‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 47 sur 159 · ER EE · texte numérisé non relu

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64 (An 53.) HISTOIRE

long qu'il eût encore fait en aucun lieu depuis son départ d’Antioche. Il logea chez le Juif Aquila, nouvellement arrivé de Rome, d'où il avoit été obligé de sortir par les ordres de l’empereur Claude, avec sa fenime Priscille, et tous ceux de sa nation. Comme cet hôte qu'il avoit trouvé bien disposé pour le christianisme, et qu'il acheva d'instruire, il travailloit à faire des tentes de cuir à l'usage des gens de guerre, afin de fournir à ses besoins sans être à charge à personne, et de conserver la noble liberté de son ministère.

Les jours de sabbat, il ne manquoit pas de se rendre à la synagogue pour annoncer Jésus-Christ aux Juifs, et plus encore aux gentils, bien moins indociles. Les Juifs de Corinthe demeurèrent toutefois assez paisibles , jusqu'à ce que leur jalousie étant poussée à bout par la multitude des conversions , au lieu d'user, comme l'Apôtre, de raisons pressantes, et de témoignages dé l'Ecriture, ils s'emportèrent en des injures grossières, et d'horribles blasphèmes. Il en craignit le scandale pour les gentils, et, marquant son indignation avec éclat, il dit aux blasphémateurs, en secouant contr'eux ses vêtements : Que la perte de vos âmes ne s’impute qu'à vous. Je suis innocent de votre réprobation et de votre malheur éternel; et puisque mon ministère ne sert qu à vous rendre plus inexcusables, je passe dès ce moment chez les gentils. Il quitta effectivement le logis d'Aquila, parce qu'il étoitJuif de naissance; et il entra, tout en sortant de la synagogue, dans une maison attenante, qui appartenoit à un gentil, nommé Tite, différent de son disciple de même nom. Celui de Corinthe portoit le surnom de juste, et il n’étoit encore chrétier. que dans le cœur. Paul ne laissa pas de convertir différents Juifs de cette ville; entr'autres un des chefs de la synagogue, appelé Crispe, avec toute sa famille, Il baptisa Crispe de sa propre main; et, comme il faisoit son capital du ministère de la parole, il fit baptiser les autres par ses disciples, ainsi qu’une multitude de gentils, qui journellement se déclaroient chrétiens. L’endurcissement des Juifs, et leurs noirs desseins, qui n’attendoient qu’une occasion pour éclater, ne purent abréger son séjour, Dieu lui ayant révélé qu'il y avoit beaucoup d'élus à Corinthe.

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DE L'ÉGLISE. (AN 53.) 65 convertis par lui-même ou par ses disciples, et qu'il n’avoit encore pu visiter depuis qu'ils formoient une église. C’étoit un de ses plus beaux établissements, quoique sa demeure parmi eux eût été très-courte. Silas et Timothée lui en ayant apporté des nouvelles, il témoigna, par une première lettre, la joie que Jui causoit la ferveur de leur foi. Comme il sut bientôt après qu’on interprétoit, d’une manière à les troubler, ce qu'il n’avoit écrit que pour leur consolation, il les rassura par une seconde lettre. T'el est le but des deux Epitres de saint Paul aux Thessaloniciens , qu'on ne sauroit ahréger sans leur faire perdre infiniment de leur mérite. Tout ce que doit faire un historien, par rapport aux écrits de ce genre, c’est d'en saisir les points qui sont relatifs à son but; et de répandre, par leur moyen, plus de jour ou plus d'intérêt sur les faits.

Les Epitres aux Thessaloniciens sont, dans l’ordre destemps, les deux premières de toutes celles de saint Paul, dont la collection ordinaire se trouve rangée suivant la dignité des villes ou des églises à qui elles furent adressées. Les fidèles de Thessalonique, comme on le remarque dans ces Epitres, se distinguoient par leur charité : ce qui entre pour beaucoup dans les motifs de la tendre affection que l’Apôtre leur témoigne. Mais il leur marque son désintéressement avec le même soin. S'il recommande à leurs libéralités quelques disciples et quelques pasteurs, il se fait gloire de trouver une ressource assurée pour ses besoins personnels, dans le travail des mains, auquel il les exhorte de s'adonner à son exemple. Ces Thessaloniciens, qui paroissoient d’un naturel excellent , d’un cœur liant et sensible , s’affligeoient de la mort de leurs proches et de leurs amis: il les console par l’espérance de la résurrection future, mais en les détournant d'appuyer leur espoir de vaines observances, et de fixer superstitieusement le jour du Seigneur, c'est-à-dire la fin du monde : appréhensions vagues, qui déjà commencçoient à prendre dans les têtes foibles. Sur cet objet, et généralement sur tous les points de croyance, il donne les deux règles que l'Eglise n’a cessé de suivre dans tous les siècles, savoir : la parole écrite, qu'il appelle les termes de la lettre, et la tradition orale qui supplée à l'Ecriture.

Dans le temps que saint Paul composoit ses premières Epi-

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66 (An 54.) HISTOIRE tres, Luc publia aussi son Evangile, pour l’opposer à des histoires controuvées que faisoient courir de faux apôtres.

