‹ Histoire de l'église [microforme]Chapitre 49 sur 159 · EE RE · texte numérisé non relu

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tation , touchant le mariage et la continence . de quelle éminente perfection la grâce avoit rendu capables, en si peu de temps , des hommes nés et nourris dans la plus affreuse corruption.

Rien n’entroit en comparaison avec le débordement de Corinthe, où il faisoit partie de la religion. Toute la ville étoit dédiée à Vénus ; et plus de mille esclaves, attachés au fameux temple qu’elle y avoit, s’y prostituoient au nom de la déesse, Qu'on infère de là ce que la pudeur ne peut que voiler, concernant les désordres des Corinthiens , et plus encore des étrangers , au moins de ceux qui étoient opulents ; car il falloit être riche pour participer à ce libertinage infàme : d'où vint le proverbe, qu'il n’appartenoit pas à tout le monde d'aller à Corinthe. On combloit d’honneurs ces honteuses victimes de l'esprit immonde. Les meilleurs poëtes célébroient dans leurs vers ces viles prostituées, et on leur érigeoit des statues. Toutefois , le sage réformateur d'un pareil peuple, ne borne pas ses instructions aux lois essentielles de la chasteté conjugale; mais il le porte à la plus haute perfection de la virginité du célibat chrétien. Ainsi la première Epitreaux Corinthiens, dans toute son étendue, présente un modèle admirable du zèle le plus éclairé et le plus actif, avec un mélange tout divin de force et de douceur , de réprimandes et d’encouragements , de vigilance pastorale et de tendresse paternelle ; en un mot, un zèle digne de servir de règle à tous les pasteurs, particulière ment lorsqu'il est question de faire honorer la sublimité du ministère évangélique, sans se départir des sentiments sincères de la plus édifiante modestie.

Paul partit enfin d'Ephèse, au commencement de Juin, vers la fête de la Pentecôte, et il employa environ six mois à parcourir la Macédoine. IL avoit laissé Luc, depuis plus de quatre ans, à Philippes, pour y remplir l'office d'évêque. Il lui donna un successeur en cette qualité, et le reprit en sa compagnie pour ne plus s’en séparer. Tous deux s’avancèrent à l'Oc-

cident, plus loin que l’Apôtre n’avoit encore poussé, et ils pénétrèrent en des régions où le nom de Jésus - Christ n'étoit

4 Strab, 1. 8, Athen. 1. 13.

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DE L'EGLISFT. (AN 57.) 93 jamais parvenu. En repassant chez ses premiers élèves, outre les soins ordinaires de l’apostolat , il exhorta les fidèles gentils à donner d’abondantes aumônes pour les frères indigents de Jérusalem , à qui il se proposoit de les rapporter bientôt. Le conseil apostolique lui avoit instamment recommandé cette œuvre de miséricorde, qui devenoit plus nécessaire de jour en jour ; l’impénitente Jérusalem se rendant plus impitoyable à mesure que le terme de son châtiment approchoit.

Mais tandis que Paul donnoit cette célébrité au nom de Jésus-Christ , l'enfer vouloit opposer un rival , non seulement à l'Apôtre, mais à son adorable maître. 11 sortit tout à coup de Thyane en Cappadoce:, un homme extraordinaire, nommé Apollone, le plus illustre suppôt de la philosophie profane et du paganisme, comme aussi le plus propre à leur donner du crédit. Né de parents nobles et opulents , doué d’un génie supérieur , d'une mémoire sans exemple, habile dans toutes les sciences et dans tous les arts de la Grèce, il joignoit à tous les avantages de l'esprit ceux d’une taille auguste et comme surhumaine , d'un si grand air de dignité et d’une telle beauté de visage , que sa figure seule intéressoit et entrainoit les peuples à sa suite. Il suivoit les maximes sévères de Pythagore, s’abstenoit de vin et de viande, ne vivoit que de légumes, laissoit croître ses cheveux et sa barbe, marchoit toujours nu-pieds, et ne s’habilloit que de lin. 11 poussa le détachement extérieut jusqu'à se dépouiller de son bien , presque sans réserve. Il faisoit aussi profession de garder la continence : mais tel que la plupart de ces héros de la philosophie, qui ont si souvent à rougir de leurs foiblesses , sa réputation ne fut pas intacte du côté de cette vertu angélique, où la seule grâce de Jésus-Christ peut élever une chair corruptible.

Outre ses études dans les écoles célèbres des Grecs et des Tarses en particulier, il fit de longs et pénibles voyages , pour entendre les mages de Perse , les bracmanes de l'Inde , et les gymnosophistes d'Ethiopie. Avec toutes ses lumières prétendues, il témoignoit un attachement extrême au culte populaire des idoles. Mais son sens naturellement droit et fin lui fit ob-

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