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26 (An 33.) HISTOIRE
vient des hommes, elle tombera d'elle-même, si c'est l'ouvrage de Dieu, en vain y opposerez-vous vos efforts; et peut-être d'événement vous fera-t-il passer pour des gens qui résistent au Seigneur. L'avis parut faire impression; mais on ne le suivit qu'en partie. On ne pensa plus à faire mourir les accusés; on les flagella ignominieusement, et on les renvoya, en leur défendant toujours de parler de Jésus. Si leurs ennemis prétendirent autre chose par-là, que de se tirer d'intrigue, ils s’abusèrent étrangement. Les disciples se retirèrent, pleins de joie d’avoir été trouvés dignes de recevoir des outrages pour le nom de Jésus-Christ, et ils n’en parurent que plus ardents à prêcher chaque jour l'Evangile dans le temple, aussi-bien que dans les maisons particulières.
Le nombre des prosélytes, loin de diminuer, s'accrut au contraire par cette voie: et la multitude des fidèles en devint si grande, que les apôtres ne pouvoient plus suffire à toutes les fonctions de la charité. Mais les coopérateurs sur qui ils furent obligés de se décharger, n'ayant point de caractère propre pour cela, il parut qu’ils nes'enacquittoientpointav:c l'autorité, ou toute l’attention convenable. Il s'éleva quelque jalousie entre les Juifs de Palestine, nommés proprement Hébreux, et ceux qui parloient la langue grecque, appelés Hellénistes. Pour pré: venir une dissension plus nuisible à l'Eglise que toutés les per: sécutions , le prince des apôtres convoqua l'assemblée des fidèles; et représentant, au nom de tous ses collègues , que les premiers pasteurs ne pouvoient vaquer au ministère de l'aumône, sans négliger celui de la parole ou'de la prière; il proposa d'élire, pour leur décharge, sept hommes sans reproches, doués des dons de l'Esprit saint, et spécialement du don de sagesse. La proposition fat universellement applaudie, et l’on choisit Etienne, distingué par l’ardeur de sa charité, comme par la vivacité de sa foi; Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parmenas, et Nicolas nouvellement arrivé du pays d'Antioche, Les apôtres leur imposèrent les mains, et leur conférèrent l’ordre du diaconat, dont ils tenoient l'institution et le rit de Jésus- Christ même: Outre la distribution des aumônes, on les chargeoit encore de l'administration de l’eucharistie, dans les différents quartiers de Jérusalem, où on les préposa; et tels
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DE L'ÉGLISF. (AN 33.) 27 furent les sept premiers diacres régionnaires, à l’exemple desquels nous verrons par la suite instituer ceux de l'Eglise romaine.
Par cette augmentation de coopérateurs, l'Evangile fit des progrès encore plus remarquables par la qualité que par le nombre des conversions; et bientôt on vitune multitude même des enfants d’Aaron embrasser le christianisme. Ilnesuffit plus à la synagogue de commander un silence mal observé : afin de prévenir une entière défection,, il lui fallut entrer en dispute avec les nouveaux prélicateurs qui étoient le plus en réputation d'habileté..
On parloit surtout du diacre Etienne, pour la force de son raisonnement et de son éloquence, et plus encore pour les miracles éclatants qu'il ne cessoit d'opérer à la vue du peuple. Les Hellénistes disputoient le plus souvent avec lui, sans doute parce qu’il étoit né lui-même parmi les Grecs, comme son nom même le fait croire, et qu'il en parloit ordinairement la langue. Mais ils ne purent résister à la divine sagesse qui s’exprimoit par sa bouche, et ils subornèrent des témoins pour l'accuser de blasphème. On l’arrêta, et on le traduisit autribunal, où le grand-prêtre en personne le voulut interroger. Tous les yeux étaient fixés sur l'accusé ; et le Seigneur rehaussant par un miracle les dons de la nature, il parut tel qu'un ange du ciel, et s’énonça avec autant de dignité. va
D'abord il rendit compte de ses disputes précédentes et de sa doctrine, tâchant avec douceur de lever les préventions de ses adversaires. Mais remarquant bientôt que c'étoit un parti pris, d'opprimer la vérité, il ne se proposa plus que d'empécher l’efiet du scandale sur la multitude ; et leur reprochant avec force leur aveuglement volontaire : Cœurs incirconcis, leur dit-il, je ne reconnois que trop votre obstination invétérée. Vous résistez à l'Esprit saint comme l'ont fait vos pères. Est-il un prophète qu'ils aient laissé vivre ou mourir en paix? Mais s'ils ont mis à mort les précurseurs du Christ, vous éles, vous
personnellement, ses meurtriers sacriléges. Ts frémissoient à ce discours, et grinçoient les dents de fureur.
Etienne, sans s'effrayer de ces cruels pronostics, lève un front sercin vers le ciel, d’où il attend sa force et sa couronne.