Paul prit enfin ses dernières mesures pour la solide constitution de l’église de Corinthe, et ne pensa plus qu'à porter son zèle où il devenoit plus nécessaire. Il méditoit d'aller jusqu’en Syrie et en Palestine, pour affermir de toute part dans la foi et les bonnes mœurs les ge nombreuses qu'il avoit fondées. {1 s’embarqua pour cela au port de Cenchrée, voisin de la ville, emmenant avec lui Priscille et Aquila qui s’étoit coupé les cheveux pour accomplirle vœu de nazaréat, qu'il avoit fait selon la dévotion du temps. Mais il laissa ces deux prosélytes à Ephèse. Les Juifs, mieux disposés là qu'ailleurs, l'y vouloient retenir lui-même. Il crut qu'un peu de délai le feroit désirer encore davantage, il continua son chemin , après leur avoir promis de revenir , et il se rendit à Antioche par la route de Césarée. Après quelque séjour, il revint par la Galatie et Ja Phrygie, s'appliquant sur toutes choses à perfectionner les heureuses dispositions des Galates, qui le reçurent, dit-il, comme un ange de Dieu.

Pendant son voyage, un juif, nommé Apollo , homme éloquent et profond dans les Ecritures , vint d'Alexandrie à Ephèse. Il adoroit le Sauveur, le prêchoit même avec zèle ; mais il ne connoissoit encore d'autre baptême que celui de Jean. Aquila et Priscille lui communiquèrent une partie des instructions qu'ils avoient reçues de Paul ; et comme il voulut aller en Achaïe, c’est-à-dire en Grèce, ils le munirent de lettres pour les frères de Corinthe. Là il servit beaucoup à diminuer les préjugés des gens de sa nation.

Pour l'Apôtre, après qu'il eut parcouru l'Asie, il arriva enfin à Ephèse, où il trouva quelques fidèles nouveaux, ou plutôt des catéchumènes, instruits par Âquila, et en plus grand nombre par Apollo. Celui-ci ne leur avoit administré que le bap tême de Jean , le seul dont alors il eut connoissance. L’Apôtre voulant d'abord reconnoître le juste état de ces âmes pieuses et simples, leur demanda s'ils avoient reçu le Saint-Ksprit. Mais ces bonnes gens répondirent : Nous ne savons pas seulement s'il y a un Saint-Esprit. Il reconnut par-là qu'ils n’avoient pas reçu le sacrement du baptême, où l'on fait une

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DE L'ÉGLISE, (AN 54.) 67 mention expresse des trois Personnes divines ; et il le leur fit administrer. Après quoi il leur imposa lui-même les mains, pour les confirmer dans la foi, par un sacrement réservé aux évêques. Dans le moment le Saint-Esprit descendit d'une maniére sensible sur cette petite troupe, composée d'environ douze personnes, qui parurent douées du don de prophétie et du don des langues : merveilles qui surprirent peu , par l’habitude où l’on étoit de les voir en pareilles rencontres.

Paul demeura environ trois ans à Ephèse, depuis les premiers mois de l'an 54, jusqu'en 57. C’étoit la ville la plus fréquentée de l'Asie , Le siége des affaires civiles et du commerce , où se trouvoit le tribunal du proconsul , un port trèscommode, et le fameux temple de Diane, dont les beautés et les fêtes pompeuses attiroient les curieux de tous les pays. Précher Jésus-Christ en cet endroit, c’étoit le faire connoître à tout le continent de l’Asie et à toutes les îles. Ainsi le zèle de l'Apôtre, animé par ces grandes vues, sembloit de jour en jour prendre un nouvel accroissement ; et par son moyen, tous les Asiatiques , Juifs ou gentils, eurent connoissance de l'Evan-

ile. 1] n’en eut pas moins à souffrir de l’emportement d'une infinité de personnes, souvent plus cruelles envers lui, comme il s’en plaint , que les bêtes féroces. Ceux des Israélites qui demeurèrent incrédules , ajoutèrent à la violence l'hypocrisie et la trahison. Mais à proportion de la difficulté et de l'importance de l’entreprise , le Seigneur communiquoit avec plus d'éclat le don des miracles à son serviteur. Il s’opéroit par sa main, souvent même à son insçu, une multitude incroyable de prodiges, en sorte que le linge et les vêtements qu'il avoit quittés, guérissoient les malades, et chassoient les démons.

Des faveurs si prodigieuses donnèrent lieu à un incident, dont la doctrine évangélique tira un grand avantage. Il y avoit des exorcistes juifs qui couroient les provinces, pour délivrer les énergumènes. Ils prétendoient exercer cette puissance sur les malins esprits, par des formules de conjuration, dont ils disoient que le roi Salomon étoit l’auteur. Scéva , prince des prêtres, c'est-à-dire, l’un des chefsdesfamilles sacerdotales , avoit jusqu'à sept fils , qui se donnoient pour habiles dans cet exercice. Comme leurs pratiques accoutumées ne répondoient

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