SN
DE L'ÉGLISE. (AN 325.) 471 publiquement , à l'extrême confusion de ce superbe évêque. Le parti ne perdit pourtant pas courage, mais il donna une confession de foi, dressée, dit-on, par Eusèhe de Césarée, plus modéré que celui de Nicomédie , et qui adoncissoit beaucoup les blasphèmes d’Arius. On ne laissa point de la trouver défectueuse, comme rendant mal la génération éternelle du Verbe : on cria à la ruse et à la perfidie, et il s éleva un grand murmure par tout le concile.
On demanda en deux mots aux sectaires, s'ils reconnoissoient que le Fils de Dieu est la sagesse éternelle du Père, immuable, toujours subsistant en lui, qu'il est enfin le même Dieu que lui, le vrai Dieurt. L'interrogation étoit d'autant plus embarrassante, qu'elle n'avoit pas été prévue. Ils demeurèrent quelque temps en balance; et l’on s'aperçut qu'ils se faisoient des signes entr'eux, et se disoient quelques mots à voix basse. Puis se déterminant à la feinte et à l'imposture, ils admirent tous ces attributs du Fils de Dieu, en leur donnant parmi eux le sens qu'ils voulurent.
Pour déconcerter ce comble de l'artifice infernal, l'Espnit saint inspira aux évêques de se servir du terme de consubstantiel, en grec, épovsus , qui devint depuis si fameux. Ce fut toujours là l’effroi et la ruine de cette hérésie; nulle autre expression ne rendant avec la même énergie et la même précision la ressemblance parfaite, ou l'égalité du Père et du F ils , rapport qui ne peut être entre les personnes divines, sans identité de substance. L'évêque de Nicomédie en sentit la force mieux que personne, et on l'avoit parfaitement remarqué, dès la lecture de sa lettre impie qu'on venoit de lacérer. 1l y répugnoit à dire le Fils incréé , précisément parce qu'en le croyant tel, il faudroit confesser aussi qu'il est de même substance que le Père, ou consubstantiel au Père.
Les hérétiques n’osèrent énoncer ce motif impie; mais ils rejetèrent cette expression avec mépris et avec un air de seandale, en criant à la nouveauté, contre un mot qui ne se rencontroit point dans toute l'étendue des divines Ecritures. On prouva sans peine que l'apôtre ne défend dans les termes que
1 Theod, VIT, 8 et 9.
472 (An 325.) HISTOIRE les nouveautés profanes, telles que les leurs , uun les expres-
sions qui deviennent nécessaires pour confondre les erreurs
nouvelles. On leur fit néanmoins voir que le terme de con-
substantiel n’étoit pas nouveau dans le langage ecclésiastique;
et que d'illustres docteurs, tels que saint Denys pape, et saint
Denys d'Alexandrie, en avoient usé dans le sens dont il s’agis-
soit, c’est-à-dire, pour assurer que le Fils de Dieu est de même nature que son Père, et non pas scu ouvrage. L'érudition d'Eusèbe de Césarée ne lui permit pas d'en disconvenir. On
exclut de ce mot toutes les significations grossières qui pou-
voient présenter quelque image corporelle, comme d’écoulement ou de division ; et l'empereur, quoique peu versé dans les matières théologiques, comprit avec tous les assistants de bonne foi, qu'une pareille génération n'avoit rien que de spirituel, de sublime et d'adorable, comme la divinité à qui on l'attribuoit. On fit encore sentir la différence qui se trouvoit entre ce mot pris dans le sens catholique, et la même expres-
sion entendue dans le sens grossier ; nour lequel le concile d’Antioche l'avoit rejetée, à l’occasion de Paul de Samosate ; ce dogmatiseur impie voulant inférer de là une division réelle et matérielle en Dieu , telle qu'elle se rencontre entre diverses pièces de monnoie d’un même métal : c'étoit l'indécente comparaison qu'il employoit.
Après qu'on eut mis en poudre toutes les futilités de la chicane , et fait choix des expressions les plus propres à proposer le dogme catholique, Osius ‘en dressa le symbole qu’écrivit Hermogène , depuis évêque de Gésarée en Cappadoce. Il étoit conçu en ces termes : Nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant, créateur de toutes les choses visibles et invisibles ; et en un seul Seigneur Jésus-Christ, fils unique de Dieu, engendré du Père, c'est-à-dire, de la substance du Père; Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu ; engendré et non fait, consubstantiel au Père, par qui tuutes choses ont été faites au ciel et en la terre; qui, pour nous autres hommes, et pour notre salut, est descendu des cieux, s’est incarné et fait homme; a souffert, est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux, et viendra juger les vivants et les morts. Nous croyons aussi au Saint-Esprit,
Quant :
et i n° néant; hypost:
rable ; 1 thème.