Ille voit entr'ouvert; et an sein lumineux dela gloire éternelle, apercevant distinctement l'humanité sacrée du Sauveur, il s’é crie : Oui, je vois en ce moment le Fils de Dieu que vous méconnoissez, assis au-dessus des astres à la droite de son Père.
Ils ne lui en laissèrent pas dire davantage, ils se bouchèrent
les oreilles, comme s'il eût blasphémé; et se jetant tumultueusement sur lui, sans attendre aucune sentence, ils le traînèrent hors de Jérusalem, où il n’étoit pas d'usage de verser le sang, et ils ramassèrent des cailloux pour le lapider. Les témoins qui devoient jeter les premières pierres, selon la coutume, avoient donné leurs vêtements en garde à un jeune homme, appelé Saul, non moins animé qu'aucun d'eux, mais qui n'avoit pr encore tout-à-fait trente ans, âge nécessaire pour être acteur ou témoin juridique dans ces sortes d'exécutions. C'est ce vase d'élection, abusé pour lors par les préjugés et le zèle aveugle de la religion de ses pères, qu'on verra par la suite se signaler si utilement entre les apôtres, et qui dut sa conversion aux prières que le martyr ne cessa de faire pour ses bourreaux, pendant toute la durée de son supplice. Cependant la mort d'Etienne, quelque motif infâmant qu'on eût prétexté, ne lui imprima aucune flétrissure. La fougue homicide calmée, il fut enseveli et pleuré : ; ce qui ne se faisoit jamais pour les coupables condamnés légitimement. Il reçut cet office religieux du pharisien Gamaliel, qui transporta les saintes reliques dans une maison de campagne qu il avoit à huit lieues de Jérusalem, et où lui-même fut enterré dans la suite, ainsi que son neveu Nicodème, qui avoit déjà pris soin d'embaumer le corps du Rédempteur.
Ce premier martyre fut comme le prélude d’une persécution générale contre l'Eglise, resserrée jusque-là dans la capitale de la Judée. Les grands et les prêtres procédèrent avec tant d'artifice, que le public inconstant crut, ou parut croire leurs ennemis coupables. Mais l’endurcissement de la capitale ne servit qu'à répandre au loin la lumière de la foi. Les seuls apôtres restérent auprès du troupeau qu'ils avoient formé en premier lieu, et qu'ils craignoient d'abandonner au péril de la séduc-
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DE L'ÉGLISE. (Ar 33.) 29 tion, tandis que les autres ouvriers se dispersèrent dans les cantons de la Palestine plus directement soumis au gouvernement romain , et peu après en Phénicie, dans l’île de Chypre, et dans le pays d'Antioche. Le disciple Ananie poussa jusqu'à Damas, où il forma une église des seuls juifs convertis : car on n’annonçoit pas encore l'Evangile aux gentils. Cependant on emprisonna quantité de fidèles à Jérus-lem, où plusieurs furent condamnés et exécutés à mort. Saul se montroit de jous en jour plus ardent à les poursuivre. Il avoit sollicité et obtenu des magistrats un plein pouvoir pour entrer dans les maisons, et y faire telles recherches qu'il lui plairoit. Il en tiroit indistinctement les hommes et les femmes, les chargeoit de chaînes, les faisoit honteusement châtier par les synagogues.
Durant cet aveuglement de ce qu’il y avoit de plus qualifié dans la natior: juive, les Samaritains que le zèle apostolique comprenoit dans les ouailles égarées de la maison d'Israël, recevoient, avec des dispositions toutes différentes, la doctrine du salut. Philippe, un des diacres collègues d'Etienne, prêchoit ce peuple avec succès, et confirmoit, par d’éclatants miracles, tout ce qu’il annonçoit. Il y avoit alors dans la Samarie : un certain Simon, natif de Giton, dans la même contrée, en si grand crédit par ses prestiges, qu'on l’appeloit la vertu de Dieu. 11 ne put néanmoins tenir devant le saint lévite. Le magicien parut même touché, fit hommage au pouvoir suprême de Jésus- Christ, et demanda le baptême. Tant de nouveaux croyants avoient cependant attiré les apôtres Pierre et Jean, qui s’étoient détachés pour un temps des frères de Jérusalem, afir d’administrer la confirmation aux néophytes de Samarie; ce que n’avoit pu faire un diacre. Le don des langues et des autres miracles accompagnoit presque toujours alors la réception de ce sacrement. Simon crut pouvoir obtenir, à prix d'argent, ces divines prérogatives : il en osa faire la proposition aux apôtres. Que ton argent périsse avec toi, lui dit Pierre dans le premier mouvement de son indignation, puisque ton impiété met les dons du ciel à une indigne enchère. X l'exhorta néanmoins à faire pénitence. Simon en prit le langage, mais il paroît que
