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pas à leurs espérances, ils employèrent le nom de Jésus-Christ, qu'ils voyoient si efficace dans la bouche de Paul, quoiqu'ils ne fussent rien moins que ses partisans. Le premier démon auquel ils s’adressèrent, ne se prêta point du tout à leur cupidité. Je reconnois Jésus, leur dit-il, pour le Fils de Dieu, et Paul pour son apôtre; mais vous n'êtes que des imposteurs : et le possédé que gouvernoit cet esprit, aussi fort que méchant, se jetant sur eux, en maltraita deux à la fois, sans qu'ils pussent lui résister. Ils se crurent heureux d'échapper, couverts de blessures et leurs vêtements en pièces.
La chose fut de notoriété publique dans tous les quartiers d'Ephèse. Tous les habitants indistinctement, Juifs ou gentils, en furent pénétrés d’une frayeur et d'une vénération religieuse; en sorte que le nom du Rédempteur fut glorifié avec les plus vives acclamations. Ceux qui embrassèrent la foi, vinrent en grand nombre se jeter aux pieds des saints ministres en confessant humblement les désordres de toute leur vie, avant de recevoir le baptême. Ils n'étoient pas obligés à cette confession ; mais la voyant pratiquer aux anciens fidèles moins coupables qu'eux , ils nes’en tenoient point à l'obligation stricte, et leur humble ferveur ne trouvoit rien de pénible. La magie étoit fort usitée chez les Ephésiens. Les citoyens convertis apportèrent les livres qui en traitoient , afin de les brûler publiquement. On en supputa l valeur, et l'on trouva qu’elle montoit à plus de cinquante mille deniers. Rien ne donna plus de consolation à l'Apôtre, qu'une preuve de conversion si solide et si digne de servir de modèle aux âges suivants.
Peu après néanmoins il s'éleva contre lui un dangereux orage. Un orfèvre, nommé Démétrius, fabriquoit de petits temples d'argent , où la statue de Diane étoit placée. Il se faisoit de tous côtés un débit prodigieux de ces sortes d'ouvrages;
‘la plupart des étrangers qui venoient aux fêtes de la déesse,
rémportoient avec eux ces marques de leur dévotion. Démétrius en avoit le principal débit ; et il fournissoit le travail et Ja subsistance aux familles d’une infinité d'ouvriers en sousordre, Un jour il les rassembla et leur remontra que, n'ayant point d’autres moyens de gagner leur vie, Paul les alloit tous faire mourir de faim, en persuadant, selon ses princines.
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DE L'ÉGLISE. (As 57.) 69 non-seulement aux citoyens d'Ephèse, mais aux habitants de
toute l'Asie, que des ouvrages faits des mains d'hommes,
ne sauroient être des dieux. Joignant les motifs de l'intérêt à ceux de la superstition , les deux plus capables de faire impression sur ce genre d’auditeurs : Encore, ajouta-t-il, s’il 9e s'agissoit que de notre intérêt seul ; mais le temple de notre grande déesse, si vanté par tout l'univers, va tomber avec elle dans le dernier mépris. À ces mots, il est interrompu par mille voix différentes , quis écrient avec la plus furieuse confusion : La grande Diane des Ephésiens! la grande déesse des Ephésiens! Toute la ville se met en mouvement. Ils courent authéàtre, et au défaut de Paul qu'ils ne peuvent trouver, ils entratnent, comme pour répondre av jui, Gaïus et Aristarque, deux de ses compagnons , Macédoniens de naissance.
Comme la loi de Moïse aussi-bien que celle de Jésus-Christ, condamnoit le culte des idoles , les Juifs craignirent qu'on ne confondit les sectateurs de l’une et de l’autre : et l’un d’eux, nommé Alexandre, voulut parler en faveur de sa nation. Mais à peine eut-il ouvert la bouche, qu'on se mit à crier encore plus fort : La grande Diane des Ephésiens ! qu'elle est grande, ladéesse des Ephésiens ! Ce cri d'enthousiasme fut répété du-rant deux heures entières. Paul vouloit se rendre à l’assemblée : et il eût méprisé ce fanatisme furieux, si, aux instances des frères, il ne se füt joint quelques-uns des principaux seigneurs de l'Asie, qui se trouvoient présents, et qui, aimant l'Apôtre, l’'empêchèrent de s'exposer à une mort certaine. Cependant celui qui tient dans sa main les cœurs des peuples, aussi-bien que celui des grands , calma tout d’une manière inespérée. Un simple greflier eut le talent de se faire écouter. Il représenta qu'il n'y avoit aucun délit effectif; qu’Aristarque et Gaïus n’avoient point violé le temple de la déesse, ni commis aucune autre impiété ; et que, pour des appréhensions chimériques, ou pour le démêlé particulier de Démétrius, on s'exposoit à toute l’animadversion des lois, en troublant l'ordre public par un procédé si contraire à leurs dispositions. Tout le monde goûta la remontrance, et la sédition fut apaisée au moment de sa plus grande chaleur. Paul, ne voulant plus tar-
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70 (AN 57.) HISTOIRE der à partir pour la Macédoine, établit son disciple Timothée évêque d'Ephèse.
