‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 38 sur 159 · RS : TE · texte numérisé non relu

RS : TE

34 (An 34.) mieux disposés, soit pour vivre ignoré avec les gens simples de la campagne de Damas, qui dépendoit comme la ville, d'Arétas, roi des Arabes. Croyant enfin le premier orage passé, l’activité de son zèle le rappela dans la ville même , où il se jugea plus utile. 1] y communiqua librement avec les gentils, dont il étoit srécialement l’apôtre, et il les invita hautement à prendre dans l'Eglise la place des Israélites indociles. C’étoit attaquer ceux-ci par l'endroit le plus sensible. Ils portérent le ressentiment jusqu'à former la résolution de se défaire d’un homme que ses qualités personnelles et les circonstances de sa vie leur rendoient également formidable. Ils gagnèrent le gouverneur, qui mit des gardes aux portes de la ville, pour empécher Saul de s'évader. Les fidèles, dont l’un avoit une maison

‘au bord du rempart, n’eurent point d'autres moyens de le sau-

ver, que de le descendre de nuit dans une corbeille. Mais faisant voir qu'en se retirant par prudence, le soin de sa sûreté ou de son repos n’étoit pas ce qui le dirigeoit, il prit la route de Jérusalem , où il ne pouvoit s'attendre qu'à des travaux et à des périls peut-être encore plus grands que ceux qu'il évitoit.

Quoique la Judée ne füt pas le champ commis à son zèle, le motif de son voyage n’en étoit pas moins religieux. Il regardoit comme un devoir indispensable 1, d'aller se présenter à Pierre, dont il n’étoit pas encore connu , non plus que des autres apôtres , et de rendre compte de sa mission au vicaire de Jésus- Christ. Saul avoit imprimé une si grande terreur de son nom aux fidèles de Jérusalem, qu'ils ne purent d’abord prendre confiance en lui, quoiqu'il fit la profession la plus authentique de la loi nouvelle. Inutiler1ent il en aborda plusieurs : tous lé. vitoient avec effroi, sans lui donner le temps de s'expliquer. Barnabé, son ancien condisciple à l’école de Gamaliel, se comporta autrement. Il alla le prendre, et le conduisit aux apôtres, c'est-à-dire à Pierre et à Jacques; car il ne s’en trouvoit pour lors point d’autres à Jérusalem. 11 leur raconta le premier l'apparition de Jésus à Saul, et comment ce nouvel apôtre instruit immédiatement par le Seigneur, s'étoit conduit à Damas. Pierre le retint quinze jours dans sa maison , où il ne

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Toutefois ils ne se déconcertèrent point, pour un zélateur qui se trouvoit contre eux. C'étoit leur coutume de faire passer à leurs frères répandus dans toutes les contrées, le nom de ceux que l’on condamnoit dansla ville sainte, pour fait de religion. Ils prévinrent, par cette voie, les Juifs de toutes les provinces 1, contre Saul et contre tous les fidèles qu'ils accusoient d’athéisme, et de mille horreurs que nous ne verrons prendre que trop de créance par la suite parmi les persécuteurs idolâtres.

Pilate de son côté2, avoit trouvé la mort de Jésus assez extraordinaire, pour en donner avis à l’empereur, comme on l'exigeoit en pareil cas des gouverneurs de provinces. Ilenvoya même les actes de la procédure à Rome. Après la lecture des merveilles qu’on y rapportoit, l'empereur Tibère proposa au Sénat de mettre le Dieu des chrétiens au nombre des dieux de l'empire3. Le seul vrai Dieu ne pouvoit se tenir honoré d'un pareil culte; et les sénateurs, d'un autre côté, empêchèrent l'exécution de ce projet, par un tour adroit d'adulation, en représentant à l'empereur qu ils ne pouvoient ainsi décerner à un autre homme les honneurs divins qu'il avoit refusés pour lui-même. Ce prince ne laissa pas de conserver de la bienveillance pour les chrétiens. Il menaça de mort quiconque oseroit les dénonrer ou leur faire quelqu'autre peine. Pilate fut d'sgracié peu de temps après4. Les Samaritains qu'il avoit muiraités, ayant eu recours à Viicilius, alors gouverneur de Syrie, le gouverneur de Judée qui en dépendoit, fut contraint d’aller

1 Justin, D° 1, Tryph, — 2 Tertul, Apol. c. 5, — 3 Eus. Chron. anno. 37, — 6 Jos, Ant, xvn1, 8,

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à ko :e, pour répondre aux accusations. L'affaire traîna en longueur, à cause de la mort de Tibère, arrivée dans ces en. trefaites, c’est-à-dire, l'an 37 de Jésus - - Christ. Caligula, qui Jui succéda , ne se rendit pas plus favorable. Dès l'an 39 » Pilate fut exiké à Vienne dans les Gaules, où il se tua de désespoir.