5 Justin. Apol. 2.
30 (AN 34.) HISTOIRE son repentir étoit simulé, et qu'il ne se conduisoit que par une
crainte basse des ministres du Seigneur , dépositaires de sa toute-puissance. Aussi cet insuffisant désaveu, qui ne fut pas suivi de la persévérance, n'a pas empêché que la honte de son trafic sacrilége ne demeurât à jamais attachée à son nom. Bientôt même il employa la connoissance impariaite qu'il avoit du christianisme , à former une hérésie, la première qui se soit élevée dans l'Egjlise. 11 menoit avec lui une femme qu'il avoit achetée à Tyr, où elle étoit esclave prostituée, et qui se nommoit Hélène ou Sélène, mot grec qui veut dire lune. 11 n'est point de réverie qu'il ne débitât sur le compte de cette femme:, mêlant à la mythologie le peu qu'il savoit des divines Ecritures, et défigurant par ce monstrueux assemblage l'histoire de la création, aussi-bien que nos saints mystères. Sa doctrine touchant les mœurs n'étoit pas plus pure que sa foi. 11 posoit pour principe, qu’il n y a point d'actions bonnes de leur nature; qu'ainsi les œuvres sont inutiles au salut, mais qu'on se sauve uniquement par la grâce, dont il se disoit l’auteur. Il eut des disciples, qui firent subsister sa secte durant près de deux siècles; après quoi elle se dissipa d'elle-même, sans avoir jamais été persécutée. Tous ses sectateurs furent d'une hypocrisie et d'une dissimulation semblable à celle de leur chef, digne par-là de servir de modèle à tous les hérésiarques. Il usa principalement de feinte en présence de saint Pierre et de saint Jean. et jusqu'à ce qu'ils fussent partis dé Samarie pour retourner à Jérusalem. Ces deux apôtres, les premiers et les plus illustrestémoins de la résurrection de Jésus Christ, préchèrent, en revenant, la gloire de son nom, dans tout le pays des Samaritains, avec un succès égal à leur autorité. Pour le diacre saint Phiippe, il reçut ordre du Seigneur, r le ministère d'un ange, d'aller vers le midi, sur la route de Jérusalem à Gaze, qu'on nommoit la voie Déserte, depuis qu'Alexandre le Grand, dans ses expéditions contre les Perses, avoit ruiné cette dernière ville. Il ÿ trouva un Ethiopien de rang distingué, eunuque et ministre de Candace, reine de cette partie de l'Ethiopie, où l'on dit que la souveraineté se
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DE L'ÉGLISE. (AN 34.) 31 conféroit aux femmes, à l'exclusion des hommes. Il étoit juif d'origine, ou dereligion ; au moins sommes-nous autorisés à le croire par l’époque de son baptême, administré dans un temps où il n’avoit pas encore été décidé qu'on dût baptiser les incirconcis. Il étuit venu adorer le vrai Dieu à Jérusalem, et s'en retournoit en sanctifiant le loisir de son voyage par la lecture des livres prophétiques. Philippe entendit qu'il lisoit le prophête Isaïe. Pensez-vous, lui dit-il, comprendre ce que vous lisez ? Non, répondit humblement l'eunuque , à qui Dieu parloit en même temps au cœur ; mais montez ici, ei vous lèverez le voile que je ne saurois percer. L’Ethiopien en étoit à ce texte : Zl a été conduit à la mort comme une brebis. Le lévite de la loi nouvelle montra l’accomplissement de cette prophétie, dans la mort de Jésus de Nazareth, dont l'étranger n’avoit pu manquer d'entendre parler pendant son séjour à Jérusalem. ]1 lui expliqua ensuite nos principaux mystères, l’ordre et l’économie de la divine miséricorde en faveur du genre humain, la nécessité d’une régénération spirituelle pour y avoir part : et comme le docile et fervent disciple eut aperçu de l’eau près du chemin : Voilà, dit-il, ce qu'il faut pour me procurer la grâce du baptéme si vous n'y trouvez point d'obstacles. Il n'en est aucun, repartit Philippe, si vous croyez de tout votre cœur. Oui, reprit l'Ethiopien, je crois fermement que Jésus est le Fils de Dieu ; et il fut baptisé. Il continua sa route, plein de joie, et fort empressé à publier dans son pays les vérités salutaires qu'il venoit d'apprendre. Philippe disparut à l'instant, ayant été enlevé par l'esprit du Seigneur, à la vue de l'eunuque. Il se retrouva dans la ville d'Azot, sur les bords de la grande mer, et parcourut la côte en préchant la foi dans tous les lieux considérables , jusqu'à Césarée, séjour ordinaire de sa famille.
La paix régnoit encore parmi les fidèles de ces contrées éloignées de Jérusalem , et l'Evangile y faisoit des progrès remarquables, Saul , toujours plus ardent à défendre la loi de ses pères, n'apprit ces nouvelles qu'avec un violent dépit, et résulut d'en arrêter le cours, quoi qu'il en pôt coûter. Personne n'étoit plus propre que lui à y réussir. Né à Tarse, capitale de la Cilicie, de parents juifs de la tribu de Benjamin, il en avoit
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