Ce fut encore de cette ville qu'il écrivit sa première Epître aux Corinthiens. Il leur avoit laissé depuis quatorze ans des
. guides formés de sa main. Apollo, qui paroît en avoir été le
chef ou l’évêque, revint le trouver à Ephèse. Il lui apprit que des docteurs, toujours entêtés de la nécessité des observances mosaïques étoient venus à Corinthe; qu'ils y avoient mis le trouble parmi les fidèles , et la division même entre les pasteurs ; que chacun faisoit bande à part, avec ses disciples particuliers ; que, depuis ces scissions , non-seulement le nom de Paul n’étoit plus si cher, ni si vénérable aux Corinthiens, mais que la prédication de l'Evangile et ses progrès parmi les gentils en souffroient considérablement. Trois députés de l'église de Corinthe, arrivés en même temps pour consulter l’Apôtre sur différents points de dogme et de discipline, lui confirmèrent ces tristes nouvelles, et, par leur propre témoignage, et par des lettres secrètes de quelques particuliers , gens de bien et d'autorité, qui l’avertissoient même de quelques désordres énormes , tous propres à diffamer la religion. = L’Apôtre entreprit de remédier , par ses lettres, à tant de choses affligeantes. Aussitôt après le salut et les prévenances ordinaires , il commence, dans son Epître, à reprendre l'esprit de rivalité et de schisme de ces chrétiens de Corinthe, trop semblables aux différentes sectes de philosophes, dont chacune prenoit le nom de son auteur, et l’exaltoit par - dessus toutes les autres. Je suis disciple d’Apollo, disoit à leur imitation l'un de ces chrétiens factieux ; et moi, disoit l’autre, je le suis de Céphas ou de Paul. Le saint Apôtre, qui ne respiroit que la gloire de Jésus-Christ, rappelle tous ces faux zélateurs à la pureté de ses vues, qu'il leur rend sensible, dans sa manière d'évangéliser , infiniment éloignée de toutes les prétentions de l'éioquence du siècle. Il montre combien il est injuste et déraisonnable de tirer vanité des dons surnaturels et -miraculeux, si communs alors dans l'Eglise, que cette première Épître aux Corinthiens entre, à ce sujet, dans Le plus grand détail, et donne une suite méthodique de règles pour en écarter les abus. Elle reprend encore ceux qui se glissoient
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DF. L'ÉGLISE. (An 57.) 71 dans la récept. ::: de la divine eucharistie. Dans ces premiers temps, elle étoit suivie de repas de charité, nommés, du mot grec Agape. Mais les riches cessant de faire part aux pauvres des mets qu’on leur servoit en abondance, le tendre pasteur s'élève avec force contre le scandale de cette avarice orgueil- Jeuse , et plus fortement encore contre l'inconsidération sacrilége de quelques pécheurs qui, ne discernant point le pain des anges d’un pain ordinaire, et profanant indignement le corps et le sang de Jésus-Christ, s'incorporoient leur jugement et leur condamnation : expressions énergiques et précises, qu'on ne peut réduire au sens figuré sans violer toutes les lois du langage commun, et sans démentir l'interprétation des saints docteurs de tous les siècles.
L'’Apôtre désapprouvoit aussi que les chrétiens de Corinthe portassent leurs différends aux tribunaux des païens. 11 en respectoit sans doute l'autorité politique et civile, puisqu'il ordonne expressément d’obéir aux magistrats, quels qu'ils soient , bons ou méchants. Mais outre le risque d'idolàtrer , en faisant des serments par-devant des juges qui ne connoissoient que de fausses divinités, ces procès annonçoient encore un attachement aux biens temporels , que le zèle de Paul ne pouvoit souffrir dans une société de fidèles aussi parfaits que ceux de Corinthe. Cependant, dans cette fervente église qu'il avoit formée avec tant de soin, qu'il dit s'être fait un plaisir de préparer, comme une vierge pure, à devenir l'épouse du Christ, il ne s’y trouva pas simplement des défauts mais des vices à scandaliser les idolâtres. Un chrétien avoit porté l'incontinence jusqu'à avoir un commerce honteux avec la femme de son père. Le saint commande qu'on le livre à Satan, pour perdre la chair et sauver l'esprit ; c'est - à - dire, qu'on le retranche, pour un temps, de la société des fidèles, afin de l'humilier et de le faire rentrer en lui-même : exemple de l'excommunication , ainsi que des vues charitables que tout pasteur doit s'y proposer. On sera peut-être surpris de trouver une faute si énorme dans l'une des premières et des plus belles églises des temps apostoliques : mais avec combien plus d'étonnement et d admiration ne doit-on pas remarquer , dans les réponses du docteur des gentils à différents points de consul-