T'elle fut à peu près la fin d'Hérode Antivast, fils du vieil Hérode, meurtrier des saints Innocents, et qui ne se rendit pas moins coupable que ce premier impie, en traitant le Sauveur d'insensé, et en décapitant son précurseur. Il étoit parti pour Rome, plein de jalousie et de mauvais desseins contre son propre neveu Hérode-Agrippa, que l'empereur venoit à & kever au rius haut rang où des princes de cette classe pussent aspirer. hgri] pr lépêcha un affranchi de confiance, qui arriva en ftalie aussitñi qu'Antipas. L’ envoyé présenta directement à Caligula les let'ves de son maître, qui en étoit fort aimé, et qui accusoit Antipas d'avoir conspire avec Séjan, sous le dernier règne ; d’être même actuellement d'intelligence avec les Par- |. thes. On alléguoit en preuve, qu'il avoit dans ses magasins {| des armes pour soixante-dix mille hommes. Il ne put nier ce 4 dernier fait. L'empereur le tint dès-lors pour entièrement con- 4 vaincu , le dépouilla de ses états, de ses trésors , et les ayant { remis , avec sa femme, la Do Hérodiade , au pouvoir de | son délateur, il reléçua l'accusé à Lyon, dans les Gaules. Mais son incestueuse et superbe compagne aima mieux le suivre, que de devoir quelque chose au roi Agrippa, dont elle étoit sœur, et en considération de qui l’empereur vouloit bien lui faire quelque grâce. Ils s'enfuirent tous deux des Gaules en Espagne, où ils périrent misérablement.

Ces révolutions ne firent pas cesser absolument la persécution à Jérusalem , et toujours la nouvelle religion s’y trouvoit au moins fort gênée. Il n'en étoit pas ainsi du reste de la Palestine. Soit que les pontifes n'y eussent pas le m°ne pouvoir, soit qu'ils fussent moins instruits de ce qui : : massoit, les 4 églises multipliées au loin, dans la Judée, la Go :tla Samarie, jouissoient ‘ne grande tranquilite. °:.°e, qui n'étoil

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DE L'ÉGLISE. (An 34.) 37 pas snrti de Jérusalem , tandis que la grandeur du péril y avoit rendu sa présence nécessaire , voulut alors visiter les différents troupeaux confiés , dans l'étendue de la Palestine, à leurs pasteurs particuliers, qui ne faisoient rien d’extraordinaire sans la perticipation du père commun des fidèles.

La sollicitude pontificale le conduisit d’abord à Lydde, ville de la tribu d'Ephraïm , assez proche de la grande mer, ou de la Méditerranée, sur la route de Césarée. Il en rassembla aussi tôt les fréres, pour prendre l’état de cette église, et leur faire part de ses instructions. Pour ceux que leurs infirmités privoient de la consolation de venir l'entendre, il se faisoit conduire chez eux. Ainsi visita-t-il un paralytique, nommé Enée, détenu depuis huit ans dans son lit. Le charitable pasteur ne put le voir sans être touché ; et tout à coup inspiré d’en-haut, Enée, lui dit-il, le Seigneur Jésus vous guérit, levez-vous ; et pour faire connoître à tout le monde le plein effet de sa puissance, faites vous-même votre lit. Le malade se lève aussitôt en pleine santé, fait son lit; et le bruit de cette nouvelle se répandant par toute la ville et les habitations de la plaine de Sarone où elle étoit située, on embrassa de toute part le christianisme. On apprit bientôt à Joppé, proche de là, les merveilles qu'opérnit le prince des aputres. Il y étoit mort une femme chrétienne, nommée Tabithe, et plus communément la mère des pauvres, au service de qui elle s’étoit entièrement consacrée. On lava son corps, selon l'usage ancien qui a subsisté long-temps dans l'Eglise, et on l'exposa dans une grande salle, qui fut bientôt remplie de pauvres, inconsolables de leur perte. En même temps on envoya deux disciples à Lydde, pour prier simplement l’apôtre, sans s'expliquer davantage , de se rendre ussitôt à Joppé. Il partit avec les messagers mêmes, qui, en arrivant, le conduisirent droit à la salle où le corps de T'abithe étoit exposé, Il r’étoit pas extré, qu'une troupe de pauvres veuves l’envir::érent en se l»mentant et en lui montrant les vêtements d: ioute espèce que ia défunte avoit faits pour elles de ses propres mains. Pierre mêla ses larves à celles dela compagnie, et ne doutant pas du miracle dont Jésus - Christ daigncsoit récompenser tant d'œuvres glorieuses à son nom, il fit retirer tout te monde, se prosterna pour prier; puis se tournant

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