Tous à la résé parfaite jugemer gnation cinq, le
Nicée, !
médie, convene soumett moins ré le terme tant de feintes, roient pa fin que c leuse , n de Nicée nas qui v Ils furent cesse Cor pêcher c concile cette fem d'accord
qui devi désolatio
Les éc nommém ses partis
1 Thood,
Quant à ceux qui disent : Il y a eu un temps où il n’étoit pas, et il n’étoit pas avant d’être engendré, et il a été tiré du néant ; et qui prétendent que le Fils de Dieu est d’une autre hypostase ou d’une autre substance, soit muable, soit altérable ; la sainte Eglise catholique et apostolique leur dit anathème.
Tous les évêques souscrivirent cette formule de croyance, à la réserve de dix-sept 1. Constäntin , qui avoit laissé la plus parfaite liberté et témoigné une sorte d’indifférence avant le jugement du concile , menaça , aussitôt après, de son indignation, ceux qui demeureroient indociles. Il n’en resta que cinq, les deux Africains Théonas et Second, Théognis de Nicée, Maris de Chalcédoine, et le fameux Eusèbe de Nicomédie, à qui, en qualité de patron principal de la secte, il convenait au moins de faire queïques difficultés avant de se soumettre. Pour Eusèbe de Césarée, moins entreprenant et moins résolu de son naturel, il obéit sur-le-champ, et admit le terme de consubstantiel , qu'il avoit combattu la veille avec tant de vivacité. Quand l’autre Eusèbe eut fait les premières feintes, et qu'il vit que le crédit et la faveur ne le préserveroient pas de la déposition ni du bannissement, il trouva enfin que ce qu'il venoit d'appeler nouveauté absurde et scandaleuse, n’étoit plus ni l'un ni l’autre. Il fut imité par les évêques de Nicée et de Chalcédoine ; et il n'y eut aue Second et Théonas qui voulurent courir les mêmes périls que l'hérésiarque. Ils furent condamnés avec lui, et relégués en lllyrie ; la princesse Constance leur protectrice n'ayant pas eu le crédit d’empêcher ces actes de vigueur. Mais comme les décisions du concile n'’avoient produit aucun changement dans l'esprit de cette femme entêtée de doctrine et de fausse piété, elle continua d'accorder aux erreurs condamnées une protection secrète, qui devint l’une des principales causes des troubles et de la désolation de l'Eglise.
Les écrits d'Arius furent proscrits, comme sa personne et nommément sa Thalie. On confirma aussi la condamnation de ses partisans , faite par le concile d'Alexandrie, entr'autres,
1 Thood, VI , ec. 8.
DE L'EGLISE. (An 325.) 473
RRQ mr ma f—— =
Rs mA EE mn 5 —
LR CE
TE ir
De
ER te
474 (AN 325.) HISTOIRE celle du diacre Euzoïus qui fut depuis évêque arien d’Antioche, et celle de Piste qui le fut d'Alexandrie.
L'un des objets du concile de Nicée étoit la question de la pâque, agitée depuis si long-temps. Toujours les églises de Syrie et de Mésopotamic, suivant l'usage des Juifs, célébroient cette fête le quatorzième jour de la lune de mars, dimanche ou non. Le reste de la chrétienté la célébroit le dimanche le plus proche du quatorze; même les fidèles du Pont et de l'Asie-Mineure, qui avoient autrefois prétendu tenir de l’apôtre saint Jean la coutume contraire. I] parut aux pères de Nicée, que c’étoit le moment convenable de supprimer une diversité, sujette enfin à beaucoup plus d’inconvénients que sa suppression, surtout à cause du mauvais
exemple ou de l’obstination factieuse de ceux qui entrete-
noient cette bisarrerie. Les pères prescrivirent , d’un commun accord, de célébrer la pâque le même jour, qui seroit constamment le dimanche d’après la pâque des Juifs. Saint Athanase fait remarquer : , que la définition faite à ce sujet comm nce par ces mots : Vous avons voulu , pour montrer que c'éi.:i un réglement de discipline , qui obligeroit dorénavant tout le monde chrétien ; au lieu que la profession de foi n'étant qu'un témoignage de la croyance que l'Eglise avoit invariablement conservée, commençoit par ces mots : P’oici quelle est la foi de l'Eglise,
Après les affaires générales, il en restoit une de la dernière conséquence pour l'église d'Alexandrie et toutes ses dépendances, troublées depuis vingt-quatre ans par le schisme de Mélèce. Le concile statua en termes exprès, que les anciennes coutumes seroient observées en Egypte , dans la Libye, dans la Pentapole, et que l’évêque d'Alexandrie continueroit d'exercer son pouvoir dans toutes ces provinces, puisque tel étoit l'usage de Rome. Ainsi l'exemple de l'Eglise romaine influoit-il dans le gouvernement ecclésiastique et l'économie de l'Eglise universelle. On usa d’indulgence envers Mélèce, quoiqu il en méritât si peu , comme lui et son parti ne le montrèrent que trop par toute la suite, On lui permit de rester
