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DE L'ÉGLISF. (AN 325.) 467
fit voir qu'il en avoit bien auguré. Quoiqu'il n’eût pas -acore trente ans, il fit l'admiration de toute l'Eglise. Des talents émineñts, cultivés par une excellente éducation ; un esprit vaste,
élevé; beaucoup de vivacité et de pénétration ; une application
et une érudition étonnante en tout genre, quoiqu'il évitât plus que personne d'en faire parade ; un courage héroïque et supérieur à tous les travaux comme à tous les périls; un amour pour l'Eglise, tel que jamais, ni Grec, ni Romain n'en marqua pour la patrie; une dextérité sans exemple dans les affaires ; un coup d'œil unique pour découvrir des ressources quand tout sembloit désespéré: toutes ces qualités mettoient une juste proportion entre cet illustre docteur et sa destination si haute et si difficile, de défendre la foi dans le plus rude assaut qu'elle eut peut-être jamais à soutenir, Sa prudence surtout étoit incomparable. Les ennemis jaloux et sans nombre qui l'observoient sans cesse, n’eurent jamais la satisfaction de lui voir faire une fausse démarche, et autant il réussissoit à ménager des protections à la bonne cause, à lier entr’euxles orthodoxes, à entretenir d'heureuses correspondances, autant il savoit tirer parti des âmes les plus froides, et de ces amis foibles souvent plus dangereux queles ennemis. Il sembloit lire dans le fond des cœurs. Les fidèles étoient persuadés que Dieu lui révéloit les desseins de ses adversaires; et ceux-ci l’accusoient de les pénétrer par les secrets dela magie ; parce que sa pénétration leur paroissoit avoir tout ce qu'on peut attribuer de plus incompréhensible à la divination. La piété, mais une piété noble et simple comme l'Evangile dont il étoit pénétré, et tous les dons de l'Esprit saint surpassoient en lui ceux de la nature. Il ne tenoit qu’à Dieu et à l'Eglise, dont les intérêts et les siens furent inséparables pendant cinquante ans de combats, qui, en ébranlant une infinité d'évêques, ne furent pour lui qu'une suite de iomphes. Du fond des antres et des tombeaux où il fut souvent réduit à se cacher, il faisoit trembler ses persécuteurs,
appuyés de toute la puissance impériale.
Son extérieur n'avoit cependant rien de fort recommandable. 11 étoit petit, et d’une assez médiocre figure; mais la grandeur et la force de son âme se peignoient dans ses regards et dans le calme inaltérable de son front. Sa douceur dans le
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