‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 147 sur 159 · LT · texte numérisé non relu

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490 (An 327.) HISTOIRE quelques-uns en particulier, tels que saint Antoine, lui avoient donné la plus haute idée de tous les autres.

La princesse Hélène, mère de l'empereur, le secondoit parfaitement dans ses desseins religieux. Elle faisoit son plus doux plaisir d'être la distributrice des aumônes du prince, qui lui abandonnoït absolument la disposition de ses trésors, tant pour soulager les misérables que pour donner de l'éclat au culte public. Et jamais il ne fut plus à propos de frapper les sens par une sainte magnificence. Il s'agissoit de faire impression sur des hommes qui avoient toujours ignoré ce que c'étoit qu'honorer la divinité avec la dignité et la grandeur convenables. Hélène s'occupa donc, pendant une bonne partie de a vie, à bâtir ou à décorer des églises. Elle entreprit le voyage de la Terre-Sainte, dans le dessein de découvrir le sépulcre du Sauveur, enterré sous des monts de ruines, Les idolâtres avoient fait tous leurs efforts pour en effacer jusqu'à la mémoire, et pour ensevalir jusqu'à la place qui en pouvoit rappeler le souvenir. Ainsi l’avoient-ils couvert d’un amas de débris et terres rapportées, pavé par-dessus, et assez consolidé, pour y bâtir un temple à Vénus : piége tendu, par un rafBnement d'impiété, à la religion même des fidèles, qui, en venant adorer le Dieu fils d’une vierge, seroient censés tout au contraire rendre leurs hommages à la déesse de l'impudieité. L'impératrice fit d'abord :aser ce temple impur. Après quoi l'on creusa avec tant d'ardeur et de persévérance, qu'outre le sépulcre, on trouva trois croix enterrées sous les ruines.

L'embarras fut de distinguer, entre les trois, l'instrument sacré de notre salut. Saint Macaire, alors évêque de Jérusalem , les fit toutes porter chez une femme arrêtée depuis long-temps par une maladie incurable, et connue de tout le monde. On lui appliqua chacune de ces croix, en suppliant l'Eternel d’honorer , par une guérison miraculeuse, celle qui avoit été arrosée du sang de son Fils. L’impératrice étoit présente, et toute la ville dans l'attente de l'événement. Les deux premières croix furent appliquées sur la malade, sans qu'elle s’en trouvât mieux. Mais sitôt qu’elle eut touché la dernière, elle se leva sur-le-champ, et se trouva parfaite-

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| DE L'ÉGLISE. (AN 327.) 491 sert guérie 1. Quelques écrivains ajoutent que l'on approcha eusuite cette croix d’un corps mort, et qu'incontinent il ressuscita. Ce dernier fait, moins garanti que Île premier par leshistoriens modernes, porte néanmoins sur les mêmes preuves, c’està-dire, sur la tradition de tous les habitants de Constantinople, et les témoignages par écrit de plusieurs contemporains, d’où sont également partis les auteurs respectables de l'antiquité, qui nous ont transmis la substance de ce fait merveilleux. Hélène envoya une partie considérable de la croix à l'empereur son fils, et déposa le reste dans une grande châsse d’argent, pour être conservé dans une basilique superbe, la merveille de son siècle, que l’on commença dès lors à construire, et qui ne put être achevée que six ans après,

Voici la description que les anciens nous ont transmise de cette église, érigée sous le titre de la Résurrection près du Saint-Sépulcre, auquel fut habilement adapté tout Île plan de l'édifice. La grotte du sépulere étoit revêtue en dehors de colonnes d’un travail exquis , et de to"tes sortes d’ornements les plus précieux. De ce portique, on entroit dans une vaste cour ou place, pavée de marbre , bordée de trois côtés d'une longue galerie, et terminée au levant par le temple, encore plus admirable, tant pour sa grandeur et la justesse de ses proportions, que pour la richesse dé ses décorations. On sentoit au premier aspect, que la puissance romaine ne s'étoit pas en vain proposé de construire le plus digne monument qu'on pôt voir en ce genre. L'intérieur du temple étoit incrusté , dans son immense étendue, du marbre le plus rare et le plus varié; le dehors bâti de pierres si polies et si bien jointes , que la correction du travail causoit encore plus d’admiration que la recherche des matériaux; et la voûte couverte d’un lambris en sculpture, tout doré, et d’un éclat éblouissant. Les bas-côtés formoient deux galeries à double étage , dont les voûtes ou plafonds étoient également enrichis d'or. Trois portes , d'une élévation majestueuse , s'ouvroient sur la cour. En face, quand on entroit, ou au chef de tout l'édifice, on apercevoit une colopnade en demi-cercle , com-

1 Theod, 1, 28; Ruf. 1,7; Soc, 1, 17; Sor, 21, 4.

492 (AN 327.) HISTOIRE prenant douze colonnes, dont chacune portoitl'un des apôtres , et dont les chapit aux étoient ornés de grandes coupes d'argent. C'étoit là ce qui formoit le sanctuaire, au nnilieu duquel se trouvait l’aute!. À l’autre extrémité de tous ces bàtiments, en decà de la cour et des portiques, il y avoit une avant-cour formée par deux galeries, une de chaque côté, On y entroit par une première porte, qui donnoit sur la place publique où se tenoit le marché. De là les regards se portant à travers un lointain si décoré, jusque dans La profondeur du lieu saint, personne ne passoit, surtout les premières fois, sans éprouver un -“isissement religieux qui approchoit du ravissement.

Telle étoit l'église si justement célèbre du Saint-Sépulcre, pourvue d'une quantité innombrable de vases d'or et d'argent, et de toutes sortes de richesses. Elle subsista jusqu'à V'an 1009 de l'ère chrétienne, qu'elle fut abattue par les musulmans. Plusieurs autres fois elle fut ruinée, puis rebâtie, zuais jamais avec sa première magnificence. Autour de l'église, hors de l'emplacement de l’ancienne Jérusalem, se forma une ville que tant d'objets capables d’inspirer l'enthousiasme faisoient presque prendre à Eusèbe, ainsi qu'il s'en exprime , pour la nouvelle Sion décrite par les prophètes. Elle reprit alors son ancien nom, et perdit celui d’Elia que l’empereur Adrien lui avoit donné.

Constantin fit encore bâtir une magnifique église sur le mont des Olives, afin d'honorer aussi le lieu de l'ascension du Sauveur; et une autre à Bethléem. On construisit en même temps à Nicomédie une basilique digne de cette ville impériale, c'est-à-dire, de la résidence ordinaire des empereurs d'Orient. Antioche, capitale de Syrie, eut un templesi riche, qu'on l'appeloit l'église d'or. Le corps de l'édifice, d’une hauteur extraordinaire , étoit de forme octogone, accompagné tout à l’entour de chapelles et de souterrains, le tout dans une vaste enceinte bâtie avec la même noblesse. À Rome, on construisit dans le palais de Latran, l'église du Sauveur, appelée Saint-Jean-de-Latran , à cause de son baptistère où étoit l'image de saint Jean-Baptiste. C’est la première église de Rome, et la station des plus grandes solennités. L'empe-

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DE L'EGLISE. (An 327.) 493 reur donna à ce baptistère en terres et en maisons environ cent quinze mille livres de rente.

Il bâtit à Rome sept autres églises, celle de Saint-Pierre au Vatican, à la place d'un temple d’Apollon, eten mémoire de la sépulture du prince des apôtres : celle de Saint-Paul, au lieu de son martyre; celle de Sainte-Croix, pour honorer avec la dignité convenable la partie de la vraie croix qu'Hélène avoit envoyée de Jérusalem ; celle de Sainte-Agnès, avec son bap-

| tistère ; celle de Saint-Laurent, hors de la ville, au lieu de la

sépulture de ce martyr ; celle des saints martyrs Pierre et Marcellin, où fut inhumée sainte Hélène. Il y en eut encore plusieurs dans le reste de l'Italie, comme à Ostie, à Albe, à Capoue, à Naples , toutes richement dotées ; en sorte que l’on conçoit difficilement qu'un seul prince ait pu fournir à tant

| de dépenses.

Aussi sage néanmoins que religieux, il ne tiroit pas du trésor public le fonds de ces bonnes œuvres : trop convaincu, que pour le bien même de l'Eglise, si étroitement lié au repos public, l’état ne doit point s'épuiser en libéralités excessives, et

| que la munificence la plus sainte doit craindre de tomber en

des inconvénients quelquefois aussi fâcheux que l'épargne. Mais le sage Constantin trouvoit des ressources immenses dans les biens cunfisqués autrefois sur les fidèles qui étoient morts sans héritiers ; dans les revenus des temples des idoles, dont il

/ jugeoit ne pouvoir mieux réparer la profanation, qu'en les consacrant au culte du vrai Dieu; enfin dans la suppression des | jeux profanes qui coûtoient prodigieusement à l'empire. En

Orient, il abolit les jeux des gladiateurs, voulant que ceux qu’on y condamnoit pour crimes, servissent plutôt au travail utile des mines.

Tout ce qui décréditoit l’idolâtrie, et la minoït sans violence, sans exposer les peuples aux factions et aux troubles, il ne manquoit pas de le mettre en usage. En Cilicie, il y avoit un fameux oracle d’Apollon, à l’occasion duquel le zélé souve-

{ rain voulut convaincre ses sujets de l'abus qu'on faisoit de leur N confiance !. On abattit le temple, et l'on y trouva des osse-

1 Sorr. a: 18.

4)4 (AN 337.) HISTUIRE ments et des têtes de morts qui avoient servi aux opérations magiques d’homicides sacrificateurs, avec des paquets de haillons ou de paille, qui remplissoient le creux des idoles gigantesques, où ces cruels imposteurs se cachoïent, Mais nulle part on ne découvrit, ni le dieu dont on attendoit les oracles, ni génie ou démon, ni fantôme épouvantable, comme on l'appréhendoit. Il n’y eut toutefois lieu si secret, autre si obscur ni si profond, où les officiers du prince et les soldats ne péné-

trassent : de manière que les peuples commencèrent à ouvrir |

les yeux sur l’imposture de leurs prêtres et les horreurs de Jcurs superstitions. À Héliopolis en Phénicie, ville consacrée à Vénus, les femmes de ses sacrificateurs et de ses adorateurs éloient communes entr'eux tous, et la meilleure partie du droit sacré de l’haspitalité consistoit à prostituer leurs filles aux passants 1. Le pieux et chaste empereur interdit rigoureusement cés rites infàämes; el pour y remédier plus sûrement, il pressa les habitants de reconnoître le Dieu de toute pureté. 1] fil encore bâtir une vaste église, pour cette ville qui n'en avoit jamais eu, y établit un évêque avec un clergé 1ombreux. Dans les montagnes da Liban, près du fleuve Adonis, on voyoit un autre temple de Vénus, ou plutôt une autre école d'impudicité, qu'il fit également ruiner, Il commanda aussi de détruire de fond en comble le fameux temple qu'Esculape avoit à Egée en Gilicie, de façon qu'il n'en restât pas le moindre vestige. En Egypte, les idolôtres attribuoient au dieu Sérapis les fécondes inondations du Nil, parce qu'on gardoit dans le temple de octte idole la colonne qui servoit à les mesurer. On la transféra dans la grande église d'Alexandrie ; et les païens publièrent que le dieu indigné empécheroit les débordements. Mais le fleuve continuant de porter le limon et la fertilité dansles campagnes, les alarmes et les présages tournèrent à la hor'e du dieu, ainsi que de ses prêtres. En plusieurs villes, ler. ereur fit enlever les portes ou les toits des temples, tira les statues et les simulacres des sanctuaires les plus révérés, et les exposa sur les places publiques, afin que la familiarité en inspirêt le mépris.

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De l'Orient, on manda au prince que, près du fameux chêne de Mambré en Palestine, où le patriarche Abraham avoït accordé l'hospitalité à trois angés, la foi dégénérant en superstition , il s’étoit érigé diverses idoles, et qu'on leur offroit des sacrifices. Tous les ans il s’y tenoit une foiré célèbre, à dix lieues seulement de la ville sainte; et il y avoit une affluence prodigieuse de négociants de toute nation et de toute religion, qui honoroient leurs didux, chacun à sa manière, Les femmes y accouroïent comme les hommes, et s'y donnoïent en spectacle, dans tout l'éclat de leurs charmes et de leurs parures. On assuroïit néanmoins, quoique tout campât pêle-méêle, que le respect du lieu, et la crainte de la vengeance divine empéchoient le désordre, et absolument tout commerce ivec les femmes. L'empereur moins crédule eut horreur du sinple péril ainsi que de la superstition. Il écrivit aux évêques de Palestine, qu'il s’étonnoit de leur négligence à souffrir ce profane 1élange; il ordonna d’abattre les idoles, de renverser les autels des fausses divinités, et, en la même place, après qu'on l'auroit purifiée, de bâtir incessamment un temple magnifique, où l'on n’adoreroit que le vrai Dieu. Le comte Joseph, juif de naissance et converti d'une manière digne d'être rapportée, fut chargé de l'exécution.

Get israélite, fameux par tout ce qu'il dut à la grâcé de Jésus-Christ, étoit de Tibériade, et y tenoit un des premiers rangs auprès du patriarche de sa nation : c’est ainsi qu'on nommoit alors ic chef de ce peuple dispersé 1. Ge patriarche, sur le point de mourir, envoya chercher l'évèque de Tibériade, sous quelque prétexte détourné, mais dans le dessein véritable d'en obtenir le baptême. L'évêque, après avoir reconnu et perfectionné les dispositions de ce juif, Le baptisa en effet. Joseph, qu'on avoit fait sortir de la chambre du malade, avec tous les témoins incommodes, regarda par un trou de la porte, et obsèrva curieusement tout ce qui s y passoit. Le patriarche mourut, et plusieurs années s'étoulèrent, sans que Joseph répondit à la grâce qui, durant cet intervalle, ne Jui laissa jatuais la conscience en repos. Souvent il lisoit les Evangiles de

v Epiph. Hær, 30, 0.5. "

saint Jean et de saint Matthieu, ou les Actes des apôtres, que la Providence avoit, comme par hasard, fait tomber centre ses mains. Le Sauveur lui apparut lui-même en songe, et l’exhortant à croire en son nom ; je suis, lui dit-il, Jésus que tes pères ont crucifié. Il ne se rendit point encore, et tomba dans une grande maladie, dont on n'espéroit point de:le voir relever. Un docteur juif, quoique des plus ardents pour la loi mosaïque, lui dit à l'oreille : Jésus-Christ fils de Dieu, qui a été crucifié, est le juge qui décidera de ton sort. Souvent les Juifs, par un aveu pratique en faveur du christianisme, usoient de formules semblables, pour guérir leurs maladies. La même nuit le Sauveur apparut une seconde fois à Joseph ; en lui reprochant toujours son infidélité. Il recouvra la santé, et ne se convertit point.

Il y avoit à Tibériade un énergumène, dont la frénésie le faisoit souvent courir tout nu par les rues. Joseph instruit par la lecture de l'Evangile, de la puissance de Jésus-Christ, en voulut faire l'essai sur le possédé qu’on lui amena dans sa chambre. 11 lui imprima le signe de la croix, en disant : Je te commande, esprit malin, au nom de Jésus de Nazareth, qui a été crucifié, de sortir du corps de ce malheureux ; à l'instant l'énergumène se trouva guéri. Le miracle fit une impression extraordinaire dans toute la ville, et Joseph ne laissa point de persister dans l'infidélité. Enfin cette âme inflexible, et néanmoins prédestinée à la lumière de l'Evangile, résistant à tant de poursuites de la divine miséricorde ; les coups de rigueur, la tribulation, les souffrances emportèrent ce que ni visions, ni miracles n'avoient pu gagner.

Joseph qui, malgré ses désirs inefficaces de conversion, se montroit toujours zélé pour la discipline judaïque, s’attira néanmoins Îles soupçons, et bientôt après la haine de ses frères. Dans le dessein de lui faire peine, ils observèrent curieusement ses moindres démarches, et le surprirent un jour lisant l'Evangile. C'étoit un grand crime, à leur jugement. Ils se saisirent du livre et du lecteur, renversèrent celui-ci avec brutalité, le traînèrent à la synagogue, où on le flagella. L'évêque survint, bien accompagné, et le dégagea de leurs mains. Les Juifs le rencontrant une autre fois dans un voyage qu'il faisoit én

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