1 De Synod. p. 823.
dans | foncti( impos huit é que lé fondée décern nion, institu mort 0 place, appro puissar tuées a au mo La l’atten raux , & vout voir da eux-mé plus rs mœurs ait che tante, « soupço D'an avant, sacrés, étant la Paphnt gardé ] Aujour trouvée comme en allé,
1 Sort, |
d'An-
de la es de célérs, dioit le les du tendu ut aux Lpprinconauvais itreteminun sta manase monce uit un out le qu'un ement
la foi
nière penne de ennes dans eroit te tel naine omie lèce, nOriester
DE L'EGLISE, (AN 325.) 475 dans la ville de Lycopolis, avec le titre d'évêque, mais sans fonctions et sans pouvoir :. Pour les clercs auxquels il avoit imposé les mains, et l'on comptoit parmi eux jusqu'à vingthuit évêques, on ordonna leur réhabilitation , en des termes que les défenseurs d’une opinion trop singulière pour être fondée, ont voulu entendre d’une ordination nouvelle. On décerna même, qu'après cela ils seroient admis à la communion, mais qu'ils n'auroient d“ rang qu'après les ministres institués par le patriarche d'Alexandrie. On ajouta qu'après la mort de l'évêque catholique , le mélécien pourroit occuper sa place, si on l'en trouvoit digne, et si l’évêque d'Alexandrie approuvoit l'élection. Les catholiques étant soutenus par la puissance civile, toutes les églises furent effectivement restituées au patriarche , et les schismatiques soumis et tranquilles, au moins pour un temps,
La discipline qui commençoit à se relâcher, attira aussi l'attention du concile. Il fit des canons ou réglements généraux , au nombre de vingt, pour la conservation des anciennes
coutumes. En voici les plus importants. On défend de recevoir dans le clergé ceux qui, par un zèle indiscret, se sont eux-mêmes faits eunuques. Le concile suggérant des voies plus raisonnables, pour obvier, soit au débordement des mœurs, soit au scandale, il ne veut pas qu'un ecclésiastique ait chez lui aucune femme, si ce n’estsa mère, sa sœur , sa tante, ou quelque autre personne semblable, à l'abri de tout soupçon.
D'anciens historiens rapportent qu'on vouloit passer plu: avant, et défendre à ceux qui se trouvoient dans les ordres sacrés, d'habiter avec les femmes qu'ils avoient épousée étant laïques ; mais que sur les représentations du saint évêque Paphnuce, qui parloit sans intérêt, puisqu'il avoit toujours gardé Ja virginité, on ne fit à ce sujet aucune loi nouvelle. Aujourd'hui l’on reconnoît que c’est là une histoire controuvée par les Grecs, qui, vers la fin du quatrième siècle, commencèrent à se relâcher sur le célibat des clercs majeurs, en alléguant vaguement le canon apostolique , qui défend aux
1 Soc, 1,0, 5,
EE
PR = here
clercs de chasser leurs épouses. 1] s’agissoit uniquement dans ce canon de ne point les abandonner, et non d’user du mariage. Autrement la prétention des Grecs les mettroit en contradiction avec eux-mêmes, en ce qui regarde les évêques qu'ils ont constamment obligés à la continence. Du temps de saint Jérôme, le célibat ecclésiastique, pour tous les ordres majeurs, étoit encore observé dans les patriarcats d'Alexandrie, d’Antioche, et dans tout l'Orient , comme dans d'Occident. Saint Epiphane traite également d'abus le relâchement en ce point t. 1l fut au moins regardé comme abusif jusqu’au concile de Nicée.
On y ordonna aussi d'accorder l’eucharistie à tous ceux qui la demanderoïient à Ja mort, pourvu qu'ils se fussent mis en état de la recevoir dignement 2. On défend aux évêques de conférer les ordres aux néophytes, et de changer d'église, 11 fut encore statué qu’on déposeroit les clercs usuriers. Par ménagement pour les lois civiles, dans le sens que nous avons déjà observé, le concile prononça contre les seuls ecclésiastiques coupables d'usure, bien éloigné cependant de l'approuver dans les laïques. L'Eglise tendoit au contraire, par le bon exemple de ses ministres, à la bannir absolument de toutes les conditions, comme nous l'y verrons enfin réussir. Dans un autre canon, il est dit que l’évêque doit être institué par tous les évêques de la province, au moins par trois d'entr'eux, munis du consentement des autres par écrit et en bonne forme, et que ce sera au métropolitain de confirmer ce qu'ils auront fait. Ici l’on trouve la division des provinces ecclésiastiques, réglée sur celle des provinces de l'empire, et le nom de métropolitain donné de même à l'évêque de la capitale, qu'on appelle en grec métropole, c'est-à-dire ville-mère.
Après la juridiction universelle de l'évêque de Rome , en sa qualité de successeur du vicaire de Jésus-Christ, on voit celle d'Alexandrie et celle d’Antioche, sur plusieurs provinces : celle d'Alexandrie, comme conférée à cette église par le prince des apôtres, son fondateur dans la personne de saint Marc ; et celle d'Antioche dérivant de la même source, c'est-à-dire, de
1 C. Vigil. g. 1; Hær, 59, n. 4. — a Can. 13.
la chai qu'il D'autr aussi nomm de l’As et celu même Pour l’ précéd dérant métrop compa talie,n juridict dépend:
rain po cident, selle, tr que les parler; pour mi entrepri nommée cienne € les père patriarc:
neur , 8 Césarée
Parm quables cathares mot gre Paul de derniers qu'ils n Saint-E
la forme
ce et
la chaire de Pierre, qui avoit été établie dans cette ville, avant qu’il la transférât à Rome , avec la primauté de l’apostolat. D'autres prélats des premuères villes de l'empire jouissoient aussi de priviléges extraordinaires. Il y en avoit trois qu'on nomma depuis exarques , savoir l'évêque d'Ephèse, capitale de l'Asie proprement dite, l’évêque de Gésarée en Cappadoce, et celui d'Héraclée en Thrace, L'évêque de Carthage avoit de même une grande autorité sur toutes les provinces d'Afrique. Pour l’église de Rome, si elle est comparée à quelques-unes des précédentes , ce n’est qu'à certains égards, savoir, en considérant simplement son chef, soit comme évêque , soit comme métropolitain, soit comme primat ou patriarche. T'oute la comparaison qu'on fait ici de la dépendance des églises d'Italie, nommées suburbicaires, comme de villes soumises à la juridiction des préfets du prétoire de Rome, avec les églises dépendantes de l'évêque d'Alexandrie, ne convient au souverain pontife qu’en sa qualité particulière de patriarche d'Occident, sans nul préjudice à celle de chef de l'Eglise universelle, trop bien établie dans tous les siècles précédents, pour que les pères de Nicée trouvassent qu'il fût nécessaire d'en parler; d'autant plus qu'ils ne touchoient cette matière, que pour maintenir l'autorité de l'évêque d'Alexandrie contre les entreprises des méléciens. Pour l'église de Jérusalem, encore nommée Elia et peu considérable, mais représentant l’ancienne qui avoit été honorée de la présence du Fils de Dieu, les pères jugèrent à propos de la décorer du titre d'église patriarcale , et d'accorder à son évêque une préséance d’'honneur, sans préjudicier néanmoins aux droits de l'évêque de Césarée, son métropolitain.
Parmi les canons de Nicée, il en est encore deux remarquables concernant deux sortes d'hérétiques, les novatiens ou cathares , qui prenoient cette orgucilleuse dénomination du mot grec qui signifie pur; et les paulianistes, sectateurs de Paul de Samosate. Le concile décide qu'il faut rebaptiser les derniers quand ils rentrent dans le sein de l'Eglise, parce qu'ils n'étoient point baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Quant aux novatiens, qui n'avoient point alléré la forme du baptême, qui n'erroient pas même dans